Observation sociale des territoires en Loire-Atlantique : précarité marquée au nord et dans la région nazairienne

Sébastien SEGUIN

La Loire-Atlantique est un département particulièrement dynamique, tant sur le plan démographique qu'économique. La métropole reliant Nantes à Saint-Nazaire en constitue la locomotive. Le niveau de vie de ses habitants est le plus élevé des départements de la région et la pauvreté y touche proportionnellement moins de ménages qu'ailleurs. La Loire-Atlantique n'est pas épargnée pour autant par les situations de pauvreté. Celle-ci touche davantage les grandes villes (Nantes, mais surtout Saint-Nazaire), ainsi que certaines zones rurales excentrées situées au nord du département. A contrario, les couronnes périurbaines qui entourent l'agglomération nantaise accueillent de nombreuses familles assez aisées. De leur côté, les territoires littoraux accueillent une population largement plus âgée que dans le reste du département et en moyenne assez aisée financièrement ; mais les inégalités de revenus y sont particulièrement marquées.

Faits et Chiffres
No 430
Paru le : 12/12/2011

Département le plus peuplé des Pays de la Loire, la Loire-Atlantique est particulièrement dynamique, tant sur le plan démographique qu'économique. Cette vitalité économique s'appuie sur un tissu productif assez diversifié et sur l'attractivité des territoires du département, en particulier de la métropole reliant Nantes à Saint-Nazaire, qui en constitue l'ossature. Les emplois dans les fonctions de conception-recherche, de professions intellectuelles supérieures, d'administration publique ou de commerce inter-entreprises y sont plus répandus qu'ailleurs dans la région. C'est par ailleurs le département de la région le plus « jeune » et le plus urbanisé : 59 % de la population réside dans un grand pôle urbain.

Le niveau de vie le plus élevé des départements de la région

Conséquence de ce dynamisme et de la structure du tissu économique local, le niveau de vie des habitants de la Loire-Atlantique est le plus élevé des départements de la région ; aussi la pauvreté y touche-t-elle moins de ménages qu'ailleurs. Si le chômage est un peu plus fréquent que dans les départements voisins de Mayenne et de Vendée, il reste largement inférieur à la moyenne nationale.

Pour autant et même si elles restent très en deçà des standards nationaux, la Loire-Atlantique n'est pas épargnée par les situations de pauvreté. Celles-ci touchent davantage les grandes villes, ainsi que certaines zones rurales excentrées. De plus, la problématique de l'accès au logement des populations modestes est particulièrement cruciale dans le département.

Précarité marquée dans la région nazairienne et au nord du département

C'est dans les territoires ruraux au nord du département (communautés de communes de Redon, de Derval et de Châteaubriant), ainsi que dans la Communauté d'agglomération de la région nazairienne et de l'estuaire (Carene), que la précarité est la plus marquée. Les familles d'ouvriers et d'employés y sont sur-représentées. La proportion de ménages à bas revenus y est nettement plus élevée qu'ailleurs dans le département ; elle va de pair avec des inégalités de revenus assez importantes. Cette précarité est liée notamment à une moins bonne insertion des jeunes sur le marché du travail, résultat notamment d'un déficit de qualification. L'offre d'emplois à temps plein et à durée indéterminée y est également moins abondante. Aussi ces territoires sont-ils caractérisés par un chômage assez élevé, qui touche davantage les hommes que les femmes et qui dure plus longtemps qu'ailleurs. La pauvreté touche aussi davantage les personnes âgées, qui sont plus nombreuses qu'ailleurs et touchent davantage le minimum vieillesse qu'en moyenne dans le reste du département.

En dehors de sa taille démographique, le territoire de Nantes Métropole est bien spécifique par rapport aux autres EPCI du département : il accueille à la fois de nombreux ménages aisés et des ménages confrontés à une pauvreté relativement intense par rapport à la moyenne régionale. La pauvreté se concentre surtout sur Nantes et la partie Ouest de sa proche banlieue. Elle touche notamment les familles monoparentales, plus nombreuses dans les agglomérations nantaise et nazairienne que dans le reste du département.

Ainsi les deux grandes agglomérations du département sont-elles marquées par de fortes inégalités de situations sociales : des zones urbaines sensibles côtoient des quartiers résidentiels ou d'habitat diversifié. Il en découle un nombre élevé de bénéficiaires des minima sociaux, un parc locatif social étendu et plus généralement des difficultés pour se loger : le nombre de demandes au titre du droit au logement opposable (DALO) y atteint un niveau élevé, en lien avec une faible rotation du parc locatif social et de nombreuses demandes pour bénéficier d'un logement social.

Des familles aisées dans la couronne nantaise

Un troisième type de territoires en Loire-Atlantique est constitué des couronnes périurbaines qui entourent l'agglomération nantaise. Cet espace accueille de nombreuses familles assez aisées, dont les deux parents travaillent en majorité dans les pôles d'emplois nantais ou nazairien. Profitant du dynamisme économique de la métropole Nantes-Saint-Nazaire, il est globalement épargné par la pauvreté et les inégalités de revenus y sont faibles. Parcourant des distances assez importantes pour rejoindre leur lieu de travail, le pouvoir d'achat des habitants les plus éloignés des pôles d'emploi est très lié au prix des carburants.

