2027 : la statistique publique au service des débats

À l’approche des échéances électorales de 2027, les débats qui traversent notre société porteront sur de nombreuses questions économiques, sociales, environnementales, démographiques ou territoriales. Pour les comprendre, les mettre en perspective et en mesurer les évolutions, disposer de repères partagés est essentiel.
Découvrez l’ensemble des ressources proposées par l’Insee et les services statistiques ministériels

Chiffres détaillés
Paru le :Paru le15/10/2026
- Octobre 2026
Consulter
Sommaire

Autour des territoires - vivre, travailler et habiter Quelques questions

Chiffres détaillés

Paru le :15/10/2026

1. Comment l’emploi évolue-t-il selon les territoires ?

La géographie de l’emploi reflète d’abord la diversité des économies locales. Les territoires ne disposent pas des mêmes spécialisations ni des mêmes moteurs de croissance. Dans les grandes agglomérations, les métiers de prestations intellectuelles, de conception-recherche, de gestion des entreprises, de culture et de loisirs, dits « emplois métropolitains », sont particulièrement présents. Sur l’ensemble de l’Hexagone, ils expliquent 55 % de la croissance de l’emploi entre 2016 et 2022, alors qu’ils représentent un quart des emplois. À l’inverse, les emplois dits de « production concrète » (agriculture, bâtiment-travaux publics, fabrication) diminuent à l’échelle nationale et peuvent pénaliser les territoires où ils sont fortement représentés. Dans les territoires à forte composante résidentielle, les emplois présentiels, répondant aux besoins de la population, constituent un autre moteur important.

Ces spécialisations contribuent à expliquer les contrastes géographiques de la croissance de l’emploi. Entre 2016 et 2022, les zones d’emploi les plus dynamiques dessinent un « U de la croissance », reliant notamment la façade atlantique, la côte méditerranéenne et la vallée du Rhône. L’emploi progresse de plus de 12 % dans les zones d’emploi de Rennes, Nantes, Bordeaux, Toulouse, Montpellier et Aix-en-Provence, et de près de 10 % à Lyon et Chambéry, contre environ 6 % en moyenne nationale. Ce U de la croissance bénéficie à la fois des emplois métropolitains, via les plus grandes agglomérations qui ponctuent cet espace, et des emplois présentiels, du fait de l’attractivité résidentielle portée par les façades littorales et le mouvement d’héliotropisme.

Ces différences de spécialisation continuent de jouer dans les évolutions récentes de l’emploi. L’industrie représente ainsi 12 % de l’emploi salarié en moyenne nationale, mais 17 % en Bourgogne-Franche-Comté, dans les Pays de la Loire et en Normandie, contre 6 à 9 % en Corse, en Île-de-France, dans les DROM et en Provence-Alpes-Côte d’Azur. Entre fin 2024 et fin 2025, l’emploi salarié recule de 0,2 % en France hors Mayotte, notamment dans la construction (-1,2 %) et l’industrie (-0,5 %). Les évolutions régionales restent contrastées : l’emploi recule de 0,6 % en Bourgogne-Franche-Comté et en Nouvelle-Aquitaine, mais progresse encore en Bretagne (+0,1 %), en Provence-Alpes-Côte d’Azur (+0,2 %), à La Réunion (+0,4 %) et en Guyane (+1,2 %). L’emploi public constitue lui aussi une composante importante, représentant environ un emploi sur cinq, avec un poids variable selon les territoires : il est proportionnellement plus présent dans les départements d’outre-mer.

Ces trajectoires d’emploi se retrouvent en partie dans les disparités de chômage, sans toutefois s’y confondre. En 2025, le taux de chômage varie de 6,2 % en Bretagne et dans les Pays de la Loire à 9,2 % dans les Hauts-de-France et 9,1 % en Occitanie. Les écarts sont également importants au sein des régions : en Occitanie, il varie de 4,7 % dans la zone d’emploi de Mende à 14,1 % dans celle d’Agde-Pézenas. La croissance de l’emploi ne se traduit donc pas mécaniquement par une baisse du chômage, qui dépend aussi de l’évolution de la population active et des caractéristiques du marché du travail local.

Ces géographies ne sont toutefois pas figées. La structure des emplois n’explique qu’environ un quart des différences de croissance entre zones d’emploi, les autres écarts tenant à d’autres facteurs et aux caractéristiques propres aux territoires. L’Île-de-France illustre néanmoins la possibilité d’une inflexion : son taux de chômage, historiquement inférieur à celui de la France métropolitaine, a rejoint le niveau national à partir de mi-2025. Entre 2016 et 2025, la population active francilienne a progressé de 9 %, contre 7 % au niveau national, tandis que l’emploi augmentait de 10,6 %, contre 9,8 %. Un territoire peut ainsi continuer à créer des emplois tout en voyant son avantage relatif sur le marché du travail s’amenuiser lorsque sa population active progresse elle aussi rapidement.

Références :
La France et ses territoires, édition 2026, dossier « Les dynamiques locales influent fortement sur la croissance de l’emploi », Insee Références, septembre 2026
Emploi, chômage, revenus du travail, édition 2026, fiche « Emploi dans les régions » et fiche « Chômage dans les régions », Insee Références, septembre 2026
Ouvrir dans un nouvel ongletRapport annuel sur l’état de la fonction publique, édition 2025, DGAFP-SDessi, ministère de l’Action publique, de la Fonction publique et de la Simplification, 2025
« Depuis mi-2025, l’avantage historique de l’Île-de-France face au chômage a disparu », Insee Analyses Île-de-France no  226, septembre 2026

 

2. Quelles sont les disparités économiques et sociales entre les métropoles et les territoires périphériques ?

Les métropoles constituent des pôles urbains concentrant population, emplois et fonctions économiques, administratives, universitaires et culturelles qui rayonnent au-delà de leurs limites. Outre la région parisienne, fortement polarisée autour d’un vaste ensemble urbain avec Paris en son cœur, les dix métropoles de province les plus peuplées, telles qu’elles se dessinent en tant qu’intercommunalités – autour d’Aix-Marseille, Lyon, Lille, Bordeaux, Toulouse, Nantes, Nice, Strasbourg, Montpellier et Rouen – rassemblent en 2023 plus de 9 millions d’habitants et 4,5 millions d’emplois au lieu de travail, soit respectivement plus de 13 % de la population et 16 % des emplois de la France hors Mayotte. Les écarts sont toutefois importants : la Métropole d’Aix-Marseille-Provence compte 1,9 million d’habitants et environ 825 000 emplois, la Métropole de Lyon 1,4 million d’habitants et 770 000 emplois, tandis que la Métropole Rouen Normandie compte 500 000 habitants et 235 000 emplois.

