Bilan économique du Languedoc-Roussillon

L'économie du Languedoc-Roussillon a tâtonné en 2014. L'emploi salarié marchand s'est stabilisé avec une baisse dans les secteurs présentiels et une hausse dans les secteurs productifs. La progression de l'emploi total n'a pas été suffisante pour endiguer la hausse du chômage qui a surtout touché les personnes de plus de 50 ans. Les conséquences sociales des tensions sur le marché du travail s'amplifient, le nombre de bénéficiaires de minima sociaux progressant encore plus vite que la croissance démographique.

Insee Conjoncture Languedoc-Roussillon
Paru le : 29/05/2015
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Fléchissement de l’emploi salarié marchand, hausse du chômage et baisse de la fréquentation touristique se conjuguent en 2014

Bertrand Ballet, Stéphane Durand (Insee)

L’emploi salarié marchand fléchit légèrement au sein de la nouvelle région Languedoc-Roussillon-Midi-Pyrénées (LRMP) en 2014. Le dynamisme des créations nettes d’emplois dans les activités de services spécialisés ne compense pas les pertes d’emplois salariés dans les secteurs du commerce et de la construction. Le LRMP est une des rares régions où le nombre de salariés industriels progresse, grâce aux secteurs de l’énergie et de l’agroalimentaire. L’atonie de l’emploi dans une région fortement attractive entraine une augmentation du taux de chômage, déjà nettement plus élevé qu’en moyenne nationale. Dans le tourisme, l’année 2014 est marquée par une diminution du nombre de nuitées pour tous les types d’hébergements collectifs marchands en LRMP. La baisse est significative dans les campings et les hôtels, malgré des ailes de saison estivale (mai, juin, septembre) dynamiques pour les premiers et la fréquentation assidue de la clientèle d’affaires pour les seconds.

Insee Conjoncture Languedoc-Roussillon
No 5
Paru le : 29/05/2015

Fin 2014, près de 1 150 000 personnes sont salariées des secteurs marchands non agricoles hors particuliers employeurs de LRMP (figure 1). Elles représentent un peu plus de la moitié des personnes en emploi. Les autres personnes travaillent dans des secteurs principalement non marchands (34 %) ou dans l’agriculture (4 %) ou sont non salariés (9 %). Au cours de la période récente, de fin 2008 à fin 2013, l'emploi total a progressé plus rapidement (+ 0,6 % en moyenne par an) en LRMP que l'emploi salarié marchand (+ 0,1 %). En particulier, l'emploi non salarié s'est fortement développé avec la mise en place du statut d'auto-entrepreneur début 2009.

Figure 1 – Emploi salarié par secteur dans la nouvelle région LRMP

Emploi salarié par secteur dans la nouvelle région LRMP
Secteur d'activité - NAF rév. 2, 2008 2014 T4 (en milliers) Glissement annuel Glissement annuel moyen 2013/2008 (1)
Languedoc-Roussillon-Midi-Pyrénées Languedoc-Roussillon-Midi-Pyrénées France métropolitaine Languedoc-Roussillon-Midi-Pyrénées France métropolitaine
Industrie 215,4 0,1 -1,2 -0,6 -2,0
Industries agro-alimentaires 40,6 1,2 0,1 -0,3 -0,4
Energie, eau, déchets, cokéfaction et raffinage 31,2 1,1 1,0 0,3 0,2
Biens d'équipement 23,1 -0,9 -1,4 -2,3 -2,8
Matériels de transport 41,3 -0,6 -2,7 2,2 -2,0
Autres branches industrielles 79,1 -0,2 -1,7 -1,9 -2,9
Construction 110,2 -3,1 -3,5 -2,6 -1,5
Tertiaire marchand 821,6 0,3 0,1 0,8 0,3
Commerce 244,6 -0,8 -0,5 0,1 -0,2
Transports 94,4 -0,1 -0,5 1,0 -0,3
Hébergement-restauration 78,7 0,3 0,8 1,4 0,9
Information et communication 45,3 1,8 0,8 1,3 0,3
Services financiers 51,4 0,7 0,5 1,3 0,2
Services immobiliers 16,3 0,1 -0,1 -1,4 -0,5
Services aux entreprises 182,0 1,1 0,8 1,4 0,9
Services aux ménages 71,1 0,3 0,8 1,3 0,7
Intérim 37,8 2,1 0,1 -0,3 1,1
Total 1 147,2 -0,1 -0,5 0,1 -0,4
  • Note : données CVS.
  • (1) : glissement annuel qu'aurait connu l'emploi salarié du secteur, si l'évolution avait été la même pour chaque année de la période considérée.
  • Champ : emploi salarié en fin de trimestre hors agriculture, secteurs principalement non marchands et salariés des particuliers employeurs.
  • Source : Insee, estimations d'emploi.

