France, portrait socialÉdition 2019

Une édition avec des éclairages consacrés à l’évolution de la société française depuis 40 ans : démographie, évolution du temps de travail, mobilité sociale, inégalités de niveau de vie et redistribution, opinions et préoccupations des Français.

Insee Références
Paru le : Paru le 19/11/2019
Elika Athari, Sylvain Papon, Isabelle Robert-Bobée (Insee)
France, portrait social - novembre 2019
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Quarante ans d’évolution de la démographie française : le vieillissement de la population s’accélère avec l’avancée en âge des baby-boomers

Elika Athari, Sylvain Papon, Isabelle Robert-Bobée (Insee)

En 2019, la France métropolitaine compte 65 millions d’habitants contre 53 millions en 1975, soit 12 millions de plus. Environ 80 % de cette hausse est due au solde naturel, différence entre le nombre des naissances et celui des décès. Depuis 40 ans, la population française a vieilli et le vieillissement s’accélère compte tenu de l’avancée en âge des baby-boomers : en 1975, 13 % de la population avait 65 ans ou plus, contre 20 % en 2019.

Après la fin du baby-boom, la fécondité a baissé, mais elle reste dynamique au regard des autres pays européens. Elle a été particulièrement élevée entre 2006 et 2014. La fécondité des femmes les plus jeunes a cependant baissé depuis 1975, alors qu’elle a augmenté pour celles de plus de 30 ans. Les femmes donnent ainsi naissance à leurs enfants de plus en plus tard : 30,7 ans en moyenne en 2018 contre 26,7 ans en 1975.

Entre 1975 et 2014, le nombre de décès est resté relativement stable. Depuis 2015, il a tendance à augmenter à la suite de l’arrivée des baby-boomers à des âges où la mortalité est élevée. L’augmentation de l’espérance de vie, significative depuis le milieu des années 1970 pour les femmes comme pour les hommes, semble marquer le pas depuis quelques années, en particulier pour les femmes.

En 2018, les immigrés représentent 9,7 % de la population résidant en France métropolitaine, soit 2,3 points de plus qu’en 1975. Les origines des immigrés se sont diversifiées, avec l’émergence de flux en provenance d’Afrique subsaharienne et d’Asie. Entre 1975 et 2015, le solde migratoire de la France s’établit en moyenne à + 61 000 personnes par an. Ce solde dépend des entrées et sorties sur le territoire français des immigrés, mais aussi des sorties et retours des personnes nées en France ou nées françaises à l’étranger. Depuis les années 2000, le solde migratoire des immigrés est en hausse : il s’élève à + 152 000 par an en moyenne entre 1999 et 2015, contre + 65 000 entre 1975 et 1999. Le solde migratoire des personnes nées en France ou nées françaises à l’étranger s’est lui creusé, en raison du nombre élevé de départs comparés aux retours sur le territoire français. Il est ainsi passé de – 14 000 en moyenne par an entre 1975 et 1999 à – 62 000 entre 1999 et 2010, puis – 102 000 entre 2010 et 2015.

Insee Références

Paru le : 19/11/2019

Un point sur la démographie française depuis 1975

Au 1er janvier 2019, la France métropolitaine compte 64 812 000 habitants [Beaumel et Papon, 2019b]. En 1975, 52 600 000 personnes résidaient en métropole. La population a donc augmenté de plus de 12 millions de personnes en quarante-quatre ans, soit une hausse de 0,52 % par an en moyenne. Cette croissance s’avère plus forte que celle observée dans les pays voisins les plus peuplés. En effet, pendant la même période, la population allemande a crû de 0,11 % en moyenne annuelle, celle de l’Italie de 0,21 % et celle du Royaume-Uni de 0,38 %. L’Espagne a cependant connu une croissance plus soutenue, de 0,63 % par an en moyenne. La croissance de la population française a néanmoins ralenti sur la période récente : entre 2014 et 2019, elle atteint 0,35 % par an en moyenne.

Le présent éclairage fait le point sur la démographie française depuis 1975, date marquant à la fois la fin du baby-boom et la limitation de l’immigration de travail. Comment ont évolué depuis cette date le solde naturel – différence entre le nombre des naissances et des décès –, le solde migratoire – différence entre les entrées et les sorties du territoire national –, ainsi que leurs composantes, qui déterminent conjointement l’évolution de la population ? Quelles mutations ont connu les comportements de fécondité en France ? Pourquoi le nombre de décès augmente-t-il aujourd’hui, alors qu’il était resté stable ces quarante dernières années ? Pour répondre à ces questions, cet éclairage mobilise des données sur la France métropolitaine couvrant la période de 1975 à 2019. Les données sur les départements d’outre-mer (DOM) sont disponibles sur une moins longue période et sont donc traitées séparément (encadré 1).

La France métropolitaine a gagné 12 millions d’habitants depuis le milieu des années 1970, dont 78 % du fait du solde naturel

La croissance de la population française depuis 1975 est principalement due au solde naturel, qui explique 78 % de la hausse, le solde migratoire contribuant pour les 22 % restant (figure 1). Plus précisément, pendant la seconde moitié des années 1970, le solde naturel représentait 85 % de l’accroissement de la population, ce n’est plus le cas que de 74 % ces cinq dernières années.

Ce solde naturel correspond à la différence entre le nombre des naissances et celui des décès. Or, le nombre des décès est resté relativement stable de 1975 à 2014, dans une fourchette comprise entre 509 000 et 561 000 décès par an. C’est donc principalement l’évolution du nombre des naissances, qui fluctue entre 710 000 et 805 000 au cours de la période, qui explique le plus ou moins grand dynamisme du solde naturel (figure 2).

La hausse de la population s’est ralentie récemment. Depuis 2015, le solde naturel atteint un niveau historiquement bas sous l’effet conjugué de la baisse du nombre de naissances et de la hausse des décès, cette dernière résultant mécaniquement de l’arrivée des premières générations nombreuses du baby-boom à des âges où la mortalité est élevée. Le solde naturel est estimé à 118 000 en France métropolitaine en 2018, son niveau le plus bas depuis la fin de la seconde guerre mondiale. Une dizaine d’années plus tôt, en 2006, il était au plus haut, à 280 000.

Figure 1 - Évolution de la population et des soldes naturel et migratoire depuis 1975

Figure 1 - Évolution de la population et des soldes naturel et migratoire depuis 1975
Population au 1er janvier (en millions) Solde naturel (en milliers) Solde migratoire (en milliers)
1975 52,6 184,7 13,6
1976 52,8 163,3 57,4
1977 53,0 208,5 44,0
1978 53,3 190,1 19,4
1979 53,5 215,5 34,8
1980 53,7 253,3 44,0
1981 54,0 250,7 55,7
1982 54,3 254,1 60,9
1983 54,6 188,9 56,0
1984 54,9 217,4 45,0
1985 55,2 215,9 38,0
1986 55,4 231,5 39,0
1987 55,7 240,4 44,0
1988 56,0 246,7 57,0
1989 56,3 236,2 71,0
1990 56,6 236,2 80,0
1991 56,8 234,4 90,0
1992 57,1 222,1 90,0
1993 57,4 179,3 70,0
1994 57,6 191,0 50,0
1995 57,8 198,0 40,0
1996 57,9 198,6 35,0
1997 58,1 196,4 40,0
1998 58,3 204,1 45,0
1999 58,5 207,1 60,0
2000 58,9 243,9 70,0
2001 59,3 239,9 85,0
2002 59,7 226,5 95,0
2003 60,1 209,1 100,0
2004 60,5 258,4 105,0
2005 61,0 246,8 95,0
2006 61,4 280,5 115,0
2007 61,8 265,0 74,7
2008 62,1 263,9 66,9
2009 62,5 255,3 44,2
2010 62,8 261,8 43,4
2011 63,1 258,2 47,4
2012 63,4 231,1 90,8
2013 63,7 223,2 106,9
2014 64,0 234,2 38,7
2015 64,3 178,7 52,3
2016 64,5 163,6 66,0
2017 64,6 136,6 66,0
2018 64,7 118,0 66,0
2019 64,8
  • Note : les données de populations sont provisoires pour les années 2017, 2018 et 2019. Le solde naturel est provisoire en 2018. Le solde migratoire est provisoire pour les années 2016, 2017 et 2018.
  • Champ : France métropolitaine.
  • Source : Insee, statistiques de l’état civil et estimations de population.

