2027 : la statistique publique au service des débats
À l’approche des échéances électorales de 2027, les débats qui traversent notre société
porteront sur de nombreuses questions économiques, sociales, environnementales, démographiques
ou territoriales. Pour les comprendre, les mettre en perspective et en mesurer les
évolutions, disposer de repères partagés est essentiel.
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Approches sectorielles : industrie (à venir), agriculture, culture (à venir) Quelques questions
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1. Comment évolue le modèle agricole ?
L’agriculture et les industries agroalimentaires (IAA) représentent environ 3,5 % du PIB national – environ 1,7 % pour les produits bruts issus de l’agriculture, de la sylviculture et de la pêche, et 1,8 % pour les produits transformés issus des IAA. Après avoir fortement baissé depuis 1980, cette part est stable depuis le milieu des années 2000 et oscille entre 3 et 3,5 %.
Ces deux secteurs pèsent pour près de 5 % de l’emploi total en France, soit 1,4 million de personnes en équivalent temps plein (ETP). C’est surtout l’emploi agricole qui a fortement diminué, passé de plus de 8 % de l’emploi total au début des années 1980 à moins de 3 % désormais, et qui continue de reculer. L’emploi dans les IAA s’est réduit beaucoup moins nettement sur longue période, et s’est plutôt maintenu en comparaison de l’emploi dans le reste de l’industrie : depuis 2000, il représente entre 2,2 % et 2,4 % de l’emploi total.
Avec plus de 90 milliards d’euros de productions animale et végétale en 2023, soit près de 18 % de la production de l’Union européenne (UE à 27), la France est le premier producteur européen de produits agricoles bruts, devant l’Allemagne (14 %), l’Espagne et l’Italie (13 %). La France est, chaque année, le premier producteur végétal, et partage la première place avec l’Allemagne pour la production animale selon les années. La France est également le deuxième pays de l’Union européenne en termes de chiffre d’affaires des industries agroalimentaires, derrière l’Allemagne.
Derrière ces grandeurs macroéconomiques, se trouvent les exploitations agricoles : elles sont de moins en moins nombreuses : en 2020, elles étaient 390 000 en France (hors DROM), contre 664 000 en 2000, et près de 350 000 en 2023. Le rythme de baisse des exploitations s’est toutefois un peu ralenti : -2,3 % par an en moyenne entre 2010 et 2020 contre -3,0 % par an entre 2000 et 2010. La baisse reste plus marquée pour les exploitations d’élevage de ruminants (bovins, ovins, caprins).
Les exploitations sont dans le même temps de plus en plus grandes : la surface moyenne d’une exploitation est passée de 42 hectares en 2000 à 69 hectares en 2020, et 76 hectares en 2023 ; le cheptel laitier moyen a augmenté de 40 % en dix ans, passé de 50 à 70 vaches. Elles ont également tendance à se spécialiser davantage. Les exploitations de polyculture-polyélevage continuent ainsi de reculer et représentent 10 % des exploitations en 2020 (contre 15 % en 2000). En revanche, la spécialisation en grandes cultures s’accentue (29 % des exploitations en 2020 contre 24 % en 2010). Dans le même temps, la croissance du nombre d’exploitations en bio et des surfaces en bio a été très dynamique en quinze ans, avec des surfaces multipliées par cinq, même si les surfaces en conversion ont reculé pour la première fois en 2023.
Les formes juridiques continuent d’évoluer aussi. Les entreprises individuelles restent majoritaires, mais diminuent (58 % des exploitations en 2020 contre 70 % en 2010), au profit des formes sociétaires qui se développent (EARL, GAEC...), notamment au sein des grandes exploitations.
Le modèle de l’exploitation familiale laisse place progressivement à d’autres formes d’organisations. Reprendre la ferme des parents reste la situation la plus fréquente, mais l’installation hors cadre familial se développe : en 2020, parmi les exploitations avec un chef installé avant 2010, près de 80% ont un chef qui avait repris l’exploitation familiale ; cette part tombe à 61 % pour les chefs installés après 2010. Avec la poursuite du vieillissement de la population agricole (d'ici à 2030, 166 000 exploitants ou co-exploitants partiront à la retraite), et alors qu’un nombre croissant d'enfants d'agriculteurs choisissent aujourd'hui d'autres orientations professionnelles, l'arrivée dans l'agriculture de personnes extérieures à ce secteur est amenée à s’amplifier.
L’emploi agricole s’est aussi transformé. Les exploitants constituent toujours la plus grande part du travail agricole (près de 60 % des emplois en équivalent temps plein en 2020, comme en 2010), tandis que l’emploi familial, fréquent dans les exploitations, diminue au profit de salariés permanents non familiaux. Dans les ménages agricoles, il est de plus en plus fréquent que l’un des conjoints travaille en dehors de l’exploitation, et hors activité agricole, ce qui permet aussi de diversifier les sources de revenus.
