Bilan économique 2016 - Grand-Est

En 2016, l’emploi salarié des secteurs principalement marchands du Grand Est progresse pour la première fois depuis 2010 : + 0,7 % après - 0,2 %. La région reste cependant une des moins dynamiques avec la Normandie et la Bourgogne-Franche-Comté (+ 0,3 % et + 0,5 %, pour + 1,2 % en métropole). Concentrée au quatrième trimestre après trois trimestres de stagnation, cette hausse s’appuie sur le secteur tertiaire marchand dans lequel l’emploi augmente de 1,8 % et de 1,3 % hors intérim. Les secteurs de l’industrie et de la construction continuent d’éprouver des difficultés, comme au niveau national.

Insee Conjoncture Grand Est
No 8
Paru le : 23/05/2017
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Agriculture - Une production céréalière en forte baisseBilan économique 2016

Michel Tison, Philippe Wattelier, Direction régionale de l’alimentation, de l'agriculture et de la forêt (Draaf)

Comme au niveau national, la récolte de céréales d’été en 2016 dans le Grand Est s’est avérée très mauvaise, avec des pertes de rendement de plus de vingt quintaux par hectare cultivé et une baisse de qualité des grains liés à des conditions climatiques défavorables. Dans le même temps, la récolte mondiale est abondante et de qualité. Ainsi, les cours français sont comparables aux prix déjà médiocres de la campagne précédente, alors qu’un effondrement des cours était annoncé. Les récoltes d’automne (betteraves, pommes de terre) ont souffert des maladies, mais les dégâts ont été moins importants que prévu. La production laitière du Grand Est est en baisse et les prix moyens du lait moins élevés qu’en 2015. Le marché est morose pour les éleveurs bovins. Les volumes d’abattages et les cotations sont en repli. En revanche, si la production porcine recule, les cours du porc charcutier remontent en 2016. Globalement, la situation des éleveurs reste difficile et de nombreuses trésoreries sont tendues.

Insee Conjoncture Grand Est
No 8
Paru le : 23/05/2017

Au cours du premier semestre 2016, les abondantes disponibilités mondiales de blé pèsent sur les prix. Une parité euro-dollar favorable à la monnaie américaine nuit à la compétitivité des blés français. Les exportations ne suffisent pas à écouler les stocks nationaux. La concurrence des productions russe et ukrainienne se montre très active. À mesure que la fin de la campagne approche, les producteurs stockent à la ferme et envisagent une vente différée sur la prochaine campagne, espérant faire monter les prix. La nouvelle campagne amène une récolte mondiale abondante et de qualité, mais elle s‘annonce très dégradée en France. L’excès de précipitations et le manque de luminosité ont affecté le rendement et la qualité des grains. Dans le Grand Est, les industriels rencontrent des difficultés pour trouver des blés présentant la qualité nécessaire, surtout en meunerie. Malgré les importantes disponibilités mondiales, la forte demande internationale et une parité euro-dollar de nouveau favorable à l’euro depuis les élections présidentielles américaines soutiennent les prix. Mais la concurrence des productions en provenance de la mer Noire reste active.

Production céréalière : chute des rendements et qualité variable

Dans la région Grand Est, la sole de blé reste stable par rapport à 2015 mais le rendement s’avère décevant. Il s’établit à 49,4 quintaux par hectare (q/ha), soit 35 quintaux de moins qu’en 2015 et 27 en dessous de la moyenne des cinq dernières années. La production régionale de blé se chiffre à 3,5 millions de tonnes, contre plus de 6 millions l’année précédente, soit une baisse de 41 %. Le prix annuel moyen du blé baisse pour la quatrième année consécutive. Inférieur de 7,8 % à celui de 2015, il a reculé de 27 % depuis 2013.

La production régionale d’orge d’hiver s’élève à 1,4 million de tonnes, soit 25 % de moins que l’année précédente et 0,6 % de plus que la moyenne quinquennale. La baisse des rendements semble affecter plus significativement la récolte régionale que la hausse des surfaces cultivées. Avec près de 970 000 tonnes, la production d’orge de printemps est réduite de près d’un tiers par rapport à 2015. Les rendements atteignent respectivement 56 et 51 q/ha, inférieurs de 22 et 18 quintaux à ceux de 2015. En moyenne annuelle, le prix de l’orge d’hiver recule de 5,2 % par rapport à l’année précédente et celui de l’orge de printemps de 0,8 %.