Ces périmètres institutionnels ne couvrent pas l’ensemble du « fait métropolitain ». L’influence des grands pôles s’étend sur une géographie bien plus large et porte sur les communes environnantes, dont les habitants travaillent, étudient ou accèdent aux services dans le pôle. Les aires d’attraction des villes (AAV) rendent compte de cette organisation fonctionnelle : elles associent un pôle et une couronne constituée des communes dont au moins 15 % des actifs travaillent dans le pôle. Les plus grandes AAV dessinent ainsi de vastes espaces sous influence métropolitaine : en 2023, si Toulouse Métropole compte près de 840 000 habitants, l’aire d’attraction de Toulouse regroupe plus de 1,5 million d’habitants sur 527 communes et s’étend sur six départements : Haute-Garonne, Gers, Tarn, Tarn-et-Garonne, Aude et Ariège. Cette approche distingue un cœur urbain concentrant une grande partie des emplois et fonctions stratégiques, et une périphérie sous influence, davantage résidentielle mais intégrée à son bassin d’emploi. En France, près d’un cinquième de la population vit ainsi dans l’aire d’attraction de Paris, et un cinquième dans les AAV de plus de 700 000 habitants (outre les aires d’attractivité autour de grandes villes de province, ces dernières comportent la partie française d’aires d’attractivité transfrontalières, comme les AAV de Genève-Annemasse, de Luxembourg et de Sarrebruck).

Cette organisation territoriale s’accompagne d’une concentration des ressources au sein des espaces métropolitains. Le capital humain y occupe une place centrale. Dans les pôles des aires de 700 000 habitants ou plus, les cadres et professions intellectuelles supérieures représentent une part particulièrement élevée de la population. La concentration des établissements universitaires et des écoles supérieures attire les jeunes adultes, tandis que la présence d’emplois qualifiés favorise leur maintien. Ainsi, dans les AAV de Rennes et de Grenoble, près de 44 % de la population non scolarisée de 15 ans ou plus est titulaire d’un diplôme de l’enseignement supérieur, contre 34 % en France métropolitaine.

Cette concentration du capital humain est renforcée par celle des activités économiques mobilisant le plus fortement les compétences et les fonctions de conception. Les fonctions dites métropolitaines regroupent la conception-recherche, les prestations intellectuelles, la gestion, le commerce interentreprises ainsi que la culture et les loisirs. Elles sont fortement surreprésentées dans les grands pôles urbains. Cette spécialisation nourrit un mécanisme d’agglomération : une main-d’œuvre qualifiée favorise l’implantation d’activités à forte valeur ajoutée, qui attirent à leur tour les travailleurs les plus diplômés. Ce mécanisme contribue aux écarts de dynamique économique : entre 2012 et 2022, plus de la moitié des créations d’emplois salariés se sont concentrées dans dix grandes zones d’emploi correspondant notamment aux grands pôles métropolitains, alors qu’elles ne regroupaient qu’un peu plus d’un tiers des salariés en fin de période.

La concentration des emplois qualifiés et des fonctions à forte valeur ajoutée se retrouve également dans les rémunérations. En grande partie du fait de la composition du tissu productif et du type d’emploi proposé, les salaires sont plus élevés dans les pôles des aires les plus peuplées : en 2021, le salaire moyen dans le secteur privé atteignait par exemple 2 340 euros nets mensuels dans les aires de 700 000 habitants ou plus hors Paris, contre 2 044 euros dans les communes hors attraction des villes.

Ces écarts économiques se traduisent par des contrastes sociaux, sans se résumer à une opposition entre métropoles riches et territoires périphériques pauvres. Les pôles concentrent à la fois des populations disposant de revenus élevés et des populations plus modestes, tandis que les couronnes, espaces résidentiels pour les actifs exerçant leur activité au sein de l’AAV, présentent souvent des niveaux de vie plus élevés. En 2023, dans les aires d’attraction de 700 000 habitants ou plus hors Paris, le niveau de vie médian s’établit à 25 240 euros dans les pôles, contre 28 440 euros dans les couronnes dites urbaines, les plus proches et densément peuplées, et 28 270 euros dans les couronnes rurales, souvent plus éloignées mais toujours en relation avec l’espace métropolitain. Dans ces grandes AAV, les taux de pauvreté sont plus élevés dans les pôles (21,5 %) que dans les couronnes urbaines et rurales (respectivement 11,5 % et 8,3 %). Ce contraste entre « centre » et « périphérie » se retrouve dans les AAV de plus petite taille, mais avec des couronnes moins préservées des fragilités sociales. Plus loin des pôles, les communes hors aire d’attraction des villes disposent généralement d’un marché du travail moins diversifié et moins dynamique : le taux de pauvreté y atteint 14,9 % en 2023.

 

3. Quelles sont les différentes formes de ruralités ?

Les territoires ruraux, définis par leur faible densité de population, représentent 88 % des communes françaises et accueillent un tiers de la population. Mais le rural recouvre des réalités très différentes selon sa proximité avec les pôles d’emploi : du rural dit périurbain, étroitement lié aux agglomérations, au rural dit autonome, plus éloigné des pôles d’emploi et des services. Les bourgs ruraux occupent une place particulière : plus peuplés et mieux équipés, ils constituent des pôles de proximité pour les habitants des communes rurales environnantes. À l’inverse, les communes à habitat dispersé ou très dispersé disposent d’un socle de services beaucoup plus limité.

