2027 : la statistique publique au service des débats

À l’approche des échéances électorales de 2027, les débats qui traversent notre société porteront sur de nombreuses questions économiques, sociales, environnementales, démographiques ou territoriales. Pour les comprendre, les mettre en perspective et en mesurer les évolutions, disposer de repères partagés est essentiel.
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Chiffres détaillés
Paru le :Paru le15/10/2026
- Octobre 2026
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Immigration, intégration et discriminations Quelques questions

Chiffres détaillés

Paru le :15/10/2026

1. Qui sont les immigrés aujourd’hui ? D’où viennent-ils ?

En 2025, 8,0 millions d’immigrés vivent en France (estimation provisoire), soit 11,6 % de la population totale. Selon la définition adoptée par le Haut Conseil à l’Intégration, un immigré est une personne née étrangère à l’étranger et résidant en France : une personne reste donc immigrée toute sa vie, quand bien même elle acquiert la nationalité française. Ainsi, 2,6 millions d'immigrés, soit 33 % d'entre eux sont devenus Français ; les autres sont par conséquent immigrés et étrangers.

Près de la moitié (49 %) des immigrés vivant en France sont nés en Afrique : l’Afrique est ainsi le premier continent d’origine des immigrés en France. Six immigrés nés en Afrique sur dix sont originaires du Maghreb (Algérie, Maroc, Tunisie), contre neuf sur dix en 1968. Le nombre d'immigrés originaires d'Afrique sahélienne, guinéenne ou centrale a doublé depuis 2006. 46 % des immigrés de 18 à 59 ans nés en Afrique et arrivés à 16 ans ou plus évoquent un motif familial comme raison d’émigration en France. Les études et le travail sont également des motifs d’immigration fréquents, chacun cité par près d’un immigré africain sur quatre. 27 % des immigrés d’Afrique guinéenne ou centrale sont venus en France pour fuir l’insécurité ou les troubles politiques.

En 2025, parmi les immigrés vivant en France, 30 % sont nés en Europe. Près des trois quarts de ces personnes sont originaires d’un pays de l’Union européenne (UE), notamment du Portugal, d’Italie et d’Espagne, qui demeurent les principaux pays d’origine des immigrés nés en Europe. Le nombre d’immigrés originaires des pays ayant adhéré le plus récemment à l’UE, ou qui n’en sont pas membres, augmente depuis le milieu des années 2000. Les motifs de venue en France cités le plus fréquemment par les immigrés de 18 à 59 ans nés en Europe et arrivés à 16 ans ou plus sont le travail (37 %) et la famille (34 %). La volonté d’échapper à des troubles politiques est également souvent citée (28 %) par les personnes nées dans un pays européen n'ayant jamais adhéré à l'UE.

14 % des immigrés vivant en France sont nés en Asie. L’Asie est ainsi le troisième continent d’origine, derrière l’Afrique et l’Europe. 39 % des immigrés nés en Asie sont originaires de Turquie ou d'Asie du Sud-Est, contre 75 % en 1968 ; le nombre d’immigrés du reste de l’Asie, en particulier de Chine et d’Asie du Sud, augmente en effet depuis les années 1980. Si le premier motif de venue en France évoqué par les immigrés d’Asie est d’ordre familial, un immigré sur quatre mentionne l’insécurité dans son pays d’origine parmi les raisons l’ayant amené à émigrer en France : ce motif est en particulier avancé par un immigré sur deux né au Moyen-Orient. De plus en plus d’immigrés originaires d'Asie viennent en France pour étudier, notamment près d’un immigré né en Chine sur deux.

Enfin, 6 % des immigrés vivant en France sont nés en Amérique ou en Océanie, principalement à Haïti, au Brésil, aux Etats-Unis et en Colombie.

 

2. Où les immigrés résident-ils en France ?

Depuis la fin des années 1960, la répartition des immigrés par département et la part qu’ils représentent dans les populations locales ont évolué de manière très différenciée. En 2023, selon les résultats définitifs du dernier recensement de la population publiés en juin 2026, l’Île-de-France concentre 38 % des immigrés de France métropolitaine, contre 29 % en 1968. Hors Île-de-France, la population immigrée s’est diffusée sur l’ensemble du territoire, bien que des écarts territoriaux demeurent : en 2023, la part des immigrés dans la population varie de 31,6 % en Seine-Saint-Denis à 2,7 % dans le Pas-de-Calais. Elle est significativement plus élevée que la moyenne dans tous les départements franciliens et dans les Alpes-Maritimes. En 2023, la part des immigrés dépasse 30 % en Guyane. A Mayotte, elle était de 35 % en 2017 ; ce chiffre sera réactualisé d’ici la fin de l’année, à l’occasion de la publication des principaux résultats statistiques du recensement exhaustif qui s’est déroulé sur l’île de novembre 2025 à janvier 2026.

