Observation sociale des territoires de la Vendée : précarité au sud, inégalités sur le littoral

Ophélie KAISER

La Vendée bénéficie d'un fort dynamisme démographique et économique. Du fait d'un éventail resserré des niveaux de vie, la pauvreté y est dans l'ensemble moins fréquente qu'ailleurs dans la région. La Vendée présente néanmoins des disparités selon les territoires : le chômage touche plus de personnes au sud du département, tandis que le nord-est du département est plutôt préservé. Comme ailleurs, les principales agglomérations concentrent des populations pauvres. Le littoral vendéen, lui, présente un double visage, il accueille des retraités aisés et des actifs précaires.

Faits et Chiffres
No 434
Paru le : 12/12/2011

Comme l'ensemble de la région, la Vendée bénéficie d'une situation plutôt favorable sur le plan économique et social. Le département est particulièrement attractif pour la population. Sa croissance démographique élevée - la 4e plus forte des départements de France métropolitaine depuis le début des années 2000 - est due à l'attractivité qu'exerce la côte vendéenne sur les retraités, mais aussi à des arrivées d'actifs dans les territoires les plus proches de l'agglomération nantaise.

La Vendée reste un département sous faible influence urbaine : un quart seulement de la population vit dans de grands pôles urbains, soit la proportion la plus faible des départements de la région. Les Vendéens bénéficient dans l'ensemble de bonnes conditions de logement, l'habitat social et les logements de taille inférieure à la norme habituelle de confort étant moins nombreux dans les petites villes ou à la campagne.

La Vendée, un département dynamique

La Vendée est le département le plus créateur d'emplois dans la région depuis le début des années 2000, grâce au dynamisme de ses entreprises et à un tissu productif diversifié. Les emplois dans les fonctions de fabrication et BTP y sont plus répandus qu'ailleurs, en raison du caractère industriel prononcé de l'économie vendéenne et du dynamisme de la construction. Le chômage y est particulièrement faible par rapport au niveau régional et encore plus si on le compare au niveau national. Les jeunes non diplômés y sont rares, même si l'insertion des jeunes n'est pas toujours aisée.

En raison de la forte représentation des ouvriers et employés dans la population, le niveau de vie médian des Vendéens est inférieur à la moyenne régionale. Pour autant, grâce à un éventail des niveaux de vie resserré, la pauvreté touche proportionnellement moins de ménages que dans le Maine-et-Loire, la Sarthe et la Mayenne (10,9 % contre 11,8 % dans le premier département et 12,2 % dans les deux autres). La précarité est malgré tout présente, notamment dans certains territoires vendéens ruraux moins dynamiques et touchés par le chômage, ainsi que dans les pôles urbains qui concentrent comme ailleurs des populations défavorisées.

Précarité au sud du département

Les communautés de communes du Pays de Fontenay-le-Comte et du Pays Né de la Mer, situées au sud du département, sont les deux territoires vendéens les plus touchés par la précarité. La population y est plus souvent qu'ailleurs sans activité professionnelle. Le chômage est plus fréquent, surtout pour les femmes, et il dure plus longtemps. L'insertion des jeunes est aussi plus difficile, les jeunes sortant du système scolaire sans diplôme étant plus nombreux qu'ailleurs. Les familles monoparentales sont par ailleurs surreprésentées, les ménages à bas revenus et les bénéficiaires de prestations sociales aussi.

Les autres communautés de communes du sud de la Vendée, ainsi que celles du Canton de Palluau et du Marais Breton Nord, se caractérisent également par une précarité plus élevée que la moyenne régionale. Il s'agit de territoires ruraux où les emplois sont relativement rares et peu diversifiés. Le chômage de longue durée y est plus fréquent. La population y est relativement âgée et plus souvent pauvre. Ainsi, les personnes âgées de 75 ans ou plus ont les niveaux de vie les plus faibles du département dans les EPCI du Canton de Palluau et du Pays de la Châtaigneraie.

Principal pôle urbain vendéen, l'agglomération de La Roche-sur-Yon rassemble des populations hétérogènes. Le niveau de vie y est élevé, en raison du poids important des cadres et des professions intermédiaires dans la population. Mais comme toute agglomération, le territoire concentre davantage de populations précaires, notamment des familles monoparentales et des bénéficiaires de minima sociaux. On y trouve en outre davantage de logements de taille inférieure à la norme habituelle de confort qu'en moyenne ailleurs dans le département.

Fortes inégalités sur le littoral

Comme sur le littoral de la Loire-Atlantique, les territoires du littoral vendéen accueillent de nombreuses personnes âgées et une population plus aisée qu'à l'intérieur des terres. Les plus hauts niveau de vie du département se situent ainsi dans les communautés de communes du Pays de Saint-Gilles-Croix-de-Vie et des Olonnes. Sur le marché du travail, les actifs alternant contrats courts et chômage sont plus nombreux qu'ailleurs, en raison notamment de l'activité saisonnière liée au tourisme. Les inégalités de revenus sont particulièrement fortes et elles culminent dans la communauté de commune des Olonnes. Les familles monoparentales, traditionnellement plus fragiles, sont par ailleurs surreprésentées (23 % des familles contre 19 % dans l'agglomération de La Roche-sur-Yon).

