Observation sociale des territoires de Maine-et-Loire : précarité marquée à l'est du département

Guillaume COUTARD

Le Maine-et-Loire est un département au dynamisme démographique et à la vitalité économique modérés. Le niveau de vie des habitants y est relativement bas. La pauvreté, bien que largement moins présente qu'en moyenne nationale, y est plus élevée qu'en Loire-Atlantique et en Vendée. Celle-ci touche davantage l'agglomération angevine, ainsi que les zones rurales situées à l'est du département. La précarité est également présente, mais de façon moins marquée, au nord-ouest du département. A contrario, de nombreuses familles aisées habitent la couronne périurbaine située à l'est d'Angers. La pauvreté est peu marquée également dans l'espace périurbain situé entre Ancenis, Cholet et Angers.

Faits et Chiffres
No 431
Paru le : 12/12/2011

Le Maine-et-Loire se situe au 2e rang des départements les plus peuplés des Pays de la Loire, loin derrière la Loire-Atlantique. Sa croissance démographique est conforme à la moyenne nationale, mais elle est moins dynamique qu'en Loire-Atlantique et en Vendée. Elle est soutenue par un solde naturel assez élevé, tandis que le solde migratoire y est faible. La moindre attractivité du Maine-et-Loire peut s'expliquer par une vitalité économique modérée. Son tissu productif repose en grande partie sur des secteurs d'activité relativement peu porteurs, qui créent un nombre limité d'emplois. Les emplois dans les fonctions de fabrication et bâtiment-travaux publics, d'administration publique ou d'agriculture y sont plus répandus qu'en moyenne nationale. Or ces fonctions ont été davantage touchées que d'autres par des réductions d'effectifs ces dernières années.

Le département du Maine-et-Loire est structuré par une grande agglomération (Angers) et deux de taille moyenne (Cholet et Saumur). L'espace rural ou faiblement urbanisé y occupe une place encore assez importante avec plus de 60 % de la population ; seulement 39 % de la population réside dans un grand pôle urbain, soit 20 points de moins que la moyenne nationale. La population du Maine-et-Loire est en moyenne assez jeune, même si le vieillissement est marqué dans certaines zones rurales de la périphérie nord et est du département.

Un niveau de vie relativement bas

Conséquence du dynamisme économique modéré du Maine-et-Loire et de la surreprésentation d'activités à faible valeur ajoutée, le niveau de vie de ses habitants est inférieur à celui des départements voisins de la Sarthe, de la Vendée et surtout de la Loire-Atlantique. La pauvreté y touche relativement plus de ménages qu'en Loire-Atlantique et en Vendée, mais un peu moins qu'en Mayenne et dans la Sarthe et largement moins qu'en moyenne nationale. Ces situations de pauvreté sont davantage liées qu'ailleurs dans la région à l'occupation d'emplois précaires ou à du chômage de longue durée. La pauvreté touche à la fois les principales agglomérations et la partie rurale située à l'est du département. Bien que le Maine-et-Loire dispose du parc locatif social le plus important de la région relativement à la population, l'accès au logement reste difficile pour les ménages modestes, surtout dans les grandes agglomérations.

Précarité marquée à l'est du département

La précarité est la plus marquée dans les territoires ruraux situés à l'est du département (communautés de communes de Saumur, Loire-Longué, du canton de Noyant et du canton de Baugé), ainsi que dans la communauté de communes du Haut-Anjou. La proportion de ménages à bas revenus y est nettement plus élevée qu'ailleurs dans le département. Elle culmine ainsi dans la communauté de communes du canton de Noyant, où plus du quart des habitants vivent dans des foyers à bas revenus (contre 16 % en moyenne départementale). Conséquence de ces faibles revenus, beaucoup de ménages bénéficient de prestations sociales dans ces territoires. Les familles d'ouvriers et d'employés sont surreprésentées et assez souvent un seul parent travaille au sein de ces familles, les femmes ayant davantage de difficultés qu'ailleurs à trouver un emploi ; le niveau de vie médian y est donc assez faible. La relative rareté des offres d'emploi à temps plein et à durée indéterminée, dans l'agglomération de Saumur particulièrement, entraine un chômage assez élevé et plus long qu'ailleurs dans le département. Cette précarité est liée également à une moins bonne insertion des jeunes sur le marché du travail, résultat principalement d'un déficit de qualification. Ainsi, les jeunes habitants du Saumurois sont en proportion les plus nombreux de la région à sortir du système scolaire sans diplôme. La pauvreté touche aussi davantage les personnes âgées dans les EPCI du canton de Noyant, du canton de Baugé et Loire-Longué qu'en moyenne dans le reste du département.