Parallèlement, les origines des immigrés se sont progressivement recomposées et largement diversifiées. Les immigrés natifs de l’Union européenne sont surtout présents dans le sud, notamment dans les Alpes-Maritimes, les Pyrénées-Orientales, la Corse, l’Ariège, le Lot‑et‑Garonne, l’Aude mais aussi en Moselle. Les immigrés nés au Maghreb sont plus présents dans la région parisienne, le Vaucluse, les Bouches-du-Rhône et le Rhône. Leur part dans la population est la plus élevée en Seine-Saint-Denis (10 %). Les immigrés nés dans les pays d’Afrique (hors Maghreb) sont plus nombreux dans la population à Mayotte (34,5 % dans les résultats du recensement de 2017) et dans une moindre mesure en région parisienne. Les immigrés nés dans un pays d'Asie (y compris Turquie et Moyen-Orient) sont surtout présents dans la région parisienne notamment en Seine-Saint-Denis mais aussi dans les départements de l'est de la France. Par sa localisation, la Guyane attire principalement des immigrés venant d’Amérique du Sud.

Les immigrés sont surreprésentés dans les grandes aires d'attraction des villes, en particulier celle de Paris : en 2022, plus d’un cinquième de la population de l’aire de Paris est immigrée. Ils sont également surreprésentés dans les aires de Lyon (département du Rhône), de Marseille (département des Bouches-du-Rhône) ainsi que celles des départements frontaliers.

Références :
Tableau de bord de l’économie française – Démographie – Etrangers, immigrés – Territoires, Insee, 2026
Ouvrir dans un nouvel ongletLes populations immigrées par département de 1968 à 2021 en France métropolitaine, DSED, Infos migrations no 119, juin 2025
Il est aussi possible de consulter les principales caractéristiques des personnes immigrées (sexe, âge, origine notamment) à des niveaux géographiques fins : cf. Insee – Recensement 2023 de la population – Résultats pour toutes les communes, départements, régions, intercommunalités / Étrangers - Immigrés en 2023

 

3. Y a-t-il plus d’immigration qu’avant ?

La population immigrée en France est plus élevée, en nombre et en pourcentage de la population totale, en 2025 (8,0 millions de personnes selon l’estimation provisoire, soit 11,6 % de la population) qu'en 1946 (2 millions de personnes, soit 5,0 % de la population) ou en 1968 (3,2 millions de personnes, soit 6,5 % de la population). L'évolution de la part des immigrés dans la population totale vivant en France n'est pas régulière. Après une diminution de la part des immigrés dans la population entre 1931 (6,6 %) et 1946 (5,0 %), la part des immigrés a augmenté jusqu'en 1975 (7,4 %). Elle s'est ensuite stabilisée jusqu'à la fin des années 1990, notamment à la suite des chocs pétroliers et du ralentissement de l'immigration de travail.

Depuis le début des années 2000, le nombre d’immigrés croît plus rapidement que la population totale : entre 1999 et 2025, le nombre d’immigrés a été multiplié par 1,8, tandis que la population totale a été multipliée par 1,15 ; la part d’immigrés dans l’ensemble de la population est passée de 7,3 % de la population en 1999 à 8,5 % de la population en 2010 puis 10,2 % en 2020 et 11,6 % en 2025, selon les estimations provisoires. Sur les dernières années, le nombre d’immigrés vivant en France a augmenté de 277 000 en 2022, en lien notamment avec le début de la guerre en Ukraine, de 198 000 en 2023 et de 221 000 en 2024 (estimations provisoires).

Les origines des immigrés se diversifient. La part de ceux originaires d’Europe du Sud, en particulier d’Espagne et d’Italie, baisse, tandis que la part de ceux venant du Maghreb, notamment du Maroc, augmente. En 1968, 72 % des immigrés vivant en France étaient originaires de ces deux grandes régions, contre 59 % en 1999 et 43 % en 2025. Dans le même temps, l’immigration en provenance d’Asie (notamment de Turquie et d’Asie du Sud‑Est jusqu’en 1990, et de Chine plus récemment) et d’Afrique hors Maghreb se développe : 34 % des immigrés sont originaires de ces régions en 2025, contre 22 % en 1999 et 4 % en 1968.

En 2025, sur les 450,6 millions d’habitants des pays de l’Union européenne (UE), 43,0 millions sont étrangers et 64,7 millions sont nés dans un pays étranger, soit respectivement 9,5 % et 14,4 % de la population. Avec 9,1 % d'étrangers (dont 1,4 % sont nés en France, il s’agit pour la plupart de mineurs nés de parents étrangers et qui acquerront la nationalité française à leur majorité) et 14,0 % de personnes nées à l'étranger (dont 2,6 % sont nées françaises à l’étranger, donc ne sont pas immigrées), la France se situe ainsi dans la moyenne européenne.

Le Luxembourg est le pays de l'UE qui compte proportionnellement le plus d’étrangers, 47 % de sa population étant étrangère. Avec 12,4 millions de personnes, l’Allemagne est le pays qui compte le plus grand nombre d’étrangers (14,8 % de sa population), devant l'Espagne (6,9 millions d’étrangers, soit 14,0 % de sa population).

