Bilan économique 2015 - Martinique

Les voyants de l'économie martiniquaise virent peu à peu au vert pour l'année 2015. Le chômage baisse et l'emploi salarié progresse, en particulier dans l'industrie. La situation financière des ménages s'améliore ; l'encours sain de crédit augmente de 6,7 % en raison des taux d'intérêt en baisse. Les consommateurs ont par ailleurs profité d'une inflation quasi nulle et d'une baisse de 8,4 % du prix des carburants. Cependant, la baisse du prix du pétrole a entrainé une chute de 14 % des exportations martiniquaises.

Insee Conjoncture Martinique
Paru le : 15/06/2016

Synthèse régionale, Contexte national et international - L’activité économique en Martinique reprend des couleurs en 2015

Christophe Basso, Jean-Baptiste Berry, Insee

Les voyants de l'économie martiniquaise virent peu à peu au vert pour l'année 2015. Le chômage baisse et l’emploi salarié progresse, en particulier dans l’industrie. La situation financière des ménages s’améliore ; l’encours sain de crédit augmente de 6,7 % en raison des taux d’intérêt en baisse. Les consommateurs ont par ailleurs profité d’une inflation quasi nulle et d’une baisse de 8,4 % du prix des carburants. Cependant, la baisse du prix du pétrole a entrainé une chute de 14 % des exportations martiniquaises.

Insee Conjoncture Martinique
No 02
Paru le : 15/06/2016

Synthèse régionale - L’activité économique en Martinique reprend des couleurs en 2015

Embellie du marché du travail

En Martinique, le taux de chômage continue de baisser (0,5 %) en 2015 pour s'établir à 18,9 %, soit 3 points de moins que la Guyane et près de 5 de moins que la Guadeloupe. Les hommes jeunes et les moins qualifiés sont toujours les plus touchés.

Tiré par le secteur de l'agroalimentaire, l'emploi salarié marchand progresse de 1,5 %. C'est en fait toute l'industrie qui bénéficie de cette embellie, les nouveaux emplois se concentrant dans les petites entreprises industrielles. Avec une progression de 7,4 % le nombre de salariés de l'hôtellerie restauration augmente également en 2015.

En parallèle, les effectifs salariés de la construction sont stables. Cependant, les créations d'entreprises du secteur sont en forte hausse (9 %). Elles concernent principalement des unités sans salarié. Cela peut présager une reprise de l'activité dans le secteur. Dans les faits, cela se traduit par 3 500 autorisations de projets de construction (+ 3,8 %). La progression est principalement due aux projets de maisons individuelles (+ 12 %).

Hausse de la consommation des ménages

Cette situation est confirmée par l'amélioration de la situation financière des ménages en 2015. Pour eux, l'encours sain de crédit progresse de 6,7 %. Le contexte économique favorable lié à la baisse des taux d'intérêt a pu inciter les ménages à investir et à consommer. En 2014, la consommation des ménages a progressé alors que la population a diminué. Elle reste ainsi l'un des piliers de la croissance. La consommation est également encouragée par une inflation quasi nulle en 2015. Si les produits frais ont augmenté de 3,7 % sur l'année, les carburants ont fortement baissé de - 8,4 % sous l'impulsion de la baisse du prix du pétrole.

Léger recul des échanges commerciaux

Autre incidence de la baisse du prix du pétrole, le solde commerce extérieur s'est quelque peu détérioré avec une chute en valeur des exportations de l'ordre de 14 %, les importations ne reculant que de 2 %. En revanche, celles adressées à l'industrie automobile ont crû de 25 %. D'ailleurs, les ventes de voitures neuves ont progressé de 14 % en 2015.

Plus généralement, le fret maritime est resté encore à un niveau très élevé, même s'il a reculé un peu par rapport à l'année précédente. Cela dit, l'année 2014 avait été particulièrement exceptionnelle. Le fret aérien est lui en hausse, principalement à l'export.

Enfin, le transport de passagers explose pour ce qui est des croisiéristes (+ 35,9 %) pour s'établir à 241 000 personnes. Le transport aérien s'est lui rétracté pour les liaisons avec la France hexagonale, mais la diminution est largement compensée par le trafic international, sous l'effet de l'ouverture de nouvelles lignes en provenance de l'Amérique du Nord.

Contexte national et international - Consolidation de la croissance nationale dans un contexte mondial atone

En 2015, l’activité économique mondiale reste atone tandis que celle de la zone euro reprend du souffle. L’activité économique française augmente de 1,3 %. Dans les pays dits « émergents » et les pays « en développement », qui représentent toutefois plus de 70 % de la croissance mondiale, la croissance a ralenti pour la cinquième année consécutive, tandis qu’une reprise modeste s’est poursuivie dans les pays aux économies dites « avancées ». Trois transitions importantes continuent d’influer sur l’activité mondiale et ses perspectives. La première concerne le ralentissement progressif de l’activité économique en Chine et la réorientation progressive de l’investissement et de l’industrie manufacturière vers la consommation et les services. La seconde porte sur la forte baisse des prix de l’énergie et d’autres produits de base. La troisième est relative au décalage des politiques monétaires entre d’une part un durcissement progressif de la politique monétaire des États-Unis dans le contexte d’une faible reprise, et d’autre part l’assouplissement de celles de plusieurs autres grands pays avancés.

