Séances 2011-2012 du séminaire inégalités

L'Insee et la statistique publique
Dernière mise à jour le : 26/06/2015

La contribution de la finance à la croissance des inégalités de salaire - 18 novembre 2011

Présentation par : Olivier Godechot (LSQ)

Discutant : Michel Amar (Insee)

Résumé :

À partir des DADS, une base de données très détaillée sur les salaires, on peut montrer qu'en France les inégalités de salaire ont commencé à augmenter au milieu des années 1990. Ce phénomène est limité à l'extrémité supérieure de la distribution et concerne principalement les 0,1 % ayant les salaires les plus élevés, dont la part dans l'ensemble des salaires est passée de 1,2 % à 2 % entre 1996 et 2007. Cet accroissement des inégalités s'est accompagné de modifications dans la composition sociale de cette élite salariale : déclin des personnes dont l'emploi est en province, diminution des PDG et augmentation des cadres de rang inférieur comme les chefs de service et les autres cadres administratifs, augmentation des sportifs, et des personnes dont l'emploi est situé en Île-de-France. Une approche par secteur montre que la finance (qui rassemble 3 % des emplois du secteur privé) est responsable de la moitié de l'augmentation des inégalités au sommet de la distribution des salaires. On discutera le rôle du volume de l'activité financière dans l'énorme augmentation des salaires les plus élevés du secteur financier.

Présentation (pdf, 685 Ko)

Discussion (pdf, 587 Ko)

Les inégalités de patrimoine - 1er décembre 2011

Présentation par : Pierre Lamarche, Laurianne Salembier, Insee, division Revenus et patrimoine

Résumé :

La dernière édition de l'enquête Patrimoine des ménages, qui a eu lieu fin 2009 - début 2010, a fait l'objet d'un certain nombre d'innovations méthodologiques qui ont permis d'aboutir à une meilleure représentation de la forte concentration du patrimoine dans le haut de la distribution. Ainsi, début 2010, les 10 % de ménages français les mieux dotés en patrimoine brut détenaient 48 % de la masse totale de patrimoine, quand les 10 % des ménages les moins dotés possédaient moins de 0,1 % de celle-ci. La dernière enquête Patrimoine permet d'affiner le constat : on observe qu'en 2010, les 1 % des ménages les mieux dotés détiennent 17 % de la masse totale de patrimoine brut.

Entre 2004 et 2010, les inégalités de patrimoine se sont accrues. Ainsi le rapport entre les masses de patrimoine détenues par les 10 % de ménages les mieux dotés et les 10 % les moins dotés a augmenté de près de 35 %. Ce renforcement des inégalités est en partie lié à des constitutions de portefeuille de patrimoine différentes. On discutera ainsi du rôle joué par l'immobilier dans le creusement de ces inégalités. Les logiques d'accumulation de capital sont quant à elles différentes selon la profession ou l'âge (en lien avec le cycle de vie).

Les inégalités de patrimoine s'accroissent entre 2004 et 2010, Insee Première n° 1380 - novembre 2011

Culture et inégalités : la France est-elle toujours le pays de La Distinction ? - 19 janvier 2012

Présentation par : Philippe Coulangeon, LSQ

Discussion introduite par : Olivier Donnat, ministère de la Culture

Résumé :

L'ambition de démocratisation constitue, depuis la création du Ministère des affaires culturelles en 1959, l'objectif et la justification principale de l'intervention publique dans le domaine de la culture. Très tôt, ce Ministère s'est doté d'un service de statistique et de recherche dont l'enquête sur les pratiques culturelles des Français, répliquée à cinq reprises de 1973 à 2008, est rapidement devenue l'une des réalisations centrales. Ce faisant, l'enquête est aussi devenue un des outils privilégiés de l'évaluation des politiques culturelles, ce pour quoi elle avait du reste d'ailleurs largement été conçue. La comparaison au fil du temps des données fournies par ces enquêtes permet ainsi de dresser un bilan partiel de l'évolution des inégalités d'accès à la Culture, dans un pays où celles-ci sont traditionnellement réputées jouer un rôle structurant dans la genèse et la reproduction des inégalités, notamment à travers leur impact sur les trajectoires scolaires. L'attention prêtée aux inégalités d'accès à la culture est aussi fortement conditionnée en France par l'influence de la sociologie de Pierre Bourdieu, notamment depuis La Distinction (1979). C'est ainsi pour partie en référence à la postérité de cet ouvrage que cette communication envisage l'évolution en France, au cours de ces trente dernières années, des inégalités en matière culturelle.

