Observation sociale des territoires de la Sarthe : la métropole mancelle concentre la majorité des ménages pauvres du département

Guillaume COUTARD

La Sarthe est un département au dynamisme démographique et économique modéré, qui accueille une population plus âgée que la moyenne régionale. Son territoire est structuré autour de l'agglomération mancelle, qui concentre le tiers de ses habitants et la majorité des emplois du département. Le taux de pauvreté, bien que largement inférieur à la moyenne nationale et comparable à celui de Mayenne et de Maine-et-Loire, y est plus élevé qu'en Loire-Atlantique et en Vendée. En revanche, les situations de grande pauvreté y sont plus fréquentes que dans le reste de la région. Elles touchent particulièrement les jeunes, qui s'insèrent moins facilement sur le marché du travail qu'ailleurs dans la région. L'agglomération mancelle concentre davantage de ménages pauvres que les autres territoires du département et que les autres agglomérations de la région. La pauvreté est également présente dans les zones rurales excentrées, au sud-est et au nord. A contrario, de nombreuses familles aisées habitent la couronne périurbaine du Mans.

Faits et Chiffres
No 433
Paru le : 12/12/2011

La croissance démographique du département de la Sarthe est modérée et conforme à la moyenne nationale, mais elle est nettement moins dynamique qu'en Loire-Atlantique et en Vendée. Si le solde naturel est le principal moteur de cette croissance, c'est le plus faible des départements de la région après celui de la Vendée, du fait de la moyenne d'âge plus élevée que la moyenne régionale. Quant au solde migratoire, il est faible : d'une part, le département retient difficilement ses jeunes adultes, qui vont étudier dans les pôles d'enseignement supérieur d'autres départements ; d'autre part, l'économie sarthoise crée moins d'emplois qu'en Loire-Atlantique ou en Vendée et attire ainsi moins d'actifs. Seule grande agglomération du département, la métropole mancelle concentre le tiers de la population sarthoise. Globalement, 43 % des Sarthois vivent dans un grand pôle urbain, soit une proportion inférieure à la moyenne nationale mais supérieure à celle des autres départements de la région, Loire-Atlantique exceptée.

Les ouvriers sont plus nombreux qu'ailleurs, la Sarthe étant historiquement une terre d'industrie. Les emplois dans les fonctions de fabrication-BTP y sont donc plus répandus qu'en moyenne dans la région, de même que ceux dans les fonctions de services de proximité, entretien, réparation, transports, logistique. A contrario, l'emploi agricole occupe une place moins importante que dans les départements voisins de Mayenne, Maine-et-Loire et Vendée.

La situation des jeunes sur le marché du travail la moins favorable de la région

S'il est nettement inférieur à celui des habitants de la Loire-Atlantique, le niveau de vie médian des sarthois est comparable à celui des habitants des trois autres départements de la région. La pauvreté y touche relativement plus de ménages qu'en Loire-Atlantique et en Vendée, mais guère plus qu'en Mayenne et dans le Maine-et-Loire et largement moins que la moyenne nationale. Toutefois, la pauvreté en Sarthe est la plus intense des départements de la région, ce qui signifie que le niveau de vie des ménages les plus pauvres se situe nettement au-dessous du seuil de pauvreté. En conséquence, la dépendance aux prestations sociales ou aux aides d'urgence comme celles du fonds de solidarité logement y est plus accentuée qu'ailleurs. De plus, le parc locatif social est le plus étendu de la région, après celui du Maine-et-Loire.

Cette pauvreté concerne en particulier les familles monoparentales, qui sont nombreuses dans le département. La Sarthe est aussi le département de la région le plus touché par le chômage. La situation des jeunes sur le marché du travail y est la moins favorable : ils sont plus souvent qu'ailleurs non insérés et sortent plus nombreux du système scolaire sans diplôme. En revanche, l'accès au logement est moins difficile en Sarthe que dans d'autres départements : l'espace foncier disponible y est relativement plus important, la proportion de propriétaires élevée et le dynamisme démographique modéré.