Le nord-est de la Vendée préservé

Les territoires périurbains situés entre La Roche-sur-Yon et le sud de la Loire-Atlantique accueillent une population homogène et peu concernée par la précarité. Les jeunes comme les femmes y sont bien insérés professionnellement. Bien que les ouvriers et employés soient nombreux, on trouve peu de ménages à bas revenus et de bénéficiaires de minima sociaux. Sous influence de la métropole nantaise, le territoire de Montaigu est particulièrement dynamique et il accueille des ménages à niveau de vie élevé. Les inégalités de niveau de vie y sont peu marquées, à l'exception de celles entre les personnes âgées et le reste de la population. Le niveau de vie des plus de 75 ans est en effet relativement bas par rapport à celui des autres habitants.

Figure 1 – Huit familles de territoires au regard des disparités sociales

Figure 2 – Principaux indicateurs sociodémographiques

Principaux indicateurs sociodémographiques
Indicateur Vendée Pays de la Loire France métropolitaine
Population (en milliers, au 1er janvier 2009) 625 3 538 62 474
Indice de vieillissement (nombre de 65 ans ou plus pour 100 moins de 20 ans, en 2007) 81,9 66,4 67,4
Population vivant dans les grands pôles urbains (en %, en 2008) 24,4 43,3 58,8
Part des ménages dont la personne de référence est employé ou ouvrier (en %, en 2007) 54,3 51,1 48
Niveau de vie médian par unité de consommation (en euros, en 2009) 18 400 18 668 19 074
Rapport interdécile des niveaux de vie (en 2009) 2,8 2,9 3,4
Taux de pauvreté (en %, en 2009) 10,9 11,2 13,5
Intensité de la pauvreté (en 2009) 15,5 16,8 19,1
Taux de chômage localisé (en %, au 2e trimestre 2011) 7,5 7,8 9,1
Part des ménages logés en parc locatif social (en %, au 1er janvier 2010) 7,7 13,6 16,8
Nombre de demandes DALO (droit au logement opposable) déposées (en moyenne par an, de 2008 à 2010) 176 2 393 n.d.
  • n.d. : non disponible
  • Sources : Insee, estimations de population 2009 - recensements de la population 2007 et 2008 - revenus disponibles localisés 2009 - taux de chômage localisés ; SoeS/Dreal, enquête parc locatif social 2010 - demandes DALO.

Encadré

La démarche d'observation sociale des territoires

Des démarches d'observation sociale des territoires ont été réalisées entre 2002 et 2007 dans chacun des cinq départements de la région des Pays de la Loire. En 2011, les acteurs concernés, aux premiers rangs desquels la Direction régionale de la jeunesse, des sports et de la cohésion sociale (DRJSCS) et les directions départementales de la cohésion sociale, ont souhaité poursuivre cette démarche à travers une actualisation des indicateurs de disparités sociales des territoires. La présente étude constitue une déclinaison sur le département de la Vendée d'une publication de la collection Insee Pays de la Loire Études, qui constitue une synthèse régionale des disparités sociales entre territoires. Outre ces deux études, d'autres éléments sont mis à disposition sur les sites www.insee.fr et www.pays-de-la-loire.drjscs.gouv.fr :

- les quatre autres déclinaisons départementales de la présente étude, également publiées dans la collection Insee Pays de la Loire Informations statistiques ;

- cinq cahiers départementaux, constitués principalement de cartes illustrant les indicateurs calculés pour chaque EPCI du département considéré ; ;

- l'ensemble des indicateurs calculés pour chaque EPCI de la région.

Définitions

Établissement public de coopération intercommunale (EPCI) : Les établissements publics de coopération intercommunale (EPCI) sont des regroupements de communes ayant pour objet l'élaboration de « projets communs de développement au sein de périmètres de solidarité ». Les communautés urbaines, communautés d'agglomération, communautés de communes, syndicats d'agglomération nouvelle, syndicats de communes et syndicats mixtes sont des EPCI.

Ménage : Un ménage, au sens statistique du terme, désigne l'ensemble des occupants d'un même logement sans que ces personnes soient nécessairement unies par des liens de parenté (en cas de cohabitation, par exemple). Un ménage peut être composé d'une seule personne.

Grand pôle urbain : Un grand pôle urbain est une unité urbaine comptant 10 000 emplois ou plus.

Taux d'emploi : Le taux d'emploi d'une classe d'individus est calculé en rapportant le nombre d'individus de la classe ayant un emploi au nombre total d'individus de la classe.

Taux de chômage : Le taux de chômage d'un territoire est le pourcentage de chômeurs dans la population active (actifs occupés + chômeurs) de ce territoire.

