La France et ses territoires Édition 2026

Insee Références
Paru le :Paru le24/09/2026
La France et ses territoires- Septembre 2026
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Chapitre 6 – Économies régionales

Insee Références

Paru le :24/09/2026

Avertissement : Les cartes de cette thématique seront disponibles ultérieurement.

Le français est fortement concentré. Deux régions produisent 42 % de la richesse nationale : l’Île‑de‑France et Auvergne‑Rhône‑Alpes (respectivement 30 % et 12 %) (figure 1.1a). Hors départements et régions d’outre‑mer (DROM), le PIB des autres régions s’étage de 8 % pour la Nouvelle Aquitaine à 3 % pour la Bourgogne‑Franche‑Comté et le Centre‑Val de Loire et moins de 1 % pour la Corse. Les DROM génèrent une faible part du PIB national, environ 2 %. Ramené au nombre d’habitants, le PIB est aussi le plus élevé en Île‑de‑France (69 500 euros par habitant en 2024), presque le double du reste de la France (37 100 euros par habitant) (figure 1.1b). Il est plus faible dans certaines régions, comme en Bourgogne‑Franche‑Comté (34 200 euros par habitant) et dans les Hauts‑de‑France (32 900 euros par habitant). Les écarts sont encore plus marqués avec les DROM, où les niveaux sont nettement inférieurs : 25 000 euros par habitant en moyenne. Les écarts se retrouvent aussi dans le par emploi, quoiqu’à un moindre niveau. Cet indicateur, souvent assimilé à la productivité apparente du travail, reflète en premier lieu la structure sectorielle des économies régionales et le niveau de qualification des emplois associés. Ainsi, les régions les plus productives sont celles où se concentrent des activités à forte valeur ajoutée (fabrication de matériels de transport, information et communication, etc.) et des emplois qualifiées, notamment de cadres et d’ingénieurs. Le PIB par emploi est également le reflet de l’intensité capitalistique des économies locales (place des investissements matériels et immatériels) et de la structuration des grandes entreprises, avec la présence des sièges sociaux. Là encore l’Île‑de‑France se différencie avec une productivité du travail de 123 200 euros par emploi en 2024, de 33 % à 47 % plus élevée que celle des autres régions métropolitaines, tandis que les DROM présentent des niveaux de productivité plus faibles (figure 1.1c).

Au cours des dernières années, le croît nettement à Mayotte, contribuant à un certain rattrapage : il augmente de 6,4 % par an en moyenne entre 2018 et 2023, dernière année disponible pour ce DROM (figure 1.2a). Le PIB croît également fortement en Corse : 2,0 % par an en moyenne entre 2018 et 2024. A contrario, la croissance la plus faible s’enregistre en Bourgogne‑Franche‑Comté : 0,2 % en moyenne par an au cours de la même période.

L’évolution du PIB résulte à la fois de celle du PIB rapporté aux emplois (ou productivité apparente du travail) et de celle du nombre d’emplois. Ainsi, en France métropolitaine, le PIB en valeur par habitant des régions augmente de 3,1 % à 3,9 % par an en moyenne entre 2018 et 2024, tandis que le PIB par emploi ne croît que de 2,1 % à 2,9 %, l’écart provenant des évolutions de l’emploi (figures 1.2b et 1.2c). Cependant, les différences entre régions métropolitaines restent relativement resserrées. Les trajectoires sont beaucoup plus contrastées dans les DROM. Le PIB par emploi n’augmente presque pas en Guadeloupe et à la Martinique et baisse de 3,3 % en Guyane. La hausse de l’emploi contribue nettement dans tous les DROM sauf à Mayotte. En Guyane notamment, le PIB par habitant augmente de 0,9 % par an malgré le recul du PIB par emploi, dans un contexte de baisse de l’activité du Centre spatial guyanais et de réduction du nombre de vols spatiaux (passé de 11 à 3 en six ans).

