Les Deux-Sèvres à grands traits

Pascal Prévot, Insee

Les Deux-Sèvres se caractérisent au nord par une physionomie proche de celle de ses voisins des Pays de la Loire maillée par des petits et moyens pôles, alors que le sud est très organisé autour de l’aire urbaine de Niort. Département le plus jeune de la région, il compte 372 600 habitants et sa population croît de 0,3 % par an. Son système productif, qui garde une part importante d'emplois industriels, est diversifié et bénéficie de la présence de sièges de grands groupes d'assurance. Le département profite du taux de chômage le plus bas de l'ALPC et de la répartition la moins inégalitaire des revenus.

Le département des Deux-Sèvres s’étend sur 6 000 km², il doit son nom à deux rivières : la Sèvre nantaise et la Sèvre niortaise. Cette dernière, qui traverse Niort, est la principale artère hydrographique du marais poitevin. Le nord du département est une région bocagère où se pratique principalement l’élevage, riche d’un tissu de petits et moyens pôles dans le prolongement des départements voisins du Maine-et-Loire et de la Vendée ; le sud, orienté vers les plaines céréalières de la Saintonge, est dominé par l'aire urbaine de Niort, qui marque le début d'un couloir sous influence urbaine se prolongeant vers La Rochelle et Rochefort en Charente-Maritime.

La ville de Niort est bien desservie par des voies rapides vers Poitiers et Paris au nord, vers Bordeaux ou La Rochelle au sud, et par l'autoroute A83 vers Nantes. Par ailleurs, la ligne TGV relie Niort à Paris en 2h30. Le nord du département est moins bien irrigué, bien qu'une liaison en 2x2 voies relie Bressuire au nord-ouest vers Cholet puis Nantes.

Figure_1 – Géographie des Deux-Sèvres

  • Source : IGN 2016

Population : un département jeune

Les Deux-Sèvres sont le département le plus jeune de la région : 22,5 % de la population du département a moins de 18 ans. Les 372 600 Deux-Sévriens représentent 6,3 % de la population de la région au 1er janvier 2015, plaçant le département en 8e position sur 12, juste derrière la Haute-Vienne. Entre 2008 et 2015, la population s'est accrue de 0,3 % par an, dont 0,2 % dû au solde migratoire. En effet, comme dans les autres départements de la région, les personnes qui s'y installent sont plus nombreuses que celles qui en partent. Cette contribution du solde migratoire à la croissance de la population est complétée, pour 0,1 % par an, par un nombre de naissances plus important que celui des décès. Cet excédent naturel place le département au 3rang au sein de la région ; ce dynamisme en termes de natalité est notamment dû au fait que les femmes en âge de procréer sont celles qui, dans la région, ont le plus grand nombre d'enfants : 1,94, alors que l'indicateur conjoncturel de fécondité s'élève à 1,82 en moyenne.

Dans les Deux-Sèvres, la part des parents isolés est la plus faible de la région : seules 20 % des familles avec enfants sont monoparentales. Cette proportion atteint 25 % dans l'Aquitaine-Limousin-Poitou-Charentes (ALPC) et elle culmine à 28 % en Creuse.

Sa densité de population de 62 habitants au km2 place le département dans une position intermédiaire au sein de la région à un niveau identique à celle de la Vienne et du Lot-et-Garonne, et légèrement en deçà de celle de la Haute-Vienne (68 habitants/km²). Le nombre de maisons individuelles représente 85 % des 187 000 logements du département, un taux élevé, mais comparable à celui d'autres départements de la région, tels la Creuse ou la Dordogne. La part des logements vacants (8 %) est conforme à la moyenne régionale. En revanche, seuls un peu plus de 4 % des logements sont des résidences secondaires ; c'est le taux le plus faible de la région, légèrement en deçà de celui de la Vienne et très loin de celui de la Creuse (20 %) ou de la Charente-Maritime (22 %).

Figure_2 – Une densité de population relativement homogène

  • Carte lissée de densité de population des Deux-Sèvres en 2012
  • Source : Insee, Recensement de la population 2012

Avec 1 700 emplacements de campings et 2 000 chambres d'hôtels, l'offre d'hébergement touristique est assez modeste. Concernant l'hôtellerie, le tourisme d'affaires profite notamment de l'activité économique de Niort ; dans son aire urbaine, il est largement majoritaire et représente sept nuitées sur dix. Le tourisme vert s'appuie quant à lui sur la douceur du marais poitevin.