Une activité mondiale modérée en 2015

A l’échelle mondiale, l’activité économique a progressé de + 3,1%, soit la plus faible progression depuis la récession de 2009. L’activité manufacturière et le commerce restent faibles en 2015 en raison d’une demande et d’un investissement modérés, notamment une baisse de l’investissement dans les industries extractives. En outre, la baisse spectaculaire des importations dans plusieurs pays dits émergents et pays en développement qui connaissent des difficultés économiques pèse sur le commerce mondial : ce dernier a fortement reculé au premier semestre 2015 avant de rebondir au second semestre à la faveur du rétablissement des échanges en Asie. Sur l’ensemble de l’année, les échanges mondiaux ont progressé de 2,5 %, après + 3,2 % en 2014 et + 2,4 % en 2013.

Les prix du pétrole ont diminué sensiblement en 2015, en raison d’anticipation sur des hausses soutenues de la production des pays membres de l’Organisation des pays exportateurs de pétrole, tandis que la production pétrolière mondiale continue de dépasser la consommation. Les prix des autres produits de base, en particulier des métaux, ont aussi reculé. La baisse des prix du pétrole met à rude épreuve la situation budgétaire des pays exportateurs de carburants et pèse sur leurs perspectives de croissance. Dans les pays importateurs, surtout dans les pays dits avancés, où les baisses des prix sont répercutées intégralement sur les usagers, cette baisse soutient la demande des ménages et réduit les coûts de l’énergie pour les entreprises.

L’assouplissement monétaire dans la zone euro et au Japon se poursuit en 2015, tandis qu’en toute fin d’année, la Réserve fédérale américaine s’est affranchie de la borne du zéro en relevant le taux des fonds fédéraux. Globalement, les conditions financières dans les pays avancés restent très accommodantes. Les perspectives d’un relèvement progressif des taux directeurs aux États-Unis, ainsi que des accès de volatilité financière sur fond des craintes relatives aux perspectives de croissance dans les pays émergents, ont contribué à une baisse des flux de capitaux et à de nouvelles dépréciations monétaires dans beaucoup de pays dits émergents.

Regain en zone euro

L’activité économique est restée maussade dans les pays dits émergents, notamment en Chine où l’activité a encore ralenti, et dans les pays producteurs de pétrole qui ont pâti de la faiblesse de son cours. L’activité des économies dites avancées s’est consolidée après 2014, même si leurs exportations vers les pays dits émergents ont fléchi. La croissance des pays anglo-saxons s’est affaissée du fait de leur investissement productif ; en moyenne sur l’année 2015, l’activité des États-Unis a autant progressé qu’en 2014 (+ 2,4 %), la consommation des ménages contribuant pour l’essentiel. L’économie japonaise a rechuté.

Au sein de la zone euro, dans ce contexte de faiblesse des coûts de l’énergie pour les entreprises et d’assouplissement monétaire, le PIB a crû de 1,6 % en 2015 après 0,9 % en 2014 et deux années de récession économiques en 2012 et 2013. La croissance s’est maintenue en Allemagne et en France et est restée vive en Espagne.

Consolidation de la croissance nationale

La croissance de l’activité économique pour l'année 2015 s’élève à + 1,3 %, après + 0,6 % en 2014. La dépense de consommation des ménages accélère nettement (+ 1,5 % après + 0,7 % en 2014) et l'investissement se redresse (+ 1,0 % après - 0,3 %). La contribution du commerce extérieur reste négative (- 0,3 point). À l'inverse, celle des variations de stocks demeure légèrement positive (+ 0,1 point). La consommation des ménages est soutenue par un pouvoir d’achat de nouveau en hausse, car les revenus d’activité sont restés dynamiques en 2015, tandis que l’inflation a été quasi nulle du fait de sa composante énergétique.

Le dynamisme du pouvoir d’achat et ses conséquences

En 2015, le pouvoir d’achat des ménages a de nouveau accéléré : il augmente de 1,6 % en moyenne annuelle (après + 0,7 % en 2014 et - 0,4 % en 2013), ce qui constitue sa plus forte hausse depuis 2007. En effet, les revenus de la propriété ont rebondi, stimulés par les renégociations de crédit immobilier, tandis que les revenus d’activité sont restés dynamiques.