 

4. Comment ont évolué les entrées d’immigrés sur le territoire ?

En 2024, 313 000 personnes immigrées sont arrivées en France avec l’intention d’y résider au moins un an, contre 234 000 en 2006. 46 % sont nées en Afrique, 27 % en Europe et 18 % en Asie. Sur cette période, les entrées sur le territoire de personnes immigrées ont tendanciellement augmenté et ont aussi été le reflet des chocs économiques, géopolitiques et sanitaires qu’a connus le monde. La part des femmes dans les entrées d’immigrés sur le territoire était en légère baisse depuis les années 2010, mais elle augmente de nouveau ces dernières années. En 2024, les femmes représentent 53 % des personnes immigrées arrivées en France. Les nouveaux arrivants sont de plus en plus qualifiés : 51 % des personnes immigrées entrées sur le territoire en 2024 et âgées de 25 ans ou plus étaient diplômées du supérieur, contre 41 % en 2006.

Attention, il ne suffit pas de faire la somme des entrées sur le territoire chaque année pour obtenir l’évolution de la population immigrée en France. Si des personnes immigrées entrent chaque année sur le territoire, d’autres décèdent en France et d’autres quittent le territoire. Ainsi, sur la période 2006-2022, 272 000 entrées de personnes immigrées ont eu lieu en moyenne chaque année, mais on dénombre aussi chaque année en moyenne 90 000 sorties et 56 000 décès de personnes immigrées. Autrement dit, pour dix entrées d’immigrés une année donnée en France, on compte environ trois sorties et deux décès. Ainsi, pour évaluer l’évolution du nombre d’immigrés sur le territoire sur une période donnée, il faut prendre en compte la somme des entrées et retirer la somme des sorties ainsi que les décès.

Attention également, la somme des titres de séjour délivrés chaque année ne se confond pas avec le nombre des entrées d’immigrés sur le territoire. Chaque année, le service statistique ministériel de l’immigration, rattaché au ministère de l’Intérieur, produit des données sur les « primo-arrivants » c’est-à-dire les personnes qui obtiennent pour la première fois un titre de séjour en France ou qui en obtiennent un nouveau après avoir déjà eu un titre dont la validité a expiré depuis plus d’un an. L’évènement enregistré, qualifié de « primo-délivrance » est donc un évènement de nature administrative, assez largement décorrélé, du point de vue quantitatif, de l’entrée sur le territoire et ce pour plusieurs raisons.
Première raison : alors que le recensement permet de mesurer les entrées de personnes immigrées quelle que soit leur nationalité et quel que soit leur âge à l’arrivée, à partir du moment où elles ont l’intention d’y résider au moins un an, les données sur les délivrances de titres de séjour (et a fortiori les délivrances d’un premier titre de séjour) ne concernent que les étrangers majeurs – ou dans de rares cas des mineurs âgés d’au moins 16 ans et qui souhaitent occuper une activité professionnelle – et possédant la nationalité d’un pays tiers (hors de l’Espace économique européen et de la confédération helvétique). Les étrangers ayant la nationalité d’un pays de l’Espace économique européen ou de la Suisse ainsi que les mineurs (sauf exceptions citées ci-dessus) ne sont pas dans les statistiques de primo-délivrances de titre car ils n’ont pas besoin de titre de séjour pour résider en France. Ainsi, parmi les 313 000 entrées de personnes immigrées mesurées par l’Insee en 2024, 192 000 d’entre elles (soit 60 %) concernent des personnes susceptibles d’engager une demande de titre de séjour pour résider sur le territoire.
Deuxième raison : une partie des étrangers qui obtiennent un premier titre de séjour une année donnée n’ont pas l’intention de résider durablement sur le territoire, à l’image de certains étudiants participant à des programmes infra-annuels, ou encore de saisonniers résidant en France pour quelques mois et ayant l’intention de rentrer dans leur pays d’origine ensuite. En 2024, selon les statistiques définitives du ministère de l’intérieur, la majorité des 345 600 primo-délivrances de titres sont des titres courts : 57 700 titres de moins d’un an, 190 000 titres d’exactement un an et seulement 97 900 pour une durée strictement supérieure à un an. Même avec un titre court d’un an ou moins, une partie des étrangers détenteurs resteront durablement sur le territoire. En effet de nombreux titres de séjour sont renouvelés chaque année (887 700 en 2024, et un peu moins de 950 000 en 2025 – données provisoires). On sait notamment que plus de la moitié des étudiants, qui représentaient 110 900 primo-délivrances de titres de séjour en 2024 (un tiers des primo-délivrances) sont toujours présents sur le territoire cinq ans après. Mais d’autres en revanche, y compris parfois détenteurs d’un titre long, quitteront le territoire sans s’y être installés durablement, et n’entrent donc pas à ce titre dans le champ des entrées d’immigrés publiées par l’Insee.
Troisième raison : une partie des étrangers bénéficiaires d’un titre de séjour en « primo-délivrance » une année donnée réside déjà sur le territoire et est arrivée précédemment. Certains se voient délivrer un titre alors qu’ils sont présents sur le territoire depuis plusieurs années, parfois même en ayant déjà obtenu par le passé un autre titre de séjour, mais dont la validité a expiré depuis plus d’un an. Par exemple, selon l’enquête longitudinale sur l’intégration des primo-arrivants du service statistique du ministère de l’intérieur, les demandeurs d’asile ayant obtenu un titre de réfugié et les bénéficiaires de la protection subsidiaire avaient passé en moyenne 3 ans en France avant d’obtenir ce titre de réfugié en 2018. Ces réfugiés sont entrés avant 2018 mais ne sont comptés que plus tard, après leur arrivée, dans les primo-délivrances de titre, lorsqu’ils obtiennent leur titre de séjour.

