2027 : la statistique publique au service des débats

À l’approche des échéances électorales de 2027, les débats qui traversent notre société porteront sur de nombreuses questions économiques, sociales, environnementales, démographiques ou territoriales. Pour les comprendre, les mettre en perspective et en mesurer les évolutions, disposer de repères partagés est essentiel.
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Chiffres détaillés
Paru le :Paru le15/10/2026
- Octobre 2026
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Pouvoir d’achat, inégalités de revenu et pauvreté Quelques questions

Chiffres détaillés

Paru le :15/10/2026

1. Comment le pouvoir d’achat a-t-il évolué ces vingt dernières années, entre 2005 et 2025 ?

Selon la comptabilité nationale, le pouvoir d'achat de l'ensemble des ménages a augmenté de 28,9 % entre 2005 et 2025, soit +1,3 % par an en moyenne. Le pouvoir d'achat correspond à la quantité de biens et de services qu'un ménage peut acheter avec son revenu. Il augmente lorsque les revenus progressent plus vite que les prix et diminue dans le cas inverse. Pour mesurer l'évolution du pouvoir d'achat des ménages, l'Insee compare l'évolution de leur revenu disponible brut à celle des prix à la consommation. Plus précisément, le pouvoir d'achat est obtenu en retranchant au taux de croissance du revenu disponible brut le taux de croissance du déflateur de la dépense de consommation finale des ménages en comptabilité nationale. Ce déflateur est très proche de l'indice des prix à la consommation (IPC), même s'il s'en distingue légèrement par son champ et sa méthode de calcul. Le pouvoir d'achat du revenu disponible brut des ménages constitue un agrégat macroéconomique qui peut être directement comparé au PIB, notamment pour analyser la manière dont la richesse créée est répartie entre les différents secteurs de l'économie. Sur la même période, le PIB a progressé de 1,1 % par an en moyenne.

La progression du pouvoir d’achat est plus faible lorsqu'on la rapporte au nombre d'unités de consommation (UC), afin de tenir compte de la croissance de la population et de l'évolution de la composition des ménages. Le pouvoir d'achat par UC a ainsi progressé de 13,4 % entre 2005 et 2025, soit +0,6 % par an en moyenne. Cette progression a par ailleurs été près de deux fois plus rapide entre 2015 et 2025 (+0,8 % par an) qu'entre 2005 et 2015 (+0,4 % par an).

Les indicateurs macroéconomiques décrivent une évolution moyenne pour l'ensemble des ménages. Pour mieux rendre compte de la diversité des situations, l’approche selon le niveau de vie est privilégiée. En effet, le niveau de vie, concept très proche du pouvoir d’achat (il s’en distingue notamment par la non prise en compte des loyers imputés), peut être décomposé selon les catégories de ménages grâce à l’enquête Revenus fiscaux et sociaux (ERFS). Entre 2004 et 2024, le niveau de vie a augmenté tout au long de l’échelle des revenus (entre +9 % pour les 1er et 2e déciles de niveau de vie et +17 % pour les 7e et 8e déciles). Cette progression a toutefois été un peu plus forte pour les ménages aisés, ce qui s'est traduit par une augmentation des inégalités. En particulier, le rapport entre la somme des niveaux de vie perçus par les 20 % les plus aisés et la somme des niveaux de vie perçus par les 20 % les plus modestes est passé de 4,0 à 4,6 entre 2004 et 2024.

Références :
Les comptes de la Nation en 2025 - Le PIB ralentit et le pouvoir d’achat des ménages se replie, Insee Première no 2105, mai 2026
Revenu et pouvoir d’achat des ménages en 2025, Les comptes de la nation en 2025, données détaillées, Insee, mai 2026.
Comptes nationaux - espace thématique, Insee, juin 2026
Niveau de vie et pauvreté en 2024 - Les niveaux de vie augmentent sans freiner les inégalités, Insee Première no 2117, juillet 2026

 

2. Pourquoi le ressenti des ménages en matière de pouvoir d’achat apparaît-il plus pessimiste ?

Les enquêtes d'opinion mettent depuis longtemps en évidence un décalage entre l'évolution mesurée du pouvoir d'achat et la perception qu'en ont les ménages. L'enquête mensuelle de conjoncture auprès des ménages réalisée par l'Insee interroge, depuis 1987, environ 2 500 ménages sur leur situation économique, leurs comportements de consommation et d'épargne, ainsi que sur leur perception de leur situation financière et du niveau de vie en France.
Depuis le début de cette enquête, une majorité relative de ménages estime, presque chaque mois, que sa situation financière personnelle s'est dégradée. Ce pessimisme est encore plus marqué lorsqu'ils sont interrogés sur l'évolution générale du niveau de vie en France. Par ailleurs, la corrélation entre ces opinions et l'évolution mesurée du pouvoir d'achat apparaît plus faible depuis une vingtaine d'années qu'au cours des vingt premières années de l'enquête.

