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Insee Analyses Corse · Février 2026 · n° 64
Insee Analyses CorseEn 2026, 500 femmes de plus doivent intégrer les conseils municipaux de Corse

Stéphane Luquet (Insee)

Les 15 et 22 mars 2026, les électeurs de Corse renouvellent les conseils municipaux des 360 communes de l’île. Ce scrutin est le premier pour lequel la parité des listes est obligatoire dans toutes les communes, y compris celles de moins de 1 000 habitants. En Corse, 500 femmes de plus doivent donc accéder aux mandats électoraux. En 2025, les femmes représentent 38 % des élus municipaux insulaires. Seules 12 % des maires sont des femmes. Cette proportion stagne depuis 2014, alors qu’elle progresse régulièrement dans l’Hexagone. L’écart entre l’île et le continent s’est ainsi creusé de cinq à neuf points en dix ans. Les conseils municipaux corses se caractérisent également par une surreprésentation des élus âgés. Enfin, les cadres et professions intellectuelles supérieures dominent largement les assemblées communales, tandis que les ouvriers en sont quasiment absents.

Insee - Parité dans les conseils municipaux de Corse en 2026.
Publication rédigée par :Stéphane Luquet (Insee)

En 2026, la parité sera obligatoire dans toutes les communes

Les élections municipales de mars 2026 marqueront un tournant majeur pour la représentation des femmes dans les conseils municipaux. La loi du 21 mai 2025 impose désormais la parité lors de la constitution des listes électorales dans toutes les communes, quel que soit leur nombre d’habitants (encadré). Jusqu’à présent, seules les communes de 1 000 habitants ou plus étaient soumises à cette obligation. L’extension de la parité à l’ensemble des communes représente un changement considérable pour la Corse, où la grande majorité des municipalités sont concernées par cette nouvelle règle. Sur l’île, huit communes sur dix comptent moins de 1 000 habitants, contre sept sur dix dans l’Hexagone.

En 2025, 4 000 personnes siègent dans les conseils municipaux en Corse. L’île compte ainsi 360 , 1 000 adjoints et 2 700 . Les 304 communes de moins de 1 000 habitants concentrent 70 % des élus (figure 1).

Figure 1Élus selon leur fonction et la taille de la commune

(en nombre)
Élus selon leur fonction et la taille de la commune ((en nombre))
Population communale Maire Adjoint Conseiller Ensemble
Moins de 1 000 habitants 304 664 1 890 2 858
1 000 habitants et plus 56 309 837 1 202
Ensemble 360 973 2 727 4 060
  • Champ : Corse.
  • Sources : Insee, Recensement de la population 2022 ; Ministère de l’Intérieur, Répertoire National des Élus (RNE), traitements Insee.

En Corse, 500 femmes de plus doivent être élues pour atteindre la parité

La réforme de 2025 intervient dans un contexte où la Corse accuse un retard en matière de féminisation de ses conseils municipaux. Pour cause, les femmes représentent 38 % de l’ensemble des élus municipaux de l’île, une proportion inférieure à celle observée dans l’Hexagone où elles constituent 40 % des effectifs. L’écart est particulièrement marqué dans les communes de moins de 1 000 habitants où seul un élu sur trois est une femme. Pour atteindre l’équilibre dans les petites communes, 500 femmes supplémentaires doivent donc intégrer les conseils municipaux insulaires lors du prochain scrutin. Cette évolution représente un défi pour certaines communes rurales, où le vivier de candidatures est parfois limité et où les équipes municipales se renouvellent peu.

L’extension de l’obligation de parité à toutes les communes en 2026 constituera de fait un levier pour accélérer la féminisation des conseils municipaux, même si elle ne garantit pas à elle seule un accès accru des femmes aux fonctions de maire et d’adjoint. L’expérience des communes de 1 000 habitants ou plus montre en effet que la parité des listes ne se traduit pas automatiquement par une parité des responsabilités.

Les femmes sont moins présentes dans les fonctions à responsabilité

Au-delà de la taille des communes, la fonction exercée constitue un facteur déterminant de la représentation des femmes. Plus le niveau de responsabilité s’élève, plus leur part diminue. Si les femmes représentent quatre conseillers municipaux sur dix, elles sont trois sur dix parmi les adjoints, et seulement une sur dix parmi les maires (figure 2). Ce phénomène de « plafond de verre » s’observe également dans l’Hexagone, mais de façon moins prononcée : un maire sur cinq est une femme, soit le double de la proportion corse.