Les services marchands sont majoritaires dans la des régions métropolitaines, particulièrement en Île‑de‑France (72 % en 2024) (figure 2.1). Le poids de l’industrie est plus élevé dans certaines régions comme la Normandie ou le Centre Val de Loire (21 % et 20 % de leur VA régionale respective), tandis que celui de l’agriculture, bien que très minoritaire, est plus élevé dans quelques régions spécifiques (Bourgogne‑Franche‑Comté, Grand Est, Guyane et Mayotte pour 4 % de la VA). Les services principalement non marchands, qui regroupent l’éducation, l’administration, la santé et l’action sociale, représentent environ 20 % des VA régionales, avec un poids plus élevé en Corse et dans les Hauts‑de‑France où il dépasse 25 %. Dans les DROM, le secteur des services principalement non marchands est plus fortement contributeur aux VA régionales qu’en France métropolitaine (39 %).

Les structures sectorielles agrégées des valeurs ajoutées n’évoluent que très peu. Toutefois, entre 2018 et 2024, la part de l’agriculture baisse au sein des régions méridionales, en particulier en Nouvelle‑Aquitaine et de manière plus faible en Occitanie, Provence‑Alpes‑Côte d’Azur et Corse ainsi qu’en Bourgogne‑Franche‑Comté (figure 2.2). Par ailleurs, la part des services marchands baisse d’un ou deux points de pourcentage en six ans dans quatre régions. A contrario, l’industrie gagne du terrain en Centre‑Val de Loire, Corse et Guadeloupe (y compris Saint‑Martin), avec des parts qui augmentent d’un ou deux points de pourcentage. La part des services principalement marchands (commerces et services) dans la VA régionale augmente en Pays de la Loire et Nouvelle‑Aquitaine (près de deux points de pourcentage).

La production et la VA sont réalisées au sein d’établissements publics ou privés de tailles diverses selon les territoires. Ils appartiennent à des unités de tous types, depuis l’entreprise comprenant un seul établissement jusqu’à la multinationale française ou étrangère rassemblant des établissements dans plusieurs régions françaises. En 2023, au sein des régions françaises, les établissements employant entre 1 et 9 salariés c’est-à-dire les établissements ayant employé au moins une personne au moins une partie de l’année sont majoritaires dans chacun des territoires (autour de 70 % sauf à Mayotte) mais ils ne concentrent qu’une part limitée de l’emploi salarié (un peu moins de 20 % en moyenne) (figure 3.1). À l’inverse, les établissements de 50 salariés ou plus ne représentent que 3,6 % des établissements employeurs mais concentrent 54 % de l’emploi. Leur poids dans l’emploi est particulièrement élevé en Ile-de-France (61,8 %), à Mayotte (61,4 %) et dans les Haut-de-France (57,3 %). Il est beaucoup plus faible en Corse (37,4 %). Les régions méridionales se caractérisent aussi par une proportion plus forte que les autres régions d’établissements sans salariés en fin d’année, sans doute en lien avec le tourisme .

Au sein des entreprises implantées en France, les multinationales, qu’elles soient françaises ou étrangères, occupent une place particulière. En 2023, elles représentent 47 % de l’emploi salarié en France, hors agriculture et administration publique (figure 4.1). Ces 6,9 millions de salariés en équivalent temps plein (EQTP) travaillent au sein de 227 700 établissements disséminés sur l’ensemble du territoire français. Cette part d’emploi varie considérablement en fonction des territoires, qu’il s’agisse des régions (de 13 % en Corse, région rurale, à 57 % en Île‑de‑France avec une forte concentration des centres de décision), des départements (de 13 % en Corse‑du‑Sud à 75 % dans les Hauts‑de‑Seine) ou des zones d’emploi (de 8 % autour de Porto‑Vecchio à 70 % autour de Versailles-Saint‑Quentin‑en‑Yvelines où le tissu économique est diversifié et le secteur industriel très présent avec Thalès, Renault, Airbus ou Bouygues). Les emplois des firmes multinationales sont très concentrés dans les zones d’emploi des grands pôles économiques, sur tout le territoire. Ainsi, les neuf zones d’emploi comptabilisant chacune plus de 120 000 salariés employés par une multinationale cumulent près de 2,9 millions de salariés dans ces établissements, soit 42 % de l’emploi des multinationales en France : Paris, Lyon, Toulouse, Bordeaux, Nantes, Marseille, Lille, Roissy et Versailles-Saint-Quentin.