Cette diversité se retrouve dans les dynamiques démographiques. Entre 2017 et 2023, la population rurale progresse de 0,2 % par an en moyenne, mais moins rapidement que dans les espaces urbains (+0,5 %), alors que les rythmes étaient plus proches auparavant. Cette moyenne masque de forts contrastes : le rural périurbain continue de gagner des habitants (+0,4 % par an), principalement grâce aux arrivées de nouveaux habitants, tandis que la population du rural non périurbain est quasiment stable. La géographie du rural est ainsi étroitement liée à sa proximité des pôles urbains : les espaces périurbains restent attractifs, tandis que les territoires ruraux plus éloignés connaissent des dynamiques démographiques beaucoup plus faibles. Les bourgs ruraux peuvent toutefois constituer des espaces particulièrement dynamiques au sein de cet ensemble : par exemple, dans les Pays de la Loire, ils représentent 30 % de la population de la région, mais contribuent à 40 % de la croissance démographique régionale au cours des deux dernières décennies.

Les différences sont également sociales et familiales. Dans les espaces ruraux sous influence des pôles urbains vivent davantage de familles avec enfants, tandis que les territoires ruraux autonomes ont une population plus âgée  : 34 % des individus ont plus de 60 ans dans le rural non périurbain, contre 28 % dans le rural périurbain et 25 % dans l’urbain, en 2022. Les niveaux de vie et les activités économiques différencient également les territoires ruraux. Les cadres résident davantage dans les zones urbaines, où ils représentent 24 % des catégories socioprofessionnelles, en lien avec la localisation de l’emploi, contre 12 % dans le rural ; leur part diminue en s’éloignant des pôles, pour s’établir à 9 % dans le rural non périurbain. Les ouvriers et artisans-commerçants résident au contraire davantage en zones rurales, où les sites industriels et les ateliers sont plus présents.

La Bourgogne-Franche-Comté illustre cette diversité sociodémographique. Région la plus rurale de France, elle compte 95 intercommunalités rurales sur 113, regroupant 55 % de sa population. Les situations y sont contrastées : les intercommunalités rurales isolées et peu denses concentrent davantage de personnes âgées et de ménages aux revenus modestes ; les territoires proches des agglomérations accueillent davantage de familles et de ménages aux revenus intermédiaires ; les espaces viticoles et ceux situés le long de la frontière suisse présentent, à l’inverse, des niveaux de vie élevés, liés notamment aux revenus patrimoniaux ou aux salaires des travailleurs frontaliers.

La diversité des formes de ruralité se traduit enfin par des différences d’accès aux services. Les bourgs ruraux jouent ici un rôle de relais entre les pôles urbains et les communes rurales les plus dispersées. Dans les communes urbaines et les bourgs ruraux du Grand Est, un peu plus de 2 % de la population est éloignée d’une école, contre 36 % dans le rural à habitat dispersé et 83 % dans le rural à habitat très dispersé. Pour les soins, en 2023, 25 % des habitants du rural sont éloignés d’un médecin généraliste, c’est-à-dire à plus de sept minutes en voiture en moyenne. L’écart est particulièrement marqué pour les médecins spécialistes : le temps de trajet moyen atteint 22 minutes dans le rural, contre 8 minutes dans l’urbain.

Références :
La France et ses territoires, édition 2021, dossier « Une nouvelle définition du rural pour mieux rendre compte des réalités des territoires et de leurs transformations », Insee Références
Les populations de référence des communes au 1er janvier 2023, Insee Focus, no 374, décembre 2025
Du rural isolé au rural proche des villes : quatre types d’intercommunalités, Insee Analyses Bourgogne-Franche-Comté, No 103, Insee, septembre 2022
Le Grand Est bien doté en écoles, avec des temps d'accès plus longs en zone rurale - Insee Flash Grand Est, No 107, mars 2025
Dans le Grand Est, un quart des habitants des espaces ruraux sont éloignés d’un professionnel de santé, Insee Analyses Grand Est, No 199, Insee, septembre 2025
La moitié des enfants et jeunes résident en milieu rural - Insee Flash Pays de la Loire, No 117, janvier 2022
Des temps d’accès contrastés d’une ruralité à l’autre, un rôle structurant pour les bourgs ruraux, Insee Analyses Auvergne-Rhône-Alpes, no 163, juin 2023

 

4. Quelles sont les caractéristiques socio-démographiques des quartiers prioritaires de la politique de la ville ?

Les quartiers prioritaires de la politique de la ville (QPV) regroupent près de 8 % de la population de France métropolitaine : en 2020, ils comptent ainsi 5,3 millions d’habitants.

Dans l’Hexagone, la présence des quartiers prioritaires est particulièrement forte dans certains départements, principalement dans le nord de la France et autour des grandes agglomérations. En 2020, les QPV regroupent ainsi 42 % de la population de Seine-Saint-Denis, 18 % dans le Val-d’Oise et 17 % dans le Nord. Les Hauts-de-France illustrent ce poids : la région compte 204 QPV, qui regroupent 753 000 habitants, soit 12,6 % de sa population ; plus des trois quarts se situent dans le Nord et le Pas-de-Calais. À l’inverse, le poids démographique des QPV est inférieur ou égal à 2 % dans une vingtaine de départements, notamment dans plusieurs départements ruraux de l’Ouest et du Sud-Ouest. Les QPV constituent ainsi une réalité très inégalement répartie, particulièrement concentrée dans les départements les plus urbanisés.