Figure 1 - Évolution de la population et des soldes naturel et migratoire depuis 1975

  • Note : les données de populations sont provisoires pour les années 2017, 2018 et 2019. Le solde naturel est provisoire en 2018. Le solde migratoire est provisoire pour les années 2016, 2017 et 2018.
  • Champ : France métropolitaine.
  • Source : Insee, statistiques de l’état civil et estimations de population.

Figure 2 - Évolution du nombre de naissances, de décès et du solde naturel depuis 1975

en milliers
Figure 2 - Évolution du nombre de naissances, de décès et du solde naturel depuis 1975 (en milliers)
Naissances Décès Solde naturel
1975 745,1 560,4 184,7
1976 720,4 557,1 163,3
1977 744,7 536,2 208,5
1978 737,1 546,9 190,1
1979 757,4 541,8 215,5
1980 800,4 547,1 253,3
1981 805,5 554,8 250,7
1982 797,2 543,1 254,1
1983 748,5 559,7 188,9
1984 759,9 542,5 217,4
1985 768,4 552,5 215,9
1986 778,5 546,9 231,5
1987 767,8 527,5 240,4
1988 771,3 524,6 246,7
1989 765,5 529,3 236,2
1990 762,4 526,2 236,2
1991 759,1 524,7 234,4
1992 743,7 521,5 222,1
1993 711,6 532,3 179,3
1994 711,0 520,0 191,0
1995 729,6 531,6 198,0
1996 734,3 535,8 198,6
1997 726,8 530,3 196,4
1998 738,1 534,0 204,1
1999 744,8 537,7 207,1
2000 774,8 530,9 243,9
2001 770,9 531,1 239,9
2002 761,6 535,1 226,5
2003 761,5 552,3 209,1
2004 767,8 509,4 258,4
2005 774,4 527,5 246,8
2006 796,9 516,4 280,5
2007 786,0 521,0 265,0
2008 796,0 532,1 263,9
2009 793,4 538,1 255,3
2010 802,2 540,5 261,8
2011 793,0 534,8 258,2
2012 790,3 559,2 231,1
2013 781,6 558,4 223,2
2014 781,2 547,0 234,2
2015 760,4 581,8 178,7
2016 744,7 581,1 163,6
2017 730,2 593,6 136,6
2018 719,0 601,0 118,0
  • Note : les données de l'année 2018 sont provisoires.
  • Champ : France métropolitaine.
  • Source : Insee, statistiques de l’état civil et estimations (2018).

Figure 2 - Évolution du nombre de naissances, de décès et du solde naturel depuis 1975

  • Note : les données de l'année 2018 sont provisoires.
  • Champ : France métropolitaine.
  • Source : Insee, statistiques de l’état civil et estimations (2018).

Neuf années de fécondité élevée entre 2006 et 2014

Près de 34 millions de bébés sont nés en France métropolitaine depuis 1975. Après la chute du nombre de naissances à 720 000 en 1976, marquant la fin du baby-boom – période pendant laquelle les naissances ont fluctué entre 801 000 et 878 000 entre 1946 et 1974 –, la natalité connaît deux vagues de plus forte intensité entre 1980 et 1982, puis entre 2006 et 2014, dépassant 780 000, voire 800 000, naissances par an (figure 3). À l’inverse, le milieu des années 1990 et la période récente sont des années basses, avec 711 000 naissances en 1993 et en 1994 et 719 000 en 2018.

L’évolution des naissances est liée à deux facteurs : le nombre de femmes en âge d’avoir des enfants et la fécondité de ces femmes. Le nombre de femmes en âge de procréer a fortement augmenté entre 1975 et 1987, en particulier de celles âgées de 20 à 40 ans, âges auxquels elles sont les plus fécondes. Il a ensuite stagné pendant une dizaine d’années avant de décroître. La baisse du nombre de femmes en âge de procréer depuis le milieu des années 1990 n’implique pas forcément moins de naissances chaque année : les naissances ont au contraire augmenté sur cette période et ne baissent significativement que depuis 2014. En effet, dans un premier temps, la baisse du nombre de femmes en âge de procréer a été plus que compensée par la hausse de la fécondité.

Une des mesures les plus utilisées de la fécondité est l’indicateur conjoncturel de fécondité (ICF), qui correspond au nombre d’enfants qu’aurait une femme tout au long de sa vie si à chaque âge son taux de fécondité était celui de l’année donnée. L’ICF a connu de fortes variations : après les années du baby-boom, durant lesquelles il dépasse 2,5 enfants par femme, il n’est plus que de 1,93 en 1975 et chute même à 1,66 en 1993, son point le plus bas ; après 1993, il remonte progressivement, se maintient à un niveau proche du seuil de renouvellement des générations, autour de 2 enfants par femme, entre 2006 et 2014, avant de baisser à nouveau. En 2018, la fécondité s’élève à 1,84 enfant par femme.

Comparée aux autres pays européens, la France a aujourd’hui une fécondité élevée, alors que ce n’était pas le cas il y a quarante ans. En 1975, plusieurs pays européens avaient une fécondité très élevée, en particulier l’Irlande et certains pays du sud et de l’est de l’Europe (3,37 enfants par femme en Irlande, 2,77 en Espagne, 2,75 au Portugal et 2,59 en Roumanie), bien au-dessus de la France métropolitaine, qui avait alors un ICF de 1,93. La fécondité a ensuite rapidement chuté dans ces pays (jusqu’à un point bas à 1,13 en Espagne en 1998, et à 1,21 au Portugal en 2013), alors qu’elle s’est toujours maintenue au-dessus de 1,66 en France. Dès le milieu des années quatre-vingt, la France avait ainsi l’une des fécondités les plus élevées en Europe de l’Ouest. Depuis 1997, l’Irlande et la France sont quasiment chaque année les deux pays les plus féconds d’Europe, devant la Suède et le Royaume-Uni.

Figure 3 - Évolution de la fécondité et du nombre de femmes en âge de procréer depuis 1975

Figure 3 - Évolution de la fécondité et du nombre de femmes en âge de procréer depuis 1975 - Lecture : en 1987, l'indicateur conjoncturel de fécondité en France métropolitaine était de 1,8. Par rapport à 1975, le nombre de femmes âgées de 20 à 40 ans était en 1987 supérieur de 22,2 % et le nombre de naissances supérieur de 3,1 %
Indicateur conjoncturel de fécondité Naissances Femmes âgées de 20 à 40 ans
indice 100 en 1975
1975 1,93 100,0 100,0
1976 1,83 96,7 101,4
1977 1,86 99,9 103,1
1978 1,82 98,9 104,8
1979 1,86 101,7 106,4
1980 1,95 107,4 108,3
1981 1,95 108,1 110,1
1982 1,91 107,0 112,3
1983 1,78 100,5 114,7
1984 1,80 102,0 116,9
1985 1,81 103,1 118,8
1986 1,83 104,5 120,6
1987 1,80 103,0 122,2
1988 1,81 103,5 122,4
1989 1,79 102,7 122,4
1990 1,78 102,3 122,5
1991 1,77 101,9 122,4
1992 1,73 99,8 122,5
1993 1,66 95,5 122,8
1994 1,66 95,4 122,8
1995 1,71 97,9 122,4
1996 1,73 98,6 121,5
1997 1,73 97,5 120,5
1998 1,76 99,1 119,6
1999 1,79 100,0 118,8
2000 1,87 104,0 118,4
2001 1,88 103,5 118,2
2002 1,86 102,2 118,1
2003 1,87 102,2 117,9
2004 1,90 103,0 117,6
2005 1,92 103,9 117,2
2006 1,98 107,0 116,9
2007 1,96 105,5 116,6
2008 1,99 106,8 116,1
2009 1,99 106,5 115,8
2010 2,02 107,7 115,4
2011 2,00 106,4 114,9
2012 1,99 106,1 114,4
2013 1,97 104,9 113,7
2014 1,97 104,8 112,8
2015 1,93 102,1 111,9
2016 1,89 99,9 111,4
2017 1,86 98,0 111,3
2018 1,84 96,5 111,2
  • Lecture : en 1987, l'indicateur conjoncturel de fécondité en France métropolitaine était de 1,8. Par rapport à 1975, le nombre de femmes âgées de 20 à 40 ans était en 1987 supérieur de 22,2 % et le nombre de naissances supérieur de 3,1 %
  • Champ : France métropolitaine.
  • Source : Insee, statistiques de l’état civil et estimations de population.