Se pose en premier lieu la question de la définition des critères de l'inégalité en ce domaine. Au fil du temps, la nature des biens et des services culturels a fortement évolué. Certains biens et certaines pratiques disparaissent, d'autres apparaissent (en particulier tout ce qui a trait à l'internet), et la valeur symbolique attachée aux biens culturels n'est pas elle non plus immuable. En sorte que la définition des critères de l'inégalité culturelle est inévitablement problématique, menacée par le double écueil de « l'arbitraire culturel » de critères étroitement indexés sur l'univers de la culture savante, et d'un relativisme en vertu duquel la question de l'inégalité s'effacerait devant celle de la diversité.

La suite du propos s'appuie sur une comparaison des éditions 1981 et 2008 de l'enquête sur les pratiques culturelles des Français, qui suggère deux évolutions distinctes. D'un côté, l'inégalité d'accès à la culture, lorsqu'elle est mesurée par le volume et la diversité des biens et des pratiques, tend plutôt à se renforcer. De l'autre, la distinction des répertoires de biens et de pratiques sur l'échelle de la légitimité culturelle semble s'atténuer. Encore ces deux dimensions ne sont-elles pas parfaitement indépendantes l'une de l'autre. La consommation intensive de biens culturels n'a pas cessé d'aller le plus souvent de pair avec un accès privilégié aux domaines les plus réservés de la culture savante, tandis certaines pratiques spécialement « illégitimes », tel que l'usage intensif de la télévision, apparaissent particulièrement prisées par ceux-là mêmes qui sont par ailleurs les moins investis dans toute autre forme de consommation ou de pratique culturelle. Par ailleurs, les inégalités en la matière n'apparaissent aujourd'hui pas moins structurées que par le passé par les différences entre les classes sociales.

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Du RMI au RSA : l'incitation et l'accompagnement à l'épreuve de l'emploi - 9 février 2012

Présentation par : Jean-Luc Outin, Centre d'Économie de la Sorbonne

Discussion introduite par : Sophie Ponthieux, Insee, division Conditions de vie des ménages

Résumé :

La mise en place du RSA a été présentée comme une innovation importante afin de pallier les insuffisances du RMI. Outre l'extension de la couverture à de nouveaux publics (ex API, travailleurs à bas niveau de vie), le dispositif a visé prioritairement l'insertion professionnelle en misant sur deux mécanismes principaux : l'incitation financière des bénéficiaires et leur accompagnement dans le cadre d'un régime de droits et devoirs réaffirmé.

Les travaux de la Commission nationale d'évaluation font ressortir des résultats très nuancés quant à l'insertion professionnelle des allocataires du RSA. Si le contexte de forte dégradation actuelle du marché du travail interfère à l'évidence, d'autres éléments plus structurels interviennent : fragmentation du marché du travail, caractéristiques individuelles, stratégies locales de mise en œuvre. On retrouve en fait les difficultés sur lesquelles le RMI a buté et qui lui ont fait perdre sa légitimité.

Après avoir examiné quelques résultats de l'évaluation du RSA, l'intervention reviendra sur une modélisation du RMI à partir de données d'enquête de la Drees pour souligner la pluralité des modes de fonctionnement de ce type de prestation. Ce qui en éclaire les difficultés et les enjeux.

