Insee Conjoncture Martinique ·
Juin 2025 · n° 34
Bilan économique 2024 - Martinique En 2024, dans un contexte social dégradé en Martinique, les signes de ralentissement
de l’économie se confirment
En 2024, l’activité économique en Martinique se dégrade, confirmant le ralentissement amorcé en 2023. Dans un contexte de mouvement social contre la vie chère en fin d’année, l’inflation persiste, à un rythme moins soutenu que l’année précédente. Malgré des conditions climatiques défavorables, la production agricole est stable, mais elle se réduit fortement pour les tubercules et la viande. L’emploi salarié diminue, la demande d’emploi augmente et le chômage s’élève à 12 % de la population active. Les créations d’entreprises sont en forte baisse et l’investissement s’érode. Les échanges commerciaux se contractent et la fréquentation touristique s’amoindrit légèrement.
Ce bilan économique fait partie des 17 bilans économiques régionaux 2024 publiés par l'Insee.
Agriculture - En Martinique, l’agriculture peine à se redresser en 2024 Bilan économique 2024
Cynthia Haral, Céline Marcellin (Direction de l'alimentation, de l'agriculture et de la forêt)
La production totale des principaux produits agricoles est stable en 2024, mais elle évolue différemment suivant les filières. La production de fruits, légumes et tubercules est en nette augmentation (+7 %) tandis que celle de la production animale diminue (-8 %). L’évolution des productions de bananes et de cannes à sucre sont plus modérées. Le climat affecte les productions et leur rendement : 2024 est l’année la plus chaude, avec une pluviométrie erratique, parfois intense.
Les conditions climatiques sont défavorables aux productions agricoles
Le début d’année 2024 est marqué par un épisode de sécheresse important. Il est suivi d’épisodes pluvieux intenses et localisés, notamment dans le sud de la Martinique avec le passage de l’ouragan Béryl. Entre hydrométrie insuffisante en février et mars puis excessive ensuite, les rendements agricoles sont affectés et réduisent les niveaux de productions animales et de cannes broyées (figure 1).
tableauFigure 1 – Évolution des principales productions agricoles entre 2022 et 2024
Type de productions | 2022 | 2023 | 2024 | Évolution 2023 / 2024 (en %) |
---|---|---|---|---|
Production commercialisée de bananes (en tonne) | 151 166 | 134 690 | 137 026 | 1,7 |
Cannes broyées (en tonne) | 189 241 | 208 630 | 206 431 | -1,1 |
Sucreries | 28 760 | 32 792 | 26 935 | -17,9 |
Distilleries | 160 481 | 175 838 | 179 496 | 2,1 |
Fruits, Légumes et Tubercules | 7 652 | 6 543 | 7 011 | 7,2 |
Production animale (en tonne) | 3 962 | 3 808 | 3 512 | -7,8 |
dont Volailles | 1 930 | 1 970 | 1 925 | -2,3 |
dont Porcins | 1 269 | 1 113 | 902 | -19 |
dont Bovins | 720 | 687 | 652 | -5,1 |
- Sources : DAAF / organisations professionnelles fruits et légumes / CTCS / Abattoirs.
La production de bananes reste stable
Avec 137 000 tonnes de bananes mises sur le marché en 2024 (dont 133 400 tonnes destinées à l’export), la production de bananes commercialisée est en légère hausse (+1,7 %) mais demeure toujours inférieure à celle de 2022 (figure 2).
Cette filière de production connaît toujours des difficultés sur le plan sanitaire avec l’extension de la cercosporiose noire, maladie causée par un champignon microscopique qui prolifère et affecte les bananiers.
En 2024, de mai à décembre, la cotation du prix moyen de vente de la banane pour la catégorie extra Antilles, sur les marchés européens, est restée stable (figure 3). Il s’agit là d’une année assez exceptionnelle, les cours fluctuant en général sur une année.
tableauFigure 2 – Évolution de la production de bananes et du prix payé au producteur entre 2022 et 2024
Production | 2022 | 2023 | 2024 | Variation 2023 / 2024 (en %) |
---|---|---|---|---|
Exportations | 147 828 | 131 085 | 133 362 | 1,7 |
Marché local | 3 338 | 3 605 | 3 664 | 1,6 |
Production commercialisée | 151 166 | 134 690 | 137 026 | 1,7 |
Prix moyen payé au producteur (€/Kg) | 0,73 | 0,78 | nd | nd |
Prix moyen local (€/Kg) | 0,50 | 0,61 | nd | nd |
- nd : Non disponible.