Figure 3 - Évolution de la fécondité et du nombre de femmes en âge de procréer depuis 1975

  • Lecture : en 1987, l'indicateur conjoncturel de fécondité en France métropolitaine était de 1,8 (échelle de gauche). Par rapport à 1975, le nombre de femmes âgées de 20 à 40 ans était en 1987 supérieur de 22,2 % et le nombre de naissances supérieur de 3,1 % (échelle de droite).
  • Champ : France métropolitaine.
  • Source : Insee, statistiques de l’état civil et estimations de population.

Des maternités de plus en plus tardives

Les femmes donnent naissance à leurs enfants de plus en plus tard. L’âge moyen à la maternité, tous rangs de naissance confondus, était de 26,7 ans en France en 1975. Depuis 1977, il n’a cessé de reculer : il a dépassé 28 ans en 1988, 29 ans en 1995, 30 ans en 2010 et atteint 30,7 ans en 2018. Ce constat est également valable pour l’âge au premier enfant, qui a reculé de 4,5 ans sur la même période [Volant, 2017]. Ce recul est en partie lié à la généralisation des études supérieures pour les jeunes femmes au cours des quarante dernières années. En effet, les femmes diplômées de l’enseignement supérieur ont leur premier enfant plus tard que les moins diplômées : par exemple, l’écart par rapport aux femmes sans diplôme atteint 4 ans en moyenne en 2015. En raison de la démocratisation de l’enseignement supérieur et de l’allongement de la durée des études, de plus en plus de femmes retardent l’arrivée de leur premier enfant. Ce recul peut s’expliquer aussi par le désir de plus en plus important de vivre un certain temps à deux et d’avoir une situation stable avant d’avoir un enfant [Davie, 2012].

Conséquence de ce recul de l’âge à la maternité, les âges de plus forte fécondité des femmes ont également reculé : les taux de fécondité ont baissé pour les femmes de moins de 25 ans, alors qu’ils ont augmenté pour les femmes de plus de 30 ans. En 1975, 100 femmes de 15 à 24 ans donnaient naissance à 7,6 enfants ; en 2018, les femmes de ces âges n’en ont plus que 2,2. Pour les femmes de 25 à 29 ans, le taux de fécondité a d’abord augmenté de 12,7 à 14,5 entre 1975 et 1981, avant de baisser jusqu’à 10,8 en 2018. A contrario, pour les femmes de 30 à 34 ans, il a augmenté de 6,8 à 12,7. Il a plus que doublé pour les femmes de 35 à 39 ans, passant de 2,9 en 1975 à 6,9 en 2018.

Le recul de l’âge à la maternité n’est pas un phénomène exclusivement français : les maternités sont plus tardives dans l’ensemble des pays européens. Comme en France, l’augmentation de l’âge moyen à la maternité a débuté dès les années 1980 au Danemark, en Italie et aux Pays-Bas. Dans les années 1990, l’augmentation a été plus rapide en Grèce, en Espagne et en République tchèque que dans les autres pays. Le rythme s’accélère plus récemment au Portugal, en Roumanie, dans les pays baltes et en Bulgarie qui est le pays de l’Union européenne où les maternités ont lieu le plus tôt, à 27,6 ans en moyenne en 2017.

Les naissances hors mariage sont devenues majoritaires

Jusqu’en 1978, moins de 10 % des naissances en France avaient lieu hors mariage. Celles-ci ont en effet pendant longtemps été perçues comme contraires aux normes sociales, d’autant que la législation n’accordait pas les mêmes droits aux enfants nés hors mariage. Les conceptions hors mariage donnaient souvent lieu à un mariage peu après la conception [Papon, 2018a]. Depuis 1979, la proportion des enfants nés hors mariage dépasse 10 % et ne cesse d’augmenter. Elle a dépassé 20 % en 1986, 40 % en 1997 et atteint 60 % en 2017. Plusieurs lois votées depuis 1972 ont progressivement assuré l’égalité des droits des enfants autrefois dits « légitimes » s’ils étaient nés dans le mariage et « naturels » sinon, distinction qui a pris fin dans la loi en 2009. La diffusion des unions libres puis du pacte civil de solidarité (Pacs), au détriment du mariage (encadré 2), ainsi que le recul de l’âge au mariage ont rendu les naissances hors mariage majoritaires dès 2006. Cependant, la plupart des naissances hors mariage ont lieu dorénavant au sein de couples stables [Munoz-Pérez et Prioux, 1999], et les enfants nés hors mariage sont aujourd’hui le plus souvent reconnus par leur père : en 2017, 84 % des enfants nés hors mariage ont été reconnus par leur père à la naissance. C’était le cas pour 73 % d’entre eux en 1995 et 39 % seulement en 1975.

L’augmentation de la part des naissances hors mariage n’est pas propre à la France : elle s’observe dans l’ensemble des pays européens, mais depuis 2015 c’est en France que cette part est la plus élevée au sein de l’Union européenne. La hausse a eu lieu à des rythmes différents selon les pays. Les naissances hors mariage étaient déjà nombreuses dans les pays scandinaves en 1975 (33 % en Suède et 22 % au Danemark) et elles y sont désormais majoritaires, bien que moins qu’en France. En revanche, cette situation reste peu fréquente dans d’autres pays. En Grèce, par exemple, à peine un enfant sur dix naît hors mariage actuellement ; c’était le cas d’à peine plus de 1 % des naissances en 1975. En Pologne, la part des naissances hors mariage est passée de 5 % à 24 % sur la période.

En quarante ans, la mortalité infantile a été divisée par quatre

La mortalité a baissé pour tous les âges depuis 1975 en France. En particulier, la mortalité infantile a chuté durant le XXe siècle, avant de se stabiliser depuis une dizaine d’années [Papon, 2018b]. Elle est passée de 13,8 ‰ à 3,6 ‰ entre 1975 et 2005 et s’élève à 3,8 ‰ en 2018. Les progrès dans la lutte contre les maladies infectieuses et le meilleur suivi médical des grossesses ont permis d’atteindre ce niveau de mortalité infantile très faible.

La mortalité prématurée, c’est-à-dire les décès de personnes de moins de 65 ans, a également fortement reculé : de 3,2 ‰ en 1975 à 1,8 ‰ en 2018. La baisse de la mortalité violente, notamment liée aux accidents de la route, a réduit la mortalité autour de 20 ans ; puis les progrès dans la lutte contre les maladies cardiovasculaires (en prévention, comme la lutte contre l’alcoolisme ou le tabagisme, ou en traitement) l’ont réduite au-delà de 45 ans [Meslé, 2006].

Sur la même période, la diminution de la mortalité des 65 ans ou plus a été encore plus importante. Elle est passée de 56,5 ‰ en 1975 à 37,9 ‰ en 2018. La baisse de la mortalité à ces âges est davantage liée aux progrès médicaux dans la lutte contre les maladies respiratoires et la lutte contre les cancers [Meslé, 2006].

Après une forte hausse depuis 1975, l’augmentation de l’espérance de vie marque le pas

Compte tenu de la baisse des taux de mortalité à chaque âge, l’espérance de vie à la naissance a tendance à augmenter en France depuis le milieu des années 1970, pour les femmes comme pour les hommes (figure 4). En 1975, une femme pouvait espérer vivre 76,9 ans dans les conditions de mortalité de l’année et un homme 69,0 ans. En 2018, l’espérance de vie était de 85,4 ans pour les femmes et de 79,5 ans pour les hommes. En quarante ans, les femmes ont ainsi gagné 8,5 ans d’espérance de vie et les hommes deux années de plus (10,5 ans), l’écart entre les femmes et les hommes se resserrant donc. Ce rapprochement a débuté au milieu des années 1990 : alors que l’écart était stable autour de 8,2 ans entre 1977 et 1994, il se réduit progressivement depuis, atteignant 5,9 ans en 2018. En effet, les hommes ont davantage bénéficié de la baisse de mortalité violente et de celle due aux maladies cardiovasculaires ou du système digestif [Meslé, 2006].

