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Insee Analyses Grand Est · Mars 2026 · n° 213
Insee Analyses Grand EstLe Luxembourg, première destination des professionnels de santé frontaliers du Grand Est

Sylvain Juliachs, Perrine Kauffmann (Insee)

En 2022, près de 10 600 professionnels de santé résident dans le Grand Est et travaillent dans un pays frontalier. Ils habitent presque tous dans les arrondissements frontaliers et leur principal pays de destination est le Luxembourg. La moitié de ceux qui travaillent en Allemagne ont la nationalité allemande, alors que ceux qui ont un emploi dans les autres pays frontaliers sont en très grande majorité français. La profession de santé la plus courante chez les travailleurs frontaliers est celle des infirmiers, en particulier des infirmiers en soins généraux. Ces personnes exercent à l’étranger dans un contexte de tensions sur l’emploi infirmier dans la région.

Insee Analyses Grand Est
No 213
Paru le :Paru le26/03/2026
Les données de l'infographie sont présentes dans l'onglet suivant : Étude
Publication rédigée par :Sylvain Juliachs, Perrine Kauffmann (Insee)

En zone frontalière, plus d’un professionnel de santé sur neuf travaille à l’étranger

En 2022, 167 000 professionnels de santé résident dans le Grand Est et 6,2 % d’entre eux travaillent dans un pays frontalier, soit environ 10 600 personnes (figure 1). Cette proportion a augmenté de 2 points en dix ans. Les professionnels de santé sont un peu moins concernés par le que l’ensemble des actifs en emploi de la région (6,2 % contre 8,9 %).

Le Grand Est est la région de France où la part des professionnels de santé frontaliers est la plus forte. En Bourgogne-Franche-Comté et en Auvergne-Rhône-Alpes, 4,4 % et 5,6 % des professionnels de santé se rendent en Suisse pour aller travailler. Dans les autres régions, moins de 2 % des professionnels de santé travaillent à l’étranger. Dans le Grand Est, ils résident presque tous (98 %) dans un arrondissement frontalier de la région ou dans celui de Metz. Pris ensemble, dans cette zone qui sera nommée par la suite « zone frontalière », 11,3 % des professionnels de santé travaillent de l’autre côté de la frontière.

Figure 1Nombre et part de travailleurs frontaliers selon le lieu de résidence et la profession

Nombre et part de travailleurs frontaliers selon le lieu de résidence et la profession - Lecture : En 2022, 10 600 professionnels de santé résidant dans le Grand Est travaillent dans un des pays frontaliers, soit 6,2 % de l’ensemble des professionnels de santé de la région ; 6,8 % des professionnels de santé résidant dans un arrondissement frontalier de la Belgique travaillent en Belgique.
Lieu de résidence Professionnels de santé frontaliers résidant dans le territoire et travaillant dans le pays limitrophe Actifs en emploi résidant dans le territoire et travaillant dans le pays limitrophe
Nombre en 2022 Part en 2022 (en %) Part en 2012 (en %) Part en 2022 (en %) Part en 2012 (en %)
Arrondissements frontaliers à la Belgique 900 6,8 5,9 4,4 4,5
Arrondissements frontaliers à l’Allemagne 2 000 3,1 2,4 5,1 5,1
Arrondissements frontaliers à la Suisse 1 800 15,4 11,3 21,2 18,5
Arrondissements frontaliers au Luxembourg 4 600 36,8 24,3 43,8 31,4
Arrondissement de Metz* 800 6,7 2,8 10,5 6,4
Zone frontalière 10 400 11,3 7,6 15,8 12,6
Grand Est 10 600 6,2 4,1 8,9 7,0
  • * Pour l'arrondissement de Metz, le Luxembourg est considéré comme étant le pays limitrophe.
  • Note : 300 professionnels de santé frontaliers habitent la zone frontalière, mais ne travaillent pas dans le pays limitrophe à leur arrondissement de résidence.
  • Lecture : En 2022, 10 600 professionnels de santé résidant dans le Grand Est travaillent dans un des pays frontaliers, soit 6,2 % de l’ensemble des professionnels de santé de la région ; 6,8 % des professionnels de santé résidant dans un arrondissement frontalier de la Belgique travaillent en Belgique.
  • Champ : Actifs en emploi résidant dans le Grand Est.
  • Source : Insee, recensement de la population 2012 et 2022, exploitation principale et complémentaire.

