Le bilan économique 2014 en Alsace

En 2014, l'emploi recule encore en Alsace dans les secteurs principalement marchands (- 0,7 %), un peu plus qu'en 2013. Les pertes s'accélèrent dans la construction, à un rythme proche de celui de 2009. Le tertiaire, qui représente presque les deux tiers des emplois, reste à peine stable, sans l'effet d'entrainement de 2013. De même, la progression de l'intérim observée l'année précédente revient de + 10 % à + 2 %. Elle contribue cependant à soutenir l'emploi industriel dont le recul est ralenti de moitié. Le chômage est au plus haut depuis dix ans. Après une année de stabilisation, il atteint 9,3 % de la population active en fin d'année. L'Alsace compte fin décembre 98 000 demandeurs n'ayant pas travaillé au cours du mois.

Insee Conjoncture Alsace
Paru le : 29/05/2015
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En hausse, les échanges extérieurs alsaciens retrouvent leur niveau de 2011

Sylvain Moreau

Dans un contexte peu favorable en zone euro, les échanges extérieurs alsaciens progressent en 2014 et retrouvent leur niveau de 2011. Les importations augmentent à un rythme plus soutenu que les exportations, accentuant le déficit commercial apparent. Les fortes hausses des achats de pétrole, de textile et de médicaments en sont à l’origine.

Insee Conjoncture Alsace
No 5
Paru le : 29/05/2015

L’Alsace dans le peloton de tête des régions pour les échanges commerciaux

L’Alsace est au 5e rang des régions pour les exportations et au 6e pour les importations, classements dominés par l’Île-de-France. Au 5e rang pour le montant total des échanges, elle devance la Haute-Normandie et Provence-Alpes-Côte d’Azur et n’est précédée que par l’Île-de-France, Rhône-Alpes, Midi-Pyrénées et Nord-Pas-de-Calais. L’Alsace est la région la plus ouverte avec 33 000 euros échangés par habitant, montant très largement supérieur à la moyenne des régions (14 000 euros par habitant). L’Alsace est également la première région pour son taux d’ouverture, rapport de la moyenne des échanges sur le PIB. Elle profite de sa contiguité avec l’Allemagne, principal partenaire commercial national, mais également de sa position médiane sur l’axe commercial rhénan, entre la Suisse et les pays portuaires de la mer du Nord. Le commerce extérieur régional s’appuie sur un large éventail de produits. Les établissements alsaciens occupent souvent une place intermédiaire dans une chaine de transformation internationale. Il s’agit parfois du même produit qui est importé puis réexporté, l’établissement alsacien ayant une simple fonction logistique. Par voie de conséquence, exportations et importations ont des niveaux ainsi que des évolutions relativement proches.

Figure_1 – Échanges commerciaux des régions de province en 2014

  • Source : Douanes, données brutes de collecte, CAF-FAB hors matériel militaire.

En 2014, les échanges extérieurs retrouvent le niveau de 2011

Après la crise de 2009 et le rebond des deux années suivantes, les échanges extérieurs connaissent depuis des évolutions de moindre intensité, comme à l’échelon national. En 2014, ils retrouvent un niveau voisin de 2011, tant pour les exportations que pour les importations. Ils sont supérieurs de 9,5 % au montant d’avant-crise, augmentation beaucoup plus marquée qu’au plan national (+ 3,3 %). Par rapport à 2013, les échanges ont progressé de 1,2 milliard d’euros, les importations augmentant à un rythme deux fois plus soutenu que les exportations (2,6 % contre 1,2 %). Ce dynanisme contraste avec la morosité observée à l’échelon national où les achats reculent de 1,7 % et les ventes de 0,2 %. Mécaniquement, le déficit commercial apparent se creuse pour s’établir à 2,2 milliards d’euros. Le taux de couverture, rapport des exportations sur les importations, s’établit à 93 %. Le déséquilibre est cependant moins prononcé qu’au niveau national (86 %) et que dans les régions les plus ouvertes, à l’exception de Rhône-Alpes et Midi-Pyrénées.