La consommation des ménages français a accéléré en moyenne sur l’année (+ 1,5 %) dans le sillage de leur pouvoir d’achat, mais a trébuché au dernier trimestre (- 0,2 %). Avec la douceur des températures hexagonales, les dépenses de chauffage et d’habillement ont globalement baissé.

Le regain de pouvoir d’achat des ménages a également alimenté leur épargne : en moyenne en 2015, le taux d’épargne se serait établi à 14,5 %, stable par rapport à 2014.

Sursaut du taux de marge des entreprises françaises en 2015

Fin 2015, le taux de marge des sociétés non financières dépasse les 31 %, en augmentation de 1,8 point sur un an, ce qui serait sa plus forte hausse depuis 1986. Cette forte hausse du taux de marge des sociétés non financières a été portée par la baisse du prix du pétrole, la montée en charge du crédit d'impôt pour la compétitivité et l'emploi, et la réduction des cotisations sociales patronales dans le cadre du pacte de responsabilité et de solidarité. Le taux de marge des sociétés non financières s’est ainsi nettement rapproché de son niveau moyen d’avant-crise (32,7 % entre 1988 et 2007).

Depuis début 2015, l’investissement des entreprises augmente significativement, soutenu par de meilleures perspectives de demande, la plus grande capacité à autofinancer leurs projets qu’apporte un taux de marge accru, la baisse des coûts d’emprunt, et l’incitation fiscale du suramortissement de 40 %.

L’activité se contracte en Amérique latine

En 2015, avec une contraction de - 0,1%, le rythme de l’activité économique dans la zone Amérique Latine et Caraïbes est le plus faible enregistré depuis les crises majeures des années 1983 et 2009. Cependant, les grands pays d’Amérique du Sud continuent de recevoir d’importants volumes d’investissements et leur marché de la dette privée est soutenu par le contexte général de taux historiquement bas. La baisse des prix des matières premières a constitué un important soutien aux pays consommateurs de la région.

L’activité globale marque le pas en raison du fort ralentissement des investissements étrangers liés aux mauvaises perspectives, en particulier au Brésil et au Venezuela sensibles à la chute du prix des matières premières. Dans ce contexte, les monnaies au change flottant se sont vues fortement dépréciées. Les conditions de financement se dégradent, la hausse des primes de risque, en particulier pour les dettes souveraines alourdissent les charges de la dette. Au Brésil, la récession se prolonge dans un contexte de tensions politiques et de détérioration des finances publiques. Malgré le redressement du commerce extérieur, la production industrielle diminue et la demande intérieure reste dégradée.

Figure 1 – Consolidation de la croissance nationale en 2015

Le Produit intérieur brut et l'évolution de ses composantes (Variations n/n-1 en volumes chaînés, en %)
Consolidation de la croissance nationale en 2015
2013 2014 2015
Produit intérieur brut 0,6 0,6 1,3
Importations 2,1 4,7 6,6
Dép. conso. ménages 0,5 0,7 1,5
Dép. conso. APU* 1,5 1,2 1,4
FBCF totale -0,8 -0,3 1,0
dont ENF* 0,2 1,6 2,8
dont ménages -0,5 -3,5 -0,8
dont APU* -0,7 -5,7 -3,8
Exportations 1,9 3,3 6,1
Contribution des variations de stocks 0,2 0,5 0,1
  • *APU : administrations publiques - ENF : entreprises non financières
  • Source : Insee - Comptes nationaux, base 2010

Figure 2 – Les prix du pétrole plongent en 2015

Unité : $ / baril
Les prix du pétrole plongent en 2015
Évolution
janv-10 273,2
févr-10 265,1
mars-10 281
avr-10 298,3
mai-10 268,5
juin-10 264,8
juil-10 264,6
août-10 269,1
sept-10 269,8
oct-10 289,6
nov-10 299,6
déc-10 319,3
janv-11 328,5
févr-11 346,2
mars-11 384,8
avr-11 412,1
mai-11 383,4
juin-11 374,9
juil-11 382,3
août-11 356,1
sept-11 357,2
oct-11 354,1
nov-11 373,3
déc-11 366,4
janv-12 378,8
févr-12 399,4
mars-12 417,4
avr-12 403,1
mai-12 369,1
juin-12 321,5
juil-12 342,8
août-12 373,1
sept-12 376,7
oct-12 366,4
nov-12 358,5
déc-12 358,5
janv-13 372,2
févr-13 381,5
mars-13 363,6
avr-13 350,3
mai-13 352
juin-13 353,4
juil-13 372,8
août-13 382,9
sept-13 385,5
oct-13 373,7
nov-13 363,5
déc-13 373,8
janv-14 362,3
févr-14 371,4
mars-14 368,7
avr-14 371,9
mai-14 374,7
juin-14 384
juil-14 372,8
août-14 354,5
sept-14 339,8
oct-14 305,2
nov-14 272,7
déc-14 214,6
janv-15 168,1
févr-15 194,6
mars-15 187,2
avr-15 203,5
mai-15 221,5
juin-15 217,2
juil-15 192,9
août-15 162
sept-15 164
oct-15 166,4
nov-15 152,8
déc-15 129,5
janv-16 106
févr-16 110
mars-16 132,3
  • Source : Conférence des Nations Unies sur le commerce et le développement (unctadstat.unctad.org)