Plusieurs facteurs peuvent expliquer ce décalage :

  • Une progression du pouvoir d'achat devenue plus faible : Le pouvoir d'achat continue de progresser en moyenne, mais beaucoup moins rapidement qu'auparavant. Rapporté aux unités de consommation, il a augmenté de 0,6 % par an en moyenne depuis 2005, contre 1,7 % par an au cours des vingt années précédentes. Une progression plus faible est naturellement plus difficile à percevoir.
  • Les moyennes ne reflètent pas les trajectoires individuelles : Les indicateurs de pouvoir d'achat décrivent des évolutions moyennes. Même lorsqu'ils sont déclinés par déciles de niveau de vie, ils ne rendent qu'imparfaitement compte de la diversité des situations et des trajectoires individuelles. Il est possible de l’illustrer avec le pouvoir d'achat du salaire, qui à la différence du pouvoir d'achat usuel, ne tient pas compte des autres revenus des ménages ni des transferts sociaux, mais permet des analyses par profession. Dans le secteur privé, l’évolution du pouvoir d’achat du salaire entre 2019 et 2024 varie fortement selon les professions : alors qu’il a augmenté de +5,7 % en moyenne pour les dentistes, psychologues et vétérinaires, ou de +4,6 % pour les médecins et pharmaciens, il a diminué de 7,1 % pour les professions de l’information, des arts et des spectacles, et de 5,3 % pour les professions de l’enseignement secondaire et supérieur. Plus généralement, entre 2019 et 2024, les hausses de salaire net en équivalent temps plein dans le secteur privé concernent majoritairement les employés et les ouvriers, mais aussi les professions de la santé. À l’inverse, le pouvoir d’achat du salaire net des cadres et des professions intermédiaires (hors professions de la santé) a diminué en moyenne sur la même période. Par ailleurs, les ménages changent de position dans la distribution des revenus au fil du temps, alors que les indicateurs de niveau de vie par décile saisissent une position instantanée des personnes. Les données longitudinales, qui permettent de suivre les individus dans le temps, montrent ainsi que les pertes d'emploi, les séparations, les départs à la retraite, les changements d'activité ou encore les évolutions de la composition familiale peuvent conduire certains d’entre eux à connaître une baisse durable de leur niveau de vie, tandis que d'autres voient le leur progresser. Cette mobilité joue également un rôle dans les comparaisons entre professions. L'évolution du pouvoir d'achat moyen d'une profession reflète à la fois l'évolution des salaires pour les salariés « restés en place » et les entrées et sorties de salariés. Si l'on se limite aux salariés restés dans la même profession entre 2019 et 2024, les résultats peuvent être sensiblement différents : ainsi, dans les professions de l'information, des arts et des spectacles, le pouvoir d'achat n'a baissé que de 1,3 % ; dans les professions de l'enseignement secondaire et supérieur, il a au contraire augmenté de 2,2 %.
  • Une inflation ressentie souvent supérieure à l'inflation mesurée. Les enquêtes montrent également que les ménages perçoivent généralement une inflation plus élevée que celle mesurée par l'indice des prix à la consommation. Plusieurs mécanismes peuvent contribuer à cet écart, même si leur importance respective est difficile à quantifier :
    – les ménages accordent davantage d'attention aux prix des achats les plus fréquents (alimentation, restauration, coiffure, carburants...), dont les évolutions peuvent différer de l'inflation moyenne, tandis que les baisses de prix des biens achetés plus rarement, par exemple les équipements informatiques, sont moins perceptibles ;
    – l'indice des prix mesure l'évolution des prix à qualité constante. Ainsi, un ordinateur vendu aujourd'hui au même prix qu'il y a trente ans offre des performances très supérieures ; cette amélioration est prise en compte dans le calcul de l'indice, qui enregistre donc une baisse de son prix "à qualité constante" ;
    – enfin, la forte hausse des prix de l'immobilier au cours des dernières décennies n'est pas intégrée dans l'indice des prix à la consommation, celui-ci portant uniquement sur les dépenses de consommation et non sur les achats d'actifs, qui correspondent à un investissement.
  • Le sentiment de pouvoir d'achat dépend également des marges de manœuvre dont disposent les ménages. Afin de mieux rendre compte de cette dimension, l'Insee publie également un indicateur de revenu disponible arbitrable et de pouvoir d'achat arbitrable. Le revenu arbitrable est obtenu en retranchant du revenu disponible les dépenses de consommation pré-engagées, c'est-à-dire les dépenses réalisées dans le cadre d'un contrat difficilement renégociable à court terme (logement, énergie, assurances, télécommunications, certains services, etc.). Le pouvoir d'achat arbitrable mesure alors l'évolution de ce revenu arbitrable, après prise en compte de l'évolution des prix des dépenses non pré-engagées. Il vise ainsi à mieux appréhender les marges de manœuvre dont disposent les ménages pour leurs arbitrages de consommation et d'épargne.

En définitive, les différents indicateurs ne se contredisent pas, ils répondent à des questions différentes. La comptabilité nationale mesure l'évolution du pouvoir d'achat de l'ensemble des ménages. Les enquêtes sur les revenus permettent ensuite de comparer les évolutions selon des catégories de ménages ou tout au long de l’échelle des niveaux de vie. Enfin, les données longitudinales suivent les mêmes individus au cours du temps et se rapprochent ainsi davantage de leur vécu. Le décalage entre les mesures et les perceptions résulte vraisemblablement de plusieurs facteurs : un ralentissement durable de la progression du pouvoir d'achat, une forte hétérogénéité des trajectoires individuelles et une perception de l'inflation souvent supérieure à l'inflation mesurée.

 

3. Quelles sont les évolutions récentes du pouvoir d’achat ? Et des prix ?

L’inflation en France, qui s’établissait en deçà de +1 % fin 2025 et début 2026, a brusquement augmenté à partir de mars 2026, dans le sillage de la hausse du prix des hydrocarbures provoquée par le déclenchement du conflit au Proche-Orient, jusqu’à atteindre +2,4 % en mai, au plus haut depuis début 2024. Elle s’est toutefois un peu apaisée en juin et juillet (respectivement +1,8 % et +2,1 %), les perspectives de résolution du conflit ayant alors apporté une certaine détente aux cours. Celles-ci se sont néanmoins évanouies courant juillet avec la nouvelle escalade en cours au Proche-Orient ainsi que le bombardement des raffineries russes : l’inflation est repartie en hausse au mois d’août, s’établissant de nouveau à +2,4 % et selon l’estimation provisoire de fin septembre, elle serait de +3,0 % en septembre ; les prix de l’énergie accéléreraient de nouveau, tirés par ceux des produits pétroliers et du gaz.