Figure_2 – Évolution des échanges extérieurs alsaciens de 2006 à 2014

  • Source : Douanes, données brutes de collecte, CAF-FAB hors matériel militaire.

Les exportations reposent sur un large spectre de produits

D’un montant de 30,0 milliards d’euros, les exportations alsaciennes concernent un large éventail de produits, reflet de sa capacité industrielle. Elle s’appuie sur un vivier fourni d’entreprises de toutes tailles, dont 25 font partie des 500 premiers exportateurs français.

Près de la moitié des exportations est issue de la branche des autres produits industriels qui regroupe des produits aussi divers que les produits chimiques, parfums et cosmétiques (13 % des exportations), la pharmacie (10 %), les produits métallurgiques ou métalliques (6 %), le textile, habillement, cuir et chaussures (5 %) et les produits manufacturés divers (7 %). Le poids de la branche est plus élevé qu’au plan national (47 % contre 40 %), en raison du poids supérieur des produits pharmaceutiques et manufacturiers divers. Ce dernier secteur comprend deux produits dits spécifiques, car occupant une place importante dans les ventes nationales : les instruments et fournitures à usage médical et dentaire (22 % des exportations françaises) et les articles de joaillerie, bijouterie et instruments de musique (14 %). Autre produit spécifique, les métaux précieux et autres métaux non ferreux (18 %).

Les ventes d’équipements mécaniques, matériel électrique, électronique et informatique occupent une place très importante dans les exportations (29 % dans la région contre 19 % en France). La branche alsacienne s’appuie sur de grandes entreprises dont 4 figurent parmi les 200 premières entreprises exportatrices françaises, tous secteurs confondus. La branche comprend deux produits spécifiques : équipements électro-médicaux, électrothérapeutiques et d'irradiation médicale (27 % des ventes de la France) et les instruments et appareils de mesure, d'essai, de navigation et articles d'horlogerie (20 %).

A contrario, la branche des matériels de transport est moins bien représentée qu’en moyenne des régions françaises (13 % contre 22 %). L’aéronautique y occupe une place marginale, les ventes de la branche se concentrant à 90 % sur les produits de la construction automobile et les équipements pour automobiles, qui représentent respectivement 9 % et 8 % des ventes nationales.

Les ventes de produits agro-alimentaires (1 % pour l’agriculture et 8 % pour l’IAA, industrie agro-alimentaire) ont un poids plus faible qu’au niveau national (- 4 points). Ce positionnement global modeste masque des secteurs d’excellence de l’IAA, qui s’appuient sur les points forts de l’agriculture régionale : maïs et viticulture. Cela contribue à ce que les produits du travail des grains et amylacés représentent 15 % des exportations françaises.

Les ventes des produits progressent, hors secteur pharmaceutique et agriculture

Par rapport à 2013, les exportations régionales progressent de 350 millions d’euros (+ 1,2 %) alors qu’elles stagnent au niveau national (- 0,2 %). Toutes les branches sont à la hausse, à l’exception de l’agriculture où les ventes chutent de 25 % (soit - 130 millions d’euros), baisse plus marquée qu’au plan national (- 11 %). L’année a été marquée par l’embargo russe sur les produits agricoles. Il fait suite aux sanctions économiques décidées par l’Union européenne en lien avec son implication dans le conflit ukrainien. S’y ajoute une performance régionale très en deçà des performances nationales, et ce pour la deuxième année consécutive.

En 2014, la plus forte hausse des ventes concerne la branche des matériels de transport, qui se redressent (+ 5 % après 0 % en 2013) dans un contexte national toujours terne (+ 1 %, après - 1 % en 2013). Ces bons résultats reposent principalement sur les produits de la construction automobile (+ 11 %, soit + 220 millions d’euros). Pour la deuxième année consécutive, les exportations d’équipements automobiles sont en baisse (- 4 %, après - 5 %).