Figure 2Part des femmes parmi les élus municipaux selon leur fonction et la taille de la commune en 2025

(en %)
Part des femmes parmi les élus municipaux selon leur fonction et la taille de la commune en 2025 ((en %))
Fonction Moins de 1 000 habitants De 1 000 à moins de 3 500 habitants De 3 500 habitants et plus Ensemble des communes
Maires 12,2 10,0 6,2 11,7
Adjoints 31,0 45,9 50,8 36,4
Conseillers 38,0 51,1 50,0 41,9
Ensemble des élus municipaux 33,7 47,5 48,7 37,9
  • Champ : Corse.
  • Sources : Insee, Recensement de la population 2022 ; Ministère de l’Intérieur, Répertoire National des Élus (RNE), traitements Insee.

Figure 2Part des femmes parmi les élus municipaux selon leur fonction et la taille de la commune en 2025

  • Champ : Corse.
  • Sources : Insee, Recensement de la population 2022 ; Ministère de l’Intérieur, Répertoire National des Élus (RNE), traitements Insee.

La taille de la commune accentue encore cet écart. Si dans les communes de moins de 1 000 habitants, un maire sur huit est une femme, cette proportion diminue dans les communes de 1 000 à 3 500 habitants, où elle s’établit à un sur dix. Dans celles de 3 500 habitants ou plus, seule une commune sur seize est dirigée par une femme. Dans l’Hexagone, la part des femmes maires reste stable autour d’un sur cinq quelle que soit la taille de la commune.

Cette sous-représentation des femmes aux postes à responsabilité n’est pas propre à la sphère politique. Elle reflète des mécanismes observés dans de nombreux domaines professionnels, où les fonctions de direction restent majoritairement occupées par des hommes [Besnard X. et al., 2022 ; pour en savoir plus (2)].

La part des femmes maires n’a pas progressé depuis 2014

Depuis 2014, la féminisation des mairies corses reste inchangée. En 2025, 12 % des maires de Corse sont des femmes, une proportion stable (figure 3). Au total, 42 communes corses sur 360 sont dirigées par une femme.

Figure 3Part de femmes maires entre 2014 et 2025

(en %)
Part de femmes maires entre 2014 et 2025 ((en %))
Année 3 500 habitants et plus – Corse Ensemble des communes – Corse 3 500 habitants et plus – France Hexagonale Ensemble des communes – France Hexagonale
2014 6,2 11,4 16,6 16,8
2022 6,2 11,7 18,3 20,2
2025 6,2 11,7 19,1 20,7
  • Champ : Corse et France hexagonale.
  • Sources : Insee, Recensement de la population 2022 ; Ministère de l’Intérieur, Répertoire National des Élus (RNE), traitements Insee.

Figure 3Part de femmes maires entre 2014 et 2025

  • Champ : Corse et France hexagonale.
  • Sources : Insee, Recensement de la population 2022 ; Ministère de l’Intérieur, Répertoire National des Élus (RNE), traitements Insee.

Cette stagnation contraste avec la dynamique observée dans l’Hexagone. Sur le continent, la part des femmes maires progresse régulièrement, atteignant 21 % en 2025, contre 17 % en 2014. L’écart entre la Corse et l’Hexagone s’est ainsi creusé au fil des années, passant de cinq à neuf points sur la période. Dans les communes de 3 500 habitants ou plus, l’écart est encore plus important. La part des femmes parmi les maires se stabilise à 6 % en Corse depuis 2014, alors qu’elle progresse de 17 % à 19 % dans l’Hexagone. L’île fait ainsi figure d’exception dans le mouvement général de féminisation des exécutifs locaux qui s’observe sur l’ensemble du territoire national.

Plusieurs facteurs peuvent expliquer cette spécificité insulaire. La prédominance des petites communes, où la parité n’était pas obligatoire jusqu’à présent, limite mécaniquement les incitations à féminiser les listes. Par ailleurs, le faible renouvellement des équipes municipales dans certains territoires ruraux tend à perpétuer des configurations électorales établies de longue date. Dans de nombreuses communes, les maires sortants se représentent et sont reconduits, ce qui freine l’émergence de nouvelles candidatures, notamment féminines.