Enfin, les deux territoires littoraux que sont la communauté d'agglomération de la presqu'île de Guérande Atlantique et la communauté de communes de Pornic accueillent une population largement plus âgée que dans le reste du département et en moyenne assez aisée financièrement. Mais les inégalités de revenus y sont particulièrement marquées. De nombreux quinquagénaires et sexagénaires s'y sont installés pour prendre leur retraite, de sorte que le taux d'emploi des 55-64 ans y est bas. Ceux-ci cohabitent avec des actifs fréquemment à temps partiel ou qui alternent périodes d'activité et passages par le chômage, du fait de l'importance des contrats de courte durée dans les activités saisonnières sur le littoral.

Figure 1 – Huit familles de territoires au regard des disparités sociales

  • Source : Insee.

Figure 2 – Principaux indicateurs sociodémographiques

Principaux indicateurs sociodémographiques
Indicateur Loire-Atlantique Pays de la Loire France métropolitaine
Population (en milliers, au 1er janvier 2009) 1268 3 538 62 474
Indice de vieillissement (nombre de 65 ans ou plus pour 100 moins de 20 ans, en 2007) 58,8 66,4 67,4
Population vivant dans les grands pôles urbains (en %, en 2008) 59,3 43,3 58,8
Part des ménages dont la personne de référence est employé ou ouvrier (en %, en 2007) 46,5 51,1 48
Niveau de vie médian par unité de consommation (en euros, en 2009) 19 411 18 668 19 074
Rapport interdécile des niveaux de vie (en 2009) 3,0 2,9 3,4
Taux de pauvreté (en %, en 2009) 10,3 11,2 13,5
Intensité de la pauvreté (en 2009) 17,1 16,8 19,1
Taux de chômage localisé (en %, au 2e trimestre 2011) 7,9 7,8 9,1
Part des ménages logés en parc locatif social (en %, au 1er janvier 2010) 13,3 13,6 16,8
Nombre de demandes DALO (droit au logement opposable) déposées (en moyenne par an, de 2008 à 2010) 1961 2 393 n.d
  • n.d. : non disponible
  • Sources : Insee, estimations de population 2009 - recensements de la population 2007 et 2008 - revenus disponibles localisés 2009 - taux de chômage localisés ; SoeS/Dreal, enquête parc locatif social 2010 - demandes DALO.

Encadré

La démarche d'observation sociale des territoires

Des démarches d'observation sociale des territoires ont été réalisées entre 2002 et 2007 dans chacun des cinq départements de la région des Pays de la Loire. En 2011, les acteurs concernés, aux premiers rangs desquels la Direction régionale de la jeunesse, des sports et de la cohésion sociale (DRJSCS) et les directions départementales de la cohésion sociale, ont souhaité poursuivre cette démarche à travers une actualisation des indicateurs de disparités sociales des territoires. La présente étude constitue une déclinaison sur le département de la Sarthe d'une publication de la collection Insee Pays de la Loire Études, qui constitue une synthèse régionale des disparités sociales entre territoires. Outre ces deux études, d'autres éléments sont mis à disposition sur les sites www.insee.fr et www.pays-de-la-loire.drjscs.gouv.fr :

- les quatre autres déclinaisons départementales de la présente étude, également publiées dans la collection Insee Pays de la Loire Informations statistiques ;

- cinq cahiers départementaux, constitués principalement de cartes illustrant les indicateurs calculés pour chaque EPCI du département considéré ;

- l'ensemble des indicateurs calculés pour chaque EPCI de la région.

Définitions

Établissement public de coopération intercommunale (EPCI) : Les établissements publics de coopération intercommunale (EPCI) sont des regroupements de communes ayant pour objet l'élaboration de « projets communs de développement au sein de périmètres de solidarité ». Les communautés urbaines, communautés d'agglomération, communautés de communes, syndicats d'agglomération nouvelle, syndicats de communes et syndicats mixtes sont des EPCI.

Ménage : Un ménage, au sens statistique du terme, désigne l'ensemble des occupants d'un même logement sans que ces personnes soient nécessairement unies par des liens de parenté (en cas de cohabitation, par exemple). Un ménage peut être composé d'une seule personne.

Grand pôle urbain : Un grand pôle urbain est une unité urbaine comptant 10 000 emplois ou plus.

Taux d'emploi : Le taux d'emploi d'une classe d'individus est calculé en rapportant le nombre d'individus de la classe ayant un emploi au nombre total d'individus de la classe.

Taux de chômage : Le taux de chômage d'un territoire est le pourcentage de chômeurs dans la population active (actifs occupés + chômeurs) de ce territoire.