Un système productif diversifié

Au 31 décembre 2013, quelque 30 650 établissements sont implantés dans les Deux-Sèvres. Les deux tiers n'ont aucun salarié, c'est un peu moins que dans les autres départements de la région. La part d'établissements avec salariés est supérieure à celle de la province quelle que soit la taille de l'établissement. Les PME de 10 à 50 salariés sont particulièrement surreprésentées.

L'emploi total est estimé à 154 250 au 31 décembre 2013, soit 6,6 % de l'ALPC. Il progresse légèrement depuis 2010 : + 0,2 % par an en moyenne. La part de l'emploi non-salarié est légèrement moins élevée que dans la région (11,4 % contre 13,0 %). Les activités productives demeurent importantes : elles représentent 35 % de l'emploi total du département contre 32 % pour l'ALPC.

Une terre d'élevage

L'agriculture tient encore une place importante au sein du département, y compris en termes d'emploi : elle représente 5,8 % de l'emploi total contre 5,0 % dans l'ALPC. Les territoires agricoles couvrent 88 % du département, soit 450 000 ha. Parmi eux, 240 000 ha sont semés en céréales ou oléo-protéagineux, dont une partie importante est destinée à l'alimentation animale, et 200 000 ha sont recouverts de prairies.

Les Deux-Sèvres demeurent une terre d'élevage plutôt intensif. Avec un nombre orienté à la hausse de 176 000 chèvres, elles possèdent la moitié du troupeau caprin de la région et se positionnent comme le 1er département français pour ce cheptel. L'aviculture est également en progression avec cinq millions de poulets de chair. Le troupeau bovin majoritairement allaitant est en légère baisse ; grâce à la disponibilité de céréales, la plupart des bovins sont engraissés sur place, et pour partie expédiés vers des filières de valorisation en Pays de la Loire.

Département le moins forestier de la région, avec un taux de boisement de seulement 8 %, les Deux-Sèvres offrent en revanche une activité de sciage développée qui emploie plus de 5 000 personnes.

Une industrie encore importante, dominée par l'agro-alimentaire

L'industrie demeure bien présente dans le département, notamment dans sa partie nord-ouest et autour de Niort. Avec 16,5 % des salariés, c'est le second département, derrière la Charente, pour l'importance relative de l'emploi industriel, alors que sa part n'est que de 13 % en moyenne dans la région.

Le secteur de l'agroalimentaire prédomine, il occupe un salarié de l'industrie sur quatre. Il bénéficie de la tradition d'élevage et regroupe des activités d'abattage et de découpe (ovins, bovins et volailles), de plats cuisinés, de production de beurre et de fabrication de fromage de chèvre. Les Deux-Sèvres assurent 55 % de la production nationale de lait de chèvre et 70 % de la production industrielle nationale de fromage de chèvre. Les autres secteurs industriels les plus représentés sont la fabrication d'équipements électriques et électroniques, la métallurgie, la fabrication de produits en caoutchouc et en plastique, avec respectivement 14 %, 13 % et 8 % des salariés de l'industrie.

Figure 3 – Un secteur industriel important

Un secteur industriel important
Emploi salarié au 31/12/2013 Emploi total au 31/12/2013
Deux-Sèvres ALPC Part du département dans la région ALPC (en %)
Effectifs (en milliers) 136 154 2 330 6,6
dont
Agriculture (en %) 1,9 5,8 5,0 7,7
Industrie (en %) 16,5 15,3 12,2 8,3
Construction (en %) 6,2 6,8 7,0 6,4
Tertiaire marchand (en %) 44,5 43,6 42,9 6,7
Tertiaire non marchand (en %) 30,9 28,5 32,9 5,7
  • Emploi selon le secteur d'activité dans les Deux-Sèvres en 2013
  • Données provisoires 2013
  • Source : Insee, Estimations d'emploi localisées

Plus de 1 600 établissements industriels sont implantés dans les Deux-Sèvres dont les principaux sont l'usine de conduits de cheminée Poujoulat, à Granzay-Gript, l'usine d'équipement aéronautique ECE (groupe Zodiac) à Chauray ou encore l'entreprise Gastronome industrie sévrienne dont le principal établissement est localisé à Nueil-les-Aubiers. La fermeture de l'équipementier automobile Heuliez a affecté le nord du département, même si un fort tissu d'entreprises demeure, tel Heuliez bus, fabricant d'autocars. Globalement, l'industrie a perdu plus de 3 000 emplois en dix ans ; cette baisse n'est cependant pas plus marquée que dans le reste de la région.

