2027 : la statistique publique au service des débats
À l’approche des échéances électorales de 2027, les débats qui traversent notre société
porteront sur de nombreuses questions économiques, sociales, environnementales, démographiques
ou territoriales. Pour les comprendre, les mettre en perspective et en mesurer les
évolutions, disposer de repères partagés est essentiel.
Découvrez l’ensemble des ressources proposées par l’Insee et les services statistiques
ministériels
Santé, perte d’autonomie et vieillissement, handicap Quelques questions
- 1. Que coûte la santé, et qui paie ?
- 2. Qui est couvert par une complémentaire santé et pour quels bénéfices ?
- 3. L’accès aux soins de ville et les conditions de prise en charge sont-ils les mêmes partout ?
- 4. L’accès aux soins hospitaliers et les conditions de prise en charge sont-ils les mêmes partout ?
- 5. Quelle est la durée d’attente aux urgences ? L’accès aux urgences et les conditions de prise en charge sont-ils les mêmes partout ?
- 6. Est-ce qu’il y aura suffisamment de soignants pour faire face au vieillissement de la population ?
- 7. L’espérance de vie « en bonne santé » augmente-t-elle ?
- 8. Comment évolue la perte d’autonomie en France ?
- 9. Quelle prise en charge de la perte d’autonomie en France ?
- 10. Comment faire face à l’augmentation du nombre de personnes en perte d’autonomie ?
- 11. Quelles évolutions de la santé mentale, en particulier des jeunes ?
- 12. Tous égaux face à la santé ?
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1. Que coûte la santé, et qui paie ?
Pour mesurer ce que coûte la santé de façon homogène, l’OCDE et l’OMS ont défini un agrégat très large, la dépense courante de santé au
sens international (DCSi), qui recouvre l’ensemble des dépenses de santé : les soins hospitaliers, les soins
de ville, les biens médicaux, les dépenses de prévention et de soins de longue durée,
ainsi que les frais de gestion du système de santé. En 2025, la DCSi s’élève en France à 353 milliards d’euros, soit 11,8 % du PIB et 17,0 % de la consommation effective des ménages. Les soins hospitaliers représentent
environ un tiers de la DCSi , les soins en ville et activités techniques environ 20 %,
comme les soins de longue durée, et les biens médicaux (médicaments, optique, prothèses,
etc.) environ 16 %.
La Sécurité sociale est l’acteur majeur du financement de la DCSi, avec 70,6 % de la dépense prise en charge en 2025 (249 milliards d’euros). Le financement de la Sécurité sociale rassemble les remboursements aux patients,
les versements directs aux établissements et professionnels, ainsi que la Complémentaire
Santé Solidaire (C2S). L’État finance 6,9 % de la DCSi (24 milliards d’euros) au titre des soins de longue durée et de l’Aide Médicale d’État notamment, les organismes complémentaires 12,3 % (43 milliards d’euros) et les ménages 9,7 % (34 milliards
d’euros).
Les administrations publiques (Sécurité sociale et État) financent la plus grande
partie des dépenses hospitalières (94 % en 2025). A l’inverse, les soins dentaires
constituent le grand poste de dépense de santé le moins financé par les administrations
publiques (36 %), les organismes complémentaires en finançant 46 % et les ménages
15 %. Les dispositifs médicaux (optique, prothèses, etc) sont un autre grand poste
à reste à charge des ménages élevé (ils en financent 16 % en 2025), les administrations
publiques en financent 45 % et les organismes complémentaires 38 %.
Rapportée à la population française, la DCSi représente 4 970 euros par habitant en 2025.
Le reste à charge des ménages s’élève en moyenne à 495 euros par habitant, dont 40 euros pour l’hôpital (public et privé), 52 pour les dispositifs médicaux,
67 pour les médicaments en ambulatoire, 127 pour les soins ambulatoires et 207 euros
pour les soins de longue durée.
Référence :
Ouvrir dans un nouvel ongletLes dépenses de santé en 2025 - Résultats des comptes de la santé- Édition 2026, Panoramas de la Drees, Drees, octobre 2026
Pour les ménages, le coût de la santé ne se limite pas aux factures payées au moment des soins. Pour mesurer ce que représentent les cotisations et impôts finançant l’assurance maladie obligatoire, les primes de complémentaire et les restes à charge pour chaque assuré, la Drees utilise son modèle de microsimulation, Ines-Omar. On estime ainsi que chaque ménage consacre au total 15 % de son revenu en moyenne au financement direct et indirect des dépenses de santé. Le financement de l’assurance maladie obligatoire représente à lui seul 11% du revenu des ménages ; les primes de complémentaire représentent environ 3 % du revenu et les restes à charge directs 1 %. La charge est relativement progressive pour les ménages d’âge actif, car le financement public (en particulier les cotisations sociales) augmente avec le revenu. Les situations sont néanmoins très dispersées : pour les 10 % de ménages supportant l’effort le plus élevé, la santé absorbe 23 % du revenu ; pour le 1 % le plus sollicité, 34 %. Ces situations extrêmes concernent souvent des ménages modestes, des retraités, des personnes en affection de longue durée ou confrontées à des dépenses dentaires importantes.
Référence :
Ouvrir dans un nouvel ongletDépenses de santé : un taux d’effort progressif chez les actifs, plus faible chez
les retraités aisés et très élevé pour certains ménages modestes, Études et Résultats no 1345, Drees, août 2025
La rémunération des travailleurs du secteur de la santé, notamment les professionnels de santé, représente la majorité des dépenses de santé. Ainsi, dans les établissements publics de santé, la rémunération du personnel s’élève-t-elle à 59,0 milliards d’euros, soit 63 % de la dépense de soins hospitaliers publics ; dans les cliniques privées les honoraires des médecins s’élèvent à 6,6 milliards d’euros. La dépense de soins ambulatoires s’établit à 77,8 milliards d’euros, mais elle couvre à la fois la rémunération des professionnels de santé et leurs charges professionnelles. Pour les médecins libéraux, le revenu d’activité correspond aux honoraires perçus, après déduction des charges professionnelles. En 2021, les médecins libéraux de 70 ans ou moins perçoivent en moyenne 124 000 euros de revenu d’activité annuel, soit un peu plus de 10 000 euros par mois. Cette moyenne recouvre de très grands écarts. Les dépassements d’honoraires correspondent à la part du tarif facturée au-delà du tarif conventionnel fixé par l’Assurance maladie ; ils peuvent être pratiqués par les médecins de secteur 2, alors que ceux de secteur 1 appliquent en principe le tarif conventionnel. En 2021, le revenu moyen est notamment plus élevé en secteur 2 qu’en secteur 1 chez les ophtalmologistes (213 600 euros contre 150 200 euros), les gynécologues-obstétriciens (126 600 euros contre 96 800 euros) et les chirurgiens (181 700 euros contre 162 200 euros), même si cet écart n’est pas observé dans toutes les spécialités. Les revenus dépassent 210 000 euros pour plusieurs spécialités utilisant des équipements techniques, comme la radiologie, la médecine nucléaire ou la radiothérapie ; ils avoisinent ou dépassent 180 000 euros pour l’anesthésie-réanimation, l’ophtalmologie et la chirurgie. À l’inverse, ils se situent entre 88 000 et 97 000 euros pour la pédiatrie, la psychiatrie, la dermatologie ou la rhumatologie, et s’établissent à 98 000 euros pour les omnipraticiens. Les différences existent aussi au sein d’une même spécialité : chez les généralistes, le revenu des 10 % les mieux rémunérés est plus de quatre fois supérieur à celui des 10 % les moins rémunérés. Les femmes déclarent en moyenne 90 000 euros, contre 148 000 euros pour les hommes, notamment en raison de volumes d’activité et de spécialités différents.