- Source : DAAF- Banamart.
tableauFigure 3 – Évolution mensuelle du prix import de bananes Antillaises catégorie Extra (prix à quai Dunkerque)
Mois | 2022 | 2023 | 2024 |
---|---|---|---|
Janvier | 0,77 | 0,94 | 0,83 |
Février | 0,86 | 0,97 | 0,86 |
Mars | 0,88 | 0,97 | 0,88 |
Avril | 0,89 | 0,97 | 0,90 |
Mai | 0,85 | 0,88 | 0,86 |
Juin | 0,78 | 0,86 | 0,86 |
Juillet | 0,75 | 0,81 | 0,86 |
Août | 0,75 | 0,81 | 0,86 |
Septembre | 0,85 | 0,81 | 0,86 |
Octobre | 0,89 | 0,88 | 0,86 |
Novembre | 0,89 | 0,91 | 0,86 |
Décembre | 0,89 | 0,88 | 0,86 |
- Source : FAM/RNM.
graphiqueFigure 3 – Évolution mensuelle du prix import de bananes Antillaises catégorie Extra (prix à quai Dunkerque)

- Source : FAM/RNM.
La production de canne à sucre fléchit légèrement
Le volume de canne à sucre commercialisée en 2024 (206 400 tonnes) est équivalent à celui de 2018 (figure 4). La filière canne subit une légère baisse en 2024 (-1,1 %) après une hausse importante entre 2022 et 2023 (+10,2 %).
Elle connaît toujours des difficultés sur le plan agronomique, lié à la croissance de certaines graminées envahissantes suite à l’arrêt de l'utilisation de l'herbicide Asulox.
La majorité de la production de cannes (87,0 %, soit 179 500 tonnes) est destinée aux distilleries, le reste à la sucrerie du Galion. Celle-ci traite ainsi 26 900 tonnes de cannes broyées, un volume en baisse de 17,9 % sur un an.
En lien avec des conditions climatiques peu favorables la richesse saccharimétrique (teneur en sucre) de la canne broyée est également plus faible qu’en 2023 (10,1 % en 2024 contre 12,1 % en 2023). Elle rejoint presque le niveau le plus bas atteint depuis 10 ans (9,9 % en 2018). Il en résulte une production de sucre en net retrait : 660 tonnes de sucre, soit la moitié du volume de 2023 (1 300 tonnes). Face au manque de canne broyée entrante, l’unique sucrerie de Martinique demeure en difficulté. Elle reste conditionnée aux aides et un plan de relance est envisagé. Les distilleries produisent au total 91 600 hectolitres équivalent alcool pure (hap).
tableauFigure 4 – Évolution des tonnages de cannes commercialisées et teneur en saccharose sur dix ans
Année | Sucrerie | Distilleries | Cannes commercialisées (Ensemble) | Richesse en saccharose (en %) |
---|---|---|---|---|
2014 | 39 665 | 127 218 | 166 883 | 12,3 |
2015 | 46 605 | 160 902 | 207 507 | 12,5 |
2016 | 49 081 | 176 870 | 225 951 | 10,6 |
2017 | 39 123 | 169 126 | 208 249 | 10,7 |
2018 | 31 756 | 174 640 | 206 396 | 9,9 |
2019 | 23 100 | 137 513 | 160 613 | 13,3 |
2020 | 38 708 | 167 946 | 206 654 | 12,1 |
2021 | 37 213 | 172 769 | 209 982 | 11,2 |
2022 | 28 760 | 160 481 | 189 241 | 12,2 |
2023 | 32 792 | 175 838 | 208 630 | 12,1 |
2024 | 26 935 | 179 496 | 206 431 | 10,1 |
- Source : CTCS.
graphiqueFigure 4 – Évolution des tonnages de cannes commercialisées et teneur en saccharose sur dix ans

- Source : CTCS.