Les mutuelles, pilier historique du tertiaire marchand

Les Deux-Sèvres sont le premier département de la région pour l'importance relative du tertiaire marchand ; celui-ci emploie 44,5 % des salariés, soit deux points de plus qu'en moyenne dans la région. C'est dans ce secteur que l'on retrouve quelques grandes mutuelles nationales, telles la MAIF ou la MACIF dont le siège est à Niort. Leur présence participe grandement à la vitalité démographique et économique de la zone. Les emplois associés sont plutôt qualifiés, ainsi les Deux-Sèvres sont le second département de la région, derrière la Gironde, pour la part dans l'emploi total des cadres occupant des emplois stratégiques et relevant des fonctions dites métropolitaines.

Figure 4 – Les mutuelles sur le podium

Les mutuelles sur le podium
Raison sociale Tranche d'effectifs salariés Activité Commune
Mutuelle Assurance Instituteur France 2 000 à 2 999 Activités financières et d'assurance Niort
Inter Mutuelles Assistance GIE 1 500 à 1 999 Activités financières et d'assurance Niort
Macif 1 000 à 1 499 Activités financières et d'assurance Niort
GIE Europac 750 à 999 Autres activités spécialisées, scientifiques et techniques Chauray
Poujoulat 750 à 999 Métallurgie et fabrication de produits métalliques à l'exception des machines et équipements Granzay-Gript
SMACL Assurances 500 à 749 Activités financières et d'assurance Niort
Zodiac Aero Electric 500 à 749 Fabrication d'équipements électriques Chauray
Groupama Centre Atlantique 250 à 499 Activités financières et d'assurance Niort
Macif 250 à 499 Activités financières et d'assurance Niort
Heuliez Bus 250 à 499 Fabrication de matériels de transport Mauléon
  • Les 10 principaux établissements employeurs dans les Deux-Sèvres en 2013
  • Source : Insee, Clap 2013

Le tertiaire non marchand, à l'inverse, est plutôt sous-représenté : 31 % des salariés contre près de 36 % dans la région. Au sein de cet emploi public, un tiers seulement dépend de la fonction publique d'État. Avec la Dordogne, c'est le département où cette part est la plus faible, loin derrière la moyenne d'ALPC qui s'établit à 41,3 %. Rassemblant un emploi public sur quatre, la fonction publique hospitalière est légèrement plus présente qu'en moyenne en ALPC et comme dans la plupart des départements, le centre hospitalier est le premier employeur. Au final, la fonction publique territoriale regroupe la part la plus importante de l'emploi public : 41,5 %, soit cinq points de plus que dans l'ALPC.

Très synthétiquement, ces secteurs clés des Deux-Sèvres partitionnent le département en un nord plus tourné vers l'industrie, le commerce et l'agriculture et un sud davantage orienté vers l'administration publique et les services aux entreprises. La crise a impacté plus durement le nord du département, et seule la zone d'emploi de Niort enregistre une progression de l'emploi entre 2008 et 2013.

Le plus faible taux de chômage de la région

Illustration d'un tissu productif assez dynamique, le taux de chômage est le plus faible de l'ALPC. Depuis le début du siècle, il reste à un niveau bien inférieur à la moyenne régionale ; depuis 2008 l'écart se creuse encore grâce à une augmentation moindre qu'ailleurs. Il s'établit en 2014 à 7,7 % de la population active, alors qu'il atteint en moyenne 9,6 % dans la région. On recense 27 000 demandeurs d'emplois de catégories A, B et C fin 2014. Même si elle est moins prégnante que dans les autres départements, la demande d'emploi touche fortement les moins de 25 ans : ils représentent 18,4 % des demandeurs d'emploi. Dans le nord du département, ces derniers, moins diplômés, ont tendance à rejoindre plus précocement le marché du travail.

Figure_5 – Un faible taux de chômage, une pauvreté modérée

  • Position relative des Deux-Sèvres par rapport à l'ALPC
  • Sources : Insee, taux de chômage localisés ; Pôle Emploi ; Dares ; Insee-DGFIP-CNAF-CNAV-CCMSA, Fichier localisé social et fiscal 2012 ; Cnaf, MSA.

