2027 : la statistique publique au service des débats
À l’approche des échéances électorales de 2027, les débats qui traversent notre société
porteront sur de nombreuses questions économiques, sociales, environnementales, démographiques
ou territoriales. Pour les comprendre, les mettre en perspective et en mesurer les
évolutions, disposer de repères partagés est essentiel.
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ministériels
Commerce extérieur, souveraineté et autonomie
- 1. Comment le solde commercial a-t-il évolué ces dernières années ? Quel niveau, avec quels pays ?
- 2. Comment le solde commercial de la France a-t-il évolué tout récemment, au 1er semestre 2026 ?
- 3. La France est-elle compétitive ?
- 4. Dans quels secteurs la France serait-elle vulnérable à des chocs d’approvisionnement ? Est-elle dépendante pour certains produits de la Chine ? Des États-Unis ?
- 5. Produisons-nous ce que nous mangeons ?
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1. Comment le solde commercial a-t-il évolué ces dernières années ? Quel niveau, avec quels pays ?
Le solde du commerce extérieur est la différence entre les exportations et les importations entre deux pays ou deux zones.Les exportations françaises sont toujours valorisées FAB (franco à bord), c’est-à-dire en prenant en compte uniquement les coûts d’acheminement jusqu’à la frontière française. Les importations, elles, sont généralement enregistrées en CAF (coût assurance frêt), c’est-à-dire en incluant dans leur montant les coûts d’acheminement (transport et assurance) entre la frontière du pays d’où est importé le bien et la frontière française. L’application d’une correction aux importations CAF permet de neutraliser les coûts d’acheminement inter-frontières et d’estimer des importations FAB (valorisées à la frontière du pays fournisseur). La différence entre les exportations FAB et les importations FAB donne le solde FAB/FAB.
En 2025, les exportations françaises se montent à 616,4 Md€ et les importations FAB à 681,5 Md€. Le solde commercial FAB/FAB en valeur est donc déficitaire : il s’établit à − 65,2 milliards d’euros (Md€). Le déficit s’est réduit de 12,6 Md€ par rapport à 2024. Après avoir atteint son niveau le plus bas à − 160,3 Md€ en 2022 dans le contexte de la crise énergétique, il a poursuivi son redressement entamé en 2023 mais à un rythme moindre. Malgré ces trois années consécutives d’amélioration, le déficit en 2025 reste 7 Md€ plus élevé qu’en 2019, avant la crise sanitaire.
L’amélioration du solde en 2025 s’explique par une hausse des exportations (+ 2,5 %,
après − 1,7 % en 2024), plus importante que celle des importations (+ 0,4 %, après
− 4,2 % en 2024). Elle est portée par une baisse des prix de l’énergie entraînant
une baisse des importations de produits énergétiques, notamment pour le pétrole raffiné
et les hydrocarbures naturels, ainsi que par une amélioration du solde des matériels
de transport, en particulier de l’aéronautique et des automobiles.
Le solde agricole et agroalimentaire se dégrade par contre nettement, de 5 Md€, et
son excédent atteint seulement 200 millions d’euros, plus bas historique depuis au
moins l’an 2000. Cette dégradation tient à plusieurs facteurs dont les mauvaises récoltes
de céréales, les taxes sur les alcools et spiritueux (États-Unis), la hausse du prix
du café et du cacao.
Sur un temps plus long, outre les produits agroalimentaires, la dégradation du solde
depuis 2019 s’explique essentiellement par les produits manufacturés, notamment les
automobiles et les produits informatiques, électroniques et optiques.
Par partenaire économique, le solde s’est nettement amélioré en 2025 avec l’Union
européenne, tandis qu’il s’est dégradé avec les pays tiers.
Le solde CAF/FAB des échanges avec l’Union européenne s’améliore de 11,6 Md€ en 2025
pour atteindre − 23,4 Md€, soit son meilleur niveau depuis 2006. En moyenne, entre
2007 et 2024, le solde de la France avec l’UE s’établit nettement plus bas, à ‑43,4 Md€.