Le nombre d’entrées sur le territoire et le nombre de primo-délivrances de titres de séjour sont ainsi deux mesures qui décrivent deux réalités très différentes relatives à l’immigration en France. Elles ne se recoupent que partiellement et il n’est pas impossible qu’elles évoluent en sens inverse : entre 2021 et 2022, le nombre de primo-délivrances de titre de séjour diminue (passant de 382 700 à 330 100) alors que le nombre d’entrées d’immigrés au sens du recensement augmente (de 283 000 à 375 000). Entre 2023 et 2024 c’est l’inverse, les primo-délivrances augmentent alors que les entrées sur le territoire au sens du recensement diminuent.

 

5. Que nous apprennent les données sur les primo-délivrances des titres de séjour ?

Entre 2011 et 2025, le nombre de premiers titres de séjour délivrés chaque année en France à des ressortissants de pays tiers a tendanciellement augmenté (exceptées les années Covid), passant de moins de 200 000 à plus 375 000. Plus précisément, en 2025, 377 000 titres de séjour ont été délivrés en « primo-délivrance » à des ressortissants de pays tiers, dont 117 000 pour motif d’études, 91 000 pour motif familial, 88 000 pour motif humanitaire, 51 000 pour motif économique et 31 000 pour des motifs divers. Ainsi, l’immigration étudiante représente dorénavant la plus grande part des primo-délivrances (31 %), devant l’immigration familiale (24 %) qui constituait historiquement le volume le plus important. En effet, alors que le motif familial était le premier motif de délivrance en 2011 (45 %), sa part a baissé continuellement depuis. A l’inverse, le motif humanitaire a fortement augmenté : il ne représentait que 9 % des primo-délivrances en 2011 contre 23 % en 2025, soit quasiment autant que le motif familial. Le motif économique a également augmenté, passant de 9 % de l’ensemble des primo-délivrances en 2011 à 13 % en 2025.

À l'échelle de l'Union européenne, la France se classe au cinquième rang pour le nombre de premiers titres délivrés, derrière l'Espagne (635 400), l'Allemagne (605 300), la Pologne (467 300) et l'Italie (433 099). Rapporté à la population, ce volume représente 5,48 premiers titres pour 1 000 habitants, soit près de deux points de moins que la moyenne de l'Union européenne, plaçant la France au 22ᵉ rang des États membres selon cet indicateur. Au 31 décembre 2025, le nombre d'étrangers disposant d’un titre de séjour sur le territoire français valide est estimé à près de 4,5 millions, soit une augmentation de 3,2 % par rapport à l'année précédente.

Référence :
Ouvrir dans un nouvel ongletLes titres de séjour en 2025 : les protections subsidiaires ont plus que doublé, DSED, Essentiels de l’immigration, no 144, juin 2026

 

6. Comment a évolué la demande d’asile en France ?

En 2025, 152 904 demandes d'asile ont été enregistrées au Guichet unique des demandeurs d’asile (Guda) en France, soit une baisse de 3,0% par rapport à 2024. Ce recul est principalement porté par la diminution des premières demandes d'asile (-10 %), qui retrouvent un niveau proche de celui observé en 2022, tandis que les demandes de réexamen progressent de 30 %. Rapporté à la population, la France enregistre 1,69 premières demandes d'asile pour 1 000 habitants, soit environ 0,2 point de plus que la moyenne de l'Union européenne. En 2025, les Ukrainiens demeurent les principaux primo-demandeurs malgré un recul de 12,5 % de leurs demandes, devant les Congolais et les Afghans. Dans le même temps, les décisions accordant une protection internationale, à savoir le statut de réfugié, la protection subsidiaire ou le statut d’apatride, poursuivent leur hausse (+12,1 %). En 2025, une procédure d'asile sur deux (52 %) aboutit désormais à l'octroi d'une protection, un taux en hausse de 3 points par rapport à l’année précédente.

Une accélération nette de la demande d’asile a eu lieu à partir de 2015, dans le sillage de la crise migratoire due notamment à la guerre en Syrie, et près de 138 000 demandes d’asile ont été déposées en 2018. La crise sanitaire de la Covid-19 a eu un impact considérable sur la circulation internationale en 2020, provoquant une chute de la demande d’asile. Elle a repris progressivement au cours de l’année 2021, a accéléré en 2022, rattrapant le niveau de 2019, puis le dépassant en 2023.