Près d'un jeune de moins de 30 ans sur cinq est en situation de pauvreté. Ce taux (19,4%) demeure malgré tout inférieur de trois points à la moyenne régionale. Globalement, la pauvreté est moins présente dans les Deux-Sèvres. En 2012, 12,3 % de la population vit sous le seuil de pauvreté alors que ce taux atteint 13,3 % en ALPC. Le taux de pauvreté est inférieur à la moyenne régionale quelles que soient les tranches d'âge, hormis pour les plus de 75 ans. La forte présence de retraités de l'agriculture (et de veuves d'agriculteurs) bénéficiant de retraites faibles pourrait en partie expliquer ce constat. Au-delà de l'aspect monétaire, d'autres signes de précarité sont notables, comme le taux de retard des élèves en 6ème à Thouars-Loudun ou la proportion de familles monoparentales à Parthenay. Au contraire, la frange nord-ouest attenante à la Vendée présente des caractéristiques socio-familiales plus favorables.

Un département moins inégalitaire

Dans la continuité des départements situés au nord-ouest (Vendée, Maine-et-Loire), les Deux-Sèvres sont le département le moins inégalitaire de la région. Ainsi les 10 % des personnes les plus modestes ont un revenu annuel inférieur à 11 200 € (revenu disponible par unité de consommation) ; c'est un peu plus que la moyenne de l'ALPC (10 800 €). À l'autre bout de l'échelle des revenus, les 10 % les plus aisés gagnent plus 32 200 €, c'est près de 2 500 € de moins que les 10 % les plus favorisés de l'ALPC. Ce département étant plutôt jeune, la part des retraites dans le revenu des ménages est inférieure de trois points au niveau régional. À l'inverse, le revenu provient pour 70 % de salaires et de revenus d'activité, soit trois points de plus qu'au niveau régional.

Figure 6 – Un taux de pauvreté en dessous de la moyenne régionale

Un taux de pauvreté en dessous de la moyenne régionale
Deux-Sèvres ALPC France de province
Part des ménages fiscaux imposés (en %) 58,5 61,0 61,9
Revenu disponible par unité de consommation (en €)
1er décile (D1) (en €) 11 213 10 819 10 593
Niveau de vie médian (en €) 18 819 19 360 19 402
9e décile (D9) (en €) 32 159 34 620 35 071
Rapport interdécile D9/D1 * 2,9 3,2 3,3
Taux de pauvreté (en %) 12,3 13,3 14,1
  • Revenus et pauvreté dans les Deux-Sèvres en 2012
  • * Le rapport entre le niveau de vie au-delà duquel vivent les 10 % de personnes les plus aisées (9e décile) et celui en deçà duquel vivent les 10 % les moins aisés (1er décile) est un indicateur d'inégalités de niveau de vie.
  • Champ : population des ménages fiscaux ordinaires
  • Source : Insee-DGFiP-Cnaf-Cnav-CCMSA, Fichier localisé social et fiscal 2012

Encadré

Les départements de l'ALPC

Dans le contexte de la réforme territoriale qui dessine un nouveau paysage pour les régions françaises, l'Insee Aquitaine-Limousin-Poitou-Charentes publie l’ensemble des "Portraits à grands traits" des douze départements de la région. Population, emploi, système productif, agriculture, revenus... chaque publication dresse un panorama général des départements : La Charente (16), La Charente-Maritime (17), La Corrèze (19), La Creuse (23), La Dordogne (24), La Gironde (33), Les Landes (40), Le Lot-et-Garonne (47), Les Pyrénées-Atlantiques (64), Les Deux-Sèvres (79), La Vienne (86), La Haute-Vienne (87).

Pour en savoir plus

« 5 844 177 habitants en Aquitaine-Limousin-Poitou-Charentes au 1er janvier 2013  », Ferret J.-P., Insee Analyses Aquitaine-Limousin-Poitou-Charentes n° 1, janvier 2016

« L'aire urbaine de Niort, une réelle attractivité à cultiver », Pradines N., Décimal n° 331, octobre 013

Dans la collection Insee Analyses Aquitaine-Limousin-Poitou-Charentes, les "Portraits à grands traits" des départements de la région ALPC : La Charente (16), La Charente-Maritime (17), La Corrèze (19), La Creuse (23), La Dordogne (24), La Gironde (33), Les Landes (40), Le Lot-et-Garonne (47), Les Pyrénées-Atlantiques (64), Les Deux-Sèvres (79), La Vienne (86), La Haute-Vienne (87).