La production de fruits est en hausse
En 2024, la production de fruits, légumes et tubercules enregistre une hausse de 7,2 % par rapport à 2023 (figure 5). Elle est intégralement portée par l’augmentation de la production fruitière (+14,1 %). En revanche, la production de légumes stagne et celle des tubercules recule nettement (-28,9 %).
En effet, les relevés météorologiques indiquent que 2024 reste l’année la plus chaude jamais enregistrée diminuant la variété des produits proposés sur le marché.
tableauFigure 5 – Évolution de la commercialisation de fruits, légumes et tubercules par les organisations de producteurs
Production | 2021 | 2022 | 2023 | 2024* | Évolution annuelle 2023 / 2024 (en %) |
---|---|---|---|---|---|
Fruits | 3765 | 4560 | 3917 | 4471 | 14,1 |
Légumes | 2990 | 2750 | 2349 | 2343 | -0,3 |
Tubercules | 134 | 342 | 277 | 197 | -28,9 |
Total | 6889 | 7652 | 6543 | 7011 | 7,2 |
- *chiffres provisoires en 2024.
- Source : DAAF.
La production locale de viande est en net recul
En 2024, l’ensemble de la production de viande locale est en baisse par rapport à l’année précédente (-7,8 %). Avec 900 tonnes de viande abattue, la production porcine est en nette diminution (-19,0 %) (figure 6), suivie de la production bovine (-4,8 % avec 650 tonnes). La production de volaille reste la plus importante (1 930 tonnes) mais recule également (-2,3 %).
tableauFigure 6 – Évolution des productions animales locales entre 2022 et 2024
Productions animales | 2022 | 2023 | 2024 | Évolution 2023 / 2024 (en %) |
---|---|---|---|---|
Volailles | 1930 | 1970 | 1925 | -2,3 % |
Porcins | 1 269 | 1 113 | 902 | -19,0 % |
Bovins | 720 | 687 | 652 | -5,1 % |
- Sources : DAAF – Abattoir BôKaïl – SAGR – Régie de l’abattoir.
graphiqueFigure 6 – Évolution des productions animales locales entre 2022 et 2024

- Sources : DAAF – Abattoir BôKaïl – SAGR – Régie de l’abattoir.
Afin de répondre à la demande en Martinique, les importations de viande augmentent de 1,8 %. La hausse est plus importante pour la filière bovine (+5 %) que pour la volaille (+1,3 %). Les importations de viande porcine restent stables (-0,1 %) (figure 7).
tableauFigure 7 – Évolution des importations de viande
Type de viande | 2022 | 2023 | 2024 | Évolution 2023 / 2024 (en %) | ||||
---|---|---|---|---|---|---|---|---|
Bovins | 4275 | 4057 | 4258 | 5 | ||||
Porcins | 4528 | 4236 | 4230 | -0,1 | ||||
Volailles | 9918 | 10039 | 10165 | 1,3 | ||||
Total | 18721 | 18332 | 18653 | 1,8 |
- Source : Douanes.
Pour comprendre
Les données relatives à la canne et à la banane sont recueillies auprès du Service Agriculture et Forêt de la DAAF qui instruit les demandes d’aides relatives à ces filières. Les chiffres concernant la canne sont en général connus dès le mois de juin de l’année en cours, la campagne « banane » se poursuivant jusqu’à la fin de l’année.
Pour les autres fruits et légumes, les données concernant le 2e semestre sont fournies en général à la mi-février N+1, et peuvent faire l’objet d’ajustements ultérieurs. Pour les productions animales (volailles, porcins, bovins, ovins, caprins et lapins), le SISEP (Service Information statistique, économique et prospective) recueille les données des différents abattoirs mois par mois.
L’ensemble de ces données sert par ailleurs à l’établissement de la Statistique Agricole Annuelle qui comporte une édition dite « provisoire » au début de l’année N+1 et une édition dite « définitive » au second semestre.
Ce chapitre du bilan économique est rédigé en début d’année, certaines données sont susceptibles d’évoluer.