Précarité plus forte dans l'agglomération mancelle qu'à Nantes et Angers

La communauté urbaine « Le Mans Métropole » est le territoire du département le plus touché par la pauvreté. Située au cœur du département, cette agglomération concentre plus du tiers de la population sarthoise, mais la moitié des personnes appartenant à un ménage à bas revenus du département. Le niveau de vie médian des habitants y est un peu plus élevé qu'ailleurs dans le département. Plus encore que Nantes et Angers, cette métropole se distingue par une proportion très élevée de ménages pauvres et par de fortes inégalités de revenus entre ménages aisés et ménages pauvres. Les situations précaires sont concentrées dans les trois villes du Mans, d'Allonnes et de Coulaines, sur lesquelles on trouve cinq quartiers classés en zones urbaines sensibles.

La précarité touche d'abord les familles monoparentales, qui sont particulièrement nombreuses dans l'agglomération (26 % des familles avec enfants, soit 10 points de plus que la moyenne régionale). En dépit des nombreux emplois offerts dans l'industrie et les services, le chômage touche l'ensemble des catégories de la population, même s'il dure moins longtemps qu'ailleurs dans le département. Les salariés en contrat court sont nombreux, les femmes occupent moins souvent un emploi qu'en moyenne régionale et quand elles travaillent, elles sont plus fréquemment à temps partiel. Les jeunes sont également touchés par le chômage, notamment à cause d'un déficit de qualification : Le Mans est la grande agglomération de la région où les jeunes sont les plus nombreux à sortir du système scolaire sans diplôme. Conséquence de cette pauvreté, de nombreux ménages dépendent des prestations sociales et des logements du parc locatif social.

Précarité marquée au sud-est et au nord du département

La précarité est également marquée dans certains territoires ruraux excentrés : au sud-est, dans la vallée du Loir, ainsi qu'au nord, dans les EPCI du Pays marollais, du Saosnois et du Pays de Sillé. C'est dans ces territoires que le niveau de vie médian des habitants est le plus faible. Une proportion assez importante de ménages à bas revenus y vit et les inégalités de revenus y sont plus importantes que dans les autres territoires ruraux du département. On y trouve moins d'habitants ayant un emploi, notamment des femmes, et plus de personnes au chômage. La situation des jeunes qui habitent sur ces territoires est en moyenne peu favorable : ils sont plus souvent non-diplômés qu'ailleurs et éprouvent des difficultés pour s'insérer sur le marché du travail. De surcroît, les emplois offerts sont moins qualifiés et moins stables qu'en moyenne dans les autres territoires : les postes d'employés et d'ouvriers sont surreprésentés, les contrats sont plus souvent à durée limitée. Enfin, les personnes âgées sont nombreuses sur ces territoires et elles perçoivent un peu plus souvent le minimum vieillesse.

La précarité est également présente, mais de façon moins marquée, dans l'agglomération de Sablé-sur-Sarthe et le pays fléchois au sud-ouest, ainsi qu'à La Ferté-Bernard et dans les autres territoires à l'est du département. Le niveau de vie médian est assez faible dans ces territoires où vit une population assez âgée et où les employés et les ouvriers sont également surreprésentés. Là encore, la précarité concerne plus particulièrement les jeunes, qui éprouvent souvent des difficultés pour s'insérer durablement sur le marché du travail.

Des familles aisées dans la couronne du Mans

Les habitants résidant dans la couronne périurbaine du Mans sont relativement épargnés par la pauvreté. Dans ces territoires, les inégalités de revenus sont faibles : y résident des familles aisées, bénéficiant de conditions de logement favorables et dont les deux parents travaillent dans la grande majorité des cas. Ces personnes en emploi vont fréquemment travailler dans le pôle d'emploi du Mans, où ils occupent le plus souvent un poste de cadre ou de profession intermédiaire. Parcourant des distances assez importantes pour rejoindre leur lieu de travail, le pouvoir d'achat des habitants les plus éloignés des pôles d'emploi est très lié au prix des carburants.

Figure 1 – Huit familles de territoires au regard des disparités sociales

  • Source : Insee.