Cette géographie se décline également à l’échelle des villes. Dans certaines communes, les QPV accueillent une part très importante de la population: c’est notamment le cas à Roubaix, où ils regroupent près de huit habitants sur dix. À l’inverse, dans de nombreuses communes, ils ne concernent qu’une fraction plus limitée de la population. La taille des quartiers est elle aussi très variable : en France métropolitaine, 90 % comptent moins de 7 500 habitants environ, tandis que les 10 % les plus peuplés rassemblent à eux seuls plus de 2,1 millions de personnes. Le plus peuplé, situé à cheval sur Aubervilliers, La Courneuve, Bobigny et Saint-Denis, rassemble ainsi 132 500 habitants.

Les QPV présentent des caractéristiques sociales et démographiques spécifiques, qui diffèrent sensiblement de celles des territoires urbains qui les entourent. Le portrait établi après l’actualisation de la géographie prioritaire en 2024 sur les 1 362 QPV de France métropolitaine met en exergue leurs particularités.

Les QPV concentrent une population particulièrement jeune : près d’un habitant sur quatre a moins de 15 ans, contre un sur six dans l’ensemble de la France métropolitaine. En 2020, l’âge moyen y est de 35 ans, contre 41 ans dans l’environnement urbain qui entoure les quartiers concernés.

Les ménages y sont aussi davantage marqués par les situations familiales fragiles : les familles monoparentales y sont deux fois plus fréquentes que dans les environnements urbains. Les familles nombreuses sont également plus présentes : un quart des familles avec enfants comptent au moins trois enfants, contre 15 % dans leurs environnements urbains.

Une large proportion d’habitants des QPV est peu diplômée : en 2022, près de 43 % déclarent n’avoir aucun diplôme et 23 % avoir un diplôme de niveau inférieur au bac (BEP, CAP…). Cette moindre qualification se répercute sur le marché de l’emploi : moins de la moitié des habitants des QPV occupent un emploi, contre les deux tiers dans leurs environnements urbains. Le taux d’emploi est encore plus faible pour les femmes et les étrangers, autour de 40 %. Cette situation découle à la fois d’un taux de chômage 2,3 fois plus élevé que dans les environnements urbains et d’un taux d’activité moindre : deux personnes sur trois sont actives dans les QPV, contre trois sur quatre dans les environnements urbains.

La conjonction de charges familiales plus importantes et de moindres revenus d’activité, liés à une moindre proportion d’actifs en emploi ou à des métiers moins qualifiés, se traduit par une forte prévalence de la pauvreté. En 2021, 44 % des habitants des QPV vivent sous le seuil de pauvreté, soit plus de trois fois la proportion observée dans l’ensemble de la France métropolitaine (12,5 %).

Les habitants des QPV louent leur résidence principale dans 85 % des cas, soit presque deux fois plus souvent que dans leurs environnements urbains. En lien avec leur plus forte précarité, 62 % des ménages occupent un logement appartenant à un organisme HLM, contre 14 % dans leurs environnements urbains. Des singularités régionales apparaissent toutefois : dans les Hauts-de-France, les QPV comptent près de 40 % de maisons, soit quatre fois plus qu’en moyenne nationale, notamment dans les anciens territoires miniers.

Les QPV se distinguent enfin par une présence plus importante des populations immigrées.Les QPV se distinguent enfin par une présence plus importante des populations immigrées. En 2020, les personnes immigrées représentent 28 % de la population des QPV de France métropolitaine, soit 2,5 fois plus que dans les environnements urbains. Cette caractéristique varie toutefois selon les territoires : en Île-de-France, où les QPV rassemblent près d’un tiers des habitants des QPV métropolitains, les immigrés représentent 35 % de la population des quartiers prioritaires. En 2020, les personnes immigrées représentent 28 % de la population des QPV de France métropolitaine, soit 2,5 fois plus que dans les environnements urbains. Cette caractéristique varie toutefois selon les territoires : en Île-de-France, où les QPV rassemblent près d’un tiers des habitants des QPV métropolitains, les immigrés représentent 35 % de la population des quartiers prioritaires.

Dans les départements et régions d’outre-mer hors Mayotte, 430 000 personnes vivent également dans un QPV, soit 22 % de la population. Parmi elles, huit sur dix vivent dans un foyer bénéficiaire d’au moins une prestation légale versée par les caisses d’allocations familiales, contre la moitié de la population hors des QPV. Dans les DROM hors Mayotte, contrairement à la France métropolitaine, les allocations familiales et le complément familial sont perçus dès le premier enfant, tandis que l’aide personnalisée au logement n’existe pas, alors qu’elle est l’aide au logement la plus courante dans l’Hexagone.

 

5. Quels sont les principaux écarts démographiques, économiques et environnementaux entre les DROM et l’Hexagone ?

Les départements et régions d’outre-mer (DROM) regroupent la Guadeloupe, la Martinique, la Guyane, La Réunion et Mayotte et comptent près de 2,3 millions d’habitants, soit 3,3 % de la population française. Éloignement géographique, insularité ou situation continentale, caractéristiques démographiques et structures économiques contribuent à différencier ces territoires de l’Hexagone. Ces spécificités se traduisent par des écarts importants en matière de niveau de vie et de conditions de vie, mais aussi par des trajectoires démographiques et des enjeux environnementaux propres à chacun d’eux.

Ces contrastes sont particulièrement marqués sur le plan démographique. La Guyane et Mayotte connaissent une forte croissance démographique et une population très jeune, tandis que la Guadeloupe et surtout la Martinique sont davantage confrontées au vieillissement. Au 1er janvier 2026, l’indice de vieillissement, qui rapporte le nombre de personnes âgées de 65 ans ou plus à celui des moins de 20 ans, s’établit ainsi à 101 en France métropolitaine, mais varie de 5 à Mayotte, 21 en Guyane et 60 à La Réunion à 119 en Guadeloupe et 133 en Martinique. Ces contrastes démographiques résultent notamment de niveaux de fécondité très différents et de dynamiques migratoires propres à chaque territoire. L’indicateur conjoncturel de fécondité s’établit à 3,5 à Mayotte, 3,0 en Guyane et 2,1 à La Réunion, contre 1,6 en Guadeloupe et en Martinique. Pour ces deux derniers DROM, les départs de population, notamment de jeunes adultes, contribuent en outre au vieillissement de la population.