L’espérance de vie des femmes n’a pas augmenté de manière systématique chaque année : des baisses ont eu lieu en 1983, 2003, 2005, 2008, 2012 et 2015. De plus, ces dix dernières années, les femmes n’ont gagné qu’un an d’espérance de vie, alors qu’elles en gagnaient environ deux par décennie au cours des trente années précédentes. Pour les hommes, l’espérance de vie a augmenté chaque année à l’exception de 2015, où elle a légèrement reculé. Le ralentissement de la croissance de l’espérance de vie observé chez les femmes ces dix dernières années est visible également chez les hommes, mais de façon moins marquée [Pison, 2019].

La France occupe une position moyenne parmi les pays européens en ce qui concerne l’espérance de vie des hommes. La progression de leur espérance de vie depuis 1975 y est plus importante que dans les pays scandinaves, qui partaient d’un niveau plus élevé. Elle est comparable à celle observée en Espagne (10,1 ans) et en Allemagne (10,5 ans), et se situe dans la moyenne des pays européens. Pour les femmes, l’espérance de vie a nettement progressé en France au cours des quarante dernières années pour devenir la deuxième plus élevée d’Europe en 2017, juste derrière l’Espagne. En 1975, elle était inférieure à celle de la Suède et du Danemark.

L’écart d’espérance de vie entre femmes et hommes reste plus élevé en France que dans la moyenne des pays de l’Union européenne. Il est en particulier le plus élevé parmi les pays de l’ouest de l’Europe.

Figure 4 - Évolution de l'espérance de vie à la naissance depuis 1975

en années
Figure 4 - Évolution de l'espérance de vie à la naissance depuis 1975 (en années)
Hommes Femmes
1975 69,0 76,9
1976 69,2 77,2
1977 69,7 77,8
1978 69,8 78,0
1979 70,1 78,3
1980 70,2 78,4
1981 70,4 78,5
1982 70,7 78,9
1983 70,7 78,8
1984 71,2 79,3
1985 71,3 79,4
1986 71,5 79,7
1987 72,1 80,3
1988 72,3 80,5
1989 72,5 80,6
1990 72,8 81,0
1991 72,9 81,2
1992 73,2 81,5
1993 73,3 81,5
1994 73,7 81,9
1995 73,9 81,9
1996 74,1 82,1
1997 74,6 82,3
1998 74,8 82,4
1999 75,0 82,5
2000 75,3 82,8
2001 75,5 83,0
2002 75,8 83,1
2003 75,9 83,0
2004 76,7 83,9
2005 76,8 83,9
2006 77,2 84,2
2007 77,4 84,4
2008 77,6 84,4
2009 77,8 84,5
2010 78,0 84,7
2011 78,4 85,0
2012 78,5 84,9
2013 78,8 85,1
2014 79,3 85,4
2015 79,0 85,1
2016 79,3 85,3
2017 79,4 85,3
2018 79,5 85,4
  • Champ : France métropolitaine.
  • Source : Insee, statistiques de l’état civil et estimations de population.

Figure 4 - Évolution de l'espérance de vie à la naissance depuis 1975

  • Champ : France métropolitaine.
  • Source : Insee, statistiques de l’état civil et estimations de population.

Le vieillissement de la population s’accélère

Conséquence de l’augmentation de l’espérance de vie et de l’avancée en âge des baby-boomers, la population française vieillit [Blanpain, 2018]. La pyramide des âges a nettement évolué entre 1975 et 2019 (figure 5).

En 1975, la pyramide des âges était encore fortement marquée par les déficits des naissances liés aux deux guerres mondiales. Les générations nées entre 1940 et 1945, et surtout celles nées entre 1915 et 1919, sont des générations creuses, encore jeunes en 1975 et donc bien visibles sur la pyramide des âges. Ces circonstances historiques sont quasiment effacées dans la pyramide des âges de 2019, ces générations ayant atteint un âge de mortalité élevée.

Les générations suivantes, nées entre 1946 et 1974, correspondent aux générations nombreuses du baby-boom. Elles ont moins de 30 ans en 1975 et entre 45 et 72 ans en 2019, et se détachent des générations précédentes et suivantes par le « renflement » de la pyramide à ces âges.

En 1975, 13,4 % de la population a 65 ans ou plus. En 1999, c’est le cas de 15,9 % de la population. Le vieillissement s’accélère au début des années 2010, avec l’arrivée à 65 ans des premières générations nombreuses nées après-guerre. Ainsi, en 2019, plus d’une personne sur cinq est âgée de 65 ans ou plus (20,3 %). Cette tendance se poursuivra dans les prochaines années, avec une forte augmentation de la part des 75 ans ou plus à partir de 2020, lorsque les baby-boomers atteindront cet âge.

La part des personnes de 85 ans ou plus augmente aussi, mais à un rythme plus régulier que celle des 65 ans ou plus : elles représentaient 0,9 % de la population en 1975, 2,2 % en 1999 et 3,3 % en 2019. En effet, pour l’instant, cette proportion augmente en lien avec la hausse de l’espérance de vie. À partir de 2030, en revanche, elle sera impactée par le baby-boom et croîtra plus vite.

L’avancée en âge de la population nombreuse issue du baby-boom explique également les évolutions des autres tranches d’âge sur les quarante dernières années : la part des enfants de moins de 15 ans n’a fait que baisser, passant de 24,1 % en 1975 à 18,9 % en 1999 et 17,7 % en 2019 ; a contrario, la part de la population âgée de 20 à 60 ans, la plus présente sur le marché du travail, a continué d’augmenter entre 1975 et 1999 (de 50,5 % à 54,7 %), avant de se réduire plus récemment pour atteindre 51,0 % en 2019.