Le Luxembourg attire plus de la moitié des professionnels de santé frontaliers

Le Luxembourg est le pays frontalier le plus attractif pour les professionnels de santé : plus de la moitié des frontaliers y exercent. La Suisse et l’Allemagne en accueillent chacune environ un cinquième, contre un dixième pour la Belgique. Cette attractivité est particulièrement marquée dans les arrondissements frontaliers du Luxembourg, où 37 % des professionnels de santé y résidant vont travailler de l’autre côté de la frontière, et, dans une moindre mesure, dans les arrondissements limitrophes de la Suisse, où cette part atteint 15 %.

La moitié des professionnels de santé exerçant en Allemagne ont la nationalité allemande

La répartition par nationalité des professionnels de santé frontaliers varie fortement selon le pays de travail. L’Allemagne se distingue nettement des autres pays frontaliers : la moitié des professionnels de santé y exerçant a la nationalité allemande (figure 2). Cette situation contraste avec celle observée en Belgique, en Suisse et surtout au Luxembourg, où les flux sont très majoritairement composés de professionnels de santé de nationalité française.

Les professionnels français représentent près de 93 % des entrants au Luxembourg, 83 % en Belgique, 80 % en Suisse et 42 % en Allemagne. Cette spécificité allemande peut s’expliquer en partie par le coût du logement supérieur outre-Rhin ou la barrière de la langue, en particulier pour des professions utilisant un vocabulaire technique ; de plus, les salaires y sont moins attractifs qu’en Suisse pour les Français qui parlent allemand.

Par ailleurs, les professionnels de santé de la zone frontalière travaillant à l’étranger ont des caractéristiques proches de ceux exerçant en France. La proportion de femmes est quasiment la même quel que soit le pays de travail (80 %) mais ils sont en moyenne légèrement plus jeunes (40,5 ans contre 41,5 ans).

Figure 2Répartition des professionnels de santé vivant en zone frontalière et travaillant dans un pays frontalier, selon le pays de travail et la nationalité

(en %)
Répartition des professionnels de santé vivant en zone frontalière et travaillant dans un pays frontalier, selon le pays de travail et la nationalité ((en %)) - Lecture : 50 % des professionnels de santé travaillant en Allemagne sont allemands.
Pays de travail Française Allemande Belge Suisse Luxembourgeoise Autre Ensemble
Luxembourg 93 0 2 0 2 3 100
Belgique 83 0 16 0 1 0 100
Suisse 80 8 1 6 0 5 100
Allemagne 42 50 0 0 1 7 100
  • Lecture : 50 % des professionnels de santé travaillant en Allemagne sont allemands.
  • Champ : Professionnels de santé résidant dans les arrondissements de la zone frontalière et travaillant dans un pays frontalier.
  • Source : Recensement de la population 2022, exploitation complémentaire.

Figure 2Répartition des professionnels de santé vivant en zone frontalière et travaillant dans un pays frontalier, selon le pays de travail et la nationalité

  • Lecture : 50 % des professionnels de santé travaillant en Allemagne sont allemands.
  • Champ : Professionnels de santé résidant dans les arrondissements de la zone frontalière et travaillant dans un pays frontalier.
  • Source : Recensement de la population 2022, exploitation complémentaire.

Les infirmiers sont surreprésentés parmi les professionnels de santé frontaliers

Dans la zone frontalière, les infirmiers constituent la première profession de santé : ils représentent 36 % des professionnels de santé qui y résident, et 53 % des professionnels de la santé frontaliers (figure 3). Parmi eux, les infirmiers en soins généraux sont de loin les plus nombreux : environ 4 600 exercent dans un pays voisin, sur un total de 5 500 infirmiers travaillant à l’étranger. Parmi les infirmiers en soins généraux, 21 % franchissent la frontière quotidiennement, contre 16 % de l’ensemble des actifs en emploi résidant dans la zone frontalière.