Référence :
Ouvrir dans un nouvel ongletRevenu des médecins libéraux : une légère hausse entre 2017 et 2021, avec de fortes
disparités selon la spécialité et l’ancienneté dans l’installation, Études et Résultats no 1322, Drees, décembre 2024
2. Qui est couvert par une complémentaire santé et pour quels bénéfices ?
En 2023, près de 97 % de la population bénéficie d’une complémentaire santé, qui intervient après l’assurance maladie obligatoire. Environ 400 organismes proposent ces couvertures : principalement des mutuelles, mais aussi des entreprises d’assurance et des institutions de prévoyance. En 2024, ils ont collecté 46,5 milliards d’euros de cotisations en santé et versé 36,8 milliards d’euros de prestations, soit 79 % des cotisations collectées. Les contrats prennent généralement en charge le ticket modérateur et le forfait hospitalier ; leur couverture des dépassements d’honoraires, de l’optique, du dentaire ou des aides auditives varie davantage. Les garanties comme les cotisations dépendent du contrat et, pour les contrats individuels, fortement de l’âge : pour un contrat de référence, la cotisation moyenne passe de 33 euros par mois à 20 ans à 146 euros à 85 ans. Déployée progressivement entre 2019 et 2021, la réforme du « 100 % santé », qui propose des paniers d’équipements sans reste à charge en optique, audiologie et dentaire, a favorisé le recours aux équipements sans reste à charge, surtout pour les aides auditives et les prothèses dentaires ; son utilisation reste plus limitée en optique.
Références :
Ouvrir dans un nouvel ongletLa complémentaire santé : acteurs, bénéficiaires, garanties - Édition 2024, Panoramas de la Drees, Drees, juillet 2024
Ouvrir dans un nouvel ongletRapport 2025 sur la situation financière des organismes complémentaires assurant une
couverture santé, Drees, décembre 2025
Ouvrir dans un nouvel ongletEn 2023, les personnes sous le seuil de pauvreté restent bien plus souvent sans complémentaire
santé que les autres, Les Dossiers de la Drees no137, Drees, avril 2026
La complémentaire santé solidaire réduit très fortement les dépenses directement payées par ses bénéficiaires. Créée en 2019 à partir de la couverture maladie universelle complémentaire et de l’aide à la complémentaire santé, la complémentaire santé solidaire (C2S), financée par l’État, est destinée aux personnes disposant de ressources modestes : elle est gratuite ou accessible avec une participation modeste selon les ressources. En 2021, le reste à charge moyen de ses bénéficiaires est de 26 euros sur l’année : neuf sur dix paient moins de 30 euros et huit sur dix n’ont rien à payer, ou moins d’un euro. Les dépenses restantes se concentrent chez une minorité de personnes : pour les 10 % ayant les restes à charge les plus élevés, la moyenne atteint environ 250 euros. Elles concernent principalement l’optique, les soins dentaires et les aides auditives, plus rarement les dépassements d’honoraires médicaux. Les bénéficiaires recourent davantage aux professionnels appliquant les tarifs opposables et aux paniers « 100 % santé ». La protection financière est donc élevée, même si certains renoncements aux soins peuvent subsister.
Référence :
Ouvrir dans un nouvel ongletLa complémentaire santé solidaire permet à huit bénéficiaires sur dix de ne plus avoir
de reste à charge en santé, Études et Résultats no 1362, Drees, janvier 2026
L’absence de complémentaire santé est devenue rare, mais elle reste deux fois plus fréquente parmi les personnes pauvres. En 2023, 3,4 % des habitants de France hors Mayotte ne sont pas couverts, contre 7 % des personnes vivant sous le seuil de pauvreté. La part de personnes sans complémentaire a fortement diminué depuis la fin des années 1990, puis est restée globalement stable depuis 2010. Les raisons financières sont les plus souvent citées : une personne non couverte sur trois déclare ne pas avoir les moyens de souscrire ; 15 % estiment ne pas en avoir besoin, 12 % sont en cours d’adhésion et 10 % indiquent manquer de temps ou ne pas y avoir pensé. Les chômeurs et les personnes étrangères présentent des taux proches de 10 %, les familles monoparentales de 5%. Parmi les personnes vivant seules, les hommes sont trois fois plus souvent non couverts que les femmes (6 % contre 2 %), alors même qu’ils disposent en moyenne d’un niveau de vie plus élevé. Parmi les souscripteurs, les bénéficiaires de la complémentaire santé solidaire sont les plus satisfaits de leurs remboursements, tandis que les titulaires d’un contrat individuel le sont le moins ; la satisfaction est aussi généralement plus faible en Île-de-France, où les dépassements d’honoraires sont plus fréquents. Parmi les personnes couvertes, 44 % bénéficient d’un contrat collectif d’entreprise ou de la fonction publique, 42 % d’un contrat individuel et 11 % de la complémentaire santé solidaire.
Référence :
Ouvrir dans un nouvel ongletEn 2023, les personnes sous le seuil de pauvreté restent bien plus souvent sans complémentaire
santé que les autres, Les Dossiers de la Drees no 137, Drees, avril 2026
Réduire les remboursements de l’assurance maladie obligatoire déplace la dépense vers les patients, de façon plus ou moins directe. La Drees a mené un travail de simulation de réformes de déremboursement en comparant plusieurs mesures permettant chacune d’économiser un milliard d’euros de dépenses publiques. Une hausse du ticket modérateur est généralement prise en charge par les complémentaires, mais se répercute ensuite sur les primes payées par les assurés. À l’inverse, l’augmentation des franchises et des participations forfaitaires est payée directement par les patients. Elle pèse davantage sur les personnes qui consomment beaucoup de soins et sur celles dont l’état de santé est dégradé ; relever le plafond annuel accentuerait notamment l’effort demandé aux personnes âgées et aux malades chroniques. Quel que soit le scénario, la somme rapportée au revenu est environ deux fois plus élevée pour les ménages modestes que pour les ménages aisés. La complémentaire santé solidaire protège ses bénéficiaires, mais pas les personnes éligibles qui n’y ont pas recours.