Sur le plan socio-économique, les DROM présentent globalement des niveaux de vie plus faibles. À titre d’exemple, en 2023, le niveau de vie médian atteint 19 110 euros à La Réunion, contre 25 920 euros dans l’Hexagone ; le taux de pauvreté (calculé relativement au seuil de pauvreté tel que déterminé dans l’Hexagone) y est de 36 %, soit plus de deux fois celui de la France métropolitaine. Les autres DROM sont également exposés à une prévalence de la pauvreté supérieure à celle observée dans l’Hexagone : les dernières données disponibles pour 2021 font état d’un taux de pauvreté de 77 % à Mayotte, de 53 % en Guyane, de 35 % en Guadeloupe et de 27 % en Martinique.

Les conditions de vie en outre-mer sont en outre affectées par un coût de la vie plus élevé. En 2022, le niveau général des prix était supérieur à celui observé dans l’Hexagone, de 9 % à La Réunion à 16 % en Guadeloupe ; pour les produits alimentaires, les écarts atteignaient alors de 30 % à Mayotte à 42 % en Guadeloupe. Les dépenses de santé et, dans plusieurs territoires, les loyers sont également plus élevés. Ces écarts réduisent le pouvoir d’achat à niveau de revenu donné et contribuent ainsi à amplifier les différences de conditions matérielles de vie entre les DROM et l’Hexagone.

Le marché du travail dans les DROM présente également une situation moins favorable que dans l’Hexagone. En 2024, les taux d’emploi des 15-64 ans s’établissent à 32 % à Mayotte, 42 % en Guyane, 52 % à La Réunion, 54 % en Guadeloupe et 61 % en Martinique, contre 69 % en France métropolitaine. En miroir, le taux de chômage est plus élevé : il atteint, par exemple, 20 % en Guyane au 2ᵉ trimestre 2026, contre 8,1 % en France métropolitaine. La Martinique est le DROM où la situation sur le marché du travail est la moins dégradée, avec un taux de chômage néanmoins de 12,8 % au 2ᵉ trimestre 2026.

Ces difficultés reflètent en partie des niveaux de qualification plus faibles. Parmi la population non scolarisée de 15 ans ou plus, la part des personnes sans diplôme est proche de 43 % en Guyane, de 34 % à La Réunion, de 30 % en Guadeloupe et de 28 % en Martinique, contre 19 % en France métropolitaine en 2023. Ces différences de capital humain peuvent à leur tour peser sur l’insertion professionnelle et les perspectives de développement économique. Les niveaux de diplôme s’élèvent toutefois au fil des générations et réduisent les écarts constatés. Par exemple, en Guadeloupe, la part de la population non scolarisée et sans diplôme a diminué de 11 points en 11 ans, passant de 41 % à 30 % entre 2012 et 2023 ; à l’inverse, la proportion de titulaires d’un diplôme du supérieur est passée de 17,5 % à 25 % sur la même période.

Sur le plan environnemental, les DROM s’inscrivent dans un espace ultramarin qui concentre une part exceptionnelle de la biodiversité française : 80 % de la biodiversité nationale se situe en outre-mer, dont une grande partie des espèces endémiques. Cette richesse constitue un atout majeur pour le patrimoine naturel et certains secteurs économiques, mais elle s’accompagne d’une forte vulnérabilité aux pressions environnementales et au changement climatique. Les DROM sont notamment exposés à l’élévation du niveau marin et à des risques naturels spécifiques. Les difficultés de gestion de l’eau et de l’assainissement sont également beaucoup plus importantes que dans l’Hexagone.

 

6. Consommation d’espace et artificialisation des sols : quels contrastes entre les territoires ?

L’objectif de zéro artificialisation nette (ZAN) vise à atteindre, en 2050, un équilibre entre les surfaces nouvellement artificialisées et celles qui sont renaturées. Une première étape consiste à réduire de moitié, entre 2021 et 2031, le rythme de consommation des espaces naturels, agricoles et forestiers par rapport à la décennie précédente. Artificialisation et consommation d’espace sont deux notions proches mais distinctes : la seconde mesure un changement d’usage du territoire par la création ou l’extension d’espaces urbanisés sur des espaces naturels, agricoles ou forestiers, tandis que la première caractérise la transformation de la nature physique des sols. Ainsi, lorsqu’une maison est construite sur une parcelle agricole, toute la parcelle peut être comptabilisée comme consommée, y compris le jardin qui reste végétalisé, alors que seule une partie peut être considérée comme artificialisée.

En 2021, année de départ de la trajectoire vers le ZAN, 9 % des sols sont artificialisés en France hors Guyane. Cette proportion atteint 56 % dans les grands centres urbains, contre 6 % dans les communes rurales. Les ceintures urbaines présentent également une artificialisation importante (21 %), supérieure à celle des petites villes (16 %), traduisant notamment l’étalement urbain. L’Île-de-France est la région où le taux de surfaces artificialisées est le plus élevé (21 %). Dans les autres régions, les taux départementaux les plus élevés concernent notamment les départements accueillant une grande métropole, comme le Rhône (21 %, avec Lyon), le Nord (20 %, avec Lille) ou les Bouches-du-Rhône (18 %, avec Marseille). À l’inverse, ils sont inférieurs à 3 % en Lozère, dans les Alpes-de-Haute-Provence et dans les Hautes-Alpes.

La consommation d’espace a également ralenti. Entre 2009 et 2021, environ 300 000 hectares ont été consommés en France hors Mayotte, soit 0,5 % du territoire. Après environ 20 000 hectares consommés chaque année pour l’habitat au début des années 2010, la consommation annuelle s’établit autour de 15 000 hectares depuis 2016. L’habitat représente les deux tiers des surfaces consommées, avant tout en lien avec les besoins en résidences principales.