Le nombre d’infirmiers salariés en soins généraux travaillant à l’étranger a presque doublé en dix ans. Toutes professions confondues, c’est la deuxième profession la plus courante chez les travailleurs frontaliers, derrière les ouvriers du nettoyage (4 900 personnes). Les aides-soignants sont également nombreux à exercer à l’étranger, avec 2 200 personnes concernées, soit 10 % des aides-soignants résidant dans la zone frontalière. Ensemble, les infirmiers en soins généraux et les aides-soignants représentent près des deux tiers des professionnels de santé frontaliers. À l’inverse, la part des médecins travailleurs frontaliers est relativement faible, en particulier celle des médecins libéraux : moins de 3 % de ceux qui résident dans la zone frontalière travaillent à l’étranger, contre près de 9 % des médecins salariés, soit 520 personnes (dont 60 % qui travaillent en Allemagne).

Le Luxembourg attire 60 % des infirmiers en soins généraux résidant dans la zone frontalière et travaillant à l’étranger, suivi de la Suisse et de la Belgique (environ 15 % pour chaque pays) ; les 10 % restants partent travailler en Allemagne.

Figure 3Effectifs et répartition des professionnels de santé vivant en zone frontalière en 2022

Effectifs et répartition des professionnels de santé vivant en zone frontalière en 2022 - Lecture : 5 490 infirmiers travaillent dans un pays frontalier et ils représentent 52,9 % des professionnels de santé vivant en zone frontalière et travaillant à l’étranger.
Profession Professionnels de santé travaillant dans un pays frontalier Professionnels de santé travaillant en France Ensemble des professionnels de santé de la zone frontalière
Effectifs Part en % Effectifs Part en % Effectifs Part en %
Infirmiers 5 490 52,9 27 200 34,3 32 690 36,4
Aides-soignants 2 150 20,7 18 520 23,3 20 680 23,0
Médecins 660 6,4 10 770 13,5 11 430 12,7
Masseur-kinésithérapeute rééducateur 550 5,3 4 320 5,4 4 870 5,4
Pharmaciens 490 4,7 3 100 3,9 3 590 4,0
Autres professions 1 030 9,9 15 480 19,5 16 500 18,4
Ensemble 10 370 100 79 390 100 89 760 100,0
  • Lecture : 5 490 infirmiers travaillent dans un pays frontalier et ils représentent 52,9 % des professionnels de santé vivant en zone frontalière et travaillant à l’étranger.
  • Champ : Professionnels de santé résidant dans les arrondissements de la zone frontalière.
  • Source : Recensement de la population 2022, exploitation principale et complémentaire.

Autour des frontières suisse et luxembourgeoise, une accessibilité restreinte aux professionnels de santé

Les navettes sortantes des professionnels de santé vers l’étranger ne sont pas compensées par des entrées. Moins de 300 professionnels de santé salariés résident dans les pays frontaliers et travaillent en France en 2022. Cette perte nette peut avoir une incidence sur l’accès aux soins des habitants de la région. Dans le Grand Est, 28 % de la population habite dans une commune pour au moins un type de professionnel de santé. Dans l’arrondissement d’Altkirch, frontalier de la Suisse, cette proportion s’élève à 58 %. Dans celui de Val-de-Briey, frontalier du Luxembourg, cette part est de 70 %. La situation est encore plus difficile tout près de la frontière : toute la population résidant dans une commune frontalière du Luxembourg ou de la Suisse vit dans une commune sous-dotée pour au moins un type de professionnel de santé.

Les travailleurs frontaliers peuvent, avec leur famille, bénéficier de soins dans le pays de travail où ils sont assurés, et ainsi alléger la charge des professionnels de santé résidant en France. Cependant, même si ce recours est de plus en plus fréquent, il reste limité. Par exemple, selon l’Inspection générale de la Sécurité sociale (IGSS), 29 % des assurés de l’assurance maladie luxembourgeoise résidant en France ont reçu des soins médicaux au Luxembourg en 2022, contre 78 % en France. Cela peut refléter le fait que de nombreux soins, notamment de suivi ou de proximité, sont plus fréquemment réalisés près du domicile que du lieu de travail.

Les communes frontalières du Luxembourg et de la Suisse sont particulièrement exposées à une sous-dotation en (figure 4) : 57 % de la population des communes frontalières du Luxembourg vit dans une commune sous-dotée en infirmiers de ce type et 100 % des habitants des communes frontalières de la Suisse.

