Economie et Statistique n°381-382 - Logement : aspects économiques et sociaux

Economie et Statistique
Paru le : 01/10/2005
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Loyers imputés et inégalités de niveau de vie

Jean-Claude Driant et Alain Jacquot

Pour les travaux sur les inégalités, la théorie économique recommande d'imputer aux propriétaires occupants le « loyer fictif » qu'ils pourraient tirer de leur logement en le louant, et aux locataires du parc social, la « subvention implicite » représentée par le différentiel de loyer entre secteur social et secteur privé. Cependant, chacune de ces deux approches ne révèle pas, à l'usage, le même degré de légitimité et de nécessité. L'imputation des loyers fictifs aux propriétaires modifie sensiblement la hiérarchie des niveaux de vie : la négliger exposerait à légèrement surestimer la pauvreté. Elle conduit à une population à bas revenus plus jeune et plus urbaine. Surtout, imputer des loyers fictifs aux propriétaires accentue le contraste entre les conditions de logement des ménages à bas revenus et celles des autres ménages. L'imputation d'une subvention implicite aux locataires du parc social prête davantage à discussion, dans la mesure où le parc social et le parc locatif privé n'offrent pas les mêmes services et ne s'adressent pas aux mêmes ménages. Elle permet toutefois de mettre en relief le handicap des bas revenus en matière de logement, ainsi que la relative incapacité du secteur social à pallier ce handicap. Elle confirme les différences entre les deux parcs, et l'aptitude du parc social à assurer aux plus défavorisés des conditions de logement de meilleure qualité que celles proposées par le parc privé, si l'on excepte la question de l'insécurité, qui se pose davantage aux locataires du parc social. Ainsi s'avère-t-elle une approche utile, au moins pour l'analyse du clivage entre les plus défavorisés et les autres en matière de logement.

Economie et Statistique
No 381-382
Paru le : 01/10/2005