Observation sociale des territoires de la Mayenne : des territoires ruraux spécifiques, assez préservés de la pauvreté

Guillaume COUTARD

La Mayenne est un département au dynamisme démographique et à la vitalité économique modérés. Sur ce territoire rural peu densément peuplé, l'industrie et l'agriculture sont encore bien présentes. Le niveau de vie des habitants est le plus faible de la région. Bien que largement moins présente qu'en moyenne nationale, la pauvreté y est aussi fréquente que dans la Sarthe et plus élevée que dans les autres départements de la région. Elle touche surtout les ménages âgés. Le reste de la population, bien inséré sur le marché du travail, est en revanche moins touché par la pauvreté. Les territoires ruraux, où vivent les trois quarts des Mayennais, se distinguent assez nettement des autres territoires ruraux de la région : ils sont plutôt préservés de la pauvreté. Le risque de précarité est en revanche plus élevé dans l'agglomération lavalloise et, à un degré moindre, dans quelques zones rurales du nord-est du département.

Faits et Chiffres
No 432
Paru le : 12/12/2011

La Mayenne est le département le moins peuplé des Pays de la Loire : ses 305 000 habitants représentent 8 % de la population régionale. Sa croissance démographique modérée, nettement moins dynamique qu'en Loire-Atlantique et en Vendée, est conforme à la moyenne nationale et à celle des départements voisins de la Sarthe et de Maine-et-Loire. Elle est portée essentiellement par le solde naturel, qui demeure assez élevé malgré une population plutôt âgée. Les Mayennais sont en effet plus âgés que la moyenne régionale, le vieillissement touchant surtout les zones rurales où vivent de nombreux retraités. Le faible solde migratoire contribue très peu à la croissance de sa population.

La Mayenne est un territoire où l'industrie et l'agriculture tiennent une place encore importante. Les emplois dans les fonctions de fabrication-BTP et surtout dans l'agriculture sont nettement plus répandus qu'au niveau national. L'économie du département crée relativement peu d'emplois, du fait notamment de la faible présence des secteurs du commerce et des services marchands, qui sont les plus dynamiques au niveau national et régional.

La Mayenne reste un département rural, avec la densité d'habitants la plus faible de la région (58 habitants au km²). Seulement 27 % des habitants de la Mayenne vivent dans un grand pôle urbain, contre 43 % au niveau régional. Le maillage territorial est assuré par l'agglomération de Laval (98 000 habitants) et les pôles d'emploi secondaires de Mayenne et Château-Gontier.

La pauvreté touche surtout les personnes âgées

Le niveau de vie médian des Mayennais est le plus faible des départements de la région. L'écart avec les standards de niveau de vie est particulièrement sensible pour les personnes âgées : le revenu médian déclaré par les ménages de 75 ans ou plus est inférieur de 11 % au revenu médian régional pour cette catégorie d'âge. Plus nombreux qu'ailleurs dans la région, les retraités de plus de 75 ans sont aussi plus pauvres que les personnes d'autres tranches d'âge et que leurs homologues des autres départements, vendéens exceptés. Cela est lié au nombre important d'agriculteurs retraités qui disposent de faibles pensions. Cette surreprésentation de personnes âgées pauvres explique que le taux de pauvreté en Mayenne est le plus élevé des départements de la région avec celui de la Sarthe, même s'il est nettement en dessous du niveau national.

Pour les autres catégories d'âge, si le niveau de vie médian reste légèrement inférieur à la norme régionale, le taux de pauvreté en est proche. Cela s'explique par une forte participation au marché du travail de l'ensemble des catégories de la population : le taux d'emploi des femmes est le plus élevé de la région, le taux de chômage est l'un des plus faibles des départements de France et le plus bas de la région. De surcroît, la proportion de familles monoparentales y est plus faible que dans les autres départements. En conséquence les bénéficiaires de minima sociaux sont particulièrement peu nombreux en Mayenne. Les personnes modestes rencontrent en outre moins de difficultés de logement que dans des départements plus urbains (hormis dans l'agglomération lavalloise). La taille des logements est bien adaptée aux caractéristiques des ménages occupants, l'offre de logements sociaux est suffisamment importante pour que les demandeurs soient rapidement satisfaits.

