Bilan économique 2014 de la Basse-Normandie

En 2014, la Basse-Normandie est toujours confrontée aux difficultés économiques qui pèsent sur la France, mais l'amorce de reprise nationale ne se fait pas trop sentir dans la région. L'emploi poursuit son déclin au même rythme que l'an dernier, et la demande d'emploi s'accroît même plus rapidement. La construction et l'industrie demeurent les secteurs les plus touchés. Toutefois, la Basse-Normandie, au centre de l'actualité en juin et septembre, a attiré bon nombre de touristes et de voyageurs en cette année 2014, offrant ainsi un peu de ciel bleu dans une année encore bien morose.

Insee Conjoncture Basse-Normandie
Paru le : 29/05/2015
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Agriculture - Les températures douces tirent les productions végétales vers le haut

François-Xavier Delafoye (Draaf)

L'année 2014 a offert de bonnes conditions climatiques au développement des cultures sauf au moment de la récolte des blés, conduisant à des rendements hétérogènes pour cette culture qui couvre 31 % des surfaces arables de la Basse Normandie. Les rendements fourragers sont exceptionnels en 2014. Les livraisons de lait ont poursuivi leur ascension, tandis que les abattages de gros animaux ont peiné à se maintenir. La conjoncture économique tendue, liée aux difficultés du commerce extérieur et à la baisse des prix, nuance les bonnes récoltes généralement enregistrées.

Insee Conjoncture Basse-Normandie
No 5
Paru le : 29/05/2015

Les récoltes sont abondantes, mais la qualité n'est pas toujours au rendez-vous

En 2014, les rendements sont supérieurs à ceux d'une année moyenne, même si ceux du blé perdent un point par rapport à 2013. Les températures douces ont favorisé les périodes de pousse, notamment à la sortie de l'hiver. Mais les excès d'eau du mois d'août ont été préjudiciables au séchage pour la récolte des blés, parfois des orges, provoquant par endroit leur germination sur pied. Leur qualité boulangère a pu en être altérée lorsque la récolte est survenue après le 5 août, notamment leur teneur en protéines, avec un risque de déclassement fourrager. Le temps sec de septembre a offert de bonnes conditions aux récoltes du maïs et de la betterave sucrière. Les rendements remarquables des fèveroles et des betteraves sucrières, supérieurs respectivement de 20 et 10 % aux rendements moyens des dix dernières années, illustrent les bonnes conditions de culture généralement rencontrées en 2014.

Les surfaces cultivées continuent d'augmenter

Sur les dix dernières années, les surfaces occupées par les céréales, les oléagineux et les cultures industrielles augmentent tendanciellement, respectivement de 1,6 %, 4,7 % et 4,6 % par an. Seuls les protéagineux régressent, de 7 % par an. Entre 2013 et 2014, les céréales ont continué à progresser (+ 3,2 %), et les protéagineux à régresser (– 4,8 %). Mais pour la première fois depuis 2008, les surfaces en oléagineux diminuent en 2014 (– 5,5 %). Au final, les récoltes ont été élevées en 2014 : + 6 % pour le blé tendre par rapport à 2013, + 15 % pour la betterave industrielle. La production de pomme de terre de conservation et de demi-saison est estimée à 44 000 tonnes, en hausse de 4 % par rapport à 2013. Les surfaces de lin textile augmentent de 18 % en 2014 pour atteindre 6 065 hectares. Les récoltes de légumes se maintiennent globalement au même niveau qu'en 2013, malgré quelques accidents culturaux dus aux excès d'eau de janvier-février, notamment en production de carotte et de poireau qui perd 6 % de sa production annuelle.

Figure 1 – Productions végétales des exploitations agricoles de Basse-Normandie

Productions végétales des exploitations agricoles de Basse-Normandie
Culture Surface (hectares) Rendement (qx/ha) Production (quintaux)
2013 2014 Evolution 2013-2014 (en %) 2013 2014 % 2013 2014 Evolution 2013-2014 (en %)
Blé tendre 203 200 219 000 7,8 76 75 -1% 15 506 060 16 488 200 6,3
Orge et escourgeon 43 000 47 000 9,3 70 72 3% 3 005 000 3 370 900 12,2
Avoine 8 515 7 200 -15,4 56 60 7% 475 430 430 000 -9,6
Maïs grain 24 050 16 100 -33,1 83 86 4% 1 993 000 1 386 300 -30,4
Triticale 8 600 8 600 0,0 58 59 3% 496 050 509 500 2,7
Colza et navettes 51 285 48 900 -4,7 33 36 9% 1 708 770 1 775 100 3,9
Féveroles et fèves 4 780 4 270 -10,7 37 51 38% 175 860 217 000 23,4
Pois protéagineux 5 855 5 670 -3,2 40 43 8% 233 875 245 220 4,9
Betterave industrielle 9 800 9 920 1,2 792 900 14% 7 765 100 8 928 000 15,0
Lin textile 5 120 6 065 18,5 70 70 0% 358 400 424 550 18,5
  • Source Agreste - Statistique Agricole Annuelle