La hausse en 2025 est en majeure partie due à l’amélioration du solde avec la Belgique
(+ 7,5 Md€), entièrement expliquée par une baisse de 7,9 Md€ des importations d’hydrocarbures
(bruts et raffinés). Le solde s’améliore également avec l’Espagne (+ 3,2 Md€) et l’Allemagne
(+ 3,0 Md€) mais se détériore avec l’Italie (− 3,6 Md€).
À l’inverse, le solde commercial CAF/FAB avec les pays tiers (hors UE) se dégrade
(‑3,5 Md€) en raison d’une hausse des importations plus dynamique que celle des exportations
en valeur.
Le solde commercial diminue avec l’Asie (− 8,0 Md€) et en particulier avec la Chine
et Hong-Kong (− 3,9 Md€) du fait d’une hausse des importations de produits pharmaceutiques
(+ 1,3 Md€) et dans une moindre mesure de matériels de transport (+ 0,5 Md€), d’articles
textiles, d’habillement, cuir et chaussures (+ 0,4 Md€), d’équipements électriques
et ménagers (+ 0,4 Md€), ainsi que de machines (+ 0,3 Md€).
Le solde commercial se dégrade aussi avec la zone Amérique (− 5,8 Md€), notamment
avec les États-Unis (‑3,5 Md€), du fait de la hausse des importations de matériels
de transport (+ 2,2 Md€), en particulier de produits aéronautiques, et d’hydrocarbures
naturels (+ 1,2 Md€).
À l’inverse le solde avec le Proche et Moyen-Orient augmente (+ 8,3 Md€), en raison
du recul des importations et de la hausse des exportations. Le solde avec l’Europe
hors UE s’améliore également (+ 3,7 Md€), porté par la hausse du solde avec le Royaume-Uni
et avec la Suisse (+ 2,8 Md€ et + 2,2 Md€ respectivement). Le solde diminue légèrement
avec la Russie (− 0,1 Md€).
Références :
Ouvrir dans un nouvel ongletLe solde commercial de la France après cinq ans de chocs successifs : une résilience
variable selon les secteurs, DSECE, Études et éclairages n°105, juillet 2026
Ouvrir dans un nouvel ongletBilan annuel du commerce extérieur français en 2025, DSECE, Le chiffre du commerce extérieur, février 2026
Ouvrir dans un nouvel ongletBilan annuel du commerce extérieur français en 2024, DSECE, Le chiffre du commerce extérieur, février 2025
Ouvrir dans un nouvel ongletBilan annuel du commerce extérieur français en 2023, DSECE, Le chiffre du commerce extérieur, février 2024
2. Comment le solde commercial de la France a-t-il évolué tout récemment, au 1er semestre 2026 ?
Le solde de la France se dégrade nettement au début de l’année 2026 en conséquence de la guerre en Iran. Le solde commercial de la France s’est nettement dégradé au premier semestre 2026 (− 33,9 Md€ en FAB/FAB, en baisse de 7,9 Md€ par rapport au deuxième semestre de 2025 après correction des variations saisonnières). Cette dégradation est largement due à l’augmentation de la facture énergétique à partir du mois de mars (le prix au coûtant en dollars US du baril est passé à 102,3 USD en avril 2026, après 64,7 USD en décembre 2025 et 79,3 USD en janvier 2025) : on a ainsi enregistré une baisse du solde de l’énergie de 1,8 Md€ au premier trimestre 2026 et de 4 Md€ au deuxième.
L’évolution des soldes par zones géographiques reflète aussi la réorganisation des approvisionnements énergétiques de la France : ainsi, au deuxième trimestre 2026, le solde commercial s’améliore avec le Proche et Moyen-Orient (+ 2,3 Md€) du fait de la baisse des importations d’énergie causée par le blocage du détroit d’Ormuz. En revanche, une dégradation du solde est enregistrée avec l’Amérique (-1,9 Md€), l’Afrique (-1,5 Md€) et l’Europe hors UE (-1,1 Md€), illustrant la progression de plusieurs fournisseurs d’hydrocarbures tels que les États-Unis, le Kazakhstan, l’Algérie et l’Angola.