 

7. Quelle part la France a-t-elle pris dans l’accueil des Ukrainiens ?

Depuis le déclenchement du conflit en Ukraine en 2022, la France a accueilli 118 000 Ukrainiens adultes bénéficiaires de la protection temporaire.
Comme l’ensemble des États membres de l’UE, la France a activé le dispositif exceptionnel de protection temporaire prévu par la directive européenne 2001/55/CE, dès le 4 mars 2022 pour accueillir l’afflux massif d’Ukrainiens fuyant le conflit. Cette situation inédite a entraîné une augmentation importante de la présence ukrainienne adulte en France : le nombre d’Ukrainiens détenteurs d’une autorisation de séjour (titres de séjour ou document provisoire) a été multiplié par 4,6 entre 2021 et 2022 pour atteindre 85 000. Plus d’un Ukrainien sur deux présents en 2025 est arrivé en 2022, dans un contexte d’exode massif lié à la guerre. Parmi eux, 92 % relèvent du motif humanitaire, dont près des trois quarts sous statut de bénéficiaire de protection temporaire (BPT) et 20 % sous protection subsidiaire.

Près de quatre ans après le déclenchement du conflit, plus de la moitié (58 %) des 118 800 Ukrainiens qui ont obtenu une protection temporaire en France sont toujours détenteurs d’un document de séjour valide et la plupart d’entre eux (plus de sept sur dix) conserve le statut initial qui leur a été accordé.

À l’échelle européenne, près de trois millions d’adultes ukrainiens bénéficient d’une protection temporaire fin 2024, dont deux tiers de femmes. La France se situe en 12e position des pays d’accueil de bénéficiaires ukrainiens majeurs de la protection temporaire. Elle se situe loin derrière l’Allemagne et la Pologne, qui en accueillent respectivement environ 800 000 et 540 000 sur leur territoire.

 

8. Que peut-on dire de l’intégration des immigrés récemment arrivés en France ?

Concernant les immigrés récemment admis au séjour en France, l’enquête Elipa 2, menée entre 2019 et 2022, met en évidence une amélioration globale des parcours d'intégration au cours des quatre premières années suivant leur admission au séjour. L'insertion professionnelle progresse rapidement : en 2022, près de huit primo-arrivants sur dix admis au séjour en 2018 sont actifs et 68 % occupent un emploi, soit 14 points de plus qu'en 2019. Ils sont ainsi nettement moins souvent au chômage, bien que leur taux de chômage demeure environ deux fois plus élevé que dans l'ensemble de la population. Les bénéficiaires d'un titre humanitaire restent les plus exposés au chômage, malgré des gains importants en matière d'activité et d'emploi au cours des premières années. Les femmes connaissent également des parcours d'insertion plus difficiles, avec un taux d'emploi plus faible (51 %), davantage d'inactivité (31 %) et un recours plus fréquent au temps partiel (29 % de celles en emploi), notamment en raison de la charge de jeunes enfants. Les conditions de logement s'améliorent également : trois quarts des primo-arrivants disposent d'un logement autonome 4 ans après leur admission au séjour, contre 60 % trois ans auparavant, tandis que les situations d'hébergement chez un tiers ou en structure collective reculent. Les déménagements permettent le plus souvent d'accéder à des logements plus spacieux et de meilleure qualité, même si 46 % des primo-arrivants vivent encore avec moins d'une pièce par personne et que 16 % déclarent occuper un logement en mauvais état. Enfin, la maîtrise du français des primo-arrivants progresse aussi fortement : la part des personnes rencontrant d'importantes difficultés de compréhension orale est divisée par deux entre 2019 et 2022, tandis que 85 % des primo-arrivants déclarent pratiquer le français dans leur vie quotidienne, un usage qui constitue l'un des principaux moteurs de progression linguistique.

Références :
Les résultats d'Elipa 2 sont présentés de manière détaillée dans la revue L'Essentiel sur Elipa 2 ainsi que dans la collection Infos-Migrations. Ces publications abordent également d'autres dimensions des parcours d'intégration, notamment les niveaux de diplôme des primo-arrivants, leur état de santé, les trajectoires spécifiques des bénéficiaires de la protection internationale, ainsi que les questions de parentalité et de vie familiale.
Ouvrir dans un nouvel ongletL'essentiel de l'enquête sur l'intégration des primo-arrivants, DSED, janvier 2024
Ouvrir dans un nouvel ongletInsertion professionnelle et parentalité des primo-arrivants : les mères de jeunes enfants occupent 2 à 3 fois moins souvent un emploi que les pères, DSED, Infos-Migrations no 125, janvier 2026
Ouvrir dans un nouvel ongletLa pratique du français des primo-arrivants dans leur vie privée, DSED, Infos-Migrations no 111, novembre 2024

 

9. Que peut-on dire de l’intégration et de la situation des immigrés au regard de celle des descendants d’immigrés et des personnes sans ascendance migratoire ?