Figure 1 bis – Productions végétales des exploitations agricoles de Basse-Normandie

Productions végétales des exploitations agricoles de Basse-Normandie
Fourrages Surface (hectares) Rendement (qx/ha) Matière sèche (quintaux)
2013 2014 % 2013 2014 % 2013 2014 %
Maïs ensilage 187 900 188 800 0,5 135 141 5% 25 350 900 26 639 000 5,1
Prairies temporaires 129 945 132 300 1,8 70 104 49% 9 104 835 13 781 300 51,4
Prairies permanentes 564 750 536 742 -5,0 55 80 46% 31 087 500 43 055 904 38,5
  • Source Agreste - Statistique Agricole Annuelle

Les productions fourragères sont optimales

En 2014, les productions animales ont bénéficié d'une production fourragère record. Ainsi, les rendements fourragers au printemps 2014 étaient supérieurs de moitié aux rendements de référence, ne retrouvant leur niveau normal qu'à la sortie de l'été. Le pâturage des animaux a donc pu démarrer assez tôt après un hiver doux, et s'achever assez tard grâce aux pousses d'automne favorisées par la douceur des températures et les pluies d'octobre. Les stocks de fourrage ont pu être reconstitués dans de bonnes conditions. En effet, la production du maïs ensilage dépasse 14 tonnes de matière sèche à l'hectare en moyenne.

L'année des records pour la production laitière

En 2014, les livraisons bas-normandes de lait ont repris leur croissance (+ 4 % d'avril 2013 à mars 2014), pour atteindre 2770 millions de litres sur 12 mois. Au cours des 15 dernières années, l'augmentation de la production laitière était associée à l'amélioration des performances d'élevage, autorisant la baisse tendancielle des effectifs d'animaux en lactation, soit 448 000 vaches au 31 décembre 2014. Cependant, depuis 2012 les génisses de remplacement (+ 1 % par an), soutiennent le renouvellement des vaches laitières dont les effectifs augmentent en 2014 : + 0,8 % par rapport à 2013. Il semble donc que les élevages laitiers aient anticipé la fin des quotas programmée en avril 2015, en pariant sur une augmentation des livraisons à l'horizon 2016. Les prix forts du lait sur 2013/2014, sont surtout liés au coût élevé de l'alimentation des vaches laitières qui s’est accru de 30 % depuis 2010. Cependant depuis septembre 2014, le coût de l'alimentation se contracte de 6 à 7 % et le prix du lait semble amorcer un recul.

Figure 2 – Livraisons de lait et cheptels laitiers de Basse-Normandie

(Indice de base 100 en 2000)
Livraisons de lait et cheptels laitiers de Basse-Normandie
Livraisons de lait Cheptel en production Cheptel de renouvellement
2000 100 100 100
2001 99 98 102
2002 101 96 97
2003 97 92 96
2004 98 90 91
2005 99 89 86
2006 98 87 82
2007 99 86 81
2008 103 85 81
2009 98 83 83
2010 105 82 84
2011 109 81 81
2012 107 81 77
2013 108 82 80
2014 114 83 81
  • Source : Agreste - Statistique agricole annuelle

Figure 2 – Livraisons de lait et cheptels laitiers de Basse-Normandie

La production de viande peine à se maintenir

Les abattages de viande bovine se sont maintenus à un niveau bas. Seul le nombre de vaches de réformes abattues s’est accru (+ 5 %), mais leur prix a chuté de 11 % sur l'année. La rentabilité des élevages porcins est pénalisée par le décrochage du prix du porc à partir de l'été 2014, passant en dessous de sa moyenne quinquennale en septembre. Le tonnage de viande porcine perd 2 % sur l'année. Les abattages de poulets de chair ont reculé de 4 % en 2014, suite au repli du marché Grand Export. Cependant, les abattages de petits animaux, intégrant dindes, pintades et lapins, augmentent de 1,1 %. La production d'oeufs se maintient. La récolte de miel est en augmentation, estimée à 62 tonnes, mais avec 5 900 ruches en production, le nombre de colonies tend à diminuer.

Figure 3 – Activité des abattoirs de gros animaux en Basse-Normandie

Equivalent carcasse (tonnes)
Activité des abattoirs de gros animaux en Basse-Normandie
Bovins - de 12 mois Vaches de réforme Bovins Mâles + 12 mois Porcins
2000 5968 53540 39697 82910
2001 7132 51336 47863 76522
2002 9603 61406 41731 77005
2003 10289 64945 41784 61213
2004 10005 63999 47870 62109
2005 9865 58936 49246 61844
2006 9448 55973 45653 63686
2007 9477 54228 55349 67153
2008 10677 52927 54038 66271
2009 9278 55654 53563 66287
2010 8306 53656 53928 66255
2011 9751 53904 52408 64858
2012 10298 48585 47843 63295
2013 10147 44058 49335 58462
2014 10648 47213 48983 57394
  • Source : Agreste - Enquête auprès des abattoirs