Un premier bilan annuel 2026 du commerce extérieur de la France sera publié en février 2027.
Références :
Ouvrir dans un nouvel ongletLe chiffre du commerce extérieur – 2e trimestre 2026, DSECE, août 2026
Ouvrir dans un nouvel ongletLe chiffre du commerce extérieur - Analyse trimestrielle du 1er trimestre 2026, DCESE, mai 2026
Cours des matières premières importées - Pétrole brut Brent (Londres) - Prix au comptant
en dollars US par baril, Insee
3. La France est-elle compétitive ?
En 2025, les exportations de la France (en valeur exprimée en dollar américain) ont représenté 2,6 % du montant des exportations mondiales de marchandises, soit le neuvième pays exportateur mondial et le quatrième dans l’Union européenne. Cette part est stable sur un an et globalement stabilisée depuis 2022. Les parts de marché des principaux voisins de la France dans les exportations mondiales sont également stables en 2025 en Italie, en Espagne et au Royaume-Uni. Seules celles de l’Allemagne diminuent légèrement, de 0,1 point. Les parts de marché de l’Italie se maintiennent à un niveau légèrement supérieur à celui de la France en 2025.
Les exportateurs français ont perdu des parts de marché depuis le début des années 2000. Concernant les biens, ce déclin s’est fait en plusieurs phases : perte continue dans les années 2000 (de 5,1 % du commerce mondial en 2000 à 3,1 % en 2012 selon l’OMC), stabilisation au cours des années 2010 autour de 3 % du commerce mondial, baisse au moment de la crise sanitaire puis de l’invasion de l’Ukraine par la Russie sans récupération depuis. Concernant les services, la part de marché des exportateurs français a mieux résisté passant de 5,8 % du commerce mondial en 2005 à 4,5 % en 2024 (dernière donnée disponible au niveau mondial).
Plusieurs éléments ont été avancés pour expliquer cette érosion.
Sur moyenne période :
- l’émergence et le développement de nouveaux acteurs (Chine, pays d’Europe centrale et orientale) se sont mécaniquement traduits par une réduction de la part des économies avancées ;
- l’orientation géographique des exportations françaises (plus tournées vers l’Europe et moins vers les zones à forte croissance comme l’Asie) ;
Plus récemment :
- la hausse du prix du gaz consécutive à l’invasion de l’Ukraine par la Russie qui a été spécifique à l’Europe a réduit la compétitivité-coût de l’ensemble des pays européens ;
- les exportateurs chinois ont fortement réduit leurs prix d’exportations depuis 2024 ce qui accroît mécaniquement leur compétitivité-prix vis-à-vis de leurs concurrents européens ;
- le changement de politique commerciale américain en 2025 a pesé sur les exportations européennes. En France c’est notamment le cas pour les ventes de vins et spiritueux, de parfums/cosmétiques et de maroquinerie ;
Si ces explications sont communes à tous les pays européens, la dégradation des parts
de marché a été plus marquée en France que dans le reste de l’Europe, suggérant une
perte de compétitivité spécifique : la part de la France dans les exportations de biens et services de la zone euro
est ainsi passée, selon les données de la comptabilité nationale, de 18 % en 2000
à 13 % en 2025. La part de la France ne se dégrade toutefois plus depuis 2021.
La balance des échanges de biens et services en France s’est ainsi dégradée : elle
est légèrement déficitaire en 2025 (− 0,5 % du PIB en 2025) alors qu’elle était largement
excédentaire en 2000 (+ 1,7 %). À l’inverse, l’excédent de la balance des biens et
services s’est renforcé dans les pays de la zone euro (+ 3,9 % en 2025 contre 1,2 %
en 2000) que ce soit en Allemagne (+ 2,4 % en 2025 contre 0,2 % en 2000), en Italie
(+ 1,9 % contre + 0,8 %) ou en Espagne (+ 3,8 % contre − 2,9 %).