Niveau de vie : Le niveau de vie par unité de consommation s'obtient en divisant le revenu disponible du ménage par le nombre d'unités de consommation (UC). Les unités de consommation sont généralement calculées selon l'échelle d'équivalence dite de l'OCDE modifiée qui attribue 1 UC au premier adulte du ménage, 0,5 UC aux autres personnes de 14 ans ou plus et 0,3 UC aux enfants de moins de 14 ans. Le niveau de vie est le même pour tous les individus d'un même ménage.

Rapport interdécile : Le rapport interdécile des niveaux de vie D9/D1 rapporte le niveau de vie par unité de consommation au-dessus duquel se situent les 10 % de ménages les plus riches (neuvième décile ou D9) au niveau de vie en dessous duquel se situent les 10 % les plus pauvres (premier décile ou D1).

Taux de pauvreté : Le taux de pauvreté correspond à la proportion d'individus (ou de ménages) dont le niveau de vie est inférieur pour une année donnée à un seuil, dénommé seuil de pauvreté (exprimé en euros). Ce seuil est déterminé par rapport à la distribution des niveaux de vie de l'ensemble de la population. Le seuil de pauvreté retenu dans cette étude correspond à 60 % du niveau de vie médian, c'est-à-dire 954 euros par mois en 2009 en France.

Intensité de la pauvreté : L'intensité de la pauvreté permet d'apprécier à quel point le niveau de vie de la population pauvre est éloigné du seuil de pauvreté. L'Insee mesure cet indicateur comme l'écart relatif entre le niveau de vie médian de la population pauvre et le seuil de pauvreté. Formellement, il est calculé de la manière suivante : (seuil de pauvreté - niveau de vie médian de la population pauvre) / seuil de pauvreté. Plus cet indicateur est élevé et plus la pauvreté est dite intense, au sens où le niveau de vie des plus pauvres est très inférieur au seuil de pauvreté.

Bas revenus : Les foyers à bas revenus sont ceux dont le revenu par unité de consommation (RUC) est inférieur au seuil de bas revenus. Le RUC correspond à l'ensemble des ressources du foyer (revenus d'activité, prestations sociales, etc.) avant impôt rapporté au nombre d'unités de consommation du foyer. L'échelle d'équivalence utilisée est celle de l'OCDE modifiée, à laquelle la Caf rajoute 0,2 UC si la famille est monoparentale. On considère que toutes les personnes du foyer ont le même RUC. Le seuil de bas revenus est calculé chaque année à partir de l'Enquête revenus fiscaux et sociaux (ERFS). Il correspond à 60 % de la médiane des revenus par UC avant impôt observés au niveau national. Sur l'année de revenus 2009, il s'établit à 956 euros par UC et par mois.

Droit au logement opposable : Toute personne qui a effectué une demande de logement ou d'hébergement et qui n'a pas reçu de réponse adaptée à sa demande, c'est-à-dire tenant compte de ses besoins et capacités, peut saisir, à partir d'un délai plus ou moins long, une commission de médiation dans son département au titre du droit au logement opposable (DALO).

Fonctions : La répartition de l'emploi sur le territoire est le plus souvent analysée en fonction d'un découpage sectoriel, qui correspond à l'activité principale exercée par les établissements. Cette approche peut être complétée par une analyse des fonctions remplies par les actifs, résultant de la profession qu'ils occupent. L'ensemble des professions sont réparties en quinze fonctions, transversales par rapport aux secteurs d'activité.

Pour en savoir plus

Les indicateurs sociaux départementaux du Cnis, dans le dossier thématique Action sociale départementale.

Aides sociales à l'insertion et aux personnes âgées - Les situations contrastées des départements - Insee, Insee Première n°1346, avril 2011

Pauvreté et inégalités moins marquées dans les Pays de la Loire - Insee Pays de la Loire, Études n°71, septembre 2008

Observation sociale des territoires de la Sarthe - Insee Pays de la Loire, Dossier n°17, février 2006

Le SCoT du Pays du Mans face au défi de l'attractivité - Insee Pays de la Loire, Dossier n°39, février 2011

L'étude régionale et les autres Informations statistiques départementaux :

Pays de la Loire : moins de pauvreté et d'inégalités qu'ailleurs, malgré des disparités territoriales - Insee Pays de la Loire, Études n°100, décembre 2011

Observation sociale des territoires de Maine-et-Loire : précarité marquée à l'est du département - Insee Pays de la Loire, Informations Statistiques n°431, décembre 2011

Observation sociale des territoires de la Mayenne : des territoires ruraux spécifiques, assez préservés de la pauvreté - Insee Pays de la Loire, Informations Statistiques n°432, décembre 2011

Observation sociale des territoires de la Sarthe : la métropole mancelle concentre la majorité des ménages pauvres du département - Insee Pays de la Loire, Informations Statistiques n°433, décembre 2011

Observation sociale des territoires de la Vendée : précarité au sud, inégalités sur le littoral - Insee Pays de la Loire, Informations Statistiques n°434, décembre 2011