La récolte française de maïs s’avère décevante pour la deuxième année consécutive. Avec 1,6 million de tonnes en 2016, la production régionale régresse de 2 % par rapport à 2015. Elle est inférieure de 24 % à la moyenne quinquennale. Cette évolution peut en partie s’expliquer par une diminution des surfaces de 8 %, atténuée par une hausse du rendement régional de 6 quintaux. On observe une grande dispersion des rendements selon les départements. Exceptés dans le Bas-Rhin, le Haut-Rhin et les Ardennes, les rendements sont modestes, voire médiocres. En moyenne annuelle, le prix du maïs Free on Board Rhin (FOB : acheté hors frais de transport, taxes et assurances) progresse de 9,2 %.

Un contexte similaire pour le colza, mitigé pour les cultures industrielles

En 2016, la production régionale de colza s’élève à 950 000 tonnes, soit 21,5 % de moins qu’en 2015 et 15,3 % de moins que la moyenne quinquennale. Cette évolution est due à la baisse des rendements, les surfaces restant stables. En début d’année, le ralentissement de la demande chinoise et la chute des cours du pétrole plombent les prix du colza. Une parité euro-dollar défavorable handicape les exportations européennes. Les prix commencent à remonter en mars, suite aux inquiétudes qu’El Niño suscite sur la production d’huile de palme et poussés par la demande chinoise qui redémarre. La nouvelle campagne débute avec une récolte française en baisse de 13 % par rapport à la moyenne quinquennale. Pendant le deuxième semestre, la parité euro-dollar est de nouveau favorable à l’euro. La forte demande mondiale, l’évolution à la hausse des cours du pétrole et la fermeté du marché des oléagineux et des huiles font monter les prix jusqu’à la fin de l’année. En moyenne annuelle, le prix du colza augmente de 2,2 % par rapport à celui de 2015 mais recule de 10 % depuis 2013.

Malgré les conditions climatiques défavorables, la production régionale de betteraves industrielles augmente de 24 % en 2016. La pression des maladies a pu être contenue. Les surfaces augmentent de 7 %. Le rendement régional moyen se situe à 93 tonnes par hectare cultivé, soit 12 de plus que celui de 2015 et une tonne de plus que la moyenne quinquennale. La production de pommes de terre de consommation baisse de 4,4 %, la hausse de 6 % des surfaces ne compensant pas la baisse de rendement de 10 %. La cotation des variétés à chair normale grimpe de 31,5 % avec l’arrivée de la nouvelle campagne. La production de pommes de terre de fécule augmente de 4,1 % par rapport à 2015, évolution liée à celle des surfaces.

Figure 1 – Productions végétales dans le Grand Est

Productions végétales dans le Grand Est
Production (en milliers de tonnes) Variation de la production (en %)
2016 2015 2016/2015 Evolution 2016/2011-2015
Céréales 7 657 11 115 -31,1 -25,7
dont Blé 3 542 6 021 -41,2 -30,1
dont Orge d'hiver 1 394 1 863 -25,2 0,6
dont Orge de printemps 968 1 404 -31,1 -44,0
dont Maïs grain 1 628 1 662 -2,0 -23,9
Oléagineux 1 003 1 273 -21,2 -15,9
dont Colza 947 1 207 -21,5 -15,3
dont Tournesol 34 38 -9,7 -43,4
Protéagineux 110 169 -35,0 -18,2
dont Pois protéagineux 94 152 -37,8 -15,0
dont Féverole 12 17 -29,3 -46,8
Betteraves 9 126 7 361 24,0 0,1
Pommes de terre 791 808 -2,0 -26,5
dont féculières 226 218 4,1 -27,2
dont consommation 547 572 -4,4 -26,7
Chanvre - fibres 39 31 25,1 15,6
Luzerne 555 559 -0,8 -9,0
Tabac (tonnes) 1 819 2 604 -30,1 -34,7
Houblon (tonnes) 600 517 16,1 -7,3
  • Source : Draaf, Agreste - Statistique agricole annuelle 2011 à 2016.