La précarité est également présente, mais de façon moins marquée, au nord-ouest du département (communautés de communes du canton de Segré, de la région de Pouancé-Combrée et du canton de Candé), ainsi que dans les communautés de communes des Portes de l'Anjou et de la région de Doué-la-Fontaine. Le niveau de vie médian des habitants est assez faible sur ces territoires. Le risque de pauvreté concerne d'abord les jeunes, qui sont un peu plus fréquemment qu'ailleurs non diplômés et rencontrent davantage de difficultés pour s'insérer sur le marché du travail. Du fait du poids de l'industrie dans l'économie de ces territoires, notamment de l'agroalimentaire, les emplois proposés sont assez souvent des emplois temporaires d'ouvriers : intérim ou CDD.

Angers et Cholet ne sont pas épargnées par la pauvreté

Si les situations de pauvreté sont assez fréquentes dans l'agglomération saumuroise, elles sont également présentes dans les deux plus grandes agglomérations du département, à Cholet et surtout à Angers. Sur ces territoires, des ménages aisés aux revenus élevés côtoient des personnes aux revenus très modestes et touchées par la précarité. La pauvreté touche en particulier les familles monoparentales, qui sont particulièrement exposées. Le chômage est assez élevé à Angers où il touche durement la population : beaucoup d'enfants y vivent ainsi dans des familles où aucun des parents ne travaille. Les habitants qui ont un emploi ne sont pas épargnés par la précarité : les emplois de courte durée ou à temps partiel sont nombreux. Conséquence de cette pauvreté, beaucoup de ménages à bas revenus bénéficient de prestations sociales.

Les ressources financières limitées et la précarité de l'emploi rendent difficile l'accès à un logement convenable dans ces grandes agglomérations. Si les allocations de logement permettent d'atténuer le coût des loyers dans le parc privé, les habitants de la métropole angevine sont proportionnellement les plus nombreux de la région à vivre dans des logements de taille inférieure à la norme habituelle de confort. De nombreux ménages modestes sont par ailleurs logés dans le parc locatif social d'Angers, agglomération de la région où la densité en logements sociaux est la plus élevée avec celle du Mans. La rotation dans le parc locatif social des agglomérations est assez élevée, ce qui permet de mieux répondre aux nombreuses demandes de logements sociaux

Des familles aisées dans la couronne à l'est d'Angers

La pauvreté est peu présente dans la couronne périurbaine d'Angers et au sud-ouest du département, dans l'espace périurbain situé entre Ancenis, Cholet et Angers. Ces territoires accueillent une population plus souvent en emploi qu'ailleurs et donc moins touchée par le chômage. Les emplois occupés par la population y sont en outre moins précaires que dans les autres territoires. Les jeunes sont particulièrement bien insérés sur le marché du travail : ils sont en grande majorité diplômés et occupent un emploi. Quant aux seniors, ils restent plus souvent en emploi qu'ailleurs.

C'est dans la couronne périurbaine située à l'est d'Angers (communautés de communes Loire-Aubance, de la vallée Loire-Authion et Loir-et-Sarthe) que l'on trouve le plus de ménages aisés. Il s'agit de territoires où vit une population assez jeune, composée de nombreuses familles dont les deux parents travaillent, pour la plupart dans le pôle d'emploi angevin. Le pouvoir d'achat des ménages de ces territoires est néanmoins fragilisé par les distances assez importantes qui doivent être parcourues pour rejoindre son lieu de travail ou d'études.

Figure 1 – Huit familles de territoires au regard des disparités sociales

  • Source : Insee.