Selon la note de conjoncture de l’Insee parue en septembre 2026, sur l’année 2026, le pouvoir d’achat du revenu disponible brut des ménages se contracterait légèrement, comme en 2025. Toutefois, les déterminants de ce recul seraient très différents. En 2025, la contraction du pouvoir d’achat des ménages s’expliquait essentiellement par le recul des revenus distribués des sociétés, à la suite des versements de dividendes exceptionnels de 2024 en amont de l’instauration de la Contribution différentielle sur les hauts revenus (CDHR) ; hors revenus du patrimoine (qui concerne principalement les ménages les plus aisés), le pouvoir d’achat a augmenté de +0,5 % en 2025. À l’inverse, en 2026, la contribution des revenus de la propriété à l’évolution du pouvoir d’achat des ménages serait faible : la perte de pouvoir d’achat proviendrait de la surprise inflationniste qui ne se répercuterait que progressivement dans les salaires et de la baisse de l’emploi salarié. Elle affecterait donc une large partie des ménages : en particulier, les revenus d’activité reculeraient en termes réels pour la première fois depuis 1993 (hors crise sanitaire). In fine, le pouvoir d’achat baisserait légèrement alors que le PIB progresserait de 0,4 % en 2026. La dégradation des termes de l’échange induite par la progression des prix des hydrocarbures importés appauvrit l’économie française relativement au reste du monde. Bien que cette dégradation soit nettement moins forte à l’échelle de l’économie française que celle subie en 2022, son effet apparaît amplifié pour les ménages, car elle serait, cette fois, largement à leur charge : d’une part, contrairement à 2022-2023, l’État n’a pas mis en œuvre de mesures générales d’atténuation de hausse des prix de l’énergie mais des mesures ciblées et, d’autre part, les salaires réels seraient peu dynamiques, en deçà de la productivité, reflétant un pouvoir de négociation affaibli par la situation du marché du travail.

Références :
Vigilance orange sur la croissance, Vue d’ensemble de la Note de conjoncture, Insee, septembre 2026
En septembre 2026, les prix à la consommation augmenteraient de 3,0 % sur un an Indice des prix à la consommation - résultats provisoires (IPC) - septembre 2026, Informations rapides no 242, septembre 2026
Au deuxième trimestre 2026, le PIB est stable (+0,0 % après -0,2 %) et le pouvoir d’achat des ménages recule nettement (-0,6 % par unité de consommation), Insee, Comptes nationaux trimestriels - résultats détaillés - deuxième trimestre 2026, Informations rapides no 212, août 2026

 

4. Sur plus longue période, les dix dernières années, comment ont évolué les prix  ? Et notamment de l’énergie, du logement, de l’alimentation ?

L’énergie compte parmi les postes de consommation dont le prix a le plus augmenté en une décennie. Les prix de l’énergie traduisent l’évolution du coût des matières premières, des coûts de production et d’acheminement, et de la taxation notamment. Ils ont ainsi augmenté de plus de 60 % en une dizaine d’années, de 2015 au 1er semestre 2026. Le prix du gaz de ville a plus que doublé, de même que celui du fioul. Le prix de l’électricité a quant à lui augmenté de 43 % par rapport à 2015. Le prix des carburants a également augmenté : 31 % plus cher qu’en 2015 à la fin de l’année 2025.
Les prix de l’énergie sont soumis en particulier aux fluctuations conjoncturelles du prix des matières premières énergétiques, souvent liées à des crises géopolitiques. Par exemple, de juin 2021 à juin 2022, avec le déclenchement de la guerre en Ukraine, le prix des carburants a augmenté de 41 %, celui du gaz de 49 %, avant de s’assagir. Plus récemment, en avril 2026, après le déclenchement de la guerre en Iran et de la crise du détroit d’Ormuz, le prix des carburants était supérieur de 30 % à son niveau de fin 2025. Les prix des énergies, particulièrement les carburants, le gaz et le fioul, sont donc très volatils et subissent de brusques variations.