Figure 2 – Cours des céréales et des oléagineux

Moyennes mensuelles €/tonne (en € courants)
Cours des céréales et des oléagineux
Blé tendre Orge de printemps Colza Maïs
Jan 2011 248,00 242,25 509,38 232,75
Fév 2011 255,00 225,12 485,12 217,50
Mar 2011 217,20 197,00 470,20 215,25
Avr 2011 231,38 209,25 471,50 216,00
Mai 2011 228,50 245,33 475,00 223,00
Jui 2011 210,60 281,20 462,00 221,80
Jui 2011 189,40 257,80 445,30 225,00
Aoû 2011 193,30 257,00 434,90 221,25
Sep 2011 193,88 252,50 445,75 196,75
Oct 2011 181,00 240,00 440,88 178,88
Nov 2011 172,80 247,90 436,00 176,10
Déc 2011 171,00 252,50 433,00 174,50
Jan 2012 188,50 255,50 457,50 188,87
Fév 2012 194,88 257,63 463,50 194,75
Mar 2012 193,80 239,00 476,20 195,60
Avr 2012 201,63 230,63 501,50 206,75
Mai 2012 203,00 211,75 479,80 207,00
Jui 2012 201,60 206,50 477,60 202,60
Jui 2012 239,63 242,00 502,13 213,50
Aoû 2012 252,40 243,50 506,40 249,00
Sep 2012 254,63 240,50 508,50 247,50
Oct 2012 249,63 233,63 476,25 235,00
Nov 2012 258,60 240,30 476,20 244,50
Déc 2012 248,50 241,50 466,00 239,13
Jan 2013 237,90 231,80 473,00 226,90
Fév 2013 227,00 214,50 475,00 210,13
Mar 2013 228,50 214,50 479,75 210,50
Avr 2013 234,38 213,38 479,38 211,50
Mai 2013 232,50 206,00 465,00 206,00
Jui 2013 212,50 211,25 457,50 210,75
Jui 2013 180,70 207,60 386,90 195,62
Aoû 2013 169,75 187,00 369,50 178,50
Sep 2013 172,38 187,00 377,25 169,25
Oct 2013 178,63 183,38 372,25 161,13
Nov 2013 185,25 186,75 377,25 164,38
Déc 2013 189,50 181,50 375,25 170,75
Jan 2014 181,60 181,80 363,95 164,75
Fév 2014 177,25 180,60 390,25 166,25
Mar 2014 188,88 189,80 414,80 172,50
Avr 2014 187,75 196,38 415,63 171,63
Mai 2014 174,56 190,30 377,60 166,00
Jui 2014 170,25 197,80 352,80 163,00
Jui 2014 167,70 189,30 322,40 163,10
Aoû 2014 162,25 182,50 322,25 145,50
Sep 2014 142,25 178,00 315,60 128,75
Oct 2014 139,20 183,00 322,60 135,10
Nov 2014 153,63 196,90 333,38 139,88
Déc 2014 164,00 204,83 344,67 145,83
Jan 2015 167,50 202,00 357,00 145,67
Fév 2015 162,00 183,25 353,75 138,75
Mar 2015 160,20 176,80 369,40 141,70
Avr 2015 157,00 176,50 374,25 146,75
Mai 2015 149,00 173,50 373,33 142,17
Jui 2015 147,25 194,00 374,00 141,38
Jui 2015 176,10 206,90 386,80 163,70
Aoû 2015 167,75 192,38 376,63 168,00
Sep 2015 154,00 185,63 365,60 153,50
Oct 2015 164,30 188,80 377,80 158,20
Nov 2015 166,00 183,00 380,25 163,88
Déc 2015 160,25 158,00 379,50 169,38
Jan 2016 167,50 175,38 365,00 160,88
Fév 2016 162,00 165,75 356,13 152,75
Mar 2016 160,20 160,60 354,30 150,00
Avr 2016 157,00 161,13 369,63 156,38
Mai 2016 148,88 160,88 366,50 161,63
Jui 2016 160,90 186,80 365,50 171,80
Jui 2016 178,38 200,50 359,13 160,38
Aou 2016 165,00 204,60 373,00 167,00
Sep 2016 153,50 193,13 377,00 160,38
Oct 2016 164,38 194,38 388,75 159,75
Nov 2016 164,88 199,88 397,88 165,88
Déc 2016 161,00 198,25 417,50 167,50
  • Source : La Dépêche.

Figure 2 – Cours des céréales et des oléagineux

Production laitière : la crise se renforce pour les éleveurs laitiers

Après une fin des quotas laitiers qui avait déjà engendré une augmentation de la production sans hausse de la consommation interne, les producteurs de la région Grand Est ont livré 22,2 millions d’hectolitres de lait en 2016, soit 4,8 % de moins que l’an dernier, contre - 2,8 % au niveau national. Cela représente 9,3 % de la production nationale laitière. Alors que, jusqu’en septembre, les volumes de collecte suivaient les tendances des trois années précédentes, les livraisons sur les derniers mois de l’année ont été inférieures aux mêmes périodes de 2013 à 2015. Cette baisse peut s’expliquer de différentes façons. Tout d’abord, les conditions météorologiques ont conduit à un manque de fourrage et, bien souvent, de qualité moyenne. De plus, des engagements ont été pris pour réduire la production laitière. Le nombre de producteurs conventionnels a diminué de 4 %. En parallèle, le prix moyen du lait conventionnel en 2016 continue de baisser et s’établit à 300 € les mille litres, contre 320 € en 2014 et surtout 378 € en 2013. Dans le même temps, celui du lait biologique progresse de 1,8 %, à 441 € pour 1 000 litres. Depuis deux ans, les éleveurs laitiers conventionnels n’arrivent plus à compenser leur coût de production.