L’IAA évolue favorablement (+ 3 %, contre - 1 % au plan national). Cette hausse est portée par les deux principaux secteurs, les boissons (+ 4 %) et les produits alimentaires divers (+ 2 %). Les produits laitiers et glaces connaissent la plus forte hausse (+ 34 %).

Comme au niveau national, les ventes d’équipements mécaniques, électriques, électroniques et informatiques sont en faible croissance (+ 1 %). Les principaux produits connaissent des dynamiques similaires à celles de 2013. On observe des hausses sensibles pour les appareils de précision et l’horlogerie (+ 10 %) et les équipements d’usage général (+ 8 %), contrebalancées par les baisses des ventes des machines diverses d'usage spécifique (- 11 %) et équipements électromédicaux de diagnostic et de traitement (- 8 %).

Les ventes des autres produits industriels sont en hausse modérée (+ 1 %). L’atonie de l’évolution de la branche masque de fortes disparités dans les évolutions des secteurs, beaucoup plus marquées en Alsace qu’au plan national. Ainsi, les produits textiles, habillement, cuir et chaussures connaissent une forte croissance (+ 10 %), tout comme les produits chimiques, parfums et cosmétiques. Les autres hausses concernent le bois, papier et carton (+ 13 %), les produits en caoutchouc et en plastique, produits minéraux divers (+ 11 %), ainsi que les produits métallurgiques et métalliques (+ 4 %). À l’opposé, les ventes du plus gros secteur exportateur, la pharmacie, sont en forte baisse (- 9 %). C’est également le cas pour les produits manufacturés divers (- 12 %).

Figure_3 – Évolution 2013/2014 des exportations par branche

  • Lecture : en 2014, 2 992 millions d'euros de produits pharmaceutiques ont été vendus à l'étranger, en baisse de 9 % par rapport à 2013.
  • Source : Douanes, données brutes de collecte, CAF-FAB hors matériel militaire.

Fortes hausses des achats de pétrole, de textile et de médicaments

Les achats de produits à l’étranger sont en hausse sensible de 800 millions d’euros (+ 2,6 %), à l’opposé de l’évolution nationale (- 1,7 %).

L’explication vient en grande partie de la forte hausse des produits pétroliers raffinés (500 millions d’euros, soit + 32 %). Cette évolution régionale s’écarte sensiblement de la tendance nationale (- 7 %), dans un contexte de baisse du prix de l’énergie conjuguée à une contraction des volumes liée à la faiblesse de l’activité.

La branche des autres produits industiels connaît également une hausse sensible des importations (+ 5 %). Elle est portée par le textile (+ 14 %), la pharmacie (+ 10 %) et la chimie (+ 7 %). Les produits manufacturés divers reculent (- 9 %), avec en particulier les articles de joaillerie et bijouterie, instruments de musique, en fort repli de - 26 %. Les importations de l’IAA sont en hausse plus modérée (+ 2 %). Cette augmentation est due à celle des produits alimentaires divers (+ 9 %).

Les autres branches sont en recul. Le plus important concerne les matériels de transport (- 9 %), où les achats d’automobiles à l’étranger baissent de 14 %. On observe également une baisse pour les équipements mécaniques, matériel électrique, électronique et informatique (- 3 %). Elle touche principalement les machines et équipements d'usage général (- 5 %) ainsi que deux produits d’importation spécifiques ; les achats d’équipements électromédicaux de diagnostic et de traitement (un quart des achats nationaux) chutent de 6 % tandis que ceux des appareils de mesure, d'essai, de navigation et articles d'horlogerie (18 % des achats nationaux) baissent de 2 %.

Figure_4 – Évolution 2013/2014 des importations par branche

  • Lecture : en 2014, 2 100 millions d'euros de produits pétroliers ont été achetés à l'étranger, en croissance de 32 % par rapport à 2013.
  • Source : Douanes, données brutes de collecte, CAF-FAB hors matériel militaire.