Ces besoins sont liés, pour une part comparable, à la croissance de la population et à la diminution de la taille des ménages : entre 2009 et 2019, elles expliquent respectivement 32,9 % et 33,4 % de l’augmentation de la surface au sol des logements. Les logements vacants et les résidences secondaires jouent également un rôle, ces dernières contribuant à plus de 30 % de la consommation d’espace dans certains territoires touristiques comme les Alpes-Maritimes, les Hautes-Alpes ou les deux départements corses. Les formes d’habitat comptent également : près de 60 % du bâti est dédié à l’habitat individuel, une proportion qui atteint 67 % dans le rural dispersé.

Les situations territoriales sont néanmoins contrastées. La consommation d’espace pour l’habitat a été particulièrement forte dans les départements d’outre-mer et en Corse, ainsi que dans plusieurs départements du quart sud-ouest. À La Réunion, où la consommation d’espace était déjà importante en 2013, l’espace urbanisé a encore augmenté de 11 % entre 2013 et 2022, contre 6 % dans l’Hexagone. À l’inverse, en Provence-Alpes-Côte d’Azur, la surface consommée pour l’habitat a progressé de 6,9 % entre 2009 et 2019, moins vite que le nombre de ménages (+8,6 %). Cette modération s’explique notamment par la densité et les contraintes géographiques, qui favorisent une emprise foncière plus faible de l’habitat.

L’activité économique représente enfin près d’un quart de la consommation d’espace. Elle est très concentrée territorialement : les 10 % de communes les plus consommatrices concentrent 80 % de la consommation à vocation économique. L’industrie et les bureaux et services publics en représentent chacun près de 30 %. Le commerce est en revanche de moins en moins consommateur d’espace  sa consommation annuelle est passée de 1 170 hectares en 2012 à 770 hectares en 2021. Le poids de l’activité économique est particulièrement élevé dans le quart nord-est : 44 % de la consommation d’espace en Île-de-France, 34 % dans les Hauts-de-France et 28 % dans le Grand Est.

 

7. Est-il de plus en plus difficile de devenir propriétaire ?

En France, la part des ménages propriétaires de leur résidence principale a progressé en quarante ans, à 57,3 % en 2026, contre 50,6 % en 1982. C’est en partie le résultat du vieillissement de la population, la part de propriétaires étant plus importante au fil du cycle de vie. À âge comparable, la part des propriétaires a toutefois diminué entre les générations nées dans les années 1940 et 1950 et celles nées dans les années 1960 et 1970. A contrario, elle est un peu plus élevée en début de parcours pour celles nées dans les années 1980, dont les plus aisés ont pu bénéficier dans la décennie 2010 de taux d’intérêt réels bas malgré des prix immobiliers élevés. Les écarts de propriété selon le niveau de vie se sont creusés au fil des générations, s’amplifiant des générations des années 1950 jusqu’aux générations des années 1980.

La difficulté d’accéder à la propriété dépend cependant fortement du lieu où l’on souhaite acheter, mais aussi des écarts de revenus des ménages selon les territoires : les prix sont en moyenne plus faibles dans les espaces ruraux et plus élevés dans les pôles des grandes agglomérations et dans certains territoires touristiques. L’Auvergne-Rhône-Alpes illustre la diversité des situations rencontrées, selon le type d’espace et la situation des ménages. En 2019, avant la crise sanitaire et la remontée des taux d’intérêt, au regard de leurs revenus, deux ménages locataires de moins de 46 ans sur trois pouvaient théoriquement acheter un logement correspondant à leur composition familiale dans leur zone de résidence dans cette région. Mais cette proportion variait fortement selon le type de ménage. Les couples sans enfant étaient les mieux placés : huit sur dix pouvaient acheter dans leur zone de résidence. À l’inverse, seule la moitié des couples avec trois enfants disposait d’une capacité d’achat suffisante. Depuis, avec la hausse des taux d’emprunt, un nombre croissant de ménages ne réunit a priori plus les conditions financières requises, sauf si leur situation patrimoniale leur permet de disposer d’un apport adéquat.

La difficulté d’accès à la propriété est plus importante dans les territoires où les prix immobiliers sont élevés. Dans la région Auvergne-Rhône-Alpes, par exemple, la Métropole de Lyon, le pays de Gex et le département de la Haute-Savoie présentent des prix élevés des biens immobiliers, constituant un frein plus important que le niveau de revenu disponible. À Lyon en particulier, où le prix médian au m² atteint presque le double de celui observé dans l’ensemble de la région, plus de la moitié des ménages de la région ne pourraient pas acheter. À l’inverse, la géographie des prix peut offrir des possibilités d’accession plus importantes dans des territoires moins chers, même lorsque les revenus y sont plus faibles, comme à Clermont Auvergne Métropole ou à Saint-Étienne Métropole, qui se distinguent par des prix nettement inférieurs à la moyenne régionale.

Les difficultés d’accès à la propriété apparaissent également dans les zones touristiques, où les résidences secondaires peuvent réduire l’offre de logements disponibles pour les ménages résidents. Les résidences secondaires représentent, en particulier, 28 % du parc de logements des communes littorales métropolitaines, contre 10 % en moyenne en France. Cette pression est particulièrement marquée sur les façades atlantiques et méditerranéennes.

 

8. Quels logements et ménages sont concernés par les enjeux de la rénovation énergétique ?

Au 1er janvier 2025, la France métropolitaine compte 30,9 millions de résidences principales, dont environ 3,9 millions sont classées F ou G au diagnostic de performance énergétique (DPE), soit 12,7 % du parc, et qualifiées de « passoires énergétiques ». Les maisons sont plus souvent concernées que les appartements, et les petites surfaces présentent également des taux élevés de DPE de classe F ou G.