Référence :
Ouvrir dans un nouvel ongletDérembourser des soins pour maîtriser la dépense de santé : qui paie ?, Les Dossiers de la Drees no 135, Drees, février 2026
3. L’accès aux soins de ville et les conditions de prise en charge sont-ils les mêmes partout ?
En 2024, l’accès aux soins de ville reste très variable d’une commune à l’autre, avec
des écarts plus marqués pour les chirurgiens-dentistes, les kinésithérapeutes et les
infirmiers que pour les médecins généralistes.
L’indicateur d’accessibilité potentielle localisée (APL) mesure, pour chaque commune,
l’offre disponible à proximité en tenant compte de l’activité des professionnels et
des besoins de la population selon l’âge. À la différence d’une simple densité locale,
l’APL tient compte des communes voisines et des déplacements possibles pour se soigner.
En 2024, l’accessibilité moyenne est de 3,3 consultations par habitant pour les médecins généralistes ; pour les autres professions, elle correspond à 154,8 équivalents temps plein (ETP)
infirmiers, 22,2 sages-femmes, 123,2 kinésithérapeutes et 61,5 chirurgiens-dentistes
pour 100 000 habitants standardisés. Les médecins généralistes sont les mieux répartis
entre territoires : l’accessibilité des 10 % les mieux dotés est 4,3 fois celle des
10 % les moins dotés, contre 4,9 pour les sages-femmes, 6,1 pour les infirmiers, 6,8
pour les kinésithérapeutes et 7,9 pour les chirurgiens-dentistes. Entre 2023 et 2024,
l’accès potentiel aux médecins généralistes et aux infirmiers se dégrade légèrement,
tandis qu’il s’améliore pour les trois autres professions.
Référence :
Ouvrir dans un nouvel ongletAccessibilité aux soins de premier recours en 2024, Jeu de données, Drees, juillet 2026
En 2022, deux médecins généralistes sur trois déclaraient refuser de nouveaux patients comme médecin traitant. En 2019, 54 % des généralistes étaient concernés ; la proportion atteignait 59 % chez les médecins de 30 à 40 ans, contre 51 % chez ceux de 60 à 70 ans. Les refus étaient également plus fréquents dans les zones sous-dotées (63 %, contre 47 % dans les zones les mieux dotées) et chez les médecins exerçant en groupe monodisciplinaire (59 %, contre 49 % pour ceux exerçant seuls). Près de la moitié des médecins (46 %) refusaient aussi certains patients occasionnels et 55 % déclaraient allonger leurs délais de rendez-vous. Les maisons de santé pluriprofessionnelles se distinguaient davantage par leur organisation collective des soins non programmés : 61 % disposaient d’une organisation permettant de répondre systématiquement à ces demandes, contre 45 % des groupes monodisciplinaires.
Référence :
Ouvrir dans un nouvel ongletLes médecins généralistes exerçant seuls et ceux en maison de santé pluriprofessionnelle
se distinguent par une plus grande disponibilité pour les patients, Études et Résultats no 1301, Drees, mai 2024
Les personnes de 45 ans ou plus se déclarent dans l’ensemble satisfaites de leur prise en charge en médecine générale. Fin 2023, 77 % indiquent consulter habituellement un seul médecin généraliste et la moitié voient le même depuis plus de dix ans. Cette continuité est moins fréquente chez les personnes en mauvaise santé, qui consultent plus souvent plusieurs professionnels : elles sont 30 % dans ce cas, contre 10 % de celles qui se déclarent en excellente santé. Pour leur dernière consultation, 87 % des patients estiment que le délai n’a pas posé de problème. Les délais varient toutefois selon le besoin : pour un nouveau problème de santé, la moitié des rendez-vous ont lieu le jour même ou le lendemain ; les consultations de suivi ou de prévention sont davantage programmées. L’étude montre ainsi une satisfaction élevée chez les personnes qui ont pu consulter, sans pour autant mesurer les difficultés des personnes qui n’ont pas réussi à obtenir de rendez-vous.
Référence :
Ouvrir dans un nouvel ongletLes patients de 45 ans ou plus sont globalement satisfaits de leur prise en charge
en médecine générale, Les Dossiers de la Drees no 129, Drees, mars 2025
4. L’accès aux soins hospitaliers et les conditions de prise en charge sont-ils les mêmes partout ?
Les établissements de santé se distinguent fortement par leur statut, leurs capacités et les prises en charge qu’ils assurent. En 2024, les 2 962 hôpitaux et cliniques disposent de 367 100 lits d’hospitalisation complète et de 91 000 places d’hospitalisation partielle. Les établissements publics représentent environ 45 % des structures, mais concentrent près de 60 % de l’ensemble des lits et des places ; les cliniques privées, qui constituent environ un tiers des établissements, en regroupent un peu plus d’un quart, le reste relevant du secteur privé non lucratif. Au sein du secteur public, les centres hospitaliers universitaires et régionaux dispensent les soins les plus spécialisés, tandis que les autres centres hospitaliers assurent la majeure partie des prises en charge de court séjour et des soins destinés aux personnes âgées. Les cliniques privées sont davantage présentes en chirurgie et dans les prises en charge sans nuitée. L’activité diffère elle aussi nettement selon le statut des établissements. Les hôpitaux publics réalisent 70 % des séjours avec nuitée en médecine, chirurgie, obstétrique et odontologie, dont 77 % des séjours de médecine, ainsi que 89 % des journées de soins de longue durée. Les cliniques privées assurent 48 % des journées d’hospitalisation partielle de court séjour (notamment en chirurgie) et 49 % de celles de soins médicaux et de réadaptation. En 2024, le nombre total de séjours avec nuitée augmente dans les établissements publics (+2,0 %) et privés à but non lucratif (+2,6 %), mais recule dans les cliniques privées (-1,0 %).
Référence :
Ouvrir dans un nouvel ongletLes établissements de santé en 2024, Édition 2026, Les panoramas de la Drees, Drees, juillet 2026
5. Quelle est la durée d’attente aux urgences ? L’accès aux urgences et les conditions de prise en charge sont-ils les mêmes partout ?