Figure 2 – Principaux indicateurs sociodémographiques

Principaux indicateurs sociodémographiques
Indicateur Sarthe Pays de la Loire France métropolitaine
Population (en milliers, au 1er janvier 2009) 562 3 538 62 474
Indice de vieillissement (nombre de 65 ans ou plus pour 100 moins de 20 ans, en 2007) 72,3 66,4 67,4
Population vivant dans les grands pôles urbains (en %, en 2008) 42,5 43,3 58,8
Part des ménages dont la personne de référence est employé ou ouvrier (en %, en 2007) 55,9 51,1 48
Niveau de vie médian par unité de consommation (en euros, en 2009) 18 363 18 668 19 074
Rapport interdécile des niveaux de vie (en 2009) 2,9 2,9 3,4
Taux de pauvreté (en %, en 2009) 12,2 11,2 13,5
Intensité de la pauvreté (en 2009) 17,8 16,8 19,1
Taux de chômage localisé (en %, au 2e trimestre 2011) 8,7 7,8 9,1
Part des ménages logés en parc locatif social (en %, au 1er janvier 2010) 15,6 13,6 16,8
Nombre de demandes DALO (droit au logement opposable) déposées (en moyenne par an, de 2008 à 2010) 106 2 393 n.d.
  • n.d. : non disponible
  • Sources : Insee, estimations de population 2009 - recensements de la population 2007 et 2008 - revenus disponibles localisés 2009 - taux de chômage localisés ; SoeS/Dreal, enquête parc locatif social 2010 - demandes DALO.

Encadré

La démarche d'observation sociale des territoires

Des démarches d'observation sociale des territoires ont été réalisées entre 2002 et 2007 dans chacun des cinq départements de la région des Pays de la Loire. En 2011, les acteurs concernés, aux premiers rangs desquels la Direction régionale de la jeunesse, des sports et de la cohésion sociale (DRJSCS) et les directions départementales de la cohésion sociale, ont souhaité poursuivre cette démarche à travers une actualisation des indicateurs de disparités sociales des territoires. La présente étude constitue une déclinaison sur le département de la Sarthe d'une publication de la collection Insee Pays de la Loire Études, qui constitue une synthèse régionale des disparités sociales entre territoires. Outre ces deux études, d'autres éléments sont mis à disposition sur les sites www.insee.fr et www.pays-de-la-loire.drjscs.gouv.fr :

- les quatre autres déclinaisons départementales de la présente étude, également publiées dans la collection Insee Pays de la Loire Informations statistiques ;

- cinq cahiers départementaux, constitués principalement de cartes illustrant les indicateurs calculés pour chaque EPCI du département considéré ;

- l'ensemble des indicateurs calculés pour chaque EPCI de la région.

Définitions

Établissement public de coopération intercommunale (EPCI) : Les établissements publics de coopération intercommunale (EPCI) sont des regroupements de communes ayant pour objet l'élaboration de « projets communs de développement au sein de périmètres de solidarité ». Les communautés urbaines, communautés d'agglomération, communautés de communes, syndicats d'agglomération nouvelle, syndicats de communes et syndicats mixtes sont des EPCI.

Ménage : Un ménage, au sens statistique du terme, désigne l'ensemble des occupants d'un même logement sans que ces personnes soient nécessairement unies par des liens de parenté (en cas de cohabitation, par exemple). Un ménage peut être composé d'une seule personne.

Grand pôle urbain : Un grand pôle urbain est une unité urbaine comptant 10 000 emplois ou plus.

Taux d'emploi : Le taux d'emploi d'une classe d'individus est calculé en rapportant le nombre d'individus de la classe ayant un emploi au nombre total d'individus de la classe.

Taux de chômage : Le taux de chômage d'un territoire est le pourcentage de chômeurs dans la population active (actifs occupés + chômeurs) de ce territoire.

Niveau de vie : Le niveau de vie par unité de consommation s'obtient en divisant le revenu disponible du ménage par le nombre d'unités de consommation (UC). Les unités de consommation sont généralement calculées selon l'échelle d'équivalence dite de l'OCDE modifiée qui attribue 1 UC au premier adulte du ménage, 0,5 UC aux autres personnes de 14 ans ou plus et 0,3 UC aux enfants de moins de 14 ans. Le niveau de vie est le même pour tous les individus d'un même ménage.

Rapport interdécile : Le rapport interdécile des niveaux de vie D9/D1 rapporte le niveau de vie par unité de consommation au-dessus duquel se situent les 10 % de ménages les plus riches (neuvième décile ou D9) au niveau de vie en dessous duquel se situent les 10 % les plus pauvres (premier décile ou D1).