Figure 2 – Principaux indicateurs sociodémographiques

Principaux indicateurs sociodémographiques
Indicateur Maine-et-Loire Pays de la Loire France métropolitaine
Population (en milliers, au 1er janvier 2009) 779 3 538 62 474
Indice de vieillissement (nombre de 65 ans ou plus pour 100 moins de 20 ans, en 2007) 61,8 66,4 67,4
Population vivant dans les grands pôles urbains (en %, en 2008) 39,2 43,3 58,8
Part des ménages dont la personne de référence est employé ou ouvrier (en %, en 2007) 51,7 51,1 48
Niveau de vie médian par unité de consommation (en euros, en 2009) 18 233 18 668 19 074
Rapport interdécile des niveaux de vie (en 2009) 2,9 2,9 3,4
Taux de pauvreté (en %, en 2009) 11,8 11,2 13,5
Intensité de la pauvreté (en 2009) 16,7 16,8 19,1
Taux de chômage localisé (en %, au 2e trimestre 2011) 8,1 7,8 9,1
Part des ménages logés en parc locatif social (en %, au 1er janvier 2010) 18 13,6 16,8
Nombre de demandes DALO (droit au logement opposable) déposées (en moyenne par an, de 2008 à 2010) 117 2 393 n.d
  • n.d. : non disponible
  • Sources : Insee, estimations de population 2009 - recensements de la population 2007 et 2008 - revenus disponibles localisés 2009 - taux de chômage localisés ; SoeS/Dreal, enquête parc locatif social 2010 - demandes DALO.

Encadré

La démarche d'observation sociale des territoires

Des démarches d'observation sociale des territoires ont été réalisées entre 2002 et 2007 dans chacun des cinq départements de la région des Pays de la Loire. En 2011, les acteurs concernés, aux premiers rangs desquels la Direction régionale de la jeunesse, des sports et de la cohésion sociale (DRJSCS) et les directions départementales de la cohésion sociale, ont souhaité poursuivre cette démarche à travers une actualisation des indicateurs de disparités sociales des territoires. La présente étude constitue une déclinaison sur le département de la Sarthe d'une publication de la collection Insee Pays de la Loire Études, qui constitue une synthèse régionale des disparités sociales entre territoires. Outre ces deux études, d'autres éléments sont mis à disposition sur les sites www.insee.fr et www.pays-de-la-loire.drjscs.gouv.fr :

- les quatre autres déclinaisons départementales de la présente étude, également publiées dans la collection Insee Pays de la Loire Informations statistiques ;

- cinq cahiers départementaux, constitués principalement de cartes illustrant les indicateurs calculés pour chaque EPCI du département considéré ;

- l'ensemble des indicateurs calculés pour chaque EPCI de la région.

Définitions

Établissement public de coopération intercommunale (EPCI) : Les établissements publics de coopération intercommunale (EPCI) sont des regroupements de communes ayant pour objet l'élaboration de « projets communs de développement au sein de périmètres de solidarité ». Les communautés urbaines, communautés d'agglomération, communautés de communes, syndicats d'agglomération nouvelle, syndicats de communes et syndicats mixtes sont des EPCI.

Ménage : Un ménage, au sens statistique du terme, désigne l'ensemble des occupants d'un même logement sans que ces personnes soient nécessairement unies par des liens de parenté (en cas de cohabitation, par exemple). Un ménage peut être composé d'une seule personne.

Grand pôle urbain : Un grand pôle urbain est une unité urbaine comptant 10 000 emplois ou plus.

Taux d'emploi : Le taux d'emploi d'une classe d'individus est calculé en rapportant le nombre d'individus de la classe ayant un emploi au nombre total d'individus de la classe.

Taux de chômage : Le taux de chômage d'un territoire est le pourcentage de chômeurs dans la population active (actifs occupés + chômeurs) de ce territoire.

Niveau de vie : Le niveau de vie par unité de consommation s'obtient en divisant le revenu disponible du ménage par le nombre d'unités de consommation (UC). Les unités de consommation sont généralement calculées selon l'échelle d'équivalence dite de l'OCDE modifiée qui attribue 1 UC au premier adulte du ménage, 0,5 UC aux autres personnes de 14 ans ou plus et 0,3 UC aux enfants de moins de 14 ans. Le niveau de vie est le même pour tous les individus d'un même ménage.

Rapport interdécile : Le rapport interdécile des niveaux de vie D9/D1 rapporte le niveau de vie par unité de consommation au-dessus duquel se situent les 10 % de ménages les plus riches (neuvième décile ou D9) au niveau de vie en dessous duquel se situent les 10 % les plus pauvres (premier décile ou D1).