En 2023, la moitié des patients passent plus de trois heures aux urgences, soit 45 minutes de plus qu’en 2013. La durée dépend fortement du parcours. Elle a augmenté en dix ans pour tous les types de parcours, avec le vieillissement de la population et l’augmentation de la fréquentation des urgences. En 2023, pour les patients qui rentrent chez eux, elle est de 2 h 30 en médiane, contre 1 h 50 dix ans plus tôt. Elle atteint 5 h 20 pour les personnes ensuite hospitalisées dans un autre service et près de 15 heures pour celles passant par une unité d’hospitalisation de courte durée avant de rentrer chez elles. La taille du service joue également : la médiane reste inférieure à deux heures dans les petites urgences recevant au plus 40 patients par jour, contre 3 h 50 dans celles qui en accueillent plus de 120. Les passages de plus de huit heures concernent 15 % des patients, mais 36 % des personnes de 75 ans ou plus, contre 3 % des enfants. Enfin, 21 % des patients disent être venus faute d’avoir obtenu un rendez-vous médical ailleurs, contre 14 % en 2013.
Références :
Ouvrir dans un nouvel ongletUrgences : la moitié des patients y restent plus de 3 heures en 2023, 45 minutes de
plus qu’en 2013, Études et Résultats no 1334, Drees, mars 2025
Ouvrir dans un nouvel ongletUrgences : la durée de passage a augmenté en dix ans, particulièrement pour les patients
aux parcours les plus longs, Études et Résultats no1372, Drees, juin 2026.
Les 719 points d’accueil des urgences enquêtés en 2023 ont des tailles, des spécialités et des modes d’organisation très différents. Près de sept sur dix accueillent à la fois les adultes et les enfants, 17 % sont spécialisés en pédiatrie et 15 % disposent de circuits séparés. Un service sur cinq reçoit au plus 40 patients par jour, tandis qu’un autre sur cinq en reçoit plus de 120 ; l’activité quotidienne s’étend d’une dizaine à près de 290 passages. Entre mi-mars et mi-juin 2023, 8 % des services ont fermé au moins une fois et 23 % ont régulé les entrées sur certains créneaux. Au cours d’une semaine donnée, 19 % déclarent manquer de médecins pour compléter les plannings. L’évaluation rapide à l’arrivée est désormais généralisée et 56 % des services disposent de personnels chargés de rechercher des lits d’aval, contre 22 % en 2013. La présence permanente d’un gériatre reste rare, mais 54 % des urgences non pédiatriques peuvent solliciter une équipe mobile gériatrique.
Référence :
Ouvrir dans un nouvel ongletUrgences hospitalières en 2023 : quelles organisations pour la prise en charge des
patients ?, Études et Résultats no 1305, Drees, juillet 2024
6. Est-ce qu’il y aura suffisamment de soignants pour faire face au vieillissement de la population ?
Au 1er janvier 2026, 242 200 médecins sont en activité en France, soit 5 000 de plus qu’un an auparavant. On compte 101 000 généralistes (+1,0 % en un an) et 141 200 médecins d’autres spécialités (+2,9 %). Les effectifs médicaux ont augmenté de 12,2 % depuis 2012, et leur progression s’est accélérée au cours des trois dernières années. La hausse est liée à des générations formées plus nombreuses et à l’arrivée de médecins diplômés à l’étranger, qui représentent 11 % des médecins, contre 7 % en 2012. La profession rajeunit et se féminise : 31 % des médecins ont moins de 40 ans, contre 17 % en 2012, et les femmes sont désormais légèrement majoritaires. Les évolutions diffèrent selon les spécialités : le nombre de généralistes a diminué entre 2018 et 2024 avant de repartir à la hausse, tandis que certaines spécialités, comme la gériatrie, se développent fortement. Début 2026, on dénombre aussi 111 400 kinésithérapeutes, 75 300 pharmaciens, 48 700 dentistes et 26 400 sages-femmes.
Référence :
Ouvrir dans un nouvel ongletDémographie des professionnels de santé au 1ᵉʳ janvier 2026, Jeu de données, Drees, juillet 2026
D'ici 2040, l'effectif de médecins en activité ou étudiants en troisième cycle augmenterait
d'au moins 30 %.
Ces résultats sont issus du nouveau modèle ProMédI (Projections des effectifs de Médecins,
d'Internes et autres étudiants du troisième cycle) développé par la Drees en 2025..
Il tient compte des dernières données démographiques observées et des Objectifs nationaux
pluriannuels (ONP), qui fixent jusqu'en 2030 le nombre d'entrées en deuxième année
d'études de médecine. Il permet d’anticiper jusqu’en 2070 le nombre de médecins en
activité chaque année (intégrant ceux effectuant leur troisième cycle d’études médicales),
selon différentes hypothèses : un scénario tendanciel qui prolonge les derniers ONP
sur tout l’horizon de prévision (12 200 entrées par an), et des variantes « haute »
et « basse » qui s’en écartent en retenant respectivement 15 200 et 9 200 entrées
par an à partir de 2031.
La démographie médicale attendue en 2040 est en grande partie déjà déterminée par
le nombre actuel de médecins en exercice et d'étudiants en médecine. Dans le scénario
tendanciel, le nombre de médecins en activité et d'étudiants en troisième cycle atteindrait
351 300 en 2040, contre 261 800 en 2025. À cet horizon, les variantes haute et basse
conduiraient encore à des niveaux proches : la hausse serait ainsi comprise entre 30 % et 39 %. Les trajectoires se différencieraient davantage à plus long terme : dans le scénario
tendanciel, le nombre de médecins et d'étudiants en troisième cycle atteindrait 464
200 en 2060 (soit environ trois quarts de plus qu'en 2025), contre 401 800 dans la
variante basse et 527 700 dans la variante haute.
Dans un contexte de vieillissement de la population, ces évolutions sont atténuées
une fois rapportées aux besoins de soins. La densité standardisée, qui tient compte du nombre d'habitants et de leur consommation
de soins selon l'âge, augmenterait de 29 % entre 2025 et 2040 et de 68 % entre 2025
et 2060 (scénario tendanciel).
Dans les trois scénarios ci-dessus, le flux de diplômés à l'étranger est maintenu
au dernier niveau observé (2 500 par an). Sans ces arrivées, le nombre de médecins
en activité et d'étudiants en troisième cycle n'augmenterait que de 21 % d'ici 2040
et de 53 % d'ici 2060, contre respectivement 34 % et 77 % dans le scénario tendanciel.