L’alimentation fait aussi partie des postes de consommation dont le prix a le plus augmenté. La hausse est de +35 % entre 2015 et le 1er semestre 2026, dont +21 % en 3 ans lors de la période inflationniste de 2021 à 2024. C’est surtout le cas pour les fruits (+51%%) et les légumes (+56 %). C’est aussi le cas pour le poisson (+46 %), la viande (+35 %), les laitages et les oeufs (+33 %), l’huile et le beurre (+61 %), les boissons gazeuses (+46 %). C’est moins le cas pour les céréales et produits à base de céréales (+27 %, +28 % pour le pain, +21 % pour les pâtes et le couscous), les plats préparés (+22 %). La mesure de l’évolution des prix réalisée par l’Insee tient compte des effets de la shrinklation : lorsque le prix est stable mais que la contenance baisse, cela se traduit par de l’inflation mesurée ; on observe en effet l’évolution du prix au kilogramme ou au litre au fil de temps.
Pour les produits manufacturés, l’évolution des prix est beaucoup moins forte : 4 % de hausse en 10 ans. Ces produits sont issus de l’industrie, qui maîtrise ses coûts par des gains de productivité liés aux nouveaux procédés de fabrication et aux économies d’échelle. Ils sont souvent importés, sur un marché en concurrence internationale. C’est le cas en particulier pour les produits électroniques : un modèle d’ordinateur ou de smartphone lancé il y a quelques années voit son prix baisser, tandis que de nouveaux modèles plus avancés sont mis sur le marché. Cela joue à la baisse sur l’inflation sans que cela se traduise par une baisse des montants dépensés par les ménages. Les nouveaux modèles, plus puissants ou plus perfectionnés, peuvent coûter aussi cher voire plus cher que les précédents à leur lancement. Les ménages peuvent aussi souhaiter ou être incités à en acheter davantage du fait de l’évolution des usages. Ces produits restent soumis à des fluctuations conjoncturelles en plus des tendances de fond : au cours du 1er semestre 2026, l’Insee a ainsi mesuré une nette hausse du prix des ordinateurs, liées aux tensions sur l’offre des composants électroniques dans le contexte de développement de l’intelligence artificielle.
Le prix des services a augmenté de 20 % entre 2015 et le 1er semestre 2026. Les hausses sont diverses, de 28 % pour la restauration et l’hébergement, de 25 % des services de transport de passagers (train, avion, transports en commun, taxis et VTC), de 20 % environ pour les services récréatifs et sportifs (clubs de sports, manifestations sportives, etc.) et les cinémas-théâtres-spectacles. Les primes d’assurance sont en forte hausse (+41 % par rapport à 2015). Les prix des services d’information et communication sont en baisse (-17 %), avec toujours plus de services et de données pour un même montant. Comme pour les produits électroniques, les dépenses des ménages en services peuvent être en hausse s’ils en consomment davantage.

Parmi les services, le logement a une importance particulière pour les ménages. L’indice des prix à la consommation retrace l’évolution des loyers du parc privé et du parc social. Ce poste représente 7 % de l’indice des prix à la consommation : il pèse fortement dans le budget des locataires, mais ceux-ci ne représentent que 40 % des ménages. Les loyers ont augmenté de 11 % en une dizaine d’années (en moyenne sur le territoire). Parallèlement aux prix à la consommation qui incluent les loyers, le prix d’achat des logements, neufs ou anciens, a augmenté de 27 % en une dizaine d’années. Il a été multiplié par 2,6 en 25 ans.
En tenant compte de la variation du prix de l’ensemble des produits, biens et services, en les pondérant selon leur part dans les dépenses de consommation, l’indice des prix à la consommation a augmenté de 23 % entre 2015 et le 1er semestre 2026. Cela correspond à une hausse moyenne de 2,0 % par an sur cette période. La hausse des prix a été supérieure à cette moyenne de longue période, et particulièrement forte, au cours de la période 2022-2024 : les prix à la consommation ont connu en effet une nette accélération en 2022 et 2023, avant de ralentir en 2024. Ils ralentissent de nouveau en 2025. L'inflation annuelle s'établit ainsi en 2025 à +0,9 % après +2,0 % en 2024, +4,9 % en 2023 et +5,2 % en 2022. Depuis 1er semestre 2026, la guerre au Moyen-Orient a engendré une hausse du prix de l’énergie et l’inflation est repartie à la hausse.
Derrière la moyenne, l’exposition de chaque ménage à l’inflation diffère sensiblement selon sa consommation. Pendant la période inflationniste de 2022-2023, les disparités les plus fortes se situaient entre les ménages jeunes et les plus âgés, plus exposés car consacrant une plus grande part de leur budget aux dépenses d’alimentation, ainsi qu’entre les ménages résidant dans les grandes villes et ceux des zones plus rurales, plus exposés notamment aux hausses de prix sur les carburants. Pour éclairer ces questions, l’Insee diffuse également des séries d’inflation par catégorie de ménages, selon le niveau de vie, la composition du ménage, l’âge ou la catégorie sociale de la personne de référence. Un simulateur d’indice de prix personnalisé est également accessible sur insee.fr, qui permet à chacun de calculer son propre indice de prix, en fonction de la composition de son budget.

 

5. Les inégalités de revenu augmentent-elles ? Avant comme après redistribution ?

Depuis le milieu des années 1990, les inégalités de revenus augmentent nettement avant redistribution, et de manière plus limitée après redistribution.
Les inégalités avant redistribution sont celles observées avant prélèvement des impôts directs et avant perception des prestations non contributives. Ce sont donc les inégalités au niveau des revenus d’activité, allocations chômage, pensions et rentes, ainsi que des revenus du patrimoine, rapportés à la taille des ménages (et plus précisément aux unités de consommation) pour tenir compte des économies d’échelle réalisées en vivant à plusieurs. Avant redistribution, le niveau des indicateurs usuels d’inégalité (rapport interquintile des masses de niveaux de vie et indice de Gini) a globalement augmenté depuis 1996. L’indice de Gini avant redistribution est ainsi passé de 0,347 en 1996 à 0,378 en 2024, où il atteint son plus haut niveau depuis que l’Insee le mesure chaque année. Le ratio entre la somme des niveaux de vie avant redistribution perçue par les 20 % des personnes les plus aisées et celle perçue par les 20 % les plus modestes est passé de 6,7 à 8,4 en 2024, atteignant lui aussi son niveau le plus élevé.
Cet accroissement des inégalités est en grande partie lié à une forte baisse, depuis 2008, des revenus avant redistribution des plus modestes. Cette baisse est d’abord due à la diminution en euros constants de leurs revenus d’activité, qui n’a été que partiellement compensée par l’augmentation des allocations chômage, et dans une moindre mesure à celle des pensions de retraite et des revenus du patrimoine.
À l’autre extrémité de l’échelle des niveaux de vie, la part des revenus avant redistribution perçue par les 1 % des personnes les plus aisées a augmenté ; en raison d’une part de l’augmentation de la part des revenus d’activité perçus par les actifs les mieux rémunérés ; en raison d’autre part de la forte hausse des revenus du patrimoine, en particulier des dividendes. Cette dernière s’explique en partie par des évolutions de la fiscalité, notamment l’adoption en 2018 du prélèvement forfaitaire unique qui a rendu plus attractive la distribution de dividendes , ou encore l’anticipation fin 2024 de la contribution différentielle sur les hauts revenus, instaurée par la loi de finances de 2025. Une étude de la Direction générale des finances publiques (DGFiP) à partir des données fiscales exhaustives permet par ailleurs d’analyser les évolutions entre 2003 et 2022 des revenus déclarés des 0,1 % des foyers fiscaux les plus aisés. Dans cette étude, les revenus ne sont pas rapportés à la taille des foyers fiscaux. Le revenu moyen de ces foyers à très hauts revenus a connu sur vingt ans une augmentation 2,6 fois plus forte que pour le reste des foyers fiscaux sur la période. À noter toutefois que les revenus des foyers à très hauts revenus, sensibles aux chocs conjoncturels et aux changements législatifs, sont plus volatils que ceux des autres foyers fiscaux, et qu’ils ont pu connaître certaines années des évolutions à la baisse entre 2003 et 2022.