Les immigrés – en particulier ceux d’origine extra‑européenne – occupent une position plus défavorable sur le marché du travail que le reste de la population, avec un taux de chômage de 12 % en 2025 (contre 7 % pour les non-immigrés), des niveaux de salaires plus faibles et des emplois moins qualifiés. Leurs conditions de vie, de logement et leur état de santé sont également moins bons que ceux du reste de la population : les immigrés sont notamment deux fois plus fréquemment en situation de pauvreté monétaire que l'ensemble de la population.

La situation de la deuxième génération est plus proche de celle des personnes sans lien direct à la migration que celle des immigrés. Les descendants d’immigrés ont des niveaux de diplômes et des emplois comparables à ceux de la population sans ascendance migratoire. Alors que les immigrés ont un niveau de vie moyen inférieur de 22 % à celui des personnes ni immigrées ni descendantes d’immigrés, cet écart est réduit à 19 % pour les descendants de deux parents immigrés et à 6 % pour ceux ayant un seul parent immigré – les descendants d’immigrés étant en moyenne plus jeunes que individus sans ascendance migratoire, cela explique en partie que les niveau de vie moyen des premiers restent inférieurs à à celui des seconds. Des inégalités subsistent néanmoins, notamment concernant l’accès à l’emploi et les conditions de logement. Enfin, les expériences de discriminations sont plus fréquemment déclarées par les descendants d’immigrés, y compris par rapport aux immigrés de la même origine pour les personnes d’origine non européenne : en 2019‑2020, 25 % des descendants d’immigrés de 18 à 59 ans déclarent avoir subi des traitements inégalitaires, contre 24 % des immigrés et 14 % de la population sans lien à la migration.

Références :
Une situation des descendants d’immigrés plus favorable que celle des immigrés, Insee Références Immigrés, descendants d’immigrés, mars 2023
L’ouvrage de référence Immigrés et descendants d'immigrés commente aussi au travers de 40 fiches, les données essentielles sur les immigrés et leurs descendants, rassemblées autour de six thématiques : la population issue de l’immigration, les flux et trajectoires migratoires, l’éducation et la maîtrise des langues, la situation sur le marché du travail, les conditions de vie et la vie sociale. Il permet ainsi de caractériser l’accès aux principaux biens et services des personnes immigrées, comme descendantes d’immigrés ou sans ascendance migratoire directe.

De nombreuses études sont consacrées à la situation des immigrés et des descendants d’immigrés sur le marché du travail. Elles éclairent en particulier le déclassement vécu par une partie des immigrés et les métiers occupés, souvent plus difficiles et en tension que pour le reste de la population.

Les unions mixtes contribuent à diffuser les origines migratoires dans les généalogies. Certes, la majorité des immigrés vivant en couple ont un conjoint qui est lui-même immigré (63 %) et 11 % des immigrés ont un conjoint descendant de 2e génération, souvent originaire du même pays. Dans la 2e génération, en revanche, les unions avec des personnes sans ascendance migratoire prédominent largement (66 % des couples). De nombreuses familles ont aujourd’hui un lien à l’immigration parce que la mixité des unions à chaque génération multiplie la présence immigrée dans les ascendances. Inversement, rares sont les généalogies à ne comprendre que des ascendants immigrés. L’intensité du lien à l’immigration décroît au fil des générations en raison de la mixité des unions. Si 33 % des personnes de moins de 60 ans ont un lien à l’immigration sur trois générations, elles ne sont que 17 % à avoir une ascendance exclusivement immigrée (immigrés ou 2e génération de deux parents immigrés ou 3e génération de quatre grands-parents immigrés). Parmi les descendants de 3e génération, neuf sur dix n’ont qu’un ou deux grands-parents immigrés. Avoir ses quatre grands-parents immigrés est relativement rare, que ce soit parmi les descendants de 3e génération mineurs (9 %) ou de 18-59 ans (5 %).

 