Référence :
Ouvrir dans un nouvel ongletL’effectif de médecins en activité et d’étudiants en 3ème cycle augmenterait d’au
moins 30 % d’ici 2040, Jeu de données commentées, Drees, octobre 2026
Entre 2021 et 2050, le nombre d’infirmières en emploi augmenterait de 37 %, passant de près de 600 000 à 821 000. Cette hausse resterait inférieure à celle des besoins en soins, qui progresseraient de 50 % sous l’effet du vieillissement de la population, à recours aux soins inchangé pour chaque âge. Le scénario tendanciel de l’exercice de projection du nombre d’infirmières en emploi prolonge les politiques de formation et les comportements professionnels récents, avec environ 29 000 nouvelles diplômées par an. Pour maintenir en 2050 le niveau actuel de couverture des besoins, il faudrait environ 80 000 infirmières supplémentaires par rapport aux effectifs projetés. L’exercice libéral augmenterait plus rapidement que l’emploi salarié : sa part passerait de 16 % à 21 % des effectifs. Notons que depuis la réalisation de ces projections, les inscriptions en formation ont continué de progresser. Cette progression, postérieure aux hypothèses de projection retenues, pourrait conduire à des effectifs d’infirmières en emploi plus élevés que ceux du scénario tendanciel présenté ici. Entre 2021 et 2024, les inscriptions en première année de formation infirmière sont ainsi passées de 35 400 à 38 900, soit une hausse de près de 10 %.
Références :
Ouvrir dans un nouvel ongletLe nombre d’infirmières augmenterait fortement d’ici à 2050, mais moins que les besoins
en soins de la population vieillissante, Études et Résultats no 1319, Drees, décembre 2024
Ouvrir dans un nouvel ongletLa formation aux professions de santé, résultats de l’enquête annuelle auprès des
écoles de formation, Jeu de données Drees, Drees, mai 2026
Pour les chirurgiens-dentistes, les sages-femmes et les pharmaciens, les projections à l’horizon 2050 sont globalement orientées à la hausse, mais selon des rythmes différents. Par rapport à 2021, le nombre de chirurgiens-dentistes augmenterait de 46 %. Leur densité « standardisée », qui tient compte à la fois du nombre d’habitants et du vieillissement de la population, progresserait de 39 % ; une part importante de cette hausse viendrait de professionnels diplômés à l’étranger. Les effectifs de sages-femmes augmenteraient de 24 %, avant un léger recul à partir du milieu des années 2040. L’exercice salarié resterait presque stable, tandis que l’exercice libéral ou mixte progresserait d’environ 70 %, ce qui modifierait la répartition de l’offre. Le nombre de pharmaciens diminuerait légèrement jusqu’en 2027, puis repartirait à la hausse pour dépasser de 12 % son niveau de 2021 en 2050. Pour les pharmaciens d’officine, la densité corrigée des besoins liés à l’âge de la population ne retrouverait toutefois son niveau de 2021 qu’à la fin de la période. Depuis la réalisation de ces projections, les capacités d’accueil ont encore progressé : entre les années universitaires 2023-2024 et 2024-2025, elles sont passées de 1 483 à 1 569 places en odontologie et de 3 535 à 3 729 en pharmacie. De fait, les effectifs futurs pourraient être supérieurs à ceux du scénario projeté.
Référence :
Ouvrir dans un nouvel ongletQuelle démographie récente et à venir pour les professions médicales et pharmaceutiques ?
- Constat et projections démographiques, Les Dossiers de la Drees no 76, Drees, mars 2021
7. L’espérance de vie « en bonne santé » augmente-t-elle ?
L’espérance de vie sans incapacité mesure le nombre d’années qu’une personne peut espérer vivre sans limitation durable dans ses activités quotidiennes. Elle associe les données de mortalité à la proportion de personnes déclarant, depuis au moins six mois, être limitées par un problème de santé. En 2024, à 65 ans, les femmes peuvent espérer vivre encore 11,8 ans sans incapacité et les hommes 10,5 ans. Depuis 2008, cet indicateur a progressé d’un an et neuf mois pour les deux sexes, plus vite que l’espérance de vie totale au même âge. La part de la vie restant à 65 ans passée sans incapacité est ainsi passée de 45 % à 50 % pour les femmes et de 48 % à 53 % pour les hommes. L’essentiel de l’amélioration est toutefois antérieur à 2019. À la naissance, l’espérance de vie sans incapacité atteint 64,1 ans pour les femmes et 63,7 ans pour les hommes : l’écart de 5 mois en faveur des femmes est bien plus faible que pour l’espérance de vie totale (écart de plus de 5 ans en faveur des femmes). À la naissance, et encore plus à 65 ans, la France se situe au-dessus de la moyenne européenne en matière d’espérances de vie sans incapacité.
Référence :
Ouvrir dans un nouvel ongletL’espérance de vie sans incapacité à 65 ans est de 11,8 ans pour les femmes et de
10,5 ans pour les hommes en 2024, Études et Résultats no 1363, Drees, janvier 2026
8. Comment évolue la perte d’autonomie en France ?
Les personnes de 60 ans ou plus vivant à domicile sont moins souvent en perte d’autonomie
qu’en 2015. En 2022, en France métropolitaine, parmi les 18 millions de personnes qui ont 60 ans ou plus, 16,7 millions vivent à leur domicile. Parmi elles, 8 % sont en perte d’autonomie au sens du groupe iso-ressources (GIR), soit 1,3 million de personnes concernées.
Le GIR est calculé en fonction de la capacité du senior à accomplir dix activités
physiques et mentales (se laver, se déplacer, s’orienter, etc.). En tenant compte
des seniors vivant en établissements, ce sont plus de 2 millions de seniors qui sont
en perte d’autonomie.
Entre 2015 et 2022, parmi les 60 ans ou plus qui vivent à leur domicile, la prévalence
de la perte d’autonomie passe de 10 % en 2015 à 8 % en 2022. Cette baisse, surtout
portée par les 75 ans ou plus, a plus que compensé la hausse du nombre de seniors
sur la période, si bien que le nombre de personnes concernées a diminué (-180 000
personnes). Dans le même temps, la proportion de personnes âgées accueillies en établissement
a elle aussi baissé. Le recul du nombre de personnes âgées en perte d’autonomie s’explique
surtout par la baisse du taux de perte d’autonomie à âge donné.
Entre 2015 et 2022, l’espérance de vie sans perte d’autonomie (c’est-à-dire sans difficulté
à accomplir des actes essentiels de la vie quotidienne au sens du GIR) a augmenté
de 0,8 an pour les femmes et de 0,5 an pour les hommes.Cet indicateur est plus restrictif
que l’espérance de vie sans incapacité : il repose sur une estimation du GIR et cible
les difficultés à accomplir des actes essentiels de la vie quotidienne, tandis que
l’espérance de vie sans incapacité s’appuie sur les limitations déclarées dans les
activités habituelles.