Le parc locatif privé compte 1,1 million de passoires énergétiques, soit 13,8 % de ses logements au 1er janvier 2025. Il est plus exposé que le parc locatif social, dont 5,8 % des logements sont classés F ou G, soit environ 300 000 logements. Cette situation s’explique en partie par ses caractéristiques : il est davantage composé de logements anciens, de petites surfaces et de logements chauffés à l’électricité. Sa géographie est elle aussi différenciée : la part des logements classés F ou G atteint notamment des niveaux élevés en Île-de-France, en Bourgogne-Franche-Comté, dans les Hauts-de-France et dans le Grand Est, tandis qu’elle est plus faible dans les régions méditerranéennes.

La qualité énergétique des logements ne constitue toutefois qu’une partie du problème : le niveau de revenu des ménages détermine leur capacité à supporter les dépenses d’énergie. En 2021, près de 4,8 millions de ménages, soit 17,4 % des ménages de France métropolitaine, sont en situation de vulnérabilité énergétique liée au logement. Cette vulnérabilité correspond à une situation où les dépenses énergétiques conventionnelles nécessaires pour maintenir un confort thermique standard représentent une part particulièrement élevée du revenu disponible. Elle résulte de la combinaison de la performance du logement, de ses caractéristiques (surface, isolation, mode de chauffage), du climat et du niveau de revenu des occupants. La vulnérabilité énergétique liée au logement est plus fréquente dans les territoires ruraux, où l’habitat individuel est davantage présent et où les logements sont souvent plus grands et plus fréquemment chauffés au fioul, alors même que les ménages ont des revenus modestes : ainsi, en 2021, près de quatre ménages sur dix étaient exposés à une vulnérabilité énergétique dans le Cantal et dans la Creuse.

Les enjeux diffèrent également selon le statut d’occupation. En 2021, 18,3 % des propriétaires occupants sont vulnérables énergétiquement (en lien avec une prédominance des maisons individuelles), contre 16,0 % des locataires. Parmi ces derniers, 17,5 % de ceux du parc privé sont vulnérables, contre 13,5 % dans le parc social. La rénovation constitue donc un enjeu particulier pour les propriétaires occupants qui cumulent faibles revenus et logement énergivore, mais aussi pour les locataires du parc privé, dont le logement dépend des décisions de leur propriétaire bailleur. Dans le parc social, des contrastes apparaissent aussi selon l’ancienneté du parc : ainsi, le Grand Est compte plus de 15 % des locataires du parc social en situation de vulnérabilité énergétique, avec un parc d’un âge moyen de 46 ans, contre 42 ans en France métropolitaine en 2025.

La vulnérabilité énergétique souligne l’enjeu social de la rénovation. Les ménages vulnérables ne sont cependant pas tous en situation de pauvreté monétaire : près de 45 % le sont, tandis que certains ménages disposant de revenus plus élevés sont également exposés du fait de la consommation excessive de leur logement.

La rénovation énergétique permet de réduire les consommations, mais les gains observés peuvent être sensiblement inférieurs à ceux attendus théoriquement. Pour des maisons individuelles ayant fait l’objet de travaux liés à l’isolation thermique entre 2018 et 2024, les travaux réduisent en moyenne la consommation d’électricité de 5,0 % pour les logements chauffés à l’électricité et la consommation de gaz de 6,6 % pour ceux chauffés au gaz. La réduction reste toutefois inférieure de plus de moitié aux gains théoriques estimés à partir des caractéristiques des logements. Cet écart entre performance énergétique théorique et consommation observée peut notamment tenir aux comportements des ménages et à la qualité des travaux réalisés. L’évaluation en conditions réelles rappelle ainsi que l’efficacité des politiques de rénovation ne peut être appréciée à partir des seuls gains conventionnels : elle doit aussi prendre en compte les consommations effectivement observées et la diversité des situations des ménages.

 

9. Quels sont les facteurs expliquant les écarts entre l'offre et la demande de logements à l’échelle des territoires ?

Les écarts entre l’offre et les besoins en logements ne tiennent pas seulement au nombre de logements disponibles, mais aussi à leur localisation, leur usage, leur taille, leur qualité et leur prix. Au 1er janvier 2026, la France hors Mayotte compte 38,6 millions de logements, dont 82,7 % de résidences principales, 9,7 % de résidences secondaires ou logements occasionnels et 7,6 % de logements vacants.

L’inadéquation entre l’offre et la demande peut prendre différentes formes. Lorsque le parc apparaît insuffisant ou inadapté pour répondre aux besoins, apparaissent des situations de mal-logement. Dans son exercice de projection à l’horizon 2050, le service statistique des ministères chargés de l’environnement, de l’énergie, de la construction, du logement et des transports (SDES) estime entre 1,3 et 1,5 million le besoin de logements associé à la résorption des situations de mal-logement considérées, notamment l’absence de logement personnel, les logements trop petits ou très dégradés. À l’inverse, dans certains territoires, le parc ne trouve pas de demande, en lien avec la déprise démographique, la qualité insuffisante des logements ou des caractéristiques inadaptées.

L’adéquation entre l’offre et la demande ne peut s’apprécier qu’à l’échelle territoriale, en lien avec les logiques résidentielles des ménages. La diminution de leur taille contribue à accroître le nombre de résidences principales nécessaires, même lorsque la population progresse peu. Mais les besoins sont aussi concentrés dans les territoires les plus dynamiques, notamment les grandes agglomérations et les espaces attractifs de l’Ouest et du Sud. La zone d’emploi de Toulouse illustre cette dynamique : elle concentre une part importante de la population et des emplois et présente un marché immobilier tendu, avec des prix élevés et une faible vacance (6,7 %). À l’inverse, la zone d’emploi de Verdun constitue un exemple de territoire rural où l’emploi recule, contribuant à réduire la demande locale de logements et, lorsque le parc ne s’ajuste pas, à accroître la vacance (10,6 %).