Figure 5 - Pyramides des âges en 1975, 1999 et 2019

Figure 5 - Pyramides des âges en 1975, 1999 et 2019
Âge au 1er janvier Hommes Femmes
1975 1999 2019p 1975 1999 2019p
0 400 273 369 458 347 089 380 893 352 667 330 880
1 426 702 363 034 352 659 406 549 344 561 338 073
2 437 871 368 315 360 982 417 350 350 175 346 072
3 441 549 364 436 370 939 422 282 347 846 355 458
4 428 356 357 864 381 708 408 459 341 486 369 626
5 424 875 356 493 390 254 407 099 340 400 372 543
6 424 158 374 193 399 597 407 552 356 291 378 966
7 422 070 382 375 400 858 403 327 363 939 385 142
8 432 476 386 566 411 494 413 188 367 839 394 486
9 438 175 388 582 409 404 417 243 372 144 390 194
10 447 534 391 032 411 674 427 683 373 232 392 537
11 443 100 391 208 407 421 425 370 374 224 389 521
12 431 734 396 800 414 022 414 505 379 520 396 677
13 437 592 391 333 405 127 419 515 373 617 386 621
14 432 977 388 563 404 065 415 243 371 837 385 368
15 437 615 382 937 403 426 419 370 366 116 384 188
16 429 480 408 459 405 773 413 637 389 480 385 162
17 431 461 415 437 413 251 416 235 395 851 391 448
18 428 990 414 388 416 343 414 548 397 514 395 666
19 426 247 391 024 395 309 414 782 376 672 375 286
20 428 775 376 420 385 065 415 717 366 300 370 927
21 422 219 377 524 372 131 410 436 368 254 357 581
22 434 346 362 973 370 146 420 332 357 351 362 301
23 431 195 370 955 360 901 414 964 367 135 356 005
24 451 035 394 555 347 002 431 145 392 475 346 277
25 454 541 418 372 345 674 429 552 416 165 345 575
26 460 049 428 882 362 321 432 019 427 543 363 459
27 460 576 429 947 366 486 427 717 430 126 372 324
28 439 029 419 161 373 290 408 173 419 505 383 355
29 334 593 417 157 374 197 310 150 419 820 391 141
30 333 179 413 566 379 875 307 430 417 843 395 872
31 330 926 415 922 381 893 303 968 419 944 399 849
32 311 460 430 520 387 094 283 320 434 585 407 992
33 282 224 432 333 387 604 256 813 436 047 406 130
34 297 100 441 018 385 394 272 759 447 232 403 783
35 314 469 435 571 380 127 295 199 443 029 400 179
36 314 727 422 642 405 212 296 153 429 868 423 799
37 315 686 427 300 409 918 299 030 435 742 427 819
38 322 064 424 182 415 493 306 390 433 080 433 421
39 320 148 427 444 393 900 307 266 436 868 409 982
40 332 625 416 828 387 855 319 932 427 541 400 285
41 328 234 420 265 392 747 317 651 430 416 399 454
42 342 018 417 520 378 560 332 938 427 711 389 825
43 341 070 415 009 391 896 332 924 426 422 398 442
44 349 235 419 001 413 159 340 214 427 895 419 802
45 331 099 412 264 435 027 325 576 419 598 444 733
46 333 587 419 729 445 836 329 717 425 923 453 714
47 326 336 414 704 443 926 325 289 419 694 450 509
48 326 000 431 678 435 014 329 355 433 605 442 478
49 323 630 428 157 427 528 330 117 429 744 437 448
50 310 883 429 321 420 403 323 388 427 255 434 367
51 310 821 422 649 418 677 323 320 421 565 431 582
52 310 555 402 329 427 611 325 912 401 908 441 391
53 316 426 304 855 428 356 333 854 304 569 443 353
54 324 490 301 776 430 748 339 842 303 499 448 656
55 194 111 294 251 424 098 204 681 295 356 444 809
56 170 288 273 928 408 160 182 298 275 123 429 696
57 148 753 247 415 408 160 162 121 250 114 430 734
58 138 915 256 202 403 439 152 482 262 636 430 410
59 171 200 269 327 398 034 190 867 282 632 429 394
60 248 495 264 827 388 186 285 352 280 285 420 715
61 251 243 262 261 384 480 285 728 281 272 418 514
62 250 005 263 305 379 050 287 821 285 346 415 501
63 229 070 256 824 371 791 269 233 284 659 412 354
64 235 727 263 450 370 846 280 280 295 410 410 242
65 226 610 253 057 361 301 275 035 289 105 402 421
66 222 811 259 305 365 439 274 265 301 065 407 626
67 209 799 252 609 356 096 261 898 299 704 398 247
68 204 741 249 527 366 582 261 076 302 106 412 349
69 196 676 234 350 356 693 254 801 287 902 404 851
70 185 967 227 585 354 324 249 531 286 364 400 690
71 176 918 217 382 343 241 242 121 279 183 393 058
72 170 764 211 247 320 586 240 207 278 825 371 293
73 158 085 202 213 236 900 230 524 274 818 279 240
74 139 899 190 377 228 830 211 203 267 276 272 775
75 127 383 183 057 219 772 199 872 261 504 263 648
76 110 834 175 062 199 977 187 620 256 864 242 996
77 98 682 172 358 173 672 177 733 259 067 216 640
78 86 032 164 177 175 051 168 190 252 678 225 878
79 66 874 94 794 178 422 147 948 150 177 234 807
80 60 088 74 425 168 374 138 956 124 982 227 972
81 53 686 60 644 157 797 126 967 106 330 221 619
82 44 572 51 643 150 275 109 923 94 761 218 414
83 40 197 57 977 136 476 97 406 110 750 209 883
84 32 760 77 817 129 598 82 972 157 954 207 254
85 28 864 69 019 114 789 75 246 144 675 192 418
86 23 961 59 688 106 796 65 220 132 990 189 784
87 18 959 47 125 93 660 52 538 111 880 173 457
88 14 511 40 428 81 969 42 105 102 434 162 312
89 11 446 31 921 65 674 35 268 87 109 137 295
90 8 929 25 300 54 447 27 722 73 836 122 543
91 6 377 18 923 44 125 20 326 59 025 103 879
92 4 582 14 308 33 992 16 049 48 100 89 816
93 3 473 10 642 26 815 11 733 37 609 75 353
94 2 364 7 689 20 161 8 413 28 729 60 164
95 1 362 5 200 14 224 5 055 21 962 47 710
96 1 022 3 622 9 943 4 010 16 061 37 262
97 698 2 636 7 100 2 519 11 611 27 274
98 673 1 584 4 845 2 002 7 338 19 380
99 307 700 1 963 844 4 469 8 092
100 ou plus 307 938 2 825 842 6 724 12 120
  • p : résultats provisoires à fin 2018.
  • Champ : France métropolitaine.
  • Source : Insee, statistiques de l'état civil et estimations de population.

Figure 5 - Pyramides des âges en 1975, 1999 et 2019

  • p : résultats provisoires à fin 2018.
  • Champ : France métropolitaine.
  • Source : Insee, statistiques de l'état civil et estimations de population.

En 2018, 9,7 % de la population résidant en France est immigrée, soit 2,3 points de plus qu’en 1975

En 1975, les immigrés (3,9 millions de personnes nées étrangères à l’étranger) représentaient près de 7,4 % de la population en France métropolitaine. Cette part est restée stable jusqu’en 1999 (7,4 %), puis a évolué à la hausse (figure 6). En 2018, on compte près de 6,3 millions d’immigrés, soit environ 9,7 % de la population.

La répartition des immigrés par origine a changé au cours des quarante dernières années. La proportion des immigrés originaires d’Europe du Sud (Espagne, Italie, Portugal) a ainsi fortement diminué : elle est passée de 49 % en 1975 à 18 % en 2018. Cette baisse s’explique par les décès sur cette période (près de 790 000 au total jusqu’en 2015) et par un solde migratoire très faible en provenance de ces pays (infra), tandis que de nouveaux flux migratoires ont émergé. La part des immigrés originaires des autres pays d’Europe (hors ex-URSS) est, quant à elle, restée stable (environ 15 %) depuis les années 1980. Les immigrés originaires du Maghreb représentaient 26 % de la population immigrée en 1975. En 2018, cette part atteint 30 %. Les origines des immigrés se sont surtout diversifiées tout au long de la période avec l’émergence de flux migratoires en provenance d’Afrique subsaharienne (2 % de la population immigrée en 1975 contre 15 % en 2018) et également d’Asie (4 % de la population immigrée en 1975 contre 14 % en 2018, hors ex-URSS). Le Mali, le Cameroun, la Côte d’Ivoire et Madagascar sont restés parmi les principaux pays d’immigration d’Afrique subsaharienne sur l’ensemble de la période. Un tiers des immigrés originaires d’Afrique subsaharienne sont issus de ces pays en 2018, une part quasiment similaire à celle de 1975 (34 %). Les deux républiques du Congo (17 %) et le Sénégal (11 %) sont les autres principaux pays d’origine des immigrés africains (hors Maghreb) en 2018. Pour l’Asie, les principaux pays d’immigration ont davantage changé. L’immigration en provenance du Vietnam, du Cambodge et du Laos s’est stabilisée à la fin des années 1990, alors que celle en provenance de Chine s’est développée depuis les années 2000. En 2018, 17 % des immigrés asiatiques viennent du Vietnam, du Cambodge et du Laos, contre 38 % en 1982. La part des immigrés asiatiques originaires de Chine atteint 12 %, soit 10 points de plus qu’en 1975. L’immigration en provenance de Turquie est plus étalée dans le temps, avec deux vagues d’arrivées dans les années 1980 et 2000. Les immigrés turcs représentent 27 % de la population immigrée asiatique en 2018 contre 54 % en 1975.