Stagnation des exportations en direction de la zone euro

L’Alsace échange 8 produits sur 10 avec l’Europe, proportion supérieure à celle de la France. L’Allemagne est son premier partenaire commercial avec 29 % des exportations et 30 % des importations. Les pays de la zone euro sont bien évidemment des partenaires privilégiés, particulièrement ceux du Sud (Italie, 3e partenaire commercial, et Espagne, 8e) avec lesquels le solde commercial apparent est excédentaire. Le commerce régional est également structuré autour du bassin rhénan (Suisse, 2e, Autriche, 9e, Pays-Bas, 4e, et Belgique, 10e) et de la Mer du Nord (Royaume-Uni, 6e). Le flux commercial dominant suit le cours du Rhin, pontué par de forts déficits avec les pays situés en amont, et des excédents avec ceux en aval. Le palmarès commercial est complété par les deux premières économies mondiales, États-Unis (5e) et Chine (7e), avec lesquelles le déficit commercial est supérieur à 1 milliard d’euros.

Le climat économique de la zone euro pèse sur les exportations qui stagnent entre 2013 et 2014. Les hausses des ventes en direction de l’Allemagne (+ 2 %) et des pays méditérannéens (Italie, + 7 %, Espagne, + 14 %) sont contrebalancées par l’érosion des exportations vers les Pays-Bas (- 11 %) et la Belgique (- 4 %). En Europe, les résultats sont meilleurs hors zone euro, avec une augmentation pour le Royaume-Uni (+ 13 %) et, hors UE, pour la Suisse (+ 4 %). Si les ventes vers la Chine restent très dynamiques (+ 11 %, après + 13 % en 2013), elles fléchissent vers les États-Unis (- 5 %). Parmi les économies émergentes, les ventes en direction du marché brésilien poursuivent leur progression (+ 14 %, après + 8 %).

L’augmentation des achats régionaux à l’étranger (+ 2,6 %) est due à la zone euro (+ 7,7 %). Cette forte hausse concerne quasiment tous les partenaires : Allemagne (+ 5 %), Italie (+ 10 %), Espagne (+ 13 %), Pays-Bas (+ 15 %) et Autriche (+ 50 %). Seule la Belgique connait un net recul (- 18 %). Hors zone euro, la facture est allégée, dans un contexte de baisse de l’euro par rapport au dollar. La baisse des ventes concerne les principaux fournisseurs : - 1 % pour les États-Unis, - 4 % pour la Suisse et la Chine, jusqu’à 21 % pour le Royaume-Uni.

Figure_5 – Soldes commerciaux apparents avec les principaux partenaires commerciaux de l’Alsace en 2014

  • Source : Douanes, données brutes de collecte, CAF-FAB hors matériel militaire.

Définitions

La notion de commerce extérieur à l'échelle d'une région appelle à la prudence. Les données disponibles ne concernent que les échanges avec l'étranger, à partir des statistiques douanières.

Les transferts de marchandises d'une région française à l'autre après importation ou avant exportation ne sont pas forcément pris en compte ; certaines marchandises peuvent donc être comptabilisées dans les importations de la région A alors que leur lieu de destination réel se trouve dans la région B, ou dans les exportations de la région A alors qu'elles ont été produites dans la région B.

Les statistiques douanières ne permettent donc pas de parler de "balance commerciale régionale" qui puisse faire l'objet du même type d'analyse qu'au niveau national. Malgré ces limites, l'analyse des évolutions donne des indications intéressantes sur la situation économique régionale.

La valeur des échanges est prise en compte au passage de la frontière.Cette comptabilisation est dite CAF/FAB : pour les importations coût, assurance et fret compris jusqu'à notre frontière nationale, pour les exportations, franco à bord à notre frontière.

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