10. Quel est l’impact de l’immigration sur le marché du travail ?

Depuis 2019, la main-d’œuvre née à l’étranger a largement contribué à la progression de l’emploi dans les principales économies européennes. Entre 2019 et 2024, dans les quatre principales économies de la zone euro, la population en âge de travailler (15-64 ans) née à l’étranger a progressé rapidement : +6,9 % en Italie, +7,3 % en France, +14,2 % en Allemagne et surtout +33,0 % en Espagne. Cette croissance a été soutenue par des arrivées de personnes en provenance d’Ukraine, en particulier en Allemagne, par une immigration africaine et asiatique dans la plupart des pays européens et, en Espagne, par une immigration latino-américaine. D’un point de vue économique, l’immigration dans les pays développés est susceptible d’augmenter l’offre de travail et, in fine, de stimuler la croissance. De fait, les dynamiques migratoires ont largement soutenu l’emploi depuis 2019 dans trois des principales économies européennes. Entre 2019 et 2024, si l’emploi a diminué de 0,3 % en Allemagne, les travailleurs nés hors de l’Union européenne ont contribué à enrayer cette chute, contribuant positivement à hauteur de +3,0 points à l’évolution d’ensemble (contre une contribution de -2,7 points pour ceux nés sur le territoire et de -0,6 point pour ceux nés dans un pays de l’Union européenne). En Espagne, l’emploi a progressé de +8,9 %, les trois quarts de cette hausse étant imputables aux personnes nées à l’étranger. Pour l’Italie, la hausse est de 3,0 % avec une contribution de +1,7 point pour les personnes nées à l’étranger. La France se démarque de ses voisins car la hausse de 5,3 % de l’emploi total depuis 2019 y a d’abord été le fait de personnes nées dans le pays (+3,8 points), l’emploi de celles nées à l’étranger expliquant 30 % des créations nettes. En France, la hausse de l’emploi des personnes nées à l’étranger est portée majoritairement par les femmes, à l’inverse des autres pays européens. En outre, elle est essentiellement due à des diplômés de l’enseignement supérieur et concerne plus qu’ailleurs en Europe des emplois qualifiés.

Les immigrés étant surreprésentés parmi les métiers dits « essentiels » au quotidien, leur présence s’est révélée décisive dans certaines régions ou métiers pour assurer la continuité de la vie économique et sociale au moment de la crise sanitaire de 2020-2021. Ainsi, en Ile-de-France, les immigrés représentent 30 % des métiers de la première ligne alors qu’ils représentent 20 % de la population en emploi de la région. La proportion d’immigrés y est particulièrement importante dans certaines professions, notamment parmi les agents de propreté (76 %), les aides à domicile et les aides ménagères (54 %). Ces métiers sont par ailleurs bien plus souvent occupés par des femmes.

 

11. 1ère, 2ème génération : la discrimination, réelle et ressentie, est-elle persistante ?

En 2019-2020, 24 % des immigrés et 25 % des descendants d’immigrés déclarent avoir subi des traitements inégalitaires ou des discriminations au cours des cinq dernières années contre 17 % de la population âgée de 18 à 59 ans vivant en France métropolitaine, toutes origines confondues. Les immigrés d’Afrique subsaharienne et leurs descendants sont les plus concernés par ces déclarations de traitements inégalitaires, tandis que leur fréquence chez les immigrés d’Asie du Sud-Est et les descendants d’immigrés d’Europe du Sud est proche de celle déclarée parmi les personnes sans ascendance migratoire. Le sentiment de discrimination persiste donc à la deuxième génération. Par rapport à la première génération, il s’accroît même pour les descendants d’immigrés nés hors d’Europe, alors qu’il diminue pour ceux originaires d’Europe. Les immigrés nés hors d’Europe sont plus nombreux à déclarer des traitements inégalitaires ou des discriminations au cours des cinq dernières années (26 %) que ceux nés en Europe (19 %). L’écart s’accentue à la génération suivante : les descendants d’immigrés nés en Europe déclarent moins de discriminations que la première génération (‑6 points), alors que les descendants d’immigrés nés hors d’Europe en signalent nettement plus (+8 points). Si cet écart est en partie lié à des différences de caractéristiques sociodémographiques entre générations (comme l’âge ou le niveau de diplôme), ces dernières n’expliquent que 40 % de cette hausse pour les descendants d’immigrés non européens, et une part résiduelle de la baisse des discriminations vécue par les descendants d’immigrés européens. L’exposition aux discriminations diffère dès l’enfance : 19 % des descendants d’immigrés non européens rapportent des traitements discriminatoires à l’école, contre 8 % des descendants d’immigrés européens. Par rapport à ces derniers, ils sont par ailleurs deux fois plus nombreux à avoir été la cible de racisme au cours de leur vie. Enfin, parmi les descendants d’immigrés non européens, plus de 29 % estiment qu’on ne les « voit pas comme des Français », contre moins de 8 % des descendants d’immigrés européens ; on leur demande également beaucoup plus souvent « d’où ils viennent ». Ce renvoi plus fréquent à leurs origines contribuerait à expliquer pourquoi leur vécu discriminatoire est plus fort.

Références :
Le sentiment de discrimination persiste à la deuxième génération, dossier Insee et Ined, Insee Références France Portrait Social, 2024