Quand on comptabilise également les flux de revenus, la balance courante de l’économie française est légèrement déficitaire (− 0,3% du PIB en 2025) alors qu’elle est excédentaire dans tous les autres grands pays de la zone euro (+ 4,5 % du PIB en Allemagne, + 1,1 % pour l’Italie et + 2,9 % pour l’Espagne).
En revanche, l’évolution depuis 10 ans du coût du travail ne semble pas avoir contribué négativement
à la compétitivité de la France. En 2025, dans l’Union européenne (UE), le coût du travail dans le secteur marchand
non agricole (SMNA) hors services aux ménages, pour les entreprises de 10 salariés
ou plus, s’élève en moyenne à 34,7 euros de l’heure travaillée. Il varie fortement
selon les pays, avec un écart relatif de 1 à presque 5 entre la Bulgarie (11,8 euros)
et le Luxembourg (56,2 euros). La France occupe la huitième position des pays ayant
le coût horaire moyen le plus élevé (44,7 euros), derrière l’Allemagne en septième position
(45,7 euros). Dans l’industrie, le coût horaire français est inférieur à celui de
l’Allemagne depuis plusieurs années (47,7 euros en 2025, contre 49,8 euros). Dans
le tertiaire marchand hors services aux ménages, il est légèrement supérieur en 2025
(44,2 euros contre 43,8 euros).
Le coût du travail a nettement baissé en France relativement aux autres pays européens
depuis dix ans, en particulier vis-à-vis de l’Allemagne : en 2014, le coût horaire
du travail était de 35,0 euros en France contre 31,9 euros en Allemagne.
Références :
Salaires et coût du travail en Europe, Insee Références Emploi chômage, revenus du travail, Édition 2026, juillet 2026
Les comptes de la Nation en 2025, Insee, juin 2026
Ouvrir dans un nouvel ongletBilan annuel du commerce extérieur français en 2025, DSECE, Le chiffre du commerce extérieur, février 2026
Mesurer les importations françaises par pays : pourquoi les chiffres publiés par la
France diffèrent de ceux publiés par Eurostat, billet DSECE, Blog de l’Insee, janvier 2026
Les pertes de parts de marché de la zone euro depuis la crise sanitaire proviennent
pour environ un quart du choc de prix de l’énergie, mais iraient au-delà des seuls
produits énergo-intensifs, Insee, Note de Conjoncture de juillet 2024
4. Dans quels secteurs la France serait-elle vulnérable à des chocs d’approvisionnement ? Est-elle dépendante pour certains produits de la Chine ? Des États-Unis ?
La crise sanitaire et la guerre en Ukraine ont mis en évidence les dépendances de la France et de l’Europe vis-à-vis de certains produits étrangers (masques, puces électroniques, pétrole et gaz, etc.). Le manque de stocks ou de production nationale associés à une diversification insuffisante des fournisseurs étrangers rendent la France vulnérable à des ruptures d’approvisionnement.
Parmi les fournisseurs de la France, la Chine (y compris Hong-Kong) est de loin celui dont les importations en France ont le plus augmenté depuis vingt ans. Depuis son adhésion à l’OMC le 11 décembre 2001, les exportations de la Chine dans le monde ont été multipliées par près de cinq en valeur entre 2000 et 2019 et sa part de marché dans les exportations mondiales a doublé, passant de 6,4 % à 12,9 %.
D’après une méthodologie s’inspirant de celle déployée par le Conseil d’analyse économique et la DG Trésor, un produit est défini comme « vulnérable vis-à-vis d’un pays » lorsqu’il remplit les deux critères suivants :
- la part des importations de ce produit originaire du pays considéré dans le total des importations françaises dudit produit est supérieure à 50 % (ce qui indique la dépendance de nos approvisionnements vis-à-vis de ce pays, dans la mesure où sa part de marché dans nos importations est majoritaire) ;
- la part des exportations du pays considéré dans le total des exportations mondiales du produit considéré est supérieure à 50 % (ce qui révèle un potentiel de diversification limité, tant ce pays est un acteur central dans la production de ce bien).