Figure 6 - Évolution de la répartition de la population immigrée par pays d'origine depuis 1975

Figure 6 - Évolution de la répartition de la population immigrée par pays d'origine depuis 1975 - Lecture : en 1975, 7,4 % de la population résidant en France était immigrée ; 1,9 million d'immigrés étaient originaires d'Europe du Sud.
Europe du Sud1 Autres pays d'Europe (hors ex-URSS) Maghreb2 Afrique subsaharienne Asie du Sud-Est3 Autres pays d'Asie Autres pays Part des immigrés dans la population (en %)
en milliers
1975 1 915 664 993 94 30 110 82 7,4
1982 1 681 606 1 168 172 129 192 89 7,4
1990 1 481 601 1 220 275 171 303 116 7,4
1999 1 267 642 1 298 393 193 354 159 7,4
2010 1 141 840 1 643 706 251 518 311 8,6
2015 1 156 909 1 799 875 265 589 390 9,3
2018 1 116 919 1 905 957 264 642 468 9,7
  • 1. Espagne, Italie, Portugal.
  • 2. Algérie, Maroc, Tunisie.
  • 3. Chine, Cambodge, Laos, Vietnam.
  • Lecture : en 1975, 7,4 % de la population résidant en France était immigrée ; 1,9 million d'immigrés étaient originaires d'Europe du Sud.
  • Champ : France métropolitaine.
  • Source : Insee, Saphir 1975-2015, EAR 2018.

Figure 6 - Évolution de la répartition de la population immigrée par pays d'origine depuis 1975

  • 1. Espagne, Italie, Portugal.
  • 2. Algérie, Maroc, Tunisie.
  • 3. Chine, Cambodge, Laos, Vietnam.
  • Lecture : en 1975, 7,4 % de la population résidant en France était immigrée ; 1,9 million d'immigrés étaient originaires d'Europe du Sud.
  • Champ : France métropolitaine.
  • Source : Insee, Saphir 1975-2015, EAR 2018.

Une population immigrée plus féminine, âgée et diplômée

Dans les années 1970, l’immigration était majoritairement masculine, résultant du besoin de main-d’œuvre né de la reconstruction d’après-guerre, puis de la période des Trente Glorieuses. En 1974, dans un contexte économique dégradé, un frein est mis à l’immigration de travail et c’est l’immigration familiale qui se développe davantage. Depuis cette date, la part des femmes dans les flux d’immigration est croissante, qu’il s’agisse de regroupement familial ou non [Beauchemin et al., 2013]. En 2018, les femmes représentent ainsi 52 % de la population immigrée contre 44 % en 1975. Cette féminisation est particulièrement visible parmi les immigrés originaires d’Afrique (Maghreb et Afrique subsaharienne). En 2018, 49 % des immigrés africains sont des femmes contre 29 % en 1975.

Au cours des quarante dernières années, la population immigrée a vieilli dans les mêmes proportions que la population des non-immigrés. L’âge moyen des immigrés a augmenté de six ans, passant de 41 ans en 1975 à 47 ans en 2018 (de 35 ans à 42 ans pour les non-immigrés). Ce vieillissement est plus marqué pour les vagues de migration anciennes [Aunay, 2017]. Ainsi, les immigrés originaires d’Europe du Sud sont pour la plupart arrivés en France avant 1970 et ont connu un faible renouvellement. En 1975, 27 % d’entre eux avaient 55 ans ou plus contre 57 % en 2018. Le vieillissement de la population immigrée s’explique également par des âges d’arrivée plus tardifs qu’auparavant.

Le niveau de diplôme a fortement augmenté dans l’ensemble de la population immigrée entre 1975 et 2018 [Lê et Okba, 2018]. La part des immigrés peu ou pas diplômés est passée de 88 % à 42 % en 40 ans. Si cette part reste élevée comparée à celle de la population non immigrée (25 %), elle a diminué dans des proportions très proches. En 1975, seuls 3 % des immigrés étaient titulaires d’un diplôme du supérieur ; ils sont 28 % en 2018 (soit une proportion proche de celle de 32 % observée parmi les non-immigrés). Dans les années 1970, les immigrés étaient pour la plupart arrivés jeunes et peu diplômés. À l’inverse, les immigrés arrivés récemment sont de plus en plus diplômés et d’âge actif [Brutel, 2014].

Après une période de stabilité, le solde migratoire des immigrés est en hausse depuis le début des années 2000

Le solde migratoire résulte des entrées et sorties sur le territoire des immigrés et des non-immigrés. En France, ce solde s’établit à + 61 000 personnes en moyenne par an entre 1975 et 2015.

Les arrivées d’immigrés sont plus nombreuses que leurs départs. Entre 1975 et 2015, le solde migratoire cumulé des immigrés s’établit à près de + 4 millions de personnes, soit un solde annuel moyen de + 100 000 (Documentation). Dans un premier temps, entre 1975 et 1999, le solde migratoire des immigrés est resté stable, s’élevant en moyenne à + 65 000 personnes par an (figure 7). Depuis 1999, il connaît une nette augmentation, atteignant en moyenne + 152 000 personnes par an.

Dans la deuxième moitié des années 1970, les immigrés d’Asie du Sud-Est, en particulier ceux du Cambodge, du Laos et du Vietnam, contribuaient fortement au solde migratoire de l’ensemble des immigrés (+ 15 000 personnes en moyenne par an sur un total de + 66 000 entre 1975 et 1982). Leur solde migratoire a fortement chuté par la suite, pour s’établir à + 6 000 personnes par an (majoritairement de Chine) de 1999 à 2015 (figure 8). À l’inverse, la contribution au solde migratoire des immigrés originaires du Maghreb et d’Afrique subsaharienne a progressé au fil du temps. Entre 1999 et 2015, la moitié du solde annuel des immigrés s’explique par les flux d’immigrés originaires du Maghreb (+ 45 000) et d’Afrique subsaharienne (+ 32 000).

Sur cette même période, les immigrés européens (hors ex-URSS) contribuent pour environ un quart au solde des immigrés (+ 11 000 pour les immigrés d’Europe du Sud et + 27 000 pour les autres immigrés européens).

Entre 1975 et 2015, la contribution au solde migratoire des immigrés originaires d’Europe du Sud est faible comparée à celle des autres immigrés européens. Jusqu’en 1999, en raison de sorties du territoire français plus nombreuses que les entrées, leur solde migratoire était même négatif (– 6 000 personnes en moyenne par an). Le solde migratoire des autres immigrés européens (hors ex-URSS) est quant à lui positif de 1975 à 2015. À partir des années 2000 et dans un contexte d’élargissement de l’Union européenne, ce solde migratoire a plus que doublé, atteignant + 27 000 en moyenne par an. Les entrées d’immigrés originaires d’Europe sont actuellement comparables à celles des immigrés originaires d’Afrique [Lê, 2019]. Cependant, les Européens sont plus mobiles et ils sont plus nombreux à quitter la France, par exemple dans le cadre de leurs études ou une fois leur contrat de travail terminé. Leur solde migratoire est donc plus faible.

Figure 7 - Évolution des soldes migratoires annuels moyens des immigrés et des non-immigrés depuis 1975

Figure 7 - Évolution des soldes migratoires annuels moyens des immigrés et des non-immigrés depuis 1975
Immigrés Non-immigrés
1975-1982 66 000 -28 000
1982-1990 62 000 -11 000
1990-1999 66 000 -6 000
1999-2010 145 000 -62 000
2010-2015 168 000 -102 000
  • Note : le solde migratoire est calculé au 1er janvier de chaque période.
  • Champ : France métropolitaine.
  • Source : Insee, Saphir 1975-2015 et statistiques de l'état civil.

Figure 7 - Évolution des soldes migratoires annuels moyens des immigrés et des non-immigrés depuis 1975

  • Note : le solde migratoire est calculé au 1er janvier de chaque période.
  • Champ : France métropolitaine.
  • Source : Insee, Saphir 1975-2015 et statistiques de l'état civil.