Une étude réalisée sur les discriminations sur le marché du travail rencontrées par les personnes originaires du Maghreb confronte les sentiments de discrimination exprimés aux écarts observés de leurs taux de chômage à la population sans ascendance migratoire. Plus précisément, dans cette étude, les discriminations sur le marché du travail sont approchées selon trois dimensions, que ce soit le comportement des recruteurs vis‑à‑vis des candidats (via un testing), le risque de chômage de groupes d’actifs sur le marché du travail ou le ressenti de ces actifs sur leur situation (sentiment de discrimination). Ces trois mesures permettent de conclure que les personnes originaires du Maghreb, immigrées elles‑mêmes ou descendantes d’immigrés, diplômées de CAP à bac+5 ayant réalisé leurs études et travaillé en France, subissent en 2019‑2020 de fortes discriminations. Elles sont nettement moins souvent recontactées par les recruteurs en vue d’un entretien d’embauche que celles sans ascendance migratoire ; leur risque de chômage est plus fort à caractéristiques équivalentes et elles déclarent plus souvent s’être vues injustement refuser un emploi. La situation des hommes apparaît plus défavorable que celle des femmes de même origine : 91 % des écarts de taux de chômage entre les immigrés du Maghreb et les hommes sans ascendance migratoire ne s’expliquent pas par des différences de profils et de trajectoires professionnelles, contre 34 % pour les femmes. Pour les hommes descendants d’immigrés du Maghreb, la part inexpliquée des écarts de taux de chômage reste élevée (80 %). Ces écarts inexpliqués de risque de chômage pourraient en partie résulter de discriminations à l’embauche rencontrées par les personnes d’origine maghrébine. À caractéristiques comparables, les immigrés comme descendants d’immigrés du Maghreb déclarent plus souvent que les personnes sans ascendance migratoire avoir vécu une telle situation.

Références :
Les discriminations sur le marché du travail subies par les personnes d’origine maghrébine, dossier Dares, Insee Références Immigrés, descendants d’immigrés, mars 2023

 

12. Que sait-on des immigrés en situation irrégulière ?

Par définition, il n’est pas possible de quantifier le nombre d’immigrés en situation irrégulière en France, en utilisant les sources administratives. Le nombre de bénéficiaires de l’aide médicale d’Etat (AME), de 454 000 en 2025 (source Cnam) peut contribuer à une première approche en dehors de toute enquête statistique. En effet, le dispositif de l’AME permet à certains étrangers en situation irrégulière de bénéficier d’un accès aux soins. Cette aide est attribuée sous conditions de résidence stable (3 mois de résidence ininterrompue en France) et de ressources. Elle peut être reconduite tant que les conditions sont réunies. Toutefois, estimer le nombre d’immigrés en situation irrégulière à partir du nombre de bénéficiaires de l’AME nécessite de faire des hypothèses fragiles sur le taux de recours au dispositif. De plus, des personnes dont la situation a été régularisée ou qui ont quitté le territoire peuvent également être toujours comptabilisées comme bénéficiaires de l’AME.

En revanche, les immigrés en situation irrégulière sont inclus dans le recensement de la population. De nombreux efforts sont déployés par l’Insee et les communes en ce sens : notices d’information dans plusieurs langues étrangères, recensement des personnes sans abri, dans des hébergements (comme les Centres d’accueil des demandeurs d’asile – CADA, les foyers de travailleurs, les prisons, les campings, etc.), actualisation du répertoire des immeubles afin de garantir son exhaustivité, formation des agents recenseurs, et estimation du nombre d’habitants dans les logements n’ayant pas pu être recensés. Par ailleurs, l’enquête « Migrations Famille et Vieillissement » menée par l’Ined en 2015-2016 à Mayotte a établi que la moitié des personnes étrangères enquêtées et répondant à cette enquête étaient en situation irrégulière, tout en confirmant la proportion d’étrangers mesurée par le recensement de la population à Mayotte. Ce résultat montre que les personnes en situation irrégulière avaient bien été prises en compte dans le recensement. Cependant, il n’est pas possible de les comptabiliser. En effet, aucune information n’est demandée sur la situation administrative des personnes enquêtées par le recensement de la population. Pour les étudier spécifiquement, des enquêtes rétrospectives interrogent les immigrés sur leur parcours administratifs.

21 % des immigrés âgés de 18 à 59 ans résidant en France en 2019-2020 déclarent avoir été sans papiers à un moment de leur séjour en France dans l’enquête Trajectoires et Origines 2 (Ined-Insee), dont près de 6 sur 10 après une arrivée régulière en France. Ces situations d’irrégularités peuvent être la conséquence de retards de renouvellement de titres de séjour du fait de lenteurs administratives, de refus de droit d’asile ou de renouvellement de titres ou de personnes restées sur le territoire après expiration d’un visa. Un quart des immigrés ayant connu une période d’irrégularité a été par la suite naturalisé. Ces discontinuités du droit au séjour, dans le cadre d’un renouvellement, ont des conséquences sur l’insertion professionnelle, résidentielles ou sur la vie personnelle des primo-arrivants, quantifiées à partir de l’enquête Elipa 2. Par exemple, toutes choses égales par ailleurs, un primo-arrivant ayant vécu une période sans document l’autorisant à prolonger son droit au séjour a 11 % de chance en moins d’occuper un emploi en 2022. Chaque mois supplémentaire de cette période de discontinuité réduit la chance d’occuper un emploi de 3 %.

Par ailleurs, la proportion d’immigrés ayant fait l’expérience de l’irrégularité est en net recul par rapport aux années 1970. Ainsi, en 1968, 82 % des titres distribués avaient été octroyés à des personnes entrées en France de façon irrégulière, i.e. sans aucun document ou avec des documents expirés, contre 40 % en 2018 selon l’enquête Elipa 2.