Les inégalités, une fois prise en compte la redistribution monétaire, c’est-à-dire après prélèvement des impôts directs et ajout des prestations sociales non contributives, sont moindres que les inégalités avant redistribution ; elles ont aussi augmenté, mais moins qu’avant redistribution. L’indice de Gini après redistribution est passé de 0,274 en 1996 à 0,302 en 2024 (soit +0,028 contre +0,031 avant redistribution). Le ratio entre la somme des niveaux de vie perçue par les 20 % les plus aisés et celle perçue par les 20 % les plus modestes est passé de 4,1 à 4,6 (soit +0,5 contre +1,7 avant redistribution). Les inégalités après redistribution sont toutefois à leur plus haut niveau depuis le milieu des années 1990, mesurées à l’aune de ces deux indicateurs. Le système sociofiscal a limité la hausse des inégalités, grâce notamment à la progressivité des impôts directs (impôt sur le revenu notamment) et au ciblage des prestations sociales sous conditions de revenu.

 

6. Les inégalités de patrimoine augmentent-elles ?

Les inégalités de patrimoine sont nettement plus marquées que celles de niveau de vie. En 2024, la moitié la mieux dotée des ménages possède 93 % de la masse totale de patrimoine brut, tandis que l’autre moitié n’en possède que 7 %. Le patrimoine s’accumulant au cours du temps, il est fortement concentré. Les plus âgés possèdent mécaniquement plus de patrimoine que les plus jeunes, qui, pour la plupart, n’ont pas eu le temps de se constituer un patrimoine grâce à leur épargne, ni d’hériter ou recevoir une donation, alors qu’ils peuvent avoir des revenus élevés. D’autre part, les écarts au sein d’une génération entre les ménages les moins et les plus dotés se creusent au fil des années.
Les inégalités de patrimoine sont en légère hausse depuis 2015 : l’indice de Gini a augmenté, passant de 0,645 en 2015 à 0,652 en 2024. Cette hausse est essentiellement tirée par l’augmentation des inégalités de patrimoine immobilier : l’indice de Gini du patrimoine immobilier est passé de 0,644 en 2015 à 0,655 en 2024.
Le niveau de vie et le patrimoine sont fortement hiérarchisés selon les groupes socioprofessionnels. Les situations s’échelonnent des ménages composés d’inactifs (hors retraités), les plus exposés à la pauvreté et ne parvenant que rarement à constituer un patrimoine, aux ménages à dominante cadre, dont le patrimoine médian est trois fois plus élevé que dans l’ensemble et pour lesquels le risque de pauvreté est pratiquement nul. Certains groupes ont des situations économiques particulières : les ménages comportant des petits indépendants (agriculteurs, artisans, commerçants) ont des revenus plus dispersés et en moyenne faibles au regard de leur patrimoine, plus élevé. Si en quinze ans, entre 2005 et 2019, les inégalités de niveau de vie entre personnes ont légèrement augmenté, celles entre groupes socioprofessionnels se sont légèrement resserrées. Dans le même temps, les écarts de patrimoine se sont accrus au détriment des ménages uniquement composés d’une personne employée, ouvrière ou inactive, qui ont moins souvent pu accéder à la propriété et ainsi profiter de la forte valorisation de l’immobilier sur la période.

 

7. Combien de ménages à haut niveau de vie et à haut niveau de patrimoine ?

Niveau de vie et patrimoine sont très liés. En effet, les revenus des ménages conditionnent directement leurs capacités d’épargne (ce qu’ils ne consomment pas) et donc leur capacité à se constituer un patrimoine. Par ailleurs, pour les mieux dotés, le patrimoine génère souvent des revenus du capital (intérêts de produits financiers, revenus locatifs, etc.) qui contribuent à augmenter leur niveau de vie. Début 2021, 1,6 million de ménages, soit 5,3 % des ménages, font partie à la fois des 10 % des ménages au niveau de vie le plus élevé et des 10 % les mieux dotés en patrimoine (alors que si les échelles de niveau de vie et de patrimoine étaient sans lien l’une par rapport à l’autre, l’intersection de ces deux groupes ne représenterait que 1 % des ménages). Leur patrimoine est plus diversifié que celui de l’ensemble des ménages : en particulier, 73 % possèdent des biens immobiliers autres que leur résidence principale, 57 % des valeurs mobilières et 37 % du patrimoine professionnel. Un tiers de leur niveau de vie est constitué de revenus du patrimoine. 62 % des ménages à haut patrimoine et haut niveau de vie déclarent avoir hérité au cours de leur vie, contre 39 % pour l’ensemble des ménages. En outre, 43 % ont reçu une donation, contre 18 % de l’ensemble des ménages. Ces deux écarts persistent même parmi les plus âgés.