Les multinationales françaises sont plus présentes que les multinationales étrangères dans toutes les régions : la différence entre le poids des multinationales françaises et étrangères en nombre de salariés est le moins marqué dans la région Grand Est, et le plus marqué dans les Pays de la Loire et en Île‑de‑France. En 2023, les multinationales étrangères représentent moins de 1 % des entreprises présentes en France, mais ces entreprises emploient un peu moins de 13 % des salariés des secteurs principalement marchands non agricoles et non financiers, c’est‑à‑dire 1,9 million d’emplois salariés (en EQTP). Les multinationales étrangères européennes emploient la moitié de ces salariés. Le poids des multinationales étrangères dans l’emploi salarié privé est particulièrement élevé dans les territoires de l’est de la France. Les cinq premières zones d’emploi de France pour la part d’emploi sous contrôle étranger sont situées dans la région Grand Est, avec un poids dépassant celui des multinationales françaises. Les deux régions suivantes pour la part de l’emploi salarié sous contrôle étranger sont l’Île‑de‑France et les Hauts‑de‑France avec des poids dans l’emploi salarié de 16 %. Les firmes américaines contrôlent le plus d’emplois en France pour un pays compté seul, en premier lieu dans les Hauts‑de‑Seine et à Paris. La région francilienne compte une proportion forte d’emploi salariés sous contrôle étranger à Marne‑la‑Vallée et Saclay. Les multinationales américaines et belges sont particulièrement présentes au sein de l’emploi salarié de la région Hauts‑de‑France, une zone historiquement industrielle, avec des groupes couvrant de multiples nationalités dans ses zones d’emploi frontalières, à l’instar de celles de Dunkerque et Valenciennes.

L’attractivité économique d’un territoire peut s’appréhender par d’autres facettes : installations de nouvelles entreprises, arrivées d’actifs, ou encore perspectives de recrutement. La faculté à répondre aux besoins en main d’œuvre d’un tissu productif qui évolue est ainsi une autre facette de ce dynamisme économique. La part d’établissements déclarant des difficultés à recruter apporte plusieurs éclairages en ce sens. Elle est en général plus faible au sein des départements à prédominance urbaine, pour lesquelles l’accessibilité entre pôles économiques et pôles résidentiels est facilitée, avec en outre une concentration qui stimule le marché du travail. Ainsi, dans les départements de Paris et de la petite couronne, la part d’établissements déclarant des difficultés à recruter se situe entre 33 % et 46 % alors qu’elle est de 50 % en moyenne en France (figure 5). À l’inverse, les dix départements ayant les taux les plus élevés de difficultés à recruter sont pour huit d’entre eux des départements à prédominance rurale et pour deux d’entre eux des départements de densité intermédiaire. Leurs taux de difficultés à recruter vont de 59 % en Dordogne à 67 % dans le territoire de Belfort. S’y ajoute l’état général du marché du travail : les régions où le taux de chômage est le plus faible (Pays de la Loire, Bretagne) enregistrent plus de difficulté à recruter, par manque de main d’œuvre comparativement aux besoins des entreprises ; réciproquement, les régions avec davantage de chômage (Hauts-de-France, Occitanie et Provence-Alpes-Côte d’Azur) présentent une moindre tension de recrutement du fait d’un nombre plus soutenu de personnes en recherche d’emploi.

Sources

Le champ de la comptabilité nationale correspond au champ économique de la France d’après le système européen des comptes, soit la France métropolitaine, les régions ultrapériphériques (RUP) ainsi que le « hors territoire » (activités françaises sur le territoire extrarégional : ambassades, bases militaires et scientifiques, etc.). Les totaux calculés pour la France ne correspondent donc pas à la valeur ajoutée nationale au sens de la comptabilité nationale.

En comptabilité nationale, le champ économique de la France comprend le territoire de Saint‑Martin, qui est inclus à la Guadeloupe dans le cadre des comptes régionaux.

Méthodes

Le fichier localisé des rémunérations et de l'emploi salarié (Flores) recense les établissements ayant employé au moins un salarié à une période de l’année, même courte. La mesure du nombre de salariés est réalisée la dernière semaine de décembre 2024. Cette semaine-là, l’entreprise peut employer ou non des salariés.

Définitions

Le produit intérieur brut (PIB) vise à mesurer la richesse créée par tous les agents, privés et publics, sur un territoire national pendant une période donnée.

Le PIB en valeur comprend les variations des prix.

Le PIB en volume neutralise les variations des prix.

La valeur ajoutée (VA) est égale à la valeur de la production diminuée de la consommation intermédiaire.