Les services spécialisés, moteur de l’emploi

En 2014, l’emploi salarié marchand fléchit légèrement (- 0,1 %) en LRMP pour la troisième année consécutive, de façon moins marquée qu’en France métropolitaine (- 0,5 %). Ce recul est dû aux nombreuses pertes d’emplois dans la construction (- 3,8 %) et le commerce (- 0,8 %), plus accentuées en Languedoc-Roussillon qu’en Midi-Pyrénées. Les autres grands secteurs de LRMP créent tous des emplois en 2014. Le nombre de salariés progresse dans les services marchands hors intérim (+ 0,6 %) en particulier grâce aux services d’information et de communication (+ 1,8 %) et aux services aux entreprises (+ 1,1 %), activités plus dynamiques en Languedoc-Roussillon qu’en Midi-Pyrénées en 2014. Dans les activités financières et d’assurance (+ 0,7 %), l’emploi progresse au même rythme dans les deux régions. Dans l’hébergement restauration (+ 0,3 %), les créations nettes d’emploi salarié en Midi-Pyrénées font plus que compenser les pertes nettes en

Languedoc-Roussillon. À l’inverse, dans l’intérim (+ 2,1 %), les agences du Languedoc-Roussillon sont les seules bénéficiaires d’un net regain d’emploi en 2014. L’industrie crée quelques emplois en LRMP en 2014 (+ 0,1 %). C’est l’apanage quasi exclusif de la production d’énergie dans les deux régions et de l’industrie agroalimentaire en Midi-Pyrénées.

Si l’emploi salarié marchand non agricole fléchit en 2014 en LRMP, au cours des cinq années précédentes, de 2008 à 2013, il a progressé à un rythme annuel moyen de 0,1 % alors qu’il chutait en moyenne de 0,4 % par an en France métropolitaine. Cette croissance en LRMP a été portée par les services marchands hors intérim (+ 1,2 % par an en moyenne) et freinée par le secteur de la construction (- 2,6 %) dans les deux régions. Le commerce en Languedoc-Roussillon et l’intérim en Midi-Pyrénées ont aussi soutenu l’emploi salarié privé de 2008 à 2013 en LRMP.

Le chômage repart à la hausse

Le taux de chômage s’établit à 12,2 % de la population active de LRMP fin 2014. (figure 2). Région fortement attractive mais déficitaire en emplois « productifs », son taux de chômage est plus élevé que la moyenne métropolitaine (10,0 % fin 2014). Sur les treize départements de la future région, quatre ont des taux de chômage inférieurs à la moyenne régionale : la Lozère, l’Aveyron, le Gers et le Lot. À l’inverse, la part des chômeurs est particulièrement forte parmi les actifs des Pyrénées-Orientales, de l’Hérault, du Gard et de l’Aude. Le taux de chômage est proche de la moyenne régionale en Ariège, dans les Hautes-Pyrénées et en Tarn-et-Garonne. Après s’être quasi stabilisé en 2013, le chômage repart à la hausse en 2014 : il augmente de 0,5 point en un an, un peu plus fortement qu’en France métropolitaine (+ 0,4 point). Tous les départements de LRMP sont impactés. Les plus fortes hausses concernent ceux déjà fortement touchés : les Pyrénées-Orientales (+ 0,9 point), l’Aude, le Gard (+ 0,8 point chacun) et le Tarn-et-Garonne (+ 0,7 point). À l’opposé, le taux de chômage est quasi stable dans le Lot et en Aveyron (+ 0,1 point chacun).