Même si peu d’infirmiers frontaliers exercent hors hôpital, certains infirmiers salariés travaillant à l’étranger auraient probablement exercé en libéral dans ces communes, s’ils avaient travaillé en France.

Figure 4Accessibilité potentielle localisée aux infirmiers exerçant hors hôpital par commune en 2023

  • Note 1 : Les données détaillées de la carte sont disponibles dans le fichier de données à télécharger.
  • Note 2 : Une commune est considérée comme sous-dotée si l’indicateur d’accessibilité potentielle localisée est inférieur à 82 ETP pour 100 000 habitants.
  • Lecture : En 2023, dans la commune de Metz, 190 équivalent temps plein d’infirmiers exerçant hors hôpital sont disponibles pour 100 000 habitants.
  • Sources : Cnam, Sniiram 2023, EGB 2018 ; Insee, recensement de la population 2021, distancier Metric-OSRM ; traitements Drees.

Les navettes vers l’étranger accentuent les tensions sur l’emploi infirmier dans le Grand Est

Dans le Grand Est, les arrondissements frontaliers du Luxembourg sont les plus concernés par les départs d’infirmiers vers l’étranger (figure 5). À Thionville et Val-de-Briey, plus de trois infirmiers en soins généraux sur cinq travaillent hors de France. Depuis l’arrondissement de Thionville, les infirmiers se dirigent presque exclusivement vers le Luxembourg, malgré la proximité de l’Allemagne. Depuis Val-de-Briey, la majorité des infirmiers partent également vers le Grand-Duché et un cinquième se rend en Belgique.

Les infirmiers résidant en France représentent ainsi une part importante des effectifs exerçant au Luxembourg : un infirmier sur trois habite en France, aussi bien pour ceux qui travaillent dans le secteur hospitalier que pour l’ensemble des infirmiers actifs au Luxembourg.

Figure 5Proportion d’infirmiers en soins généraux salariés travaillant dans un pays frontalier par arrondissement de résidence en 2022

Proportion d’infirmiers en soins généraux salariés travaillant dans un pays frontalier par arrondissement de résidence en 2022 - Lecture : 61,4 % des infirmiers en soins généraux salariés résidant dans l’arrondissement de Val-de-Briey travaillent dans un pays frontalier. Parmi eux, 160 travaillent en Belgique.
Code arrondissement Arrondissement Part de frontaliers (en %) Nombre de frontaliers par pays de destination
Allemagne Belgique Luxembourg Suisse
541 Val-de-Briey 61,4 / 160 640 /
577 Thionville 61,2 / / 1620 /
681 Altkirch 28,1 / / / 170
083 Sedan 27,1 / 120 /
684 Mulhouse 24,5 / / / 500
576 Sarreguemines 18,7 190 / 80 /
573 Forbach-Boulay-Moselle 16,1 190 / / /
081 Charleville-Mézières 14,1 / 160 / /
579 Metz 13,4 / / 370 /
553 Verdun 9,8 / 50 / /
672 Haguenau-Wissembourg 8,0 160 / / /
682 Colmar-Ribeauvillé 3,8 / / / /
686 Thann-Guebwiller 3,2 / / / /
552 Commercy 2,1 / / / /
575 Sarrebourg-Château-Salins 2,0 / / / /
678 Strasbourg 1,2 / / / /
675 Sélestat-Erstein 1,0 / / / /
542 Lunéville 0,9 / / / /
882 Neufchâteau 0,8 / / / /
881 Épinal 0,3 / / / /
543 Nancy 0,1 / / / /
082 Rethel 0,0 / / / /
084 Vouziers 0,0 / / / /
101 Bar-sur-Aube 0,0 / / / /
102 Nogent-sur-Seine 0,0 / / / /
103 Troyes 0,0 / / / /
511 Châlons-en-Champagne 0,0 / / / /
512 Épernay 0,0 / / / /
513 Reims 0,0 / / / /
514 Vitry-le-François 0,0 / / / /
521 Chaumont 0,0 / / / /
522 Langres 0,0 / / / /
523 Saint-Dizier 0,0 / / / /
544 Toul 0,0 / / / /
551 Bar-le-Duc 0,0 / / / /
673 Molsheim 0,0 / / / /
674 Saverne 0,0 / / / /
883 Saint-Dié-des-Vosges 0,0 / / / /
  • / : Absence de résultats due à la nature des choses ou non disponible.
  • Lecture : 61,4 % des infirmiers en soins généraux salariés résidant dans l’arrondissement de Val-de-Briey travaillent dans un pays frontalier. Parmi eux, 160 travaillent en Belgique.
  • Champ : Infirmiers en soins généraux salariés résidant dans les arrondissements de la zone frontalière.
  • Source : Recensement de la population 2022, exploitation principale et complémentaire.