Si les tendances démographiques observées sur la période 2010-2019 pour les risques
de décès se poursuivaient et que le temps passé en perte d’autonomie restait la même,
le nombre de seniors âgés de 60 ans ou plus en perte d’autonomie augmenterait jusqu’aux
années 2050 pour approcher 2,8 millions, soit 700 000 seniors en perte d’autonomie de plus au début des années 2050 qu’en 2021. C’est la conséquence directe du vieillissement de la population – les seniors devenant
à la fois plus nombreux et en moyenne plus âgés – atténuée par la baisse de la perte
d’autonomie à un âge donné. Deux périodes se succéderaient jusqu’aux années 2050,
avec une hausse du nombre de seniors en perte d’autonomie d’abord forte jusqu’au début
des années 2030, et ralentie ensuite. Au-delà, la population des seniors en perte
d’autonomie se stabiliserait et entamerait une légère décroissance à l’horizon des
années 2070.
Références :
Ouvrir dans un nouvel ongletPerte d’autonomie à domicile : les seniors moins souvent concernés en 2022 qu’en 2015
- Premiers résultats de l’enquête Autonomie 2022, Études et Résultats no 1318, Drees, novembre 2024
700 000 seniors en perte d’autonomie supplémentaires d’ici 2050, Insee Première, no 2078, Insee, Drees, octobre 2025
9. Quelle prise en charge de la perte d’autonomie en France ?
En France, l’aide sociale aux personnes âgées relève principalement des départements.
Pour les personnes âgées de plus de 60 ans, l’allocation personnalisée d’autonomie (APA)
est destinée à couvrir des frais dus à leur perte d’autonomie. En établissement, l’aide
sociale à l’hébergement (ASH) finance tout ou partie des frais d’hébergement.
Fin 2023, 1,50 million de prestations ont été allouées par les départements aux personnes
âgées en perte d’autonomie dont 834 100 aides à domicile et 666 000 aides à l’accueil.
Les dépenses annuelles d’aide sociale aux personnes âgées, nettes des différents recouvrements
et récupérations et hors frais de personnels du département, atteignent 8,9 milliards
d’euros en 2023. L’allocation personnalisée d’autonomie (APA) représente plus de 91 %
des aides sociales aux personnes âgées. Fin 2023, 1,36 million de personnes de 60 ans
ou plus la perçoivent, soit 7,2 %. En décembre 2023, plus d’un tiers des personnes
âgées de 85 ans ou plus bénéficient de l’APA. Quatre bénéficiaires de l’APA sur dix
résident en établissement. Au 31 décembre 2023, 10 400 structures médicosociales d’hébergement
pour personnes âgées proposent 756 000 places d’accueil. Entre 2019 et 2023, le nombre
de personnes accueillies a diminué de 4,5 %. Fin 2023, 85 % des résidents sont en
perte d’autonomie.
Le coût de la prise en charge de la perte d’autonomie des personnes âgées est largement
couvert par des aides publiques. Le reste à charge pour les bénéficiaires de l’APA à domicile est ainsi estimé à 47
euros par mois en 2019, soit 2,5 % des ressources des bénéficiaires ; il croît avec
le revenu et le niveau de perte d’autonomie.
Cependant, lorsqu’elles vivent en établissement, les personnes âgées doivent s’acquitter
de frais de séjour, qui représentent une part élevée de leurs revenus courants, voire
les dépassent largement, même en tenant compte des différentes aides possibles. Néanmoins,
certaines personnes âgées, parmi les plus modestes d’entre elles, voient leurs frais
de séjour en partie couverts par l’aide sociale à l’hébergement (ASH), cumulée avec
l’APA. Dans ce cas, leur reste-à-charge est un peu supérieur à 10 % de leur revenu.
Fin 2023, 115 900 personnes de 60 ans ou plus bénéficient de l’ASH au titre d’un hébergement
en établissement, pour une dépense nette des récupérations associées de 1,2 milliard
d’euros sur l’ensemble de l’année.
Références :
Ouvrir dans un nouvel ongletL’aide sociale aux personnes âgées ou handicapées. Perte d’autonomie et handicap, Panoramas de la Drees, Drees, octobre 2025
Ouvrir dans un nouvel ongletEhpad : un résident sur dix est accueilli dans un établissement géré par l’un des
cinq grands groupes d’Ehpad, Études et Résultats no 1346, Drees, septembre 2025
Ouvrir dans un nouvel ongletLes besoins en personnel accompagnant des personnes âgées en perte d’autonomie, Les Dossiers de la Drees no 123, Drees, octobre 2024
Ouvrir dans un nouvel ongletEhpad : un résident sur dix a moins de 75 ans, Études et Résultats no 1302, Drees, mai 2024
Ouvrir dans un nouvel ongletRésidences autonomie : avant le début de la crise sanitaire, le nombre de places augmentait,
mais celui des résidents diminuait, Études et Résultats no 1284, Drees, novembre 2023
10. Comment faire face à l’augmentation du nombre de personnes en perte d’autonomie ?
En 2050, près de 23 millions de personnes âgées de 60 ans ou plus vivront en France,
soit 5 millions de plus qu’en 2021. 738 000 personnes supplémentaires seraient en
perte d’autonomie en 2050. Conserver les pratiques actuelles d’entrée en établissements d’hébergement pour personnes
âgées dépendantes (Ehpad) ou assimilés des personnes âgées en perte d’autonomie supposerait
de créer 365 000 places en Ehpad entre 2021 et 2050, qui s’ajouteraient aux 640 000
existantes en 2021. Or, le nombre de places a légèrement diminué entre 2019 et 2023.
Si le nombre de places en Ehpad restait identique à celui de 2021, ces établissements
se concentreraient dans l’accueil des personnes âgées les plus vulnérables. En 2050,
les Ehpad ne seraient plus en mesure d’accueillir des personnes âgées autonomes et
85 % des résidents des Ehpad seraient en situation de perte d’autonomie sévère, contre
59 % en 2021.
Limiter les places en Ehpad pourrait entraîner le report d’une partie des séniors
vers les habitats intermédiaires ou le domicile. Si les résidences autonomie accueillaient
tous ces seniors, le nombre de places qu’elles proposent, qui s’élève actuellement
à 113 000, devrait alors être multiplié par 4,6 d’ici 2050. Parmi les personnes accueillies,
60 % auraient un besoin d’aide à l’autonomie (contre 26 % en 2021). Ces structures
devraient s’adapter de façon importante, notamment en termes de personnel.
Sans création de places en Ehpad, le nombre de personnes âgées qui vivent en logement
ordinaire ou en résidence autonomie bénéficiant de l’allocation personnalisée d’autonomie (APA)
à domicile augmenterait de plus de 60 % d’ici 2050. Le nombre d’emplois en équivalent
temps plein (ETP) d’aides à domicile suivrait la même tendance. Au total, pour prodiguer les soins de base aux personnes âgées en perte d’autonomie
à domicile ou en Ehpad, entre 150 000 et 200 000 emplois supplémentaires seraient
nécessaires en 2050.