 

8. Comment évolue la pauvreté en France ?

Le taux de pauvreté monétaire est à son plus haut niveau depuis 1996, date depuis laquelle l’Insee le mesure chaque année. En 2024, 15,4 % des personnes résidant en France hors outre-mer, en logement ordinaire, vivent sous le seuil de pauvreté, fixé conventionnellement à 60 % du niveau de vie médian, soit 1 337 euros par unité de consommation. 9,8 millions de personnes, occupant un logement ordinaire en France métropolitaine, sont en situation de pauvreté monétaire en 2024.
Le seuil de pauvreté évolue au même rythme que le niveau de vie médian. La pauvreté monétaire est donc une mesure relative, qui se rapproche d’une mesure d’inégalité. Le sens de variation du taux de pauvreté dépend des rythmes d’évolution comparés des revenus situés en bas et au milieu de l’échelle des niveaux de vie. Cette mesure, qui repose uniquement sur un critère monétaire, peut être complétée par d’autres mesures, fondées sur l’observation des conditions de vie ou sur le ressenti des personnes.
Le taux de pauvreté monétaire a fortement diminué entre 1996 et 2004. Il est ensuite remonté, atteignant un premier point haut en 2011 après la crise financière de 2008, avant de se stabiliser jusqu’en 2017. Il augmente de nouveau en 2018, en lien notamment avec la baisse des allocations logement (en partie compensée par la réduction des loyers sociaux), puis reste stable à un niveau élevé de 2019 à 2022. Le taux de pauvreté augmente fortement en 2023, en lien avec la baisse des niveaux de vie des plus modestes (en euros constants), du fait de l’arrêt des mesures exceptionnelles prises pour faire face à l’inflation et se maintient à ce niveau historiquement élevé en 2024. Il reste néanmoins inférieur aux taux de pauvreté observés dans les années 1970, situés entre 17 % et 18 %.
Un travail mené à partir d’un ensemble de sources estime pour l’année 2021 le nombre de personnes en situation de pauvreté à 11,2 millions sur le champ exhaustif national, donc incluant l’outre-mer, les étudiants en logement autonome, et les personnes hors logement ordinaire (résidences pour personnes âgées, pour étudiants, à vocation sociale, pour personnes handicapées, en habitations mobiles, sans abri). Environ 2 millions d’entre elles étaient en situation de grande pauvreté, cumulant faiblesse des revenus (avec un niveau de vie inférieur à 50 % de la médiane) et privation matérielle et sociale sévère.

L’approche de la pauvreté par la privation matérielle et sociale, ou pauvreté en conditions de vie, mesure les conséquences de la faiblesse des revenus : privations, impossibilité d’acquérir ou de consommer certains biens, d’atteindre un certain niveau de confort considéré comme souhaitable voire nécessaire, ou d’honorer certaines dépenses contraintes : s’acheter des vêtements neufs, payer à temps son loyer, se retrouver régulièrement autour d’un verre ou un repas avec des amis ou la famille,... Début 2025, en France, 13,5 % de la population en logement ordinaire est en situation de privation matérielle et sociale (personnes ne pouvant pas couvrir les dépenses liées à au moins 5 éléments de la vie courante sur 13 considérés comme souhaitables, voire nécessaires, pour avoir un niveau de vie acceptable). Cette proportion a augmenté significativement début 2022 dans un contexte de forte inflation et elle reste ancrée depuis quatre ans à un niveau élevé. Elle dépasse de l’ordre de 1 point les taux observés au cours de la décennie précédente, avant la crise sanitaire.

Une troisième approche se fonde sur l’appréciation que les personnes ont de leur propre situation financière (définie au niveau européen comme la « pauvreté subjective »). Début 2025, 21 % des personnes déclarent avoir des difficultés financières en fin de mois, après avoir subvenu aux dépenses courantes. Cette proportion a nettement augmenté en 2022, dans un contexte de forte inflation, et reste stable à ce niveau haut depuis.
Ces trois situations (pauvreté monétaire, privation matérielle et sociale et difficultés financières en fin de mois) ne se recouvrent que partiellement. Début 2023 en France, seules 4 % des personnes vivant dans un logement ordinaire cumulent les trois.

 