En appliquant cette définition, en 2019, l’approvisionnement de la France était vulnérable vis-à-vis de la Chine pour 194 produits, représentant 16,2 Md€. Ces intrants représentent 3,0 % du montant des importations totales de l’année, et 30,0 % des importations en valeurs originaires de Chine.
Les produits vulnérables importés de Chine sont d’abord des biens du textile, habillement, cuir et chaussures (25 % du nombre de produits vulnérables importés de Chine en 2019). Viennent ensuite les produits « manufacturés divers » (15 %), les produits « informatiques, électroniques et optiques » (11 %) et les produits « métallurgiques et métalliques » (11 %). Cependant, s’ils ne représentent que 11 % du nombre des produits « vulnérables » originaires de Chine en 2019, les produits « informatiques, électroniques et optiques » vulnérables pèsent en valeur pour plus de la moitié (55 %) du montant des produits vulnérables importés de Chine cette année-là.
La hausse des importations d’énergie originaires des États-Unis suite à la guerre en Ukraine a rendu la France globalement plus dépendante des États-Unis. Alors que les États-Unis étaient le quatrième plus important fournisseur de la France (6,8 % du total des importations de la France étaient assurées par les États-Unis en 2019), ils sont devenus le troisième fournisseur de la France en 2024 avec 7,7 % des importations totales, derrière l’Allemagne (12,6 %) et la Chine (10,4 %).
Afin de se prémunir de chocs d’approvisionnements, outre une diversification des fournisseurs, les entreprises peuvent choisir de constituer des stocks de sécurité. À titre illustratif, entre 2015 et 2019, sur 3 175 intrants importés, 174 peuvent être considérés comme à risque (car peu diversifiés par les entreprises qui les importent et difficilement diversifiables, car l’offre mondiale est concentrée dans un petit nombre de pays). Exclure de ces 174 intrants ceux qui sont importés par des entreprises détenant au moins un mois de stocks conduit à réduire le nombre d’intrants à risque de plus de la moitié.
À l’export, sur 2025, en comparaison de ses principaux partenaires européens, et à l’exception des exportations de l’Italie qui ont nettement augmenté (+ 7 %), les exportations de la France ont semblé mieux résister à l’effet des droits de douane additionnels entrés en vigueur aux États-Unis début avril. Sur 2025, les exportations de la France vers les États-Unis ont décru de 1 %, tandis que celles du Royaume-Uni ont diminué de 11 % et celles de l’Allemagne de 9 %. La France est en effet moins concernée par les taxes sectorielles (automobiles, acier et aluminium) que les autres principaux pays européens, Allemagne en tête. Toutefois, au premier trimestre 2026, de nettes baisses de prix sont enregistrées pour certains produits (vins et spiritueux) exportés vers les États-Unis, bien supérieures à celles constatées vers les autres pays.
Références :
Ouvrir dans un nouvel ongletFocus : Quels effets des droits de douane américains sur le commerce extérieur de
la France et de l’Union européenne ? DSECE, Le chiffre du commerce extérieur, février 2026
Entre constitution de stocks et diversification des fournisseurs, quel choix pour
les entreprises ? Insee Analyses no 114, novembre 2024
Ouvrir dans un nouvel ongletLes entreprises et le marché américain : 2 000 entreprises exposées à plus de 10 %
de leur chiffre d’affaires, DSECE, Études et éclairages no 101, juillet 2025
Ouvrir dans un nouvel ongletÉchanges commerciaux de la France avec les États-Unis, droits de douane et spécificités
françaises par rapport à l'Union européenne, DSECE, Etudes et éclairages no 101, juillet 2025
Ouvrir dans un nouvel ongletFocus : Un solde agricole historiquement déficitaire depuis le 3ème trimestre 2024,
qui peine à se redresser, DSECE, Le chiffre du commerce extérieur, analyse trimestrielle du 1er trimestre 2025, mai 2025
Ouvrir dans un nouvel ongletVulnérabilité énergétique de la France, DSECE, Etudes et éclairages no 95, octobre 2023
Ouvrir dans un nouvel ongletVulnérabilité croissante des approvisionnements originaires de Chine, DSECE, Etudes et éclairages no 93, juillet 2022