Figure 2 – Évolution trimestrielle du taux de chômage (données CVS*)

en % de la population active
Évolution trimestrielle du taux de chômage (données CVS*)
France métropolitaine Midi-Pyrénées Languedoc-Roussillon
1er trim. 2005 8,3 8,1 11,3
2e trim. 2005 8,4 8,3 11,5
3e trim. 2005 8,6 8,4 11,7
4e trim. 2005 8,7 8,6 11,7
1er trim. 2006 8,8 8,7 11,8
2e trim. 2006 8,6 8,5 11,6
3e trim. 2006 8,5 8,5 11,7
4e trim. 2006 8 8 10,9
1er trim. 2007 8,1 8,1 11,1
2e trim. 2007 7,8 7,9 10,8
3e trim. 2007 7,6 7,7 10,6
4e trim. 2007 7,1 7,1 10,1
1er trim. 2008 6,8 6,9 9,7
2e trim. 2008 7 7,1 9,9
3e trim. 2008 7,1 7,2 10,1
4e trim. 2008 7,4 7,4 10,4
1er trim. 2009 8,2 8,1 11,3
2e trim. 2009 8,8 8,7 11,8
3e trim. 2009 8,8 8,7 11,9
4e trim. 2009 9,1 8,9 12,2
1er trim. 2010 9 8,9 12,1
2e trim. 2010 8,9 8,9 12
3e trim. 2010 8,8 8,9 12
4e trim. 2010 8,8 8,8 11,9
1er trim. 2011 8,7 8,8 12
2e trim. 2011 8,6 8,7 11,9
3e trim. 2011 8,8 8,9 12,2
4e trim. 2011 8,9 9,1 12,5
1er trim. 2012 9,1 9,3 12,7
2e trim. 2012 9,3 9,5 13
3e trim. 2012 9,4 9,6 13,1
4e trim. 2012 9,7 9,9 13,6
1er trim. 2013 9,9 10,1 13,8
2e trim. 2013 10 10,2 14,1
3e trim. 2013 9,9 10,2 14
4e trim. 2013 9,6 9,9 13,7
1er trim. 2014 9,7 10 13,7
2e trim. 2014 9,7 10 13,8
3e trim. 2014 9,9 10,3 14,2
4e trim. 2014 10 10,4 14,3
  • * corrections des variations saisonnières
  • Source : Insee, taux de chômage au sens du BITet taux de chômage localisés

Figure 2 – Évolution trimestrielle du taux de chômage (données CVS*)

LRMP : quatrième région touristique de France

La région LRMP, du fait notamment de ses atouts naturels et culturels diversifiés, est une des principales régions touristiques françaises. En termes de nombre de nuitées dans les hébergements touristiques collectifs marchands, elle se situe en 2014 à la quatrième place parmi les 13 futures régions métropolitaines derrière Île-de-France, Provence-Alpes-Côte d’Azur et Rhône-Alpes Auvergne. LRMP est la première région pour la fréquentation de l’hôtellerie de plein air, en particulier grâce à son important parc, le plus souvent équipé, et à l’attractivité de sa zone littorale. En 2014, LRMP totalise plus de 50 millions de nuitées dans ses hébergements touristiques collectifs marchands, soit plus d’une nuitée de France métropolitaine sur huit.