Références :
Ouvrir dans un nouvel ongletSoutien à l’autonomie des personnes âgées : entre 150 000 et 200 000 emplois supplémentaires
seraient nécessaires en 2050, Études et Résultats no 1365, Drees, février 2026
Ouvrir dans un nouvel ongletTrois quarts des Français préféreraient rester à domicile en cas de perte d’autonomie, Études et Résultats no 1348, Drees, septembre 2025
11. Quelles évolutions de la santé mentale, en particulier des jeunes ?
La santé mentale s’est particulièrement dégradée chez les jeunes ces dernières années, surtout chez les femmes de moins de 30 ans. Entre l’automne 2020 et l’automne 2022, la part des adultes déclarant avoir pensé au suicide au cours des douze derniers mois passe de 2,8 % à 3,4 %. Près de 9 % des femmes de 18 à 25 ans sont concernées, soit 2,4 points de plus qu’en 2020 ; la proportion dépasse aussi 5 % chez les jeunes hommes. Les syndromes dépressifs touchent 9,6 % de la population en 2022 et les formes majeures 5,3 %. Le recours aux psychologues et aux psychiatres progresse, tandis que les consultations de généralistes pour motif psychologique reculent ; au total, 11,4 % des adultes ont consulté un professionnel pour leur santé mentale entre l’été 2021 et l’automne 2022. Les difficultés financières, l’isolement et les discriminations sont fortement associés à la dépression. Chez les enfants de 5 à 17 ans, les difficultés émotionnelles déclarées passent de 12 % à 16 %, davantage chez les filles.
Référence :
Ouvrir dans un nouvel ongletSanté mentale : un état des lieux au regard de la situation financière, de l’orientation
sexuelle et des discriminations subies, Études et Résultats no 1340, Drees, juin 2025
Juste avant la crise sanitaire, plus de neuf jeunes de 15 à 24 ans sur dix se considéraient en bonne ou très bonne santé. Cette appréciation favorable coexistait avec plusieurs fragilités. En 2019, 17 % déclaraient une maladie chronique ; la proportion atteignait 20 % chez les 20-24 ans et 25 % chez les jeunes femmes de cet âge. Parmi les problèmes chroniques déclarés, les allergies hors asthme (41 %) et l’asthme (26 %) sont les plus fréquents. Un jeune sur cinq présentait une surcharge pondérale : 14 % étaient en surpoids et 5 % en situation d’obésité. À l’inverse, 7 % étaient en insuffisance pondérale. Les consommations (alcool, tabac) restaient fréquentes : 68 % avaient bu de l’alcool dans l’année, 47 % avaient connu au moins une alcoolisation ponctuelle importante et un sur quatre fumait.
Les hospitalisations pour tentative de suicide ou automutilation continuent d’augmenter depuis la fin de la crise sanitaire chez les adolescentes et les jeunes femmes. En 2025, un peu plus de 84 000 personnes âgées de 10 ans ou plus ont été hospitalisées au moins une fois en soins somatiques pour un geste auto-infligé ; 64 % sont des femmes. Cela représente 170 patientes pour 100 000 femmes et 101 patients pour 100 000 hommes, des taux en hausse de 2 % sur un an. Les évolutions sont très différentes selon l’âge. Chez les filles de 10 à 19 ans, le taux atteint 482 pour 100 000, le niveau le plus élevé de toutes les classes d’âge et des deux sexes ; il a presque doublé par rapport à la moyenne de 2012-2019. La hausse se poursuit aussi chez les jeunes hommes : pour la deuxième année consécutive, elle dépasse 10 % chez les 10-19 ans et 5 % chez les 20-29 ans. À l’inverse, les taux restent stables ou diminuent chez les personnes plus âgées.
Référence :
Ouvrir dans un nouvel ongletLa hausse des hospitalisations des adolescentes et jeunes femmes pour tentatives de
suicide et automutilations se poursuit en 2025, Jeu de données Drees, mai 2026
Le sixième rapport de l’Observatoire national du suicide confirme un mal-être croissant chez les adolescentes et les jeunes femmes. Les hospitalisations pour gestes auto-infligés, qui comptabilisent (sans pouvoir les distinguer) les tentatives de suicide et les automutilations non suicidaires telles que les scarifications, augmentent depuis 2017 chez les femmes de moins de 25 ans, avec une accélération à partir de 2021. En 2023, le taux atteint environ 516 hospitalisations pour 100 000 chez les jeunes femmes de 15 à 19 ans, soit plus de quatre fois celui des garçons du même âge. Cette évolution ne doit pas être confondue avec la mortalité par suicide : les décès restent beaucoup plus fréquents chez les hommes et leur taux demeure faible parmi les jeunes femmes. Il a néanmoins augmenté d’environ 40 % chez celles-ci entre 2020 et 2022. Chez les jeunes, le suicide représente la deuxième cause de décès, même si le taux de mortalité est nettement inférieur à celui observé dans l’ensemble de la population. À l’inverse, les hospitalisations pour gestes auto-infligés ont nettement diminué chez les femmes de 30 à 69 ans et chez les hommes de 30 à 59 ans.
Référence :
Ouvrir dans un nouvel ongletSuicide : mal-être croissant des jeunes femmes et fin de vie - Penser les conduites
suicidaires aux prismes de l’âge et du genre, Rapport de l’Observatoire national du suicide, Drees, février 2025
12. Tous égaux face à la santé ?
Les maladies chroniques touchent 25 millions de personnes en France ; elles concernent plus souvent les personnes modestes et réduisent davantage leur espérance de vie. Les 10 % les plus modestes de la population française développent plus souvent une maladie chronique que les 10 % les plus aisés, à âge et sexe comparables : 2,8 fois plus de diabète, 2,2 fois plus de maladies du foie ou du pancréas, 2,0 fois plus de maladies psychiatriques, 1,6 fois plus de maladies respiratoires chroniques, 1,5 fois plus de maladies neurologiques ou dégénératives et 1,4 fois plus de maladies cardioneurovasculaires. Le risque de déclarer une maladie chronique est aussi très variable entre les groupes socioprofessionnels. Ainsi, les cadres et professions intellectuelles supérieures en développent moins souvent que les ouvriers et les employés. Comme elles développent plus souvent des maladies chroniques, les personnes les plus modestes sont aussi plus nombreuses à vivre avec l’une de ces maladies, et ce, bien que leur mortalité soit relativement plus élevée lorsqu’elles sont malades. Les maladies chroniques accentuent les inégalités sociales en matière d’espérance de vie : sans elles, l’écart d’espérance de vie à la naissance entre les plus aisés et les plus modestes serait réduit de plus d’un tiers.