5. Produisons-nous ce que nous mangeons ?
La notion de « souveraineté alimentaire » n’est pas nouvelle : elle a été évoquée pour la première fois en 1996 lors du Sommet mondial de l’alimentation à Rome par le mouvement paysan Via Campesina. En France, la loi sur la souveraineté alimentaire et le renouvellement des générations en agriculture de 2025 en a fixé une définition : « la souveraineté alimentaire s’entend comme le maintien et le développement des capacités de la Nation à produire, à transformer et à distribuer les produits agricoles et alimentaires nécessaires à l’accès de l’ensemble de la population à une alimentation saine, et le soutien des capacités exportatrices contribuant à la sécurité alimentaire mondiale. »
La production agricole française est capable de couvrir notre consommation de nombreux produits : la plupart des céréales, les pommes de terre, les produits laitiers, la viande de porc ou encore le sucre. Ce n’est pas le cas pour le poulet ou l’agneau, ni pour les produits de la mer ou pour les pâtes ; nous ne sommes pas non plus auto-suffisants pour des produits que nous ne consommons pas directement, mais qui servent eux-mêmes à produire notre alimentation, comme le soja pour nourrir les animaux. Cette capacité se mesure par le taux d’auto-approvisionnement (TAA), un ratio qui divise production par consommation. Par exemple, en 2024, la France a produit 940 tonnes d’œufs de consommation. La consommation d’œufs est de 14 kg/habitant, soit une consommation totale de 960 tonnes. Le TAA pour les œufs est donc de 98 %.
Pour autant, un ratio supérieur ou égal à 1 ne renseigne que sur une capacité théorique de la France à assurer son autosuffisance, une partie de la production pouvant être exportée. Le taux de dépendance aux importations (TDI), calculé comme la part des importations dans la consommation, permet d’enrichir l’analyse. Plus ce taux est élevé, plus un pays dépend des importations d’autres pays pour assurer ses besoins alimentaires. Pour le riz par exemple, ce taux est proche de 100 % : en effet, la production française est limitée, concentrée sur le delta du Rhône en Camargue, et difficile à augmenter pour des raisons pédoclimatiques (liées au climat interne du sol), alors que la consommation de riz ne fait qu’augmenter ; le pays doit avoir recours aux importations pour assurer sa consommation.
L’autosuffisance apparaît globalement en relation inverse avec la dépendance aux importations. C’est le cas bien sûr pour les filières à production faible ou nulle : fruits tropicaux, riz et crustacés. Certaines productions sont aussi concernées par une dépendance structurelle aux importations : c’est le cas de la viande ovine ou de certains fruits et légumes, comme les tomates par exemple, dont les Français souhaitent disposer toute l’année. De plus, la France peut être autosuffisante pour une catégorie de produits, mais exporter et aussi importer significativement (notamment pour certaines gammes de produits). C’est le cas pour les fromages : les « fromages ingrédients », entrant par exemple dans la production industrielle de pizzas, produits en quantité insuffisante, doivent être importés tandis que les fromages sous signe de qualité sont exportés. Globalement, le profil français de dépendance aux importations apparaît plus favorable que la moyenne de l’Union européenne. À titre d’exemple, en France, pour les céréales et le sucre issu de la betterave, la production dépasse largement les besoins nationaux (ce qui résulte en des TAA nettement supérieurs à 100 %). À l’inverse, dans l’UE, la production permet tout juste d’assurer la réponse aux besoins pour ces deux groupes de produits : le TAA est voisin de 100 %.
Références :
Ouvrir dans un nouvel ongletLa souveraineté alimentaire : comprendre les enjeux avec quelques exemples, SSM Agriculture, Agreste, Livret élaboré avec FranceAgriMer, février 2026
Ouvrir dans un nouvel ongletBilan d’approvisionnement agroalimentaire 2023-2024, SSM Agriculture, Agreste, Chiffres & Données 2025-19, décembre 2025