Figure 5Proportion d’infirmiers en soins généraux salariés travaillant dans un pays frontalier par arrondissement de résidence en 2022

  • Note : Seuls les flux sortants supérieurs à 50 actifs ont été représentés.
  • Lecture : 61,4 % des infirmiers en soins généraux salariés résidant dans l’arrondissement de Val-de-Briey travaillent dans un pays frontalier. Parmi eux, 160 travaillent en Belgique.
  • Champ : Infirmiers en soins généraux salariés résidant dans les arrondissements de la zone frontalière.
  • Source : Recensement de la population 2022, exploitation principale et complémentaire.

Le fait que ces infirmiers aillent travailler de l’autre côté de la frontière contribue à renforcer les tensions sur l’emploi infirmier côté Grand Est. Par rapport aux pays voisins de la région, la France est le pays où la densité d’infirmiers par habitant est la plus basse : en 2021, en moyenne, on compte 8,8 infirmiers pour 1 000 habitants, contre 11,6 en Belgique, 12 en l’Allemagne, 13,8 au Luxembourg et 18 en Suisse (source Eurostat). La profession d’infirmier est classée parmi celles qui rencontrent des difficultés de recrutement dans le Grand Est (d’après l’Ouvrir dans un nouvel ongletarrêté du 21 mai 2025 ) et est considérée en tension extrême par la Dares [Rousseau L., Manné I., 2022 ; pour en savoir plus (7)]. Elle est aussi considérée en très forte pénurie dans le Grand-Duché de Luxembourg. Malgré cela, l’offre de formation y est limitée : en 2023, 10,2 infirmiers ont été diplômés pour 100 000 habitants. Pour la France et les autres pays frontaliers, ce ratio est environ quatre fois plus élevé.

Le Grand Est n’est pas la seule région concernée par ces mobilités. La Belgique attire également des infirmiers en soins généraux des Hauts-de-France, notamment dans l’arrondissement d’Avesnes-sur-Helpe. De même, la Suisse recrute des infirmiers de Bourgogne-Franche-Comté, en particulier dans l’arrondissement de Pontarlier, ainsi qu’en Auvergne-Rhône-Alpes, dans les arrondissements de Gex et de Saint-Julien-en-Genevois. Dans ces deux pays, comme au Luxembourg, la rémunération des infirmiers est plus favorable qu’en France. En Belgique et en Suisse, le revenu brut des infirmiers travaillant à l’hôpital est environ deux fois plus élevé que celui de leurs collègues travaillant en France, et près de trois fois plus élevé au Luxembourg. L’écart est plus modéré en Allemagne, où les infirmiers travaillant à l’hôpital gagnent environ 40 % de plus qu’en France (source OCDE).

Encadré - Une offre de soins contrastée entre les quatre pays

Les dépenses de santé par habitant sont plus importantes dans les pays frontaliers du Grand Est qu’en France. En 2023, elles s’échelonnent de 4 400 en France à 5 900 en Suisse. Depuis 2015, elles ont augmenté dans l’ensemble des pays frontaliers, plus rapidement qu’en France (source Eurostat).

Les capacités de soins varient également selon les pays. L’Allemagne dispose du plus grand nombre de lits d’hôpitaux (770 pour 100 000 habitants), loin devant la France et la Belgique (environ 540), tandis que la Suisse en compte 440 et le Luxembourg moins de 400.

En outre, les Français sont les moins satisfaits de la disponibilité des soins. En 2024, seuls 60 % estiment l’offre suffisante, contre plus de 80 % en Allemagne et près de 90 % en Suisse. Cette satisfaction a nettement reculé en France en dix ans. En conséquence, 4 % des Français déclarent avoir renoncé à des soins, une proportion trois à cinq fois plus élevée que dans les pays frontaliers, principalement pour des raisons financières ou de délais (source OCDE).