9. Qui sont les pauvres aujourd’hui en France ?

Parmi les personnes vivant en logement ordinaire, la pauvreté monétaire touche en premier lieu les chômeurs : 36,1 % d’entre eux vivent sous le seuil de pauvreté en 2024. Le taux de pauvreté des personnes en emploi (8,4 %) est plus de 4 fois inférieur à celui des chômeurs. Parmi les personnes en emploi, les travailleurs indépendants sont plus exposés (18,4 %) que les salariés (6,9 %). Les retraités vivant à domicile sont moins fréquemment en situation de pauvreté (10,4 %) que l'ensemble de la population vivant dans un logement ordinaire (15,4 %).
Les ménages sont différemment exposés à la pauvreté selon leur configuration familiale. Les familles monoparentales sont les plus touchées (34,0 %). Parmi les ménages de moins de 65 ans, les personnes seules sont aussi plus fréquemment en situation de pauvreté (20,2 %). Les personnes seules ne bénéficient en effet ni des économies d’échelle procurées par la présence d’un second adulte, ni du revenu que celui-ci est susceptible d’apporter. Même s’il est difficile de le mesurer précisément (car il nécessite de pouvoir prendre en compte les aides monétaires parentales) et s’il ne fait pas l’objet d’une mesure annuelle, le taux de pauvreté des étudiants qui n’habitent pas chez leurs parents est particulièrement élevé ; il se situe aux alentours de 40 %.
Le taux de pauvreté augmente avec le nombre d’enfants présents, pour les couples comme pour les familles monoparentales. En 2024, 22,4 % des enfants de moins de 18 ans vivent dans un ménage en situation de pauvreté monétaire. Le taux de pauvreté diminue globalement avec l’âge : en 2024, les personnes âgées de 65 ans ou plus sont deux fois moins souvent en situation de pauvreté que les enfants (10,6 % des personnes âgées de 65 à 74 ans et 9,9 % des 75 ans ou plus).
Les immigrés et les descendants d’immigrés sont davantage touchés par la pauvreté monétaire : en 2024, 32,8 % des immigrés sont en situation de pauvreté (en particulier, ceux nés en Afrique : 39,7 %) et 27 % des descendants d’immigrés.
Enfin, les personnes vivant dans les communes densément peuplées sont plus souvent en situation de pauvreté monétaire que l’ensemble de la population (19,8 % en 2024), tandis que les personnes vivant dans des communes rurales le sont moins (10,5 %).
Les personnes en emploi sont beaucoup moins touchées par la pauvreté, toutefois 2,3 millions de travailleurs sont en situation de pauvreté monétaire en 2024. Cette situation concerne avant tout les ouvriers et les employés, mais également les indépendants, qui représentent près du tiers des travailleurs pauvres. Parmi les personnes en emploi, les immigrés et les jeunes de moins de 25 ans sont plus touchés par la pauvreté. En effet, ils occupent plus fréquemment un emploi non qualifié, à temps partiel, ou des emplois instables avec des épisodes de chômage ou d’inactivité, critères qui les exposent à de faibles revenus d’activité.
Les catégories de personnes les plus exposées à la privation matérielle et sociale sont les mêmes que pour la pauvreté monétaire. Les chômeurs, les familles monoparentales et les locataires du parc social sont les plus exposés à la privation matérielle et sociale. Début 2025, 35 % des chômeurs sont en situation privation matérielle et sociale, contre 9 % des personnes en emploi et 9 % des retraités. C’est le cas de 30 % des personnes vivant dans des familles monoparentales. Les couples avec au moins trois enfants sont également très exposés : 20 % d’entre eux sont dans ce cas, contre 8 % des couples avec un ou deux enfants. C’est plus qu’avant la crise sanitaire. Par ailleurs, 32 % des locataires du parc social sont en situation de privation matérielle et sociale contre 19 % des locataires du privé et 5 % environ des propriétaires.

 

10. Les retraités ont-ils un niveau de vie plus élevé que les actifs ?

Le niveau de vie médian des retraités vivant à domicile s’établit 2 235 euros par mois environ en 2024. Il est proche de celui de l’ensemble de la population, mais il est inférieur au niveau de vie médian des actifs de 18 ans ou plus (- 8 % en 2024). Le taux de pauvreté des retraités est inférieur à celui de l’ensemble de la population (10,4 % contre 15,4 % en 2024) et identique à celui des actifs en 2024.
Les pensions de retraite sont généralement moins élevées que les revenus d’activité, mais des revenus du patrimoine plus élevés associés à des charges familiales réduites contribuent à compenser cette différence par rapport à l’ensemble de la population.
Entre les années 1970 et le milieu des années 2010, il y a eu un phénomène de rattrapage important des niveaux de vie des retraités par rapport à ceux des actifs, porté notamment par les revalorisations des pensions à la fin des années 1970 mais surtout le renouvellement des générations des retraités. Les nouvelles générations sont en effet arrivées à la retraite en ayant acquis davantage de droits que leurs aînées. De plus, avec le développement de l’activité féminine puis l’arrivée à l’âge de la retraite de ces femmes, le nombre de ménages percevant deux retraites a augmenté. Dans le même temps, la population active a, elle, été touchée par l’accroissement du chômage.
Depuis 2017, la pension des nouveaux retraités est très légèrement inférieure à celle de l’ensemble des retraités, si bien que l’impact du renouvellement des retraités sur la dynamique du niveau de vie des retraités est atténué. Par ailleurs, en 2018, l’effet conjugué de l’absence de revalorisation des pensions de base, de la sous-indexation des pensions complémentaires et la mesure de bascule des cotisations sociales vers la contribution sociale généralisée (CSG) a pénalisé le niveau des retraités relativement à celui des actifs. L’écart entre le niveau de vie médian des retraités et celui des actifs s’est ainsi de nouveau creusé à partir de 2018. Entre 2018 et 2020, les revalorisations des montants de pension ont été inférieures à l’inflation : le niveau de vie médian des retraités a augmenté, mais moins rapidement que celui de l’ensemble de la population. Entre 2021 et 2022, dans un contexte de forte inflation, le niveau de vie des retraités a diminué en euros constants.
L’écart entre niveau de vie médian des retraités et des actifs s’est un peu resserré en 2023, et de nouveau en 2024 : le niveau des retraités a bénéficié du dynamisme des revenus financiers sur ces deux années, et des revalorisations des pensions de retraite, calculées sur la base de l’inflation de l’année précédente.
En 2016, une enquête a été réalisée auprès des personnes âgées vivant en établissement. Ces personnes vivant hors logement ordinaire représentent 5 % des 65 ans ou plus et 9 % des 75 ans ou plus. En 2016, le niveau de vie des personnes de 75 ans ou plus vivant en institution était inférieur de 15 % à celui des personnes vivant à domicile aux mêmes âges.

