La France et ses territoires Édition 2026
Chapitre 4 – Capital immatériel
Les activités de recherche et développement (R&D) diffèrent beaucoup selon les territoires. La R&D favorise la mise sur le marché de nouveaux produits ou services innovants. À la différence du capital physique propre aux entreprises, ce capital est immatériel, car il repose sur les connaissances, les compétences et la propriété intellectuelle. Bien qu’il soit difficile à mesurer précisément, plusieurs indicateurs permettent toutefois d’en quantifier certaines dimensions.
Comptabiliser le nombre de brevets déposés chaque année permet d’apprécier de façon concrète les résultats de l’innovation. En 2022, 12 430 brevets ont été déposés en France (sources), soit environ 4 brevets par milliard d’euros de PIB. Ce niveau est inférieur à celui de l’Allemagne (7) et du Danemark (7), mais supérieur à celui de l’Italie (3) et de l’Espagne (2). Ces dépôts restent toutefois fortement concentrés géographiquement en France. Les régions Île‑de‑France et Auvergne‑Rhône‑Alpes regroupent à elles seules les deux tiers des brevets déposés, avec respectivement 43 % et 23 % des dépôts en 2022 (figure 1.1). Le nombre de brevets déposés a plus que doublé entre 1990 et 2022. Cette hausse est particulièrement notable en Bretagne, où les dépôts de brevets sont passés de 138 en 1990 à 715 en 2022 (figure 1.2). Les régions d’Île‑de‑France et d’Auvergne‑Rhône‑Alpes concentraient déjà les deux tiers des dépôts en 1990, avec respectivement 47 % et 19 % des dépôts.
Un deuxième indicateur est l’effort de recherche, mesuré par le ratio de la dépense intérieure de recherche et développement expérimental (R&D) publique et privée sur le PIB ; en France, il s’élève à 2,2 % en 2023. Ce niveau est ainsi inférieur à l’objectif de 3 % du PIB, intégré à la stratégie de Lisbonne par le Conseil européen de Barcelone en mars 2002 à horizon 2010, maintenu dans le cadre de la stratégie Europe 2020. Au sein de l’Union européenne, seuls six pays dépassent ce seuil : le Danemark (3,1), la Finlande (3,1), l’Allemagne (3,1), l’Autriche (3,2), la Belgique (3,2) et la Suède (3,6). La France se situe au 8e rang européen. Sur le plan régional, quatre territoires se situent au‑dessus de la moyenne nationale, dont deux au-dessus de l’objectif européen : l’Occitanie (3,3 %), la région Auvergne‑Rhône‑Alpes (3,0 %), l’Île‑de‑France (2,8 %) et la région Provence‑Alpes‑Côte d’Azur (2,3 %) (figure 2.1). Le niveau de l’effort de recherche est stable à l’échelle nationale par rapport à 2014, année où il atteignait déjà 2,2 %. C’est le cas également dans la majorité des régions, mais il se renforce légèrement en Auvergne‑Rhône‑Alpes et régresse un peu en Occitanie et en Centre‑Val de Loire (figure 2.2).
Les effectifs de recherche et développement incarnent quant à eux la capacité à créer,
mettre en œuvre et diffuser l’innovation. En 2022, la France compte 501 400 personnes
en équivalent temps plein (ETP) dans le secteur de la R&D, dans l’ensemble des entreprises
et des administrations, dont 68 % de chercheurs et d'ingénieurs de R&D (figure 3). Les autres emplois sont des personnels de soutien technique et administratif. Au
total, ces emplois représentent 1,8 % de l’emploi en ETP en France, soit un niveau
supérieur à la moyenne de l’Union européenne (1,6 %), mais inférieur à celui de l’Allemagne
(1,9 %), des Pays‑Bas (2,0 %) ou encore de la Suède (2,4 %) et du Danemark (2,5 %).
Sur le plan régional, l’Île‑de‑France concentre les effectifs les plus élevés, avec
186 500 ETP, soit 37 % du total national. Elle est suivie par la région Auvergne‑Rhône‑Alpes,
qui regroupe 15 % des effectifs de R&D, et l’Occitanie à 12 %.
La proportion de chercheurs et d’ingénieurs dans les effectifs est la plus élevée
en région Provence‑Alpes‑Côte d’Azur (69 %), en Occitanie (70 %) et en Île‑de‑France
(73 %).
Enfin, un dernier critère utilisé porte sur le nombre de doctorats soutenus. En 2023, le nombre de docteurs diplômés s’élève à 15 200 en France. Cela correspond à 1,6 docteur diplômé pour 1 000 personnes âgés de 25 à 34 ans. Ce ratio est supérieur à la moyenne de l’Union européenne (1,3) mais il reste inférieur à ceux de l’Allemagne (2,0) et du Danemark (1,7). Les trois régions d’Île‑de‑France, d’Auvergne‑Rhône‑Alpes et d’Occitanie concentrent à nouveau la majorité des diplômés (figure 4). L’Île‑de‑France se distingue particulièrement, en regroupant à elle seule 35 % des diplômés.
Sources
Les données sur les brevets proviennent de la base Ouvrir dans un nouvel ongletREGPAT de l’OCDE qui couvre les brevets déposés auprès de l’Office européen des brevets et ceux déposés en vertu du Traité de coopération en matière de brevets.
Les brevets sont localisés au niveau régional sur le fondement de l’adresse de l’inventeur. Cette dernière est plus représentative du lieu effectif de l’innovation que l’adresse du propriétaire du brevet. Un brevet peut être comptabilisé plusieurs fois si ses inventeurs sont localisés dans des régions différentes.
L’effort de recherche et les effectifs de R&D sont mesurés sur le territoire national à partir de deux enquêtes annuelles menées par le ministère chargé de la recherche auprès des entreprises et des administrations, portant sur les moyens consacrés à la R&D.
Le nombre de doctorants est mesuré à l’aide de l’enquête réalisée annuellement auprès des écoles doctorales par le ministère chargé de la recherche. Cette enquête recense les effectifs agrégés par école doctorale, par établissement d’inscription et par discipline sur l’année en cours.
