Inflation ravivée, croissance fragilisée Note de conjoncture - mars 2026
Éclairage – Durant la période inflationniste, les comportements de descente en gamme ont contribué pour deux points à la baisse de la consommation alimentaire, et les prix des produits d’entrée de gamme ont augmenté sensiblement plus vite que les autres
Les années 2022 et 2023 ont été marquées par une forte inflation alimentaire provoquée par la reprise économique mondiale après la crise sanitaire et l’invasion de l’Ukraine par la Russie. Heurtée par des chocs sur les prix de ses intrants, la chaîne de production agroalimentaire les a rapidement transmis aux prix à la consommation, ce qui a affecté durablement les habitudes d’achats des ménages. En particulier, les comptes de la nation publiés par l’Insee font état d’une baisse de 6,3 % en volume de la consommation alimentaire (hors tabac) entre 2021 et 2024 : -9,4 % pour les produits alimentaires frais et -5,5 % pour les produits agroalimentaires (hors tabac). Elle a à peine rebondi en 2025 (+0,3 %).
L’enquête de conjoncture auprès des ménages de l’Insee permet d’explorer les stratégies mises en œuvre par les six français sur dix qui déclarent limiter leur consommation alimentaire. En janvier 2026, elles sont équitablement réparties entre réduction de consommation, renoncement aux produits les plus onéreux (avec ou sans remplacement) ou descente en gamme, c’est-à-dire des achats de produits de même nature mais de qualité moindre. Tous ces comportements (baisses des quantités physiques comme comportements de descente en gamme) se traduisent par une baisse des volumes consommés en comptabilité nationale.
Afin d’estimer plus précisément l’impact de ces comportements de descente en gamme sur l’évolution de la consommation alimentaire en volume au sens de la comptabilité nationale depuis 2022, il est possible de la comparer à l’évolution des volumes physiques, c’est-à-dire hors effet de gamme, sur la même période. La contribution des effets de gamme à la variation en volume de la consommation alimentaire peut ainsi être estimée à -2,0 points entre 2021 et 2024, soit un tiers de la baisse totale enregistrée sur la période. Les pâtes, légumes en conserve, biscuits et laitages font partie des produits pour lesquels la descente en gamme a le plus pesé sur la consommation d’ensemble. Grâce aux données de caisse de la grande distribution, utilisées par l’Insee pour calculer les indices de prix et de chiffres d’affaires et disponibles à haute fréquence, il est possible de dater plus précisément l’émergence des effets de gamme sur les produits identifiés : ces derniers ont ainsi commencé à apparaître fin 2022, quelques mois après le début de la vague inflationniste. La part de la consommation qui se porte sur les produits initialement les moins chers a ainsi nettement augmenté en quelques mois et les ménages semblent avoir conservé depuis ces habitudes de consommation malgré la stabilisation des prix et la hausse du pouvoir d’achat en 2024 et 2025.
Les données de caisse mettent également en lumière des évolutions de prix différenciées entre les gammes de produits entre 2022 et 2025. Ainsi, sur l’ensemble de la consommation alimentaire, l’inflation des quatre dernières années semble plus marquée pour les produits d’entrée de gamme, et plus modérée pour les produits positionnés sur des segments supérieurs. Plus précisément, si l'on répartit début 2022 les quantités vendues de chaque variété alimentaire en cinq sous-paniers de quantité égale, mais ordonnés suivant leurs prix moyens, on constate qu'entre janvier 2022 et décembre 2025, les prix des produits du premier panier, correspondant à des produits d'entrée de gamme, ont connu une progression supérieure de 10 points à celle de l'indice d'ensemble, et de 18 points à celle du cinquième panier, constitués des produits haut de gamme. Cela signifie que les ménages dont la consommation est davantage orientée vers les produits d’entrée de gamme ont été exposés à une inflation alimentaire plus élevée que l’inflation « moyenne » rapportée dans l’indice des prix...
Note de conjoncture
Paru le :24/03/2026