La fréquentation baisse en 2014

L’année 2014 est marquée par une diminution du nombre de nuitées pour tous les types d’hébergements collectifs marchands en LRMP. Si la baisse est significative dans les hôtels et les campings (respectivement - 2,3 % et - 1,8 % par rapport à l’année 2013), c’est dans les autres hébergements collectifs marchands que le recul est le plus marqué : - 3,5 %.

Dans les campings, la fréquentation est forte dans les ailes de saison

L’hôtellerie de plein air est l’hébergement collectif marchand le plus fréquenté en LRMP, avec près de 47 % des nuitées en 2014 (figure 3). L’attractivité du littoral régional explique une grande part de l’importance des campings dans la région, puisque 62 % des nuitées en camping se situent dans cette zone touristique. En 2014, la fréquentation baisse tant pour les campings proches de la mer que pour les autres. Cela est dû en partie aux conditions climatiques défavorables durant l’été. La fréquentation recule de 3,7 % en nuitées sur le cœur de saison alors qu’elle progresse de 4,2 % sur les ailes de saison (mai, juin, septembre). La part prise par ces mois hors vacances scolaires progresse de façon continue depuis plusieurs années : elle passe d’un peu moins de 27 % en 2010 à plus d’un tiers en 2014. Les nuitées sur emplacements équipés (mobil-home, chalet…) sont les premières bénéficiaires de cette progression : elles augmentent fortement de 6,9 % sur cette période en 2014, alors que celles sur emplacements nus se stabilisent (+ 0,6 %). Sur l’ensemble de la saison 2014, les nuitées en camping des résidents français progressent très faiblement. En revanche, les nuitées des clients résidant à l’étranger diminuent de 7,2 %.

Figure 3 – Évolution du nombre de nuitées dans les camping selon la période en LRMP

unité : nombre de nuitées
Évolution du nombre de nuitées dans les camping selon la période en LRMP
2011 2012 2013 2014
Ailes de saison* 553985 180608 181280 242973
Cœur de saison** 298646 65877 212198 -681230
Total saison 852631 246485 393478 -438257
  • * mai, juin et septembre
  • ** juillet, août
  • Source : Insee en partenariat avec la DGE et les comités régionaux du tourisme (CRT)

Figure 3 – Évolution du nombre de nuitées dans les camping selon la période en LRMP

La clientèle d’affaire résiste dans les hôtels

Les hôtels de la région LRMP totalisent près de 15,5 millions de nuitées en 2014 (figure 4). La fréquentation dans ce type d’hébergements, en baisse en 2014 comme en 2013, se réalise essentiellement au sein des agglomérations urbaines de plus de 10 000 habitants, avec près de 10 millions de nuitées. La zone touristique de Lourdes concentre à elle seule plus de 2,1 millions de nuitées en 2014. En LRMP, la clientèle d’affaire dans les hôtels représente 38 % de la fréquentation en 2014, contre 35 % en 2010. Ce type de clientèle aux moindres fluctuations saisonnières se concentre dans les grandes unités urbaines : 86 % des nuitées d’affaire en LRMP. En 2014, la clientèle d’affaire résiste mieux que la clientèle de loisirs (- 0,3 % contre - 3,4 %).

Tous types de clientèle confondus, les touristes résidant en France représentent près des trois quarts des nuitées régionales. Leur fréquentation est en baisse de 2,7 % et explique la plus grande partie de la diminution régionale. La fréquentation des touristes étrangers recule, quant à elle, de 1,0 %.

Figure 4 – Évolution du nombre de nuitées dans les hôtels selon le type de clientèle en LRMP

unité : nombre de nuitées
Évolution du nombre de nuitées dans les hôtels selon le type de clientèle en LRMP
2011 2012 2013 2014
Nuitées d'affaire 323895 164893 -204577 -18838
Nuitées de loisir -334064 -60777 -346824 -340257
Total des nuitées -10160 104187 -551421 -359125
  • Source : Insee en partenariat avec la DGE et les comités régionaux du tourisme (CRT)

Figure 4 – Évolution du nombre de nuitées dans les hôtels selon le type de clientèle en LRMP