Figure 4 – Activité des abattoirs de gros animaux en Basse-Normandie

Équivalent carcasse (tonnes)
Activité des abattoirs de gros animaux en Basse-Normandie
Bovins - de 12 mois Vaches de réforme Bovins Mâles + 12 mois Porcins
2000 5968 53540 39697 82910
2001 7132 51336 47863 76522
2002 9603 61406 41731 77005
2003 10289 64945 41784 61213
2004 10005 63999 47870 62109
2005 9865 58936 49246 61844
2006 9448 55973 45653 63686
2007 9477 54228 55349 67153
2008 10677 52927 54038 66271
2009 9278 55654 53563 66287
2010 8306 53656 53928 66255
2011 9751 53904 52408 64858
2012 10298 48585 47843 63295
2013 10147 44058 49335 58462
2014 10648 47213 48983 57394
  • Source : Agreste - Enquête auprès des abattoirs

Figure 4 – Activité des abattoirs de gros animaux en Basse-Normandie

Les difficultés du commerce extérieur pèsent sur les résultats

L'année agricole 2014 aura été marquée par les difficultés du commerce extérieur français et européen. Les récoltes mondiales de céréales ont été abondantes, entraînant un repli des cours, constaté dès septembre. Les marchés des oléagineux se sont orientés à la baisse au deuxième semestre 2014, suite aux perspectives de bonnes récoltes du continent américain. Le blocage des exportations vers la Russie à partir du 29 janvier 2014 a accentué l'afflux des productions européennes sur notre marché intérieur, tirant les prix vers le bas sur toute la campagne. La filière laitière qui représente 35 % des exploitations agricoles de Basse Normandie est particulièrement impactée par l'embargo russe, dans un contexte de hausse de la production mondiale et de disparition des quotas laitiers. Ainsi, 2014 semble amorcer un contexte de surplus sur les marchés agricoles et de tension sur les prix.

Figure 5 – Les précipitations et les températures en 2014 - Station météorologique de Caen-Carpiquet (Calvados)

Précipitation en mm, Température en degré Celcius
Les précipitations et les températures en 2014 - Station météorologique de Caen-Carpiquet (Calvados)
Précipitations en 2014 Précipitations normales Températures en 2014 Températures normales
Janvier 91,1 66,1 7,3 5,3
Février 62 52,4 7,5 5,5
Mars 24 55,6 8,7 7,8
Avril 66,4 50,4 10,9 9,5
Mai 79,9 62,6 12,7 12,8
Juin 34,2 57,9 15,7 15,6
Juillet 50,4 52,6 18,8 17,8
Août 106,5 51,2 16,7 18
Septembre 9,8 60,8 16,7 15,6
Octobre 51,4 77,6 14,1 12,4
Novembre 56,9 74,6 10,0 8,4
Décembre 58,8 78,1 6,7 5,7
  • Source : Météo France

Figure 5 – Les précipitations et les températures en 2014 - Station météorologique de Caen-Carpiquet (Calvados)

Figure 6 – Les précipitations et les températures en 2014 - Station météorologique de Cerisy-la-Salle (Manche)

Les précipitations et les températures en 2014 - Station météorologique de Cerisy-la-Salle (Manche)
Précipitations en 2014 Précipitations normales Températures en 2014 Températures normales
Janvier 194,7 119,1 7,2 5,4
Février 155 90,5 7,2 5,9
Mars 48,2 87,5 8,8 7,4
Avril 63 76 10,8 10,6
Mai 80,5 76,7 12,7 13,1
Juin 56,7 71,7 16,0 15,9
Juillet 92,6 73,2 18,2 17,4
Août 143,8 76,3 16,1 17
Septembre 10 88,3 17,0 15,8
Octobre 76,4 126,3 14,2 13
Novembre 123,6 123,6 10,0 9
Décembre 123,5 138,1 6,7 5,3
  • Source : Météo France

Figure 6 – Les précipitations et les températures en 2014 - Station météorologique de Cerisy-la-Salle (Manche)

Figure 7 – Les précipitations et les températures en 2014 - Station météorologique d'Alençon (Orne)

Les précipitations et les températures en 2014 - Station météorologique d'Alençon (Orne)
Précipitations en 2014 Précipitations normales Températures en 2014 Températures normales
Janvier 122 77,1 6,7 4,3
Février 119,9 55 6,9 4,7
Mars 33,6 57,5 8,7 7,4
Avril 73,2 52 11,0 9,5
Mai 103,7 67,5 12,8 13,2
Juin 42,1 51,1 16,7 16,2
Juillet 80,3 55,4 19,0 18,4
Août 137,2 41,7 16,4 18,3
Septembre 9 61,8 16,8 15,3
Octobre 68,1 75,9 13,1 11,8
Novembre 67,1 68,2 9,5 7,4
Décembre 67,1 83,5 5,5 4,6
  • Source : Météo France

Figure 7 – Les précipitations et les températures en 2014 - Station météorologique d'Alençon (Orne)