Taux de pauvreté : Le taux de pauvreté correspond à la proportion d'individus (ou de ménages) dont le niveau de vie est inférieur pour une année donnée à un seuil, dénommé seuil de pauvreté (exprimé en euros). Ce seuil est déterminé par rapport à la distribution des niveaux de vie de l'ensemble de la population. Le seuil de pauvreté retenu dans cette étude correspond à 60 % du niveau de vie médian, c'est-à-dire 954 euros par mois en 2009 en France.

Intensité de la pauvreté : L'intensité de la pauvreté permet d'apprécier à quel point le niveau de vie de la population pauvre est éloigné du seuil de pauvreté. L'Insee mesure cet indicateur comme l'écart relatif entre le niveau de vie médian de la population pauvre et le seuil de pauvreté. Formellement, il est calculé de la manière suivante : (seuil de pauvreté - niveau de vie médian de la population pauvre) / seuil de pauvreté. Plus cet indicateur est élevé et plus la pauvreté est dite intense, au sens où le niveau de vie des plus pauvres est très inférieur au seuil de pauvreté.

Bas revenus : Les foyers à bas revenus sont ceux dont le revenu par unité de consommation (RUC) est inférieur au seuil de bas revenus. Le RUC correspond à l'ensemble des ressources du foyer (revenus d'activité, prestations sociales, etc.) avant impôt rapporté au nombre d'unités de consommation du foyer. L'échelle d'équivalence utilisée est celle de l'OCDE modifiée, à laquelle la Caf rajoute 0,2 UC si la famille est monoparentale. On considère que toutes les personnes du foyer ont le même RUC. Le seuil de bas revenus est calculé chaque année à partir de l'Enquête revenus fiscaux et sociaux (ERFS). Il correspond à 60 % de la médiane des revenus par UC avant impôt observés au niveau national. Sur l'année de revenus 2009, il s'établit à 956 euros par UC et par mois.

Droit au logement opposable : Toute personne qui a effectué une demande de logement ou d'hébergement et qui n'a pas reçu de réponse adaptée à sa demande, c'est-à-dire tenant compte de ses besoins et capacités, peut saisir, à partir d'un délai plus ou moins long, une commission de médiation dans son département au titre du droit au logement opposable (DALO).

Fonctions : La répartition de l'emploi sur le territoire est le plus souvent analysée en fonction d'un découpage sectoriel, qui correspond à l'activité principale exercée par les établissements. Cette approche peut être complétée par une analyse des fonctions remplies par les actifs, résultant de la profession qu'ils occupent. L'ensemble des professions sont réparties en quinze fonctions, transversales par rapport aux secteurs d'activité.

Pour en savoir plus

Les indicateurs sociaux départementaux du Cnis, dans le dossier thématique Action sociale départementale.

Aides sociales à l'insertion et aux personnes âgées - Les situations contrastées des départements - Insee, Insee Première n°1346, avril 2011

Pauvreté et inégalités moins marquées dans les Pays de la Loire - Insee Pays de la Loire, Études n°71, septembre 2008

Observation sociale des territoires de la Sarthe - Insee Pays de la Loire, Dossier n°17, février 2006

Le SCoT du Pays du Mans face au défi de l'attractivité - Insee Pays de la Loire, Dossier n°39, février 2011

L'étude régionale et les autres Informations statistiques départementaux :

Pays de la Loire : moins de pauvreté et d'inégalités qu'ailleurs, malgré des disparités territoriales - Insee Pays de la Loire, Études n°100, décembre 2011

Observation sociale des territoires en Loire-Atlantique : précarité marquée au nord et dans la région nazairienne - Insee Pays de la Loire, Informations Statistiques n°430, décembre 2011

Observation sociale des territoires de la Mayenne : des territoires ruraux spécifiques, assez préservés de la pauvreté - Insee Pays de la Loire, Informations Statistiques n°432, décembre 2011

Observation sociale des territoires de la Sarthe : la métropole mancelle concentre la majorité des ménages pauvres du département - Insee Pays de la Loire, Informations Statistiques n°433, décembre 2011

Observation sociale des territoires de la Vendée : précarité au sud, inégalités sur le littoral - Insee Pays de la Loire, Informations Statistiques n°434, décembre 2011