Des territoires spécifiques, assez préservés et équilibrés

Le département de la Mayenne se distingue assez nettement du reste de la région : la quasi-totalité de ses territoires sont ruraux avec un tissu productif équilibré et des populations plutôt préservées de la précarité. Ces territoires à la morphologie rurale dominante recouvrent ainsi l'ensemble du département, à l'exception de l'agglomération lavalloise et du nord-est (EPCI du Pays d'Evron, de Bais et de Villaines-la-Juhel). On ne retrouve pas ce type de territoire ailleurs dans la région, exception faite des communautés de communes sarthoises voisines du Pays de Loué et de Vègre et Champagne, et de celle de Ouest-Anjou dans le Maine-et-Loire. Si le niveau de vie médian dans ces territoires est faible, la fréquence des situations de pauvreté y est proche de la moyenne régionale. Le faible taux de chômage mayennais résulte d'une très bonne insertion des femmes sur le marché du travail et du maintien plus important qu'ailleurs des seniors dans l'emploi ; les jeunes, en revanche, quittent assez nombreux le département à la recherche d'un emploi plus conforme à leurs qualifications. Le tissu productif de ces territoires atteste d'une grande capacité à mobiliser les ressources humaines présentes.

Au nord-est du département, les communautés de communes du Pays d'Evron, de Bais et de Villaines-la-Juhel sont un peu plus confrontées aux situations de pauvreté que les autres territoires du département, avec une proportion de ménages à bas revenus plus élevée que dans les autres territoires ruraux. La précarité concerne plus particulièrement les jeunes, qui éprouvent souvent des difficultés pour s'insérer durablement sur le marché du travail.

L'agglomération lavalloise n'est pas épargnée par la pauvreté

Principal pôle urbain mayennais, l'agglomération de Laval rassemble des populations hétérogènes. Le niveau de vie médian y est nettement plus élevé que dans le reste du département, en raison du poids des cadres et des professions intermédiaires dans la population. La proportion de ménages pauvres n'y est pas plus élevée qu'ailleurs dans le département. Mais comme la plupart des agglomérations, le territoire concentre davantage de populations confrontées à une forte précarité. Ainsi dans l'agglomération de Laval, 7,3 % des moins de 65 ans bénéficient de la couverture maladie universelle complémentaire (accordée aux ménages dont les ressources sont inférieures à un seuil encore plus bas que le seuil de pauvreté), contre 4,4 % en moyenne départementale. De même, l'agglomération concentre les populations ayant des difficultés à se loger. En dépit d'un parc locatif social étendu, les demandes pour bénéficier d'un logement social sont nombreuses, les bénéficiaires du fonds de solidarité logement également.

Figure 1 – Huit familles de territoires au regard des disparités sociales

  • Source : Insee.

Figure 2 – Principaux indicateurs sociodémographiques

Principaux indicateurs sociodémographiques
Indicateur Mayenne Pays de la Loire France métropolitaine
Population (en milliers, au 1er janvier 2009) 305 3 538 62 474
Indice de vieillissement (nombre de 65 ans ou plus pour 100 moins de 20 ans, en 2007) 71,2 66,4 67,4
Population vivant dans les grands pôles urbains (en %, en 2008) 27,3 43,3 58,8
Part des ménages dont la personne de référence est employé ou ouvrier (en %, en 2007) 54,2 51,1 48
Niveau de vie médian par unité de consommation (en euros, en 2009) 18 011 18 668 19 074
Rapport interdécile des niveaux de vie (en 2009) 2,8 2,9 3,4
Taux de pauvreté (en %, en 2009) 12,2 11,2 13,5
Intensité de la pauvreté (en 2009) 16,9 16,8 19,1
Taux de chômage localisé (en %, au 2e trimestre 2011) 5,7 7,8 9,1
Part des ménages logés en parc locatif social (en %, au 1er janvier 2010) 12,5 13,6 16,8
Nombre de demandes DALO (droit au logement opposable) déposées (en moyenne par an, de 2008 à 2010) 33 2 393 n.d
  • n.d. : non disponible
  • Sources : Insee, estimations de population 2009 - recensements de la population 2007 et 2008 - revenus disponibles localisés 2009 - taux de chômage localisés ; SoeS/Dreal, enquête parc locatif social 2010 - demandes DALO.