Référence :
Ouvrir dans un nouvel ongletLes maladies chroniques touchent plus souvent les personnes modestes et réduisent
davantage leur espérance de vie, Études et Résultats no 1243, Drees, octobre 2022
Le recours au dépistage des cancers augmente nettement avec le niveau de vie. Entre 2017 et 2020, 31 % des personnes de 50 à 74 ans appartenant aux 10 % les plus aisées ont réalisé un dépistage du cancer colorectal, contre 16 % des 10 % les plus modestes. L’écart est un peu plus marqué chez les hommes que chez les femmes. Pour le cancer du sein, 67 % des femmes du dixième de niveau de vie le plus élevé ont effectué une mammographie, contre 42 % du dixième le plus bas. L’écart concerne à la fois le programme organisé, gratuit et proposé à intervalles réguliers, et les mammographies réalisées en dehors de ce programme. Des différences similaires sont observées pour le dépistage du cancer du col de l’utérus. Les disparités territoriales existent, mais elles sont moins marquées que les écarts sociaux.
Référence :
Ouvrir dans un nouvel ongletDépistage du cancer : les personnes modestes y recourent moins souvent, Études et Résultats no 1367, Drees, février 2026
Les personnes les plus modestes développent plus souvent des cancers associés à de faibles chances de survie. Entre 2013 et 2020, parmi les quatre cancers les plus fréquemment diagnostiqués (sein, prostate, poumon, colorectal) en France hors Mayotte, le cancer du poumon se développe plus souvent chez les personnes modestes, tandis que les cancers du sein et de la prostate touchent davantage les personnes au niveau de vie plus élevé. À âge et sexe comparables, les 10 % des personnes les plus modestes ont un risque 1,7 fois plus élevé de développer un cancer de mauvais pronostic que les 10 % les plus aisées. Elles sont notamment davantage touchées par plusieurs cancers liés au tabac, à l’alcool, à certaines expositions professionnelles ou à des conditions de vie défavorables. Les écarts ne portent pas seulement sur la fréquence des cancers : pour plusieurs localisations des tumeurs – à savoir la partie du corps touchée - faisant l’objet d’un dépistage, les diagnostics sont aussi plus souvent posés à un stade déjà métastatique parmi les populations modestes. Or un diagnostic tardif réduit les possibilités de traitement et les chances de survie. L’étude, menée à partir de données individuelles couvrant de nombreuses localisations cancéreuses, met donc en évidence un cumul d’inégalités : exposition plus forte à certains facteurs de risque, recours moins fréquent à la prévention et au dépistage, puis prise en charge à un stade plus avancé.
Référence :
Ouvrir dans un nouvel ongletIncidence des cancers : les personnes modestes développent plus souvent des formes
graves, diagnostiquées plus tardivement, Études et Résultats no 1374, Drees, juin 2026
Le suicide est deux fois plus fréquent chez les personnes les plus modestes. Cette cause compte pour 2,1 % de l’ensemble des décès masculins, (les hommes représentent trois quarts des décès oar suicide) contre 0,7 % des décès féminins. À âge comparable, les taux augmentent fortement lorsque le niveau de vie diminue. Chez les hommes, ils atteignent environ 25,7 décès pour 100 000 parmi les 10 % les plus modestes, contre 11,3 parmi les 10 % les plus aisés. Chez les femmes, ils s’établissent respectivement à 9,0 et 4,1 pour 100 000. Ces écarts demeurent après prise en compte de plusieurs caractéristiques sociales et démographiques. Ils peuvent refléter des expositions différentes au chômage, aux difficultés financières, à l’isolement ou aux problèmes de santé, ainsi qu’un recours inégal aux soins. C’est pourquoi la prévention du suicide doit tenir compte à la fois du sexe, de l’âge et de la situation sociale.
Référence :
Ouvrir dans un nouvel ongletLe suicide, trois fois plus fréquent chez les hommes, deux fois plus chez les plus
modestes, Études et Résultats no 1364, Drees, janvier 2026
Le recours aux endoscopies digestives est nettement plus faible parmi les personnes modestes et les délais se sont allongés pour tous. Entre 2014 et 2021, le taux de recours à la coloscopie est 1,6 fois plus élevé chez les 10 % les plus aisés que chez les 10 % les plus modestes : 256 contre 157 actes pour 10 000 personnes. Chez les 50-74 ans, les coloscopies réalisées en ambulatoire sont 2,3 fois plus fréquentes parmi les plus aisés. Ces derniers sont aussi davantage pris en charge dans le secteur privé et sans hospitalisation complète ; les patients modestes sont plus souvent examinés en urgence, ce qui peut traduire un diagnostic plus tardif ou une situation plus grave. Les différences territoriales sont elles aussi marquées, avec des taux allant de 169 pour 10 000 en Guyane à 409 dans les Alpes-Maritimes. Entre 2014 et 2021, le délai médian entre la consultation du généraliste et celle du gastro-entérologue passe de 21 à 33 jours, puis celui précédant l’endoscopie de 22 à 40 jours.
Référence :
Ouvrir dans un nouvel ongletEndoscopies digestives en France : moins de recours pour les plus modestes et des
délais qui s’allongent, Études et Résultats no 1359, Drees, décembre 2025
Les jeunes enfants des ménages modestes cumulent une plus grande fragilité sanitaire et une exposition importante à la pollution de l’air. Les enfants des ménages situés aux deux extrémités de l’échelle des revenus sont davantage exposés aux particules fines que ceux des classes moyennes, notamment parce qu’ils vivent plus souvent dans les grandes agglomérations. Les conséquences sanitaires sont toutefois plus lourdes pour les plus modestes. Avant un an, 9,1 % des enfants du dixième de niveau de vie le plus pauvre sont nés prématurément, contre 6,1 % du dixième le plus aisé. Ils sont aussi plus souvent hospitalisés en urgence pour asthme ou bronchiolite : le risque d’hospitalisation pour bronchiolite est environ deux fois plus élevé. Parmi les 10 % d’enfants qui concentrent l’essentiel des effets respiratoires mesurables d’une hausse de pollution, le dixième le plus modeste est 1,6 fois plus représenté que le plus aisé. Les inégalités environnementales renforcent ainsi des différences de santé déjà présentes dès la naissance.
Référence :
Ouvrir dans un nouvel ongletPlus exposés à la pollution de l’air, les jeunes enfants des ménages modestes, plus
fragiles, sont les plus affectés, Études et Résultats no 1292, Drees, janvier 2024