Approche multi dimensionnelle de la qualité de la vie : mise en œuvre des recommandations du rapport Stiglitz - 8 mars 2012

Présentation par : Marie-Hélène Amiel, Insee, service de l'Inspection Générale, Pascal Godefroy, Insee, division Conditions de vie des ménages, Stéfan Lollivier, Insee, programme répertoire des logements

Discussion introduite par : Laurence Rioux, Insee, division Salaires et revenus d'activité

Résumé :

Le rapport sur la mesure du progrès économique et social fait écho aux préoccupations récentes concernant l'écart entre la mesure statistique des faits socio-économiques et la perception de ces mêmes faits par les citoyens. Il remet en cause l'usage presque exclusif du Produit Intérieur Brut (PIB) comme indicateur global de ce progrès. Une commission internationale présidée par Joseph Stiglitz a défini trois axes de progrès : les développements autour du PIB, la qualité de la vie et le développement durable.

Concernant la qualité de la vie, le rapport propose des indicateurs, dans différentes dimensions, devant fournir une évaluation exhaustive et globale des inégalités. Il recommande aux services statistiques d'intégrer à leurs enquêtes des questions visant à connaître l'évaluation que chacun fait de sa vie, de ses expériences et priorités.

L'enquête multimode sur la qualité de la vie vise pour la première fois dans la statistique publique à examiner simultanément les différentes dimensions définies dans le rapport. Elle permet de construire des indicateurs de qualité de vie insuffisante, et de repérer les populations qui cumulent les plus mauvais scores de qualité de vie dans ces différentes dimensions.

Intervention (pdf, 482 Ko)

Discussion (pdf, 133 Ko)

Perceptions des inégalités et sentiments de justice sociale - 5 avril 2012

Présentation par : Michel Forsé, GRECO/CMH

Résumé :

Cette communication sera centrée sur la présentation de certains des résultats d'une enquête (PISJ) réalisée en France fin 2009 sur un échantillon représentatif de 1 711 personnes et qui portait sur leurs perceptions de différents types d'inégalités et leurs sentiments à l'égard de la justice sociale. Cette enquête confirme que les Français s'avèrent très sensibles aux inégalités et sont assez sévères avec leur société qui leur semble plutôt injuste.

Néanmoins, comme le montre la comparaison des sondages ISSP de 1999 et 2009, ces jugements ne se sont pas amplifiés après la récente crise financière. Ils ne sont d'ailleurs pas le reflet de la défense d'intérêts égoïstes ou le simple fruit de la position sociale occupée. Bien souvent, ils sont basés sur des raisons solides motivées par des principes de justice qui rassemblent plus qu'ils ne divisent. Les débats existent bien évidemment mais ils portent davantage sur les applications que sur les principes eux-mêmes. Pour définir ces principes, qui définissent l'idéal en regard duquel la réalité perçue est jugée, les Français rejettent autant l'égalitarisme absolu que la méritocratie totale et, dans le domaine économique, sont plutôt à la recherche de ce que l'on pourrait appeler une égalisation équitable des ressources.

Disparités de montant de pension et redistribution dans le système de retraite français - 24 mai 2012

Présentation par : Patrick Aubert et Marion Bachelet, Insee, division Redistribution et politiques sociales, D3E

Résumé :

Le modèle de microsimulation dynamique DESTINIE permet d'étudier la redistribution intragénérationnelle effectivement réalisée par le système de retraite français. L'analyse détaille plus précisément deux questions : en quoi le système de retraite modifie-t-il la distribution des pensions par rapport à celle des salaires cumulés au cours de la carrière ? Les dispositifs de redistribution profitent-ils bien aux catégories ciblées ?

Les résultats confirment l'idée que le système de retraite est plutôt distributif, au sens où les montants de pension (tous régimes confondus) sont moins dispersés que les cumuls de salaires sur toute la carrière. L'atténuation des écarts se fait surtout dans le bas de la distribution. Les pensions des femmes sont par ailleurs plus dispersées que celles des hommes, mais dans une proportion nettement moindre que ne le sont les cumuls de salaire sur toute la carrière. Les femmes, parce qu'elles ont à la fois des salaires plus faibles et des carrières plus courtes que les hommes, bénéficient en effet davantage des dispositifs correcteurs prévus par le système de retraite (majorations de pensions et validations de trimestres d'assurance à d'autres titres que l'emploi : chômage, préretraite, enfants, etc.). La montée en charge, depuis les années 1970, de ces dispositifs a conduit à réduire les disparités de montant de pension entre retraités au cours du temps.