Références :
Un panorama de l’agriculture en France, Vue d’ensemble du SSM Agriculture in Transformations de l’agriculture et des consommations
alimentaires, Insee références, février 2024
1970-2020 : des exploitations agricoles moins nombreuses, plus grandes et davantage
spécialisées que les territoires, Vue d’ensemble du SSM Agriculture in Transformations de l’agriculture et des consommations
alimentaires, Insee références, février 2024
2. Les agriculteurs français ont-ils besoin des aides de l'Union européenne ?
La politique agricole commune (PAC), mise en place en 1957, fait l’objet de programmations renégociées régulièrement. La programmation 2023-2027 fait suite à celle de 2015-2022. Comme la précédente, elle est structurée en deux piliers. Le 1er pilier regroupe pour l’essentiel les aides directes de soutien aux revenus des agriculteurs, financé par le fonds européen agricole de garantie (FEAGA). Le 2nd pilier regroupe des mesures visant à la protection de l’environnement et la lutte contre le changement climatique, l’aménagement des territoires ruraux et le maintien d’une population active dans ces territoires. Il est financé par le fonds européen agricole pour le développement rural (FEADER) et des cofinancements nationaux.
En France (hors DROM), 8,5 milliards d’euros ont été versés au titre des principales aides de la PAC en 2023, première année de la programmation 2023-2027, soit un montant équivalent à 2022 selon les données de l’Agence de services et de paiements analysées par le service statistique du ministère de l’agriculture. Parmi les aides versées au titre du 1er pilier (6,6 milliards d’euros), l’aide de base et l’aide complémentaire au revenu des jeunes agriculteurs augmentent ; le nombre de bénéficiaires de l’écorégime (système d’aides pour des pratiques favorables à l’environnement et à la biodiversité) et l’enveloppe consacrée à ce paiement baissent par rapport au « paiement vert » de la précédente programmation (paiement conditionné à certains critères environnementaux). Parmi les principales aides du 2nd pilier (près de 1,9 milliard d’euros), l’aide à l’assurance récolte augmente, avec une hausse de l’enveloppe dédiée et du nombre des bénéficiaires ; l’aide prépondérante du 2nd pilier reste une aide à l’élevage dans les zones soumises à contraintes naturelles (montagne par exemple).
Le nombre de bénéficiaires d’au moins une aide de la PAC a diminué fortement entre 2022 et 2023, passant de 308 000 à 276 600, du fait de l’introduction du critère d’agriculteur « actif », qui a réduit nettement le nombre des bénéficiaires âgés. En 2022, 10 % des bénéficiaires de la PAC avaient 67 ans ou plus, contre 2 % en 2023. En 2023, près de huit agriculteurs sur dix sont bénéficiaires d’une aide de la PAC (1er pilier ou principales aides du 2nd pilier).
Parmi les bénéficiaires de la PAC à la fois en 2022 et en 2023, les aides ont baissé significativement (au moins 5 % de baisse) pour 27 % des bénéficiaires et augmenté (au moins 5 % de hausse) pour 34 % d’entre eux, avec des différences marquées selon les productions. Parmi les exploitations bio, plus de la moitié ont vu leur montant total d’aides PAC augmenter entre 2022 et 2023.
Une étude menée sur les résultats économiques des exploitations agricoles en 2024 permet d’apprécier le poids de la PAC dans l’ensemble des subventions dont elles bénéficient et sa contribution aux excédents bruts d’exploitation. En 2024, les aides directes du 1er pilier de la PAC représentent 71,1 % des subventions d’exploitation allouées, contre 20,8 % pour les mesures relevant du 2nd pilier et 8,1 % pour les aides hors PAC. La composition des subventions d’exploitation est très hétérogène d’une filière à l’autre : les proportions d’aides issues du 1er pilier sont importantes en grandes cultures, celles du 2nd pilier plus importantes dans les élevages d’herbivores, alors que les productions maraîchères et fruitières perçoivent plus de subventions hors PAC. Ces différences ont tendance à s’atténuer avec la programmation 2023-2027 qui a augmenté les aides dans des filières historiquement peu aidées par la PAC (viticulture, maraîchage).
Les subventions d’exploitation représentent 12,7 % des produits courants des exploitations bénéficiaires en 2024, proportion stable par rapport à 2023. En 2024, le poids des subventions dans l’Excédent Brut d’Exploitation (EBE) est particulièrement important pour les producteurs de grandes cultures et les élevages d’herbivores, atteignant 93 % en céréales et 81 % en bovins-viande. Près de la moitié des exploitations céréalières, des élevages de bovins viande et d’ovins-caprins auraient eu un EBE négatif sans les subventions cette année-là. Cette proportion est plutôt structurelle pour les élevages d’herbivores mais est assez exceptionnelle pour les exploitations céréalières car les récoltes 2024 ont été particulièrement mauvaises. Cet indicateur peut donc varier fortement selon les années en fonction des résultats économiques, très dépendants des événements géopolitiques et climatiques.