Figure 2 – Les prix du pétrole plongent en 2015Évolution du prix moyen du baril de Brent, pétrole brut léger (Royaume Uni), moyen (Dubai) et lourd (/Texas) (calcul à pondération égale) Base 10 en 2000

Figure 3 – Croissance mondiale atone

Croissance du PIB en 2012, 2013, 2014 et 2015, projections pour 2016 (en %)
Croissance mondiale atone
2012 2013 2014 2015 2016
Monde 3,5 3,3 3,4 3,1 3,2
Economies dites avancées 1,2 1,2 1,8 1,9 1,9
Etats Unis 2,2 1,5 2,4 2,4 2,4
Zone Euro, dont : -0,9 -0,3 0,9 1,6 1,5
France* 0,2 0,6 0,6 1,3 1,1
Allemagne 0,6 0,4 1,6 1,5 1,5
Japon 1,8 1,6 -0,1 1,0 1,2
Pays dits émergents ou en développement 5,3 4,9 4,6 4,0 4,1
Chine 7,7 7,7 7,3 6,9 6,5
Inde 5,6 6,6 7,2 7,3 7,5
Amérique Latine - Caraïbes 3,2 3,0 1,3 -0,1 -0,5
Brésil 1,9 3,0 0,1 -3,8 -3,8
Venezuela 5,6 1,3 -3,9 -5,7 -8,0
Suriname 3,1 2,8 1,8 0,1 -2,0
Caraïbes1 1,7 3,4 5,1 5,1 4,4
Haïti 2,9 4,2 2,8 1,0 2,3
République Dominicaine 7,1 8,5 9,2 7,7 4,9
Antigua et Barbuda 3,6 1,5 4,2 2,2 2,0
Dominique -1,3 0,6 3,9 -4,3 4,9
Sainte-Lucie -1,1 0,1 0,5 1,6 1,4
Barbade 0,3 0,0 0,2 0,5 2,1
Trinidad et Tobago 1,3 2,3 -1,0 -1,8 -1,1
  • 1 Antigua et Barbuda, The Bahamas, Barbados, Dominica, the Dominican Republic, Grenada, Haiti, Jamaica, St. Kitts and Nevis, St. Lucia, St. Vincent and the Grenadines and Trinidad et Tobago.
  • Sources : FMI, World Economic Outlook, avril 2016 sauf (*) Insee, comptes nationaux, base 2010.

Encadré

Conjoncture et perspectives 2016

Début 2016, le climat des affaires mondial s’est altéré, ce qui suggère une progression des échanges encore poussive. Mais comme le cours du pétrole a baissé à nouveau, l’inflation reste très faible et le pouvoir d’achat des ménages se renforce dans les pays avancés. La croissance resterait modérée aux États -Unis et au Royaume-Uni, au regard du rythme atteint jusque mi-2015, car la demande des entreprises est en nette baisse de régime. Dans la zone euro, l’activité retrouverait un peu de tonus avec l’accélération de la consommation et la reprise de l’investissement, mais le commerce extérieur pèserait sur la croissance. La croissance française gagnerait un peu de tonus au premier semestre 2016 (+ 0,4 % par trimestre). Après une année de reprise en 2015 (+ 1,3 %), l’acquis de croissance pour 2016 serait proche de ce niveau dès la mi-année. Avec la légère accélération de l’activité et le développement des dispositifs visant à enrichir la croissance en emplois, l’emploi marchand continuerait de progresser quasiment sur le même rythme que fin 2015. L’emploi total augmenterait plus vite que la population active et le taux de chômage baisserait de nouveau modérément pour atteindre 10,2 % mi-2016 sur l’ensemble de la France. Divers aléas sont associés à ce scénario. D’abord, le ralentissement des économies émergentes et son impact sur les exportations européennes, notamment allemandes, pourraient être plus amples que prévu, ce qui entraverait un peu plus qu’anticipé la hausse du commerce mondial et celle de l’activité européenne. À l’inverse, alors qu’une légère remontée du taux d’épargne est prévue, les ménages européens et en particulier français pourraient consommer un peu plus rapidement qu’anticipé les gains de pouvoir d’achat.

Pour en savoir plus

Note de conjoncture décembre 2015 et mars 2016, Insee.· Insee Résultats n° 127, mai 2016, Comptes nationaux annuels.

Documentation

Définitions (pdf, 58 Ko)