Figure 8 - Évolution du solde migratoire des immigrés selon leur origine et du solde migratoire des non-immigrés de 1975 à 2015

Figure 8 - Évolution du solde migratoire des immigrés selon leur origine et du solde migratoire des non-immigrés de 1975 à 2015
Immigrés Non-immigrés
Europe du Sud1 Autres pays d'Europe (hors ex-URSS) Maghreb2 Afrique subsaharienne Asie du Sud-Est3 Autres pays du monde Ensemble
Solde migratoire cumulé (1975-2015) + 27 000 + 706 000 + 1 248 000 + 833 000 + 271 000 + 902 000 + 3 987 000 – 1 530 000
Contribution au solde migratoire des immigrés (en %) 0,7 17,7 31,3 20,9 6,8 22,6 100,0 ///
Moyenne annuelle
1975-2015 + 1 000 + 18 000 + 31 000 + 21 000 + 7 000 + 23 000 + 100 000 – 38 000
1975-1999 – 6 000 + 12 000 + 22 000 + 13 000 + 8 000 + 16 000 + 65 000 – 14 000
1975-1982 – 13 000 + 5 000 + 32 000 + 12 000 + 15 000 + 16 000 + 66 000 – 28 000
1982-1990 – 4 000 + 12 000 + 15 000 + 14 000 + 6 000 + 20 000 + 62 000 – 11 000
1990-1999 – 3 000 + 17 000 + 20 000 + 15 000 + 4 000 + 14 000 + 66 000 – 6 000
1999-2015 + 11 000 + 27 000 + 45 000 + 32 000 + 6 000 + 32 000 + 152 000 – 75 000
1999-2010 + 6 000 + 28 000 + 44 000 + 30 000 + 6 000 + 31 000 + 145 000 – 62 000
2010-2015 + 21 000 + 24 000 + 49 000 + 37 000 + 4 000 + 34 000 + 168 000 – 102 000
  • /// : absence de résultat due à la nature des choses.
  • 1. Espagne, Italie, Portugal.
  • 2. Algérie, Maroc, Tunisie.
  • 3. Chine, Cambodge, Laos, Vietnam.
  • Champ : France métropolitaine.
  • Source : Insee, Saphir 1975-2015.

Depuis les années 2000, le solde migratoire des non-immigrés se creuse

Le solde migratoire des non-immigrés résulte des arrivées et des départs des personnes nées en France ou nées françaises à l’étranger. Ce solde est négatif sur toute la période 1975-2015 et s’établit à – 1,5 million de personnes en cumulé, soit environ – 38 000 personnes par an. Le solde migratoire des personnes non immigrées a connu une trajectoire inverse par rapport à celle des personnes immigrées. Il était de – 14 000 personnes en moyenne par an entre 1975 et 1999. Après cette date, leur solde migratoire chute et s’établit à – 62 000 entre 1999 et 2010, puis à – 102 000 entre 2010 et 2015. La plupart des départs des personnes non immigrées concernent des personnes âgées de 18 à 29 ans, en phase d’études ou de début d’activité [Brutel, 2015].

Encadré 1 – Très forte hausse de l’espérance de vie dans les DOM en vingt ans

La population des quatre départements d’outre-mer (DOM) historiques (Guadeloupe, Martinique, Guyane et La Réunion) est passée de 1,6 million en 1999 à 1,9 million au 1er janvier 2019. La population a donc augmenté de 17 % depuis 1999 dans les DOM, contre 11 % en métropole sur la même période. Cette évolution masque des différences importantes : la population a baissé de plus de 4 % en Martinique et a stagné en Guadeloupe, elle a progressé de 23 % à La Réunion et de plus de 90 % en Guyane. Dans les DOM, cette forte augmentation est entièrement portée par le solde naturel. En effet, le solde migratoire est globalement déficitaire sur la période : négatif dans les trois îles, il n’est pas compensé par le solde migratoire positif en Guyane, seul DOM disposant d’une frontière terrestre. Entre 1999 et 2019, le solde naturel s’élève à + 407 000 dans les quatre DOM historiques (619 000 naissances et 212 000 décès) et le solde migratoire à – 119 000. À Mayotte, la croissance de la population est historiquement forte, d’environ 4 % par an sur la période la plus récente [Chaussy et al., 2019]. La population vivant sur l’île est de 270 000 habitants en 2019, elle a plus que doublé depuis le recensement mahorais de 1997.

En 1999, les DOM étaient des départements plus jeunes que les départements de métropole. Alors que les moins de 20 ans représentaient 25,7 % de la population métropolitaine, leur part était supérieure à 30 % dans chaque DOM, en particulier en Guyane, où elle atteignait 44,4 %, et à Mayotte. En 2019, cette particularité a disparu, hormis à Mayotte où la moitié de la population a moins de 18 ans [Chaussy et al., 2019] : alors que 24,0 % des habitants de métropole ont moins de 20 ans, c’est le cas de seulement 22,5 % des habitants de la Martinique, 25,3 % en Guadeloupe et 30,7 % à La Réunion. La Guyane reste un département jeune avec une part des moins de 20 ans de 41,3 %.

En 1999, la part des personnes âgées de 65 ans ou plus était plus réduite dans chaque département d’outre-mer qu’en métropole : elle atteignait 15,9 % en métropole, contre moins de 4 % à Mayotte et en Guyane, 6,5 % à La Réunion, 10,2 % en Guadeloupe et 11,7 % en Martinique. Cette part a augmenté sur l’ensemble du territoire, mais encore davantage dans les DOM, notamment en Martinique. En effet, en 2019, les 65 ans ou plus représentent 20,2 % de la population métropolitaine, mais 21,4 % de la population martiniquaise et 19,1 % en Guadeloupe. En Guyane et à La Réunion, ils restent moins nombreux, avec respectivement 5,5 % et 12,1 % de la population. À Mayotte, leur part reste très faible à 2,6 %.

Depuis vingt ans, la fécondité dans les DOM est plus dynamique qu’en métropole. La fécondité est en particulier très élevée en Guyane, autour de 3,7 enfants par femme dans les années 2000 et de 3,5 dans les années 2010. À La Réunion, l’indicateur conjoncturel de fécondité (ICF) est stable autour de 2,4 enfants par femme depuis 1999. En Guadeloupe, il oscille autour de 2,1 depuis 1999, hormis en 2005 et 2006 où il était supérieur à 2,3. La fécondité est plus faible en Martinique, autour de 2,0. C’est à Mayotte que l’ICF est le plus élevé, à 4,8 enfants par femme en 2018.

Depuis 1999, l’espérance de vie à la naissance a fortement augmenté en Guyane et à La Réunion. Pour les hommes, elle a gagné 6,7 années en Guyane et 6,9 à La Réunion, contre 4,5 en métropole. Pour les femmes, la hausse est respectivement de 5,0 et 4,0 années. En revanche, les gains sont inférieurs à la métropole pour la Guadeloupe (+ 3,6 ans pour les hommes, + 2,8 ans pour les femmes) et la Martinique (+ 3,2 et + 2,4 ans). Au final, l’espérance de vie dans les DOM reste inférieure à celle de la métropole. À Mayotte, l’espérance de vie est la plus faible, elle y atteint 76 ans pour les femmes comme pour les hommes.

La monoparentalité est fréquente dans les quatre DOM historiques [Marie et Breton, 2015], où 34 % des familles étaient monoparentales en 1999, contre 16 % en métropole. En 2015, cette part est de 45 % dans les DOM, contre 22 % en métropole. En 2012, à Mayotte, un tiers des familles avec au moins un enfant mineur sont monoparentales [Clain, 2015].

Encadré 2 – En quarante ans, diversification des formes conjugales et hausse des familles monoparentales

En France, vivre en couple marié reste la situation conjugale la plus répandue et les familles constituées de deux parents mariés vivant avec leurs enfants représentent encore plus d’une famille avec enfants mineurs sur deux [Bodier et al.., 2015].

Les formes de conjugalité ont profondément évolué au fil du temps et le mariage n’est plus la seule forme d’union cohabitante [Costemalle, 2015]. Jusqu’à la fin des années 1960, plus de huit couples sur dix s’étaient mariés avant le début de la cohabitation et les naissances hors mariage restaient rares. À partir des années 1970, le nombre de mariages chute, avant de se stabiliser dans les années 1990 [Prioux, 2005]. Se marier avant de s’installer en couple est aujourd’hui rare. L’union libre est d’ailleurs de moins en moins « prénuptiale » : dans les années 1970, les couples non mariés restaient peu de temps dans cette situation, car beaucoup légalisaient leur union rapidement. Ce n’est plus le cas quelques décennies plus tard [Prioux, 2009]. Les personnes qui se marient le font de plus en plus tardivement après leur emménagement en couple [Costemalle, 2015]. Le pacte civil de solidarité (Pacs), qui offre depuis 1999 une alternative au mariage pour contractualiser une union, s’est répandu : après une forte montée en charge les premières années, le nombre de Pacs conclus avoisine désormais celui des mariages [Beaumel et Papon, 2019b]. Le Pacs a conduit à une augmentation de la proportion de premières unions contractualisées, qui ne cessait de chuter depuis le début des années 1980 [Costemalle, 2015]. Parmi l’ensemble des couples cohabitants en France en 2016, quelle que soit leur date de formation, 7 % sont pacsés, 21 % sont en union libre et 72 % sont mariés [Robert-Bobée et Vallès, 2018].