Niveau de vie : Le niveau de vie par unité de consommation s'obtient en divisant le revenu disponible du ménage par le nombre d'unités de consommation (UC). Les unités de consommation sont généralement calculées selon l'échelle d'équivalence dite de l'OCDE modifiée qui attribue 1 UC au premier adulte du ménage, 0,5 UC aux autres personnes de 14 ans ou plus et 0,3 UC aux enfants de moins de 14 ans. Le niveau de vie est le même pour tous les individus d'un même ménage.

Rapport interdécile : Le rapport interdécile des niveaux de vie D9/D1 rapporte le niveau de vie par unité de consommation au-dessus duquel se situent les 10 % de ménages les plus riches (neuvième décile ou D9) au niveau de vie en dessous duquel se situent les 10 % les plus pauvres (premier décile ou D1).

Taux de pauvreté : Le taux de pauvreté correspond à la proportion d'individus (ou de ménages) dont le niveau de vie est inférieur pour une année donnée à un seuil, dénommé seuil de pauvreté (exprimé en euros). Ce seuil est déterminé par rapport à la distribution des niveaux de vie de l'ensemble de la population. Le seuil de pauvreté retenu dans cette étude correspond à 60 % du niveau de vie médian, c'est-à-dire 954 euros par mois en 2009 en France.

Intensité de la pauvreté : L'intensité de la pauvreté permet d'apprécier à quel point le niveau de vie de la population pauvre est éloigné du seuil de pauvreté. L'Insee mesure cet indicateur comme l'écart relatif entre le niveau de vie médian de la population pauvre et le seuil de pauvreté. Formellement, il est calculé de la manière suivante : (seuil de pauvreté - niveau de vie médian de la population pauvre) / seuil de pauvreté. Plus cet indicateur est élevé et plus la pauvreté est dite intense, au sens où le niveau de vie des plus pauvres est très inférieur au seuil de pauvreté.

Bas revenus : Les foyers à bas revenus sont ceux dont le revenu par unité de consommation (RUC) est inférieur au seuil de bas revenus. Le RUC correspond à l'ensemble des ressources du foyer (revenus d'activité, prestations sociales, etc.) avant impôt rapporté au nombre d'unités de consommation du foyer. L'échelle d'équivalence utilisée est celle de l'OCDE modifiée, à laquelle la Caf rajoute 0,2 UC si la famille est monoparentale. On considère que toutes les personnes du foyer ont le même RUC. Le seuil de bas revenus est calculé chaque année à partir de l'Enquête revenus fiscaux et sociaux (ERFS). Il correspond à 60 % de la médiane des revenus par UC avant impôt observés au niveau national. Sur l'année de revenus 2009, il s'établit à 956 euros par UC et par mois.

Droit au logement opposable : Toute personne qui a effectué une demande de logement ou d'hébergement et qui n'a pas reçu de réponse adaptée à sa demande, c'est-à-dire tenant compte de ses besoins et capacités, peut saisir, à partir d'un délai plus ou moins long, une commission de médiation dans son département au titre du droit au logement opposable (DALO).

Fonctions : La répartition de l'emploi sur le territoire est le plus souvent analysée en fonction d'un découpage sectoriel, qui correspond à l'activité principale exercée par les établissements. Cette approche peut être complétée par une analyse des fonctions remplies par les actifs, résultant de la profession qu'ils occupent. L'ensemble des professions sont réparties en quinze fonctions, transversales par rapport aux secteurs d'activité.

Pour en savoir plus

Les indicateurs sociaux départementaux du Cnis, dans le dossier thématique Action sociale départementale.

Aides sociales à l'insertion et aux personnes âgées - Les situations contrastées des départements - Insee Premières n°1346, avril 2011

Le zonage en aires urbaines 2010 : en Pays de la Loire, les villes tissent leur toile toujours plus loin - Insee Pays de la Loire, Études n°71, septembre 2008

Observation sociale des territoires de la Vendée - Insee Pays de la Loire, Dossier n°23, février 2008

Pays de la Loire : moins de pauvreté et d'inégalités qu'ailleurs, malgré des disparités territoriales - Insee Pays de la Loire, Études n°100, décembre 2011

Observation sociale des territoires en Loire-Atlantique : précarité marquée au nord et dans la région nazairienne - Insee Pays de la Loire, Informations Statistiques n°430, décembre 2011

Observation sociale des territoires de Maine-et-Loire : précarité marquée à l'est du département - Insee Pays de la Loire, Informations Statistiques n°431, décembre 2011

Observation sociale des territoires de la Mayenne : des territoires ruraux spécifiques, assez préservés de la pauvreté - Insee Pays de la Loire, Informations Statistiques n°432, décembre 2011

Observation sociale des territoires de la Sarthe : la métropole mancelle concentre la majorité des ménages pauvres du département - Insee Pays de la Loire, Informations Statistiques n°433, décembre 2011