Taux de pauvreté : Le taux de pauvreté correspond à la proportion d'individus (ou de ménages) dont le niveau de vie est inférieur pour une année donnée à un seuil, dénommé seuil de pauvreté (exprimé en euros). Ce seuil est déterminé par rapport à la distribution des niveaux de vie de l'ensemble de la population. Le seuil de pauvreté retenu dans cette étude correspond à 60 % du niveau de vie médian, c'est-à-dire 954 euros par mois en 2009 en France.

Intensité de la pauvreté : L'intensité de la pauvreté permet d'apprécier à quel point le niveau de vie de la population pauvre est éloigné du seuil de pauvreté. L'Insee mesure cet indicateur comme l'écart relatif entre le niveau de vie médian de la population pauvre et le seuil de pauvreté. Formellement, il est calculé de la manière suivante : (seuil de pauvreté - niveau de vie médian de la population pauvre) / seuil de pauvreté. Plus cet indicateur est élevé et plus la pauvreté est dite intense, au sens où le niveau de vie des plus pauvres est très inférieur au seuil de pauvreté.

Bas revenus : Les foyers à bas revenus sont ceux dont le revenu par unité de consommation (RUC) est inférieur au seuil de bas revenus. Le RUC correspond à l'ensemble des ressources du foyer (revenus d'activité, prestations sociales, etc.) avant impôt rapporté au nombre d'unités de consommation du foyer. L'échelle d'équivalence utilisée est celle de l'OCDE modifiée, à laquelle la Caf rajoute 0,2 UC si la famille est monoparentale. On considère que toutes les personnes du foyer ont le même RUC. Le seuil de bas revenus est calculé chaque année à partir de l'Enquête revenus fiscaux et sociaux (ERFS). Il correspond à 60 % de la médiane des revenus par UC avant impôt observés au niveau national. Sur l'année de revenus 2009, il s'établit à 956 euros par UC et par mois.

Droit au logement opposable : Toute personne qui a effectué une demande de logement ou d'hébergement et qui n'a pas reçu de réponse adaptée à sa demande, c'est-à-dire tenant compte de ses besoins et capacités, peut saisir, à partir d'un délai plus ou moins long, une commission de médiation dans son département au titre du droit au logement opposable (DALO).

Fonctions : La répartition de l'emploi sur le territoire est le plus souvent analysée en fonction d'un découpage sectoriel, qui correspond à l'activité principale exercée par les établissements. Cette approche peut être complétée par une analyse des fonctions remplies par les actifs, résultant de la profession qu'ils occupent. L'ensemble des professions sont réparties en quinze fonctions, transversales par rapport aux secteurs d'activité.

Pour en savoir plus

Les indicateurs sociaux départementaux du Cnis, dans le dossier thématique Action sociale départementale.

Aides sociales à l'insertion et aux personnes âgées - Les situations contrastées des départements - Insee, Insee Première n°1346, avril 2011

Pauvreté et inégalités moins marquées dans les Pays de la Loire - Insee Pays de la Loire, Études n°71, septembre 2008

Observation sociale des territoires de la Sarthe - Insee Pays de la Loire, Dossier n°17, février 2006

Le SCoT du Pays du Mans face au défi de l'attractivité - Insee Pays de la Loire, Dossier n°39, février 2011

L'étude régionale et les autres Informations statistiques départementaux :

Pays de la Loire : moins de pauvreté et d'inégalités qu'ailleurs, malgré des disparités territoriales - Insee Pays de la Loire, Études n°100, décembre 2011

Observation sociale des territoires en Loire-Atlantique : précarité marquée au nord et dans la région nazairienne - Insee Pays de la Loire, Informations Statistiques n°430, décembre 2011

Observation sociale des territoires de Maine-et-Loire : précarité marquée à l'est du département - Insee Pays de la Loire, Informations Statistiques n°431, décembre 2011

Observation sociale des territoires de la Mayenne : des territoires ruraux spécifiques, assez préservés de la pauvreté - Insee Pays de la Loire, Informations Statistiques n°432, décembre 2011

Observation sociale des territoires de la Vendée : précarité au sud, inégalités sur le littoral - Insee Pays de la Loire, Informations Statistiques n°434, décembre 2011