 

11. La redistribution monétaire : à qui profite-t-elle ?

La redistribution monétaire opérée par les impôts directs et les prestations sociales non contributives atténue les inégalités. En 2024, le rapport interdécile avant redistribution monétaire est de 5,9 contre 3,5 après redistribution. L’indice de Gini passe de 0,378 mesuré avant redistribution monétaire à 0,302 après redistribution. Le ratio des sommes de niveaux de vie perçues par les 20 % les plus aisés comparés aux 20 % les plus modestes passe de 8,4 avant redistribution à 4,6 après.
Le système redistributif a permis de limiter la hausse des inégalités depuis la crise financière de 2008, notamment de compenser en partie le décrochage des revenus des plus modestes. La réduction des inégalités permise par le système redistributif est plus forte en 2024 qu’en 2008. En 2008, le système sociofiscal permettait de réduire le rapport interdécile D9/D1 de 33 %, le rapport interquintile des masses de 38 % et l’indice de Gini de 19 %. En 2024, il les réduit respectivement de 41 %, 45 % et 20 %. La réduction des inégalités opérée en 2024 est proche ou supérieure à celle observée en moyenne sur l’ensemble de la période 1996-2024 (D9/D1 : -37 %, 100-S80/S20 : -43 %, Gini, -21 %).
L’efficacité redistributive d’un transfert, c’est-à-dire sa capacité à réduire les inégalités, est fonction de sa progressivité – à savoir, s’agissant respectivement d’un prélèvement/d’une prestation, l’augmentation/la diminution de sa part dans le revenu à mesure que le niveau de vie initial s’accroît – et de son poids dans le revenu disponible des ménages. Les masses monétaires de prestations sociales (prestations familiales, aides personnelles au logement, minima sociaux et prime d’activité) sont près de trois fois moins importantes que pour les prélèvements, mais elles contribuent davantage à la réduction des inégalités. Les prestations sont particulièrement progressives, car souvent dotées d’un barème ciblé sur les ménages à faibles revenus. Après prélèvements des impôts directs et avant prestations sociales, on compterait 22,3 % de personnes sous le seuil de pauvreté de 1337 euros par mois pour une personne seule en 2024. Après prise en compte des prestations, ce taux est réduit à 15,4 %.
La réduction des inégalités serait encore plus forte en prenant en compte une redistribution dite « élargie », c’est‑à‑dire incluant notamment les transferts sociaux en nature tels que la santé, l’éducation, et les services publics collectifs.

 

12. Que peut-on dire des classes moyennes ? Quelle est leur part dans la redistribution ?

La statistique publique ne définit pas les classes moyennes. En 2017, l’Insee a proposé dans son ouvrage annuel « France, portrait social » une catégorisation des ménages en fonction de leur position dans l’échelle des niveaux de vie. La catégorie dite « médiane » regroupait les personnes au niveau de vie proche du niveau de vie médian : compris entre 90 % et 110 % de la médiane des niveaux de vie. En 2014, 18,7 % de la population métropolitaine appartenaient à la catégorie des ménages médians ainsi définie. L’ouvrage dressait un portrait de cette catégorie dans différentes dimensions.
Parmi les principaux enseignements de cet ouvrage, figurait l’hétérogénéité des ménages ainsi définis. En particulier, la catégorie médiane était la plus hétérogène de toutes sous l’angle du patrimoine : les ménages médians se répartissaient sur toute l’échelle des montants de patrimoine, alors que les ménages pauvres sont situés dans le bas de l’échelle des patrimoines et les ménages aisés dans le haut.
Autre enseignement, ces personnes occupaient une position centrale, entre les plus modestes et les plus aisées, pour d’autres dimensions que le niveau de vie : notamment le sentiment d’aisance financière, la pauvreté en conditions de vie, la satisfaction dans la vie, la propriété de leur résidence principale, le poids des dépenses de logement dans le revenu, leurs conditions de logement.
Cette position intermédiaire n’était cependant pas observable pour tout. En matière de diplôme ou de profession par exemple, les personnes vivant dans un ménage médian étaient proches des personnes modestes, voire pauvres, et éloignées des personnes à niveau de vie supérieur : la part de diplômés du supérieur y était faible et les ouvriers et employés majoritaires. Leur opinion sur leur avenir, marquée par un fort pessimisme, était également plus proche des ménages du bas de l’échelle. À l’inverse, les personnes vivant dans un ménage médian montraient une plus grande proximité avec celles de niveau de vie supérieur par leur situation fréquente d’emploi, par la rareté de certaines configurations familiales comme les familles monoparentales, ou encore par un accès généralisé aux produits de première nécessité.
Les récentes analyses sur la redistribution élargie, menées à partir des comptes nationaux distribués, reprennent cette catégorisation en l’amendant un peu, les ménages médians étant alors les ménages ayant un niveau de vie compris entre 90 % et 120 % du niveau de vie médian. En 2023, 26 % des personnes appartiennent à un ménage médian selon cette définition un peu plus large, et 75 % des personnes appartiennent à des ménages ni pauvres ni aisés, c’est-à-dire ayant un niveau de vie compris entre 60 % et 180 % du niveau de vie médian. Les ménages médians sont bénéficiaires nets de la redistribution élargie, comme les ménages aux niveaux de vie inférieurs et contrairement aux personnes vivant dans des ménages dont le niveau de vie dépasse 120 % du niveau de vie médian, qui sont eux contributeurs nets en moyenne.