Références :
Ouvrir dans un nouvel ongletLes aides PAC sont stables entre 2022 et 2023 pour 4 bénéficiaires sur 10, SSM Agriculture, Agreste, Primeur 2025-5, octobre 2025, mis à jour en avril 2026
Ouvrir dans un nouvel ongletPolitique agricole commune : les paiements des aides de la PAC en 2024 (données ASP), SSM Agriculture, Agreste, Chiffres & Données 2026-6, mai 2026
Ouvrir dans un nouvel ongletRapports présentés à la Commission des comptes de l’agriculture de la Nation - Session
du 16 décembre 2025, SSM Agriculture, Agreste, Les Dossiers 2025-3, décembre 2025
3. Les agriculteurs sont-ils pauvres ?
La moitié des personnes vivant dans les ménages agricoles, qui ont déclaré un bénéfice agricole non nul à l’administration fiscale, ont un niveau de vie supérieur à 24 700 euros en 2021. Ce niveau de vie médian est plus élevé que celui des personnes des ménages ayant des revenus d’activité professionnelle (23 600 euros) et que l’ensemble des personnes résidant en France (23 000 euros).
Entre 2012 et 2021, le niveau de vie médian des ménages agricoles progresse légèrement plus vite que celui des autres ménages, malgré un recul en début de période. La structure du revenu disponible des ménages agricoles se transforme également : la part des bénéfices agricoles recule au profit des autres revenus d’activité, des retraites et des revenus du patrimoine.
Les écarts de niveaux de vie sont nettement plus importants au sein des ménages agricoles que dans l’ensemble de la population. Ainsi, le taux de pauvreté – sujet à de fortes variations selon les années – est toujours plus élevé de 2 points au sein des ménages agricoles que parmi l’ensemble des ménages ayant des revenus d’activité (15,1 % contre 13,1 % en 2021). Mais les ménages agricoles sont également surreprésentés dans le haut de la distribution : les 10 % de personnes ayant les niveaux de vie les plus élevés parmi les ménages agricoles se situent parmi les 5 % de personnes ayant les niveaux de vie les plus élevés dans l’ensemble de la population.
Une exploitation du recensement agricole décennal, apparié à des données sociales et fiscales de l’Insee sur les revenus, permet de compléter cette analyse en distinguant notamment les différents types d’exploitations agricoles. Le revenu disponible d’un ménage agricole, c’est-à-dire dont au moins un membre est dirigeant d’une exploitation agricole en 2020, se compose d’un revenu agricole tiré de l’exploitation, mais peut aussi comprendre d’autres revenus, comme des salaires ou des revenus du patrimoine. En 2020, le revenu agricole moyen des ménages agricoles en France (hors Guadeloupe, Guyane et Mayotte) s’élève à 16 900 euros par an, soit 34,3 % de leur revenu disponible. Les revenus des ménages agricoles des régions de la moitié nord de la France métropolitaine (à l’exception de l’Île-de-France) proviennent davantage des revenus agricoles que ceux des autres régions. La part des revenus agricoles est très faible pour les ménages les plus modestes, et elle reste en moyenne inférieure à 30 % pour la moitié des ménages les moins aisés. Elle dépasse les 40 % parmi les 10 % des ménages agricoles les plus aisés.
La part du revenu agricole dans le revenu disponible des ménages agricoles varie également fortement selon les filières de production. En 2020, elle est, en moyenne, supérieure à 50 % pour les éleveurs de granivores (porcins et volailles) et de bovins pour le lait. Ces derniers sont plus fortement représentés en Bretagne, Normandie, Pays de la Loire, Bourgogne-Franche-Comté, Auvergne-Rhône-Alpes et Hauts-de-France. En revanche, elle est inférieure à 25 % pour les éleveurs de bovins pour la viande, les producteurs de fruits et d’autres cultures permanentes et les éleveurs d’ovins, caprins et autres herbivores.
Quant aux revenus du patrimoine, leur part dans le revenu disponible des ménages agricoles est supérieure à celle de l’ensemble des ménages actifs (21 % contre 8 %), ce quel que soit le niveau de vie des ménages. Les revenus patrimoniaux des ménages agricoles sont notamment des revenus fonciers, correspondant souvent à des fermages, issus de terres possédées par l’agriculteur et louées par la société dont il est associé. À ce titre, ils pourraient en partie être considérés comme des revenus agricoles en un sens élargi. Pour les ménages agricoles, la part des revenus du patrimoine n’augmente pas systématiquement avec le niveau de vie. Ainsi, ils représentent 20 % du revenu disponible des 10 % des ménages agricoles au niveau de vie le plus bas, soit une part proche de celle des ménages agricoles avec un niveau de vie compris entre le huitième et le neuvième décile (21 %). Seuls les 10 % des ménages agricoles au niveau de vie le plus élevé se distinguent nettement, avec une contribution de leurs revenus du patrimoine plus élevée (38 %).
Références :
Ouvrir dans un nouvel ongletLe taux de pauvreté plus élevé au sein des ménages agricoles que dans l’ensemble des
ménages, SSM Agriculture, Agreste, Primeur 2026-1, avril 2026
Ouvrir dans un nouvel ongletEntre ménages agricoles, les inégalités de niveau de vie sont plus marquées que dans
l’ensemble des ménages actifs dans la majorité des régions agricoles, SSM Agriculture, Agreste, Primeur 2026-02, avril 2026
Combien gagne un agriculteur ?, Billet du SSM Agriculture in Le blog de l’Insee, décembre 2024