Encadré

La démarche d'observation sociale des territoires

Des démarches d'observation sociale des territoires ont été réalisées entre 2002 et 2007 dans chacun des cinq départements de la région des Pays de la Loire. En 2011, les acteurs concernés, aux premiers rangs desquels la Direction régionale de la jeunesse, des sports et de la cohésion sociale (DRJSCS) et les directions départementales de la cohésion sociale, ont souhaité poursuivre cette démarche à travers une actualisation des indicateurs de disparités sociales des territoires. La présente étude constitue une déclinaison sur le département de la Sarthe d'une publication de la collection Insee Pays de la Loire Études, qui constitue une synthèse régionale des disparités sociales entre territoires. Outre ces deux études, d'autres éléments sont mis à disposition sur les sites www.insee.fr et www.pays-de-la-loire.drjscs.gouv.fr :

- les quatre autres déclinaisons départementales de la présente étude, également publiées dans la collection Insee Pays de la Loire Informations statistiques ;

- cinq cahiers départementaux, constitués principalement de cartes illustrant les indicateurs calculés pour chaque EPCI du département considéré ;

- l'ensemble des indicateurs calculés pour chaque EPCI de la région.

Définitions

Établissement public de coopération intercommunale (EPCI) : Les établissements publics de coopération intercommunale (EPCI) sont des regroupements de communes ayant pour objet l'élaboration de « projets communs de développement au sein de périmètres de solidarité ». Les communautés urbaines, communautés d'agglomération, communautés de communes, syndicats d'agglomération nouvelle, syndicats de communes et syndicats mixtes sont des EPCI.

Ménage : Un ménage, au sens statistique du terme, désigne l'ensemble des occupants d'un même logement sans que ces personnes soient nécessairement unies par des liens de parenté (en cas de cohabitation, par exemple). Un ménage peut être composé d'une seule personne.

Grand pôle urbain : Un grand pôle urbain est une unité urbaine comptant 10 000 emplois ou plus.

Taux d'emploi : Le taux d'emploi d'une classe d'individus est calculé en rapportant le nombre d'individus de la classe ayant un emploi au nombre total d'individus de la classe.

Taux de chômage : Le taux de chômage d'un territoire est le pourcentage de chômeurs dans la population active (actifs occupés + chômeurs) de ce territoire.

Niveau de vie : Le niveau de vie par unité de consommation s'obtient en divisant le revenu disponible du ménage par le nombre d'unités de consommation (UC). Les unités de consommation sont généralement calculées selon l'échelle d'équivalence dite de l'OCDE modifiée qui attribue 1 UC au premier adulte du ménage, 0,5 UC aux autres personnes de 14 ans ou plus et 0,3 UC aux enfants de moins de 14 ans. Le niveau de vie est le même pour tous les individus d'un même ménage.

Rapport interdécile : Le rapport interdécile des niveaux de vie D9/D1 rapporte le niveau de vie par unité de consommation au-dessus duquel se situent les 10 % de ménages les plus riches (neuvième décile ou D9) au niveau de vie en dessous duquel se situent les 10 % les plus pauvres (premier décile ou D1).

Taux de pauvreté : Le taux de pauvreté correspond à la proportion d'individus (ou de ménages) dont le niveau de vie est inférieur pour une année donnée à un seuil, dénommé seuil de pauvreté (exprimé en euros). Ce seuil est déterminé par rapport à la distribution des niveaux de vie de l'ensemble de la population. Le seuil de pauvreté retenu dans cette étude correspond à 60 % du niveau de vie médian, c'est-à-dire 954 euros par mois en 2009 en France.