Production animale et exportation globalement en baisse

Le nombre de gros bovins abattus en 2016 diminue de 2,3 %, malgré une hausse des vaches de réforme de 3,5 %, lié à la morosité du marché et également à la crise laitière : la part des vaches abattues en 2016 sur l’ensemble des vaches laitières a augmenté de quatre points. La baisse du volume d’abattages est également importante pour la viande porcine, de l’ordre de 6,8 % en unités et de 6 % en tonnage. En revanche, les quantités de viande ovine traitées dans la région augmentent de 9,1 % en unités.

Concernant les cours de la viande bovine, ceux-ci sont en retrait de 14 centimes le kilo de carcasse pour la vache de réforme allaitante, de 27 pour la vache laitière réformée, de 11 pour le jeune bovin et de 17 pour la génisse. Selon les catégories, cela représente une baisse allant de 8 % à 3 %. Alors que le prix payé aux producteurs de viande ovine reste stable sur l’année, celui du porc progresse de 7 centimes le kilo. Concernant les exportations, elles sont en baisse de 6,2 % par rapport à 2015 dans la région pour la viande bovine.

L’année 2016 a aussi été marquée par plusieurs cas de fièvre catarrhale ovine, dont un en Haute-Marne, suffisant pour entraîner le classement en zone réglementée de la quasi-totalité de la région Grand Est, exceptée une partie desArdennes n’y rentrant qu’en fin d’année. Cela a pu affecter l’exportation de jeunes bovins, qui a diminué en volume de 9 %, mais surtout de plus de 20 % dans les départements de la Meurthe-et-Moselle, de la Meuse et du Bas-Rhin. À l’inverse, le département des Ardennes a vu ses exportations augmenter de 11 %. Dans le même temps, pour la viande porcine, 2016 restera une année exceptionnelle, avec un doublement des livraisons françaises vers la Chine.

Figure 3 – Productions animales dans le Grand Est

Productions animales dans le Grand Est
Production (en tonnes) Variation de la production (en %)
2016 2015 2016/2015 Evolution 2016 / 2015-2011
Gros bovins 85 548 87 980 -2,8 -12,8
dont Vaches 30 187 29 394 2,7 -6,1
dont Génisses 9 597 10 043 -4,4 -7,4
dont Taurillons 36 963 38 909 -5,0 -14,5
dont Bœufs 7 371 7 948 -7,3 -28,5
Veaux de boucherie 1 378 1 540 -10,5 -22,2
Ovins 1 641 1 519 8,0 1,8
dont Agneaux 1 580 1 471 7,4 1,0
Porcins 19 713 20 949 -5,9 -6,3
dont Porcs charcutiers 19 376 20 595 -5,9 -4,5
Lait - Unité : milliers d'hl 22 242 23 369 -4,8 -2,0
  • Sources : Enquête Abattages et FranceAgrimer : Enquête mensuelle laitière.

Figure 4 – Prix dans la filière porcine

Base 100 en 2010
Prix dans la filière porcine
Année IPAMPA* - Aliments pour porcins IPPAP** - Porcins - Données brutes
2005 85,4 104,0
2006 87,3 108,9
2007 105,8 98,5
2008 122,9 109,5
2009 100,0 101,1
2010 100,0 100,0
2011 126,2 113,0
2012 133,8 124,2
2013 139,6 126,3
2014 123,5 115,6
2015 118,0 107,3
2016 111,8 110,5
  • * : Indice annuel brut des prix d'achat des moyens de production agricole
  • ** : Indice annuel des prix agricoles à la production
  • Source : Insee.

Figure 4 – Prix dans la filière porcine

Figure 5 – Prix dans la filière bovine

Base 100 en 2010
Prix dans la filière bovine
Année IPAMPA* - Aliments pour gros bovins IPPAP** - Gros bovins - Données brutes
2005 84,3 101,0
2006 84,8 105,5
2007 94,9 100,5
2008 112,3 102,3
2009 101,8 98,7
2010 100,0 100,0
2011 115,5 107,2
2012 125,4 122,3
2013 134,3 128,9
2014 125,7 121,6
2015 122,3 120,4
2016 116,8 114,4
  • * : Indice annuel brut des prix d'achat des moyens de production agricole
  • ** : Indice annuel des prix agricoles à la production
  • Source : Insee.

Figure 5 – Prix dans la filière bovine