Publication rédigée par :Sylvain Juliachs, Perrine Kauffmann (Insee)
Publication rédigée par :Sylvain Juliachs, Perrine Kauffmann (Insee)

Sources

Cette étude repose sur les exploitations principales et complémentaires des recensements de 2012 et 2022. Le recensement de la population permet de connaître la population de la France, dans sa diversité et son évolution. Il fournit des statistiques sur le nombre d’habitants et sur leurs caractéristiques : répartition par sexe et âge, professions exercées, conditions de logement, modes de transport, déplacements domicile-travail ou domicile-études, etc.

Les données relatives aux revenus des infirmiers, aux nombres de lits d’hôpitaux et à la satisfaction des systèmes de santé proviennent de l’OCDE qui est une organisation internationale chargée de promouvoir les bonnes pratiques en matière de bien-être économique et social. Elle publie de nombreuses données en la matière (études, statistiques, évaluations…).

Les données relatives aux dépenses de santé, à la densité et la formation des infirmiers proviennent d’Eurostat qui est l’autorité statistique communautaire désignée par la Commission européenne pour développer, produire et diffuser des statistiques européennes.

L’Inspection générale de la sécurité sociale (IGSS) assure le contrôle des institutions de sécurité sociale du Grand-Duché du Luxembourg. Elle réalise des analyses et études à des fins d’évaluation et de planification des régimes de protection sociale tant au niveau national qu’international.

Définitions

Dans cette étude, un travailleur frontalier (ou un frontalier) est une personne qui réside en France et qui travaille dans un pays voisin (Suisse, Luxembourg, Belgique ou Allemagne).

Pour les médecins généralistes, une commune est considérée comme sous-dotée si l’indicateur d’accessibilité potentielle localisée est inférieur à 2,5 consultations [Kauffmann P., Richard M., 2025; pour en savoir plus (3)]. Pour les infirmiers, une commune est considérée comme sous-dotée si sa population fait partie des 17,5 % de la population française ayant l’accessibilité la plus faible, ce qui correspond à moins de 82 équivalents temps plein (ETP) disponibles pour 100 000 habitants. La logique est la même pour les kinésithérapeutes et les sages-femmes, le seuil étant de 12,5 %, le nombre d’ETP disponibles s’établissant à 55 et 12. Et pour les dentistes, le seuil est de 10 %, soit 24 ETP pour 100 000 habitants.

Les infirmiers exerçant hors hôpital sont ceux exerçant à titre libéral ou salariés d’un centre de santé.

Le standard de pouvoir d’achat (SPA) est une unité monétaire artificielle qui élimine les différences de niveaux de prix entre les pays. Ainsi, un SPA permet d’acheter le même volume de biens et de services dans tous les pays. Cette unité permet des comparaisons significatives, en volume, des indicateurs économiques entre les pays.

Pour en savoir plus

(1) Retrouvez davantage de données associées à cette publication en téléchargement.

(2) « Ouvrir dans un nouvel ongletPanorama de la santé 2025 », OCDE, novembre 2025.

(3) Kauffmann P., Richard M., « Dans le Grand Est, un quart des habitants des espaces ruraux sont éloignés d’un professionnel de santé », Insee Analyses Grand Est no 199, septembre 2025.

(4) Kauffmann P., Richard M., « Dans le Grand Est, des généralistes proches des habitants, mais peu disponibles et de plus en plus âgés », Insee Analyses Grand Est no 200, septembre 2025.

(5) « Ouvrir dans un nouvel ongletLes tensions sur le marché du travail en 2023 - Stabilisation à un niveau élevé », Dares, avril 2025.

(6) Razafindramanana O., Rousseau L., « En vingt ans, des travailleurs frontaliers plus nombreux et plus qualifiés », Insee Analyses Grand Est no 167, octobre 2023.

(7) Rousseau L., Manné I., « Les métiers en forte tension dans le Grand Est : des recrutements plus souvent en contrat stable », Insee Analyses Grand Est no 152, décembre 2022.