Le parc de logements répond par ailleurs à des usages très différents selon les territoires. Les résidences secondaires occupent une place particulièrement importante dans les espaces touristiques, notamment sur les façades littorales et dans les territoires de montagne. Sur la façade atlantique, elles représentent en 2023 près de 35 % des logements dans la zone d’emploi des Sables-d’Olonne, 31 % dans celle de Pornic, 23 % dans celle de Bayonne et 17 % dans celle de La Rochelle. Le phénomène est encore plus marqué sur le pourtour méditerranéen et dans les Alpes : 57 % des logements dans la zone d’emploi de Sainte-Maxime, 42 % dans celle de Menton et 38 % dans celle de Fréjus ; 65 % dans celle de Briançon et 58 % dans celle du Mont-Blanc. Ce poids illustre la concurrence entre différents usages du parc : dans les territoires touristiques, une part importante des logements est destinée à un usage secondaire ou à un usage de location touristique de courte durée, alors même que ces espaces peuvent connaître une forte attractivité résidentielle et des besoins croissants en résidences principales.

La vacance constitue un autre révélateur de ces désajustements, avec des contrastes selon le degré de densité des territoires. En 2023, elle concerne 7,8 % des logements dans les grands centres urbains, contre 8,2 % dans les bourgs ruraux et 7,7 % dans le rural à habitat dispersé. Elle atteint 10,0 % dans le rural à habitat très dispersé. La vacance ne correspond toutefois pas intégralement à une offre immédiatement mobilisable. Environ la moitié est de courte durée, liée au fonctionnement normal du marché entre deux occupants. À l’inverse, la vacance de longue durée peut traduire une inadéquation territoriale, de taille ou de qualité. Elle peut être plus importante dans les territoires où le nombre de ménages diminue, mais aussi concerner, dans des territoires attractifs, des logements trop petits, trop dégradés ou ne correspondant plus aux attentes des ménages. Certains restent également vacants dans l’attente d’une succession ou d’une vente.

Enfin, le désajustement porte sur la correspondance entre la taille du logement et celle du ménage. La suroccupation traduit une insuffisance de logements adaptés aux ménages qui en ont besoin : en 2023, près de 10 % des résidences principales sont en situation de suroccupation, plus fréquemment avec des familles nombreuses, des jeunes et des locataires. À l’inverse, la sous-occupation est particulièrement répandue dans les territoires où l’habitat individuel domine. En 2022, un quart des résidences principales sont en situation de sous-occupation très accentuée, soit 7,6 millions de logements ; 93 % sont des maisons et 60 % des ménages concernés ont 60 ans ou plus. Le phénomène est particulièrement marqué dans les espaces ruraux et les couronnes des aires d’attraction des villes : 36 % des résidences principales en Bretagne, contre moins de 15 % en Île-de-France, en Provence-Alpes-Côte d’Azur et en Corse.

Les écarts entre l’offre et la demande de logements relèvent donc d’un triple désajustement : géographique, entre les territoires où se trouvent les logements et ceux où se concentrent les besoins ; fonctionnel, entre résidences principales, résidences secondaires et logements vacants ; et qualitatif, entre les caractéristiques des logements et celles des ménages. Les situations de tension dans les métropoles, les couronnes urbaines ou les espaces touristiques peuvent ainsi coexister avec une vacance ou une sous-occupation importantes dans d’autres territoires.

 

10. Quels sont les potentiels impacts territoriaux de la baisse du nombre d'élèves ?

La baisse du nombre d’élèves devrait constituer un phénomène durable et largement partagé par les territoires. Selon les projections du service statistique du ministère de l’Éducation nationale (la DEPP), les effectifs des premier et second degrés diminueraient de 1,68 million entre 2025 et 2035, soit 14,2 %. Cette baisse serait d’abord portée par le premier degré (-15,2 %), avant de se diffuser au second degré (-13,2 %). Elle ne se produira toutefois ni au même rythme ni avec la même intensité partout : les projections départementales mettent en évidence des écarts importants, liés notamment aux dynamiques démographiques locales.

La géographie de cette baisse est particulièrement contrastée. Dans le premier degré, elle serait supérieure à 20 % dans quatre académies à l’horizon 2035. Elle serait particulièrement marquée à Paris (-29 %), en Martinique (-23 %) et dans plusieurs académies du nord et de l’est, comme Nancy-Metz ou Lille (-21 %). À l’inverse, elle serait plus modérée dans plusieurs académies de l’ouest et du sud-est, notamment à Nantes et Nice (-12 %). Les écarts peuvent également être importants au sein d’une même académie : dans l’académie de Nantes, par exemple, par exemple, le recul attendu dans le premier degré est plus marqué en Vendée qu’en Loire-Atlantique.

Ces évolutions pourraient conduire à des besoins différenciés d’adaptation de l’offre scolaire et de son organisation selon les territoires. La baisse des effectifs se diffusera progressivement entre les différents niveaux d’enseignement, au rythme du passage des générations moins nombreuses dans le système scolaire. Après avoir été principalement portée par le premier degré, elle concernera de plus en plus le second degré : les collèges perdraient ainsi près de 515 000 élèves entre 2025 et 2035.

Dans les territoires ruraux, où les écoles sont souvent de petite taille, la baisse des effectifs pose plus directement la question du maintien du maillage scolaire. Entre 2015 et 2025, les écoles publiques rurales hors éducation prioritaire ont perdu 15,4 % de leurs élèves, contre 7,7 % dans les communes urbaines ; le nombre de classes y a diminué de 8,1 %, soit moins rapidement que les effectifs. La baisse démographique s’est ainsi jusqu’à présent traduite par des classes moins chargées. Les écoles rurales sont par ailleurs davantage concernées par les classes multiniveaux : en 2025, 73 % des élèves des communes rurales sont scolarisés dans une classe de ce type, contre 38 % dans les communes urbaines. À mesure que les effectifs continueront de diminuer, l’organisation du réseau scolaire et le maintien d’une offre de proximité pourront donc constituer un enjeu particulièrement important dans les territoires ruraux éloignés des villes. Ainsi, à la rentrée 2025, 8 % des écoliers et collégiens résident dans une commune rurale éloignée des villes, une proportion qui atteint ou dépasse 25 % dans 21 départements et 50 % dans la Creuse et la Lozère.