Intensité de la pauvreté : L'intensité de la pauvreté permet d'apprécier à quel point le niveau de vie de la population pauvre est éloigné du seuil de pauvreté. L'Insee mesure cet indicateur comme l'écart relatif entre le niveau de vie médian de la population pauvre et le seuil de pauvreté. Formellement, il est calculé de la manière suivante : (seuil de pauvreté - niveau de vie médian de la population pauvre) / seuil de pauvreté. Plus cet indicateur est élevé et plus la pauvreté est dite intense, au sens où le niveau de vie des plus pauvres est très inférieur au seuil de pauvreté.

Bas revenus : Les foyers à bas revenus sont ceux dont le revenu par unité de consommation (RUC) est inférieur au seuil de bas revenus. Le RUC correspond à l'ensemble des ressources du foyer (revenus d'activité, prestations sociales, etc.) avant impôt rapporté au nombre d'unités de consommation du foyer. L'échelle d'équivalence utilisée est celle de l'OCDE modifiée, à laquelle la Caf rajoute 0,2 UC si la famille est monoparentale. On considère que toutes les personnes du foyer ont le même RUC. Le seuil de bas revenus est calculé chaque année à partir de l'Enquête revenus fiscaux et sociaux (ERFS). Il correspond à 60 % de la médiane des revenus par UC avant impôt observés au niveau national. Sur l'année de revenus 2009, il s'établit à 956 euros par UC et par mois.

Droit au logement opposable : Toute personne qui a effectué une demande de logement ou d'hébergement et qui n'a pas reçu de réponse adaptée à sa demande, c'est-à-dire tenant compte de ses besoins et capacités, peut saisir, à partir d'un délai plus ou moins long, une commission de médiation dans son département au titre du droit au logement opposable (DALO).

Fonctions : La répartition de l'emploi sur le territoire est le plus souvent analysée en fonction d'un découpage sectoriel, qui correspond à l'activité principale exercée par les établissements. Cette approche peut être complétée par une analyse des fonctions remplies par les actifs, résultant de la profession qu'ils occupent. L'ensemble des professions sont réparties en quinze fonctions, transversales par rapport aux secteurs d'activité.

Pour en savoir plus

Les indicateurs sociaux départementaux du Cnis, dans le dossier thématique Action sociale départementale.

Aides sociales à l'insertion et aux personnes âgées - Les situations contrastées des départements - Insee, Insee Première n°1346, avril 2011

Pauvreté et inégalités moins marquées dans les Pays de la Loire - Insee Pays de la Loire, Études n°71, septembre 2008

Observation sociale des territoires de la Sarthe - Insee Pays de la Loire, Dossier n°17, février 2006

Le SCoT du Pays du Mans face au défi de l'attractivité - Insee Pays de la Loire, Dossier n°39, février 2011

L'étude régionale et les autres Informations statistiques départementaux :

Pays de la Loire : moins de pauvreté et d'inégalités qu'ailleurs, malgré des disparités territoriales - Insee Pays de la Loire, Études n°100, décembre 2011

Observation sociale des territoires en Loire-Atlantique : précarité marquée au nord et dans la région nazairienne - Insee Pays de la Loire, Informations Statistiques n°430, décembre 2011

Observation sociale des territoires de Maine-et-Loire : précarité marquée à l'est du département - Insee Pays de la Loire, Informations Statistiques n°431, décembre 2011

Observation sociale des territoires de la Sarthe : la métropole mancelle concentre la majorité des ménages pauvres du département - Insee Pays de la Loire, Informations Statistiques n°433, décembre 2011

Observation sociale des territoires de la Vendée : précarité au sud, inégalités sur le littoral - Insee Pays de la Loire, Informations Statistiques n°434, décembre 2011