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Insee Conjoncture Guadeloupe · Juin 2023 · n° 24
Insee Conjoncture GuadeloupeBilan économique 2022 - Guadeloupe Une reprise d’activité entravée par les tensions inflationnistes

En 2022, avec l’allègement des restrictions sanitaires, l’activité économique guadeloupéenne se redresse. Toutefois, le renforcement des tensions inflationnistes entrave la reprise. La consommation des ménages repart à la hausse grâce aux mesures gouvernementales en faveur du pouvoir d’achat et aux augmentations salariales. Les entreprises guadeloupéennes continuent d’investir cette année malgré un climat national et international d’incertitude économique. Ces investissements dynamisent la création d’emplois et influent sur la demande d’emploi dans un contexte ou le taux de chômage est deux fois et demi supérieur à celui observé au niveau national. La création d’entreprise est à son plus haut niveau des 20 dernières années. Enfin, l’activité touristique se redresse nettement grâce au ralentissement de l’épidémie de Covid-19 sans pour autant retrouver son niveau de 2019.

Insee Conjoncture Guadeloupe
No 24
Paru le :Paru le01/06/2023

Ce bilan économique fait partie des 17 bilans économiques régionaux 2022 publiés par l'Insee.

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Épargne-Crédit - Après le « boom » des prêts garantis par l’État, l’activité bancaire ralentit en 2022 en Guadeloupe Bilan économique 2022

Cindy Candalen, Damion Gordon (Institut d’émission des départements d’outre-mer)

Alors que l’année 2022 est marquée par une normalisation de la politique monétaire et une inflation soutenue, l’activité bancaire guadeloupéenne croît mais à un rythme moins élevé que les années précédentes. L’encours des crédits poursuit sa croissance mais de façon plus modérée tandis que les dépôts à vue sont en léger retrait. En revanche les placements liquides et à court terme ainsi que la collecte sur les comptes d’épargne restent sur une bonne dynamique. Dans le même temps, le montant des créances douteuses est en baisse constante depuis 2020.

Insee Conjoncture Guadeloupe

No 24

Paru le :01/06/2023

La croissance des crédits ralentit légèrement

En 2022, l’encours de crédits poursuit sa croissance, mais plus lentement qu’en 2021. À la fin du mois de décembre 2022, l’encours sain atteint 10,2 milliards d’euros et croît de 3,3 % sur un an après +4,9 % en 2021 (figure 1). Cette progression annuelle reste inférieure aux taux de croissance observés sur les quatre dernières années, le pic observé en 2020 étant à mettre en lien avec la diffusion des prêts garantis par l’État (PGE). Elle met néanmoins en exergue un ralentissement de l’activité de financement en 2022, dans un contexte de normalisation de la politique monétaire (figure 2).

Globalement, les taux moyens d’intérêt des crédits augmentent. Au 4e trimestre 2022, le taux moyen des prêts personnels et autres crédits échéancés à la consommation progresse pour s’établir à 4,59 %, soit 29 points de base (pdb) de plus qu’au 4e trimestre 2021. Le taux moyen des crédits à l’habitat atteint 1,75 % (+48 pdb sur un an). Du côté des entreprises, le taux moyen des crédits de trésorerie échéancés s’accroît de 122 pdb, à 3,7 %. Le taux moyen des crédits à l’équipement enregistre, quant à lui, une augmentation de 64 pdb à 2,59 %. Avec les relèvements successifs des taux de la Banque centrale européenne (BCE), de nouvelles hausses de taux sont prévisibles au 1er trimestre 2023.

Figure 1Chiffres clés des établissements financiers installés localement (EFIL)

(en milliers d’euros)
Chiffres clés des établissements financiers installés localement (EFIL) ((en milliers d’euros))
Établissements Valeur 2017 Valeur 2018 Valeur 2019 Valeur 2020 Valeur 2021 Valeur 2022 Évolution 2021 – 2022 (en %)
Encours sain 7 524,1 7 957,9 8 462,8 9 479,8 9 948,9 10 276,7 3,3
dont Ménages 3 284,6 3 524,4 3 795,5 3 961,3 4 138,6 4 482,3 8,3
dont Entreprises 3 009,5 3 158,2 3 371,2 4 202,9 4 505,2 4 565,8 1,3
dont Collectivités 942,5 1 002,7 1 029,5 1 008,9 994,3 956,1 -3,8
dont Autres agents 287,5 272,6 266,6 306,8 310,8 272,5 -12,3
Créances douteuses brutes locales 418,7 374,7 392,7 398,3 426,5 465,6 9,2
  • Source : IEDOM.

Figure 2Évolution des concours bancaires

(en millions d’euros)
Évolution des concours bancaires ((en millions d’euros))
Périodes Taux de croissance en glissement annuel (en %) Encours (échelle de droite)
Décembre 2018 5,8 7 958
Décembre 2019 6,3 8 463
Décembre 2020 12,0 9 480
Décembre 2021 4,9 9 949
Décembre 2022 3,3 10 277
  • Sources : IEDOM – SURFI – RUBA.

Figure 2Évolution des concours bancaires

  • Sources : IEDOM – SURFI – RUBA.

Les financements accordés aux ménages (4,4 milliards d’euros) sont dynamiques en 2022 (+8,3 %), tirés par les crédits à la consommation (+9,0 %) et ceux à l’habitat (+7,9 %).