Si les couples de sexe différent ont modifié leurs comportements conjugaux depuis le milieu des années 1970, les couples de même sexe, qui ne pouvaient alors pas contractualiser leur union, ont cette possibilité depuis 1999 avec le Pacs et depuis 2013 avec le mariage pour tous. En 2017, 7 000 couples de même sexe se sont pacsés et 7 000 se sont mariés. Depuis 2013, plus de 45 000 mariages de couples de même sexe ont été célébrés.

Au cours des quarante dernières années, les unions sont devenues plus fragiles. La part des mariages rompus par un divorce a ainsi augmenté depuis 1975 [Bellamy, 2016] : 5 % des mariages conclus en 1975 ont duré moins de 5 ans, contre 9 % de ceux conclus en 2010 (figure) [Beaumel et Papon, 2019a] ; 13 % des mariages conclus en 1975 ont duré moins de 10 ans, contre 21 % de ceux conclus en 2005. Le constat est identique au bout de 20 ans : 23 % des mariages conclus en 1975 ont duré moins de 20 ans, contre 32 % de ceux conclus en 1995. Pour autant, si entre 1975 et 2000 la part des mariages rompus avant 5 ou 10 ans était en hausse, elle semble se stabiliser pour les mariages célébrés après 2000. Vivre plusieurs unions cohabitantes au cours de sa vie est aussi plus fréquent aujourd’hui que par le passé [Costemalle, 2015].

Avec l’augmentation des ruptures d’unions, la composition des familles a évolué [Daguet, 2017] : le nombre de familles monoparentales a ainsi nettement augmenté entre 1975 et 2015, alors que le nombre de familles composées d’un couple d’adultes cohabitants et d’enfants nés de leur union ou non a baissé. En 1975, 600 000 familles monoparentales vivaient en France métropolitaine avec au moins un enfant mineur. Elles sont 1,7 million en 2015. Une famille avec enfants mineurs sur cinq est une famille monoparentale contre une sur douze en 1975. La monoparentalité, toujours essentiellement maternelle, s’est répandue surtout parmi les mères les moins diplômées. Malgré la hausse des ruptures d’unions, le nombre de familles recomposées a peu augmenté, passant de 641 000 en 1999 à 723 000 en 2011. En 2011, elles représentent 9,3 % des familles avec enfants mineurs contre 8,7 % en 1999.

Proportion d’unions déjà rompues selon la durée et l’année du mariage

en %
Proportion d’unions déjà rompues selon la durée et l’année du mariage (en %) - Lecture : pour 100 mariages célébrés en 1985, 36 avaient été rompus avant 30 ans de mariage.
Année du mariage Durée du mariage
1 an 5 ans 10 ans 15 ans 20 ans 25 ans 30 ans 35 ans 40 ans
1975 0,3 5,2 12,5 18,5 23,3 27,2 29,8 31,5 32,5
1985 0,4 7,1 15,7 22,7 28,4 33,0 35,9
1995 0,3 7,6 18,0 25,8 32,0
2005 0,7 9,6 20,5
2010 0,6 8,9
  • Lecture : pour 100 mariages célébrés en 1985, 36 avaient été rompus avant 30 ans de mariage.
  • Champ : France métropolitaine.
  • Sources : Insee ; ministère de la Justice - SDSE.

Proportion d’unions déjà rompues selon la durée et l’année du mariage

  • Lecture : pour 100 mariages célébrés en 1985, 36 avaient été rompus avant 30 ans de mariage.
  • Champ : France métropolitaine.
  • Sources : Insee ; ministère de la Justice - SDSE.

Définitions


L’espérance de vie à la naissance représente la durée de vie moyenne – autrement dit l’âge moyen au décès – d’une génération fictive soumise aux conditions de mortalité par âge de l’année considérée. Elle caractérise la mortalité indépendamment de la structure par âge de la population observée.


Immigré : selon la définition adoptée par le Haut Conseil à l’intégration, un immigré est une personne née étrangère à l’étranger et résidant en France. Certains immigrés ont pu devenir français, les autres restant étrangers.


Les non-immigrés sont les personnes nées en France ou nées françaises à l’étranger.


L’indicateur conjoncturel de fécondité mesure le nombre moyen d’enfants qu’aurait une femme tout au long de sa vie si les taux de fécondité observés l’année considérée à chaque âge demeuraient inchangés.


La mortalité infantile désigne les décès d’enfants âgés de moins d’un an.


La mortalité prématurée désigne les décès de personnes de moins de 65 ans.


Le solde migratoire est la différence entre le nombre de personnes qui sont entrées sur le territoire et le nombre de personnes qui en sont sorties. Il est mesuré indirectement par différence entre l’évolution de la population entre deux dates et le solde naturel.


Le solde naturel est la différence entre le nombre de naissances et le nombre de décès enregistrés au cours d’une période.


Le taux de fécondité à un âge donné (ou pour une tranche d’âge) est le nombre d’enfants nés vivants des femmes de cet âge au cours de l’année, rapporté à la population moyenne de l’année des femmes de même âge.

Le calcul du solde migratoire par catégorie de population

Le solde migratoire est la différence entre le nombre de personnes qui sont entrées sur le territoire et le nombre de personnes qui en sont sorties. Il est mesuré indirectement par différence entre l’évolution de la population entre deux dates et le solde naturel. Son calcul peut être fait pour une année donnée ou sur une période plus longue.

Le solde migratoire ventilé par catégorie de population (immigrés/non-immigrés, par origine géographique des immigrés) est calculé à partir du rapprochement des statistiques de l’état civil et de la base Saphir (Données harmonisées des recensements de la population) entre 1975 et 2015. La base Saphir permet de déterminer les niveaux de population en France métropolitaine pour les années 1975, 1982, 1990, 1999, 2010 et 2015. Les décès d’immigrés sont estimés en supposant que leur mortalité est la même que celle des personnes nées à l’étranger.

Pour les années intermédiaires entre deux recensements, le nombre de décès d’immigrés est déduit de celui des personnes nées à l’étranger à partir des proportions moyennes observées aux deux dates de recensements. Par définition, les naissances d’immigrés en France sont nulles, leur solde naturel n’est donc composé que de leurs décès. Le solde migratoire des non-immigrés est obtenu par différence entre le solde migratoire global et celui des immigrés.

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Le baby-boom correspond ici à la période où les naissances ont été très nombreuses en France, soit entre 1946 et 1974.

Estimations de population réalisées à partir de l’enquête annuelle de recensement 2018. Ces estimations sont faites à partir d’hypothèses sur les soldes migratoires. Dans la base Saphir, les soldes migratoires définitifs ne sont connus que jusqu’en 2015.

Ce chiffre est sensiblement supérieur sur le champ de la France hors Mayotte (– 118 000). La différence correspond aux arrivées des personnes originaires des DOM qui viennent s’installer en France métropolitaine.

Le nombre de décès en 1975 et 1976 des personnes nées à l’étranger n’est pas connu. La valeur de l’année 1977 a été reportée.

Définitions

Le baby-boom correspond ici à la période où les naissances ont été très nombreuses en France, soit entre 1946 et 1974.

Estimations de population réalisées à partir de l’enquête annuelle de recensement 2018. Ces estimations sont faites à partir d’hypothèses sur les soldes migratoires. Dans la base Saphir, les soldes migratoires définitifs ne sont connus que jusqu’en 2015.

Ce chiffre est sensiblement supérieur sur le champ de la France hors Mayotte (– 118 000). La différence correspond aux arrivées des personnes originaires des DOM qui viennent s’installer en France métropolitaine.

Le nombre de décès en 1975 et 1976 des personnes nées à l’étranger n’est pas connu. La valeur de l’année 1977 a été reportée.

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