L’encours sain des crédits aux entreprises ralentit. Il progresse de 1,3 % après +7,2 % en 2021 et une croissance historique (+24,7 %) en 2020. Cette évolution exceptionnelle était étroitement liée à la mise en place des PGE (dispositif ouvert jusqu’à fin juin 2022). Ainsi, à la fin du mois de juin 2022, 637,4 millions d’euros de PGE ont été accordés à 3 755 entreprises locales. Celles appartenant au secteur du commerce ont été les principales bénéficiaires, tant en nombre qu’en montant. Les entreprises demeurent les premiers emprunteurs sur la place guadeloupéenne, avec 4,5 milliards d’euros d’encours total (figure 3).

Les crédits aux collectivités locales (956 millions d’euros) continuent de diminuer (-3,8 % après -1,4 % en 2021). Le repli du financement des collectivités locales est le reflet de la fragilité de leur situation financière. Dans ce contexte, la sinistralité de la place bancaire reste bien maîtrisée. En 2022, l’encours de créances douteuses brutes locales s’établit à 465,6 millions d’euros (figure 4). Le taux de créances douteuses brutes locales s’élève ainsi à 4,5 % fin décembre 2022 (+0,4 point par rapport à 2021).

Figure 3Évolution des PGE en Guadeloupe hors Îles du nord

(en millions d’euros)
Évolution des PGE en Guadeloupe hors Îles du nord ((en millions d’euros))
Mois Montant Nombre (échelle de droite)
juin 2020 354 1 766
juillet 2020 452 2 218
août 2020 493 2 511
septembre 2020 520 2 684
octobre 2020 537 2 832
novembre 2020 548 2 943
décembre 2020 562 3 082
janvier 2021 568 3 155
février 2021 572 3 218
mars 2021 577 3 288
avril 2021 583 3 357
mai 2021 589 3 405
juin 2021 600 3 499
juillet 2021 606 3 541
août 2021 608 3 571
septembre 2021 610 3 595
octobre 2021 614 3 620
novembre 2021 617 3 646
décembre 2021 620 3 676
janvier 2022 621 3 683
février 2022 622 3 695
mars 2022 624 3 707
avril 2022 626 3 717
mai 2022 628 3 728
juin 2022 637 3 755
  • Source : Ministère de l'Économie, des Finances et de la Souveraineté industrielle et numérique.

Figure 3Évolution des PGE en Guadeloupe hors Îles du nord

  • Source : Ministère de l'Économie, des Finances et de la Souveraineté industrielle et numérique.

Figure 4Évolution des créances douteuses

(en millions d’euros)
Évolution des créances douteuses ((en millions d’euros))
Années Taux de créances douteuses (en %) Créances douteuses brutes (échelle de droite)
2017 5,3 418,7
2018 4,5 374,7
2019 4,4 392,7
2020 4,0 398,3
2021 4,1 426,5
2022 4,5 465,6
  • Sources : IEDOM – SURFI – RUBA.

Figure 4Évolution des créances douteuses

  • Sources : IEDOM – SURFI – RUBA.

Le niveau des actifs financiers reste élevé

En 2022, les actifs financiers atteignent 8,2 milliards d’euros, en hausse de 1,5 % sur un an (après +4,7 % en 2021). Ce ralentissement est lié à l’arbitrage financier opéré par les agents économiques en période d’inflation. L’excès de dépôts à vue des années 2020 et 2021 a pu permettre aux consommateurs d’absorber la hausse des prix ou encore de les réallouer en partie sur des placements plus rémunérateurs (figure 5).

Avec 5 milliards d’euros d’actifs, les ménages restent les premiers déposants auprès des établissements financiers. Cependant, la croissance de leurs dépôts ralentie nettement (+2,1 % en 2022 après +5,3 % en 2021). Le ralentissement de l’encours des dépôts à vue (+3,8 % en 2022 contre +7,0 % en 2021) en est la principale cause.

Les avoirs des entreprises, qui atteignent 2,6 milliards d’euros, baissent légèrement en 2022 (-0,2 % après +1,4 % en 2021). Pour certaines d’entre elles, les PGE ont contribué à la constitution de réserves de trésorerie de précaution, qui leur ont permis de faire face à la hausse des prix des intrants de 2022, en puisant dans leurs dépôts à vue (-2,1 % en 2022 contre +3,9 % en 2021).

Globalement, les dépôts à vue sont en léger retrait pour l’ensemble des agents économiques. Ils reculent de 0,2 % en 2022 après avoir augmenté de 5,9 % en 2021. En revanche, les placements liquides et à court terme, devenus plus rémunérateurs, accélèrent leur croissance (+9,0 % en 2022 après +3,2 % un an plus tôt). La collecte sur les comptes d’épargne à régime spécial se poursuit en particulier sur les livrets ordinaires (+3,1 %), les livrets de développement durable (+4,0 %) et les livrets A (+5,6 %). L’épargne longue est toutefois en recul (-1,6 % en 2022 après +3,4 % en 2021).

Figure 5Évolution des actifs financiers

(en millions d’euros)
Évolution des actifs financiers ((en millions d’euros))
Périodes Taux de croissance en glissement annuel (en %) Encours (échelle de droite)
Décembre 2018 3,5 6 555,9
Décembre 2019 2,6 6 727,2
Décembre 2020 15,5 7 769,9
Décembre 2021 4,7 8 135,7
Décembre 2022 1,5 8 255,0
  • Sources : IEDOM – SURFI – RUBA.

Figure 5Évolution des actifs financiers

  • Sources : IEDOM – SURFI – RUBA.
Publication rédigée par :Cindy Candalen, Damion Gordon (Institut d’émission des départements d’outre-mer)

Définitions

Point de base (pdb) :

un point de base (pdb) équivaut à 0,01 %.

Définitions

Point de base (pdb) :

un point de base (pdb) équivaut à 0,01 %.