Le vieillissement démographique se reflète dans les conseils municipaux

Les élus municipaux corses sont plus âgés que leurs homologues de l’Hexagone. En 2025, un élu sur quatre a 70 ans ou plus, contre un sur six au niveau national. À l’inverse, les moins de 50 ans ne représentent que trois élus sur dix en Corse (figure 4). Les jeunes générations sont peu présentes dans les assemblées communales, et les moins de 40 ans y sont rares.

Figure 4Répartition par âge des élus municipaux en 2025

(en %)
Répartition par âge des élus municipaux en 2025 ((en %))
Classe d’âge Maire Ensemble des élus
Moins de 30 ans 0,3 2,8
30-39 ans 2,5 10,3
40-49 ans 9,2 16,8
50-59 ans 20,3 21,8
60-69 ans 35,0 24,9
70 ans et plus 32,8 23,3
Ensemble 100,0 100,0
  • Champ : Corse.
  • Sources : Insee, Recensement de la population 2022 ; Ministère de l’Intérieur, Répertoire National des Élus (RNE), traitements Insee.

Figure 4Répartition par âge des élus municipaux en 2025

  • Champ : Corse.
  • Sources : Insee, Recensement de la population 2022 ; Ministère de l’Intérieur, Répertoire National des Élus (RNE), traitements Insee.

Le vieillissement est encore plus prononcé parmi les maires. Un tiers d’entre eux a 70 ans ou plus, et deux sur trois ont dépassé 60 ans. L’accès à la fonction de maire suppose souvent une longue expérience préalable au sein du , ce qui favorise mécaniquement les candidats les plus âgés. La longévité des mandats, fréquente dans les petites communes, renforce cette tendance.

Cette structure par âge des élus reflète en partie la structure démographique de la population insulaire. La Corse compte une proportion de seniors supérieure à la moyenne nationale : un habitant sur quatre a 65 ans ou plus, contre un sur cinq dans l’Hexagone [Nicolaï M., Tourtin-Battini I., 2024 ; pour en savoir plus (3)]. L’espérance de vie à la naissance y est également plus élevée.

Les cadres sont surreprésentés, les ouvriers quasi absents

La composition socioprofessionnelle des conseils municipaux corses révèle d’importants déséquilibres par rapport à la structure de la population active. Parmi les métiers exercés, ou exercés avant la retraite, les cadres et professions intellectuelles supérieures sont largement surreprésentés lors de la prise de fonctions. Ils constituent la moitié des maires et trois adjoints ou conseillers sur dix, alors qu’ils ne représentent qu’un actif sur dix dans la population insulaire (figure 5). Ce rapport de un à quatre illustre la prépondérance des catégories sociales supérieures dans l’accès aux fonctions électives. Cette surreprésentation est encore plus marquée dans les communes les plus peuplées, où les exécutifs municipaux sont composés majoritairement de cadres. Les agriculteurs exploitants présentent également une surreprésentation notable, particulièrement dans les communes rurales. Ils constituent un maire sur dix, alors qu’ils ne représentent que 2 % de la population active.

Figure 5Répartition des élus selon la catégorie socioprofessionnelle (par fonction et taille de la commune) en 2025

(en %)
Répartition des élus selon la catégorie socioprofessionnelle (par fonction et taille de la commune) en 2025 ((en %))
Caractéristiques Agriculteur exploitant Artisan, commerçant et chef d'entreprise Cadre et profession intellectuelle supérieure Profession intermédiaire Employé Ouvrier Sans activité professionnelle
Fonction Maires 10,0 15,3 44,7 11,7 13,6 1,1 3,6
Adjoints et conseillers 5,5 15,5 28,5 18,0 22,9 3,7 5,9
Taille de commune Moins de 1 000 habitants 6,8 14,4 28,2 17,3 23,5 4,2 5,6
1 000 habitants et plus 3,6 18,1 34,1 17,9 18,9 1,6 5,9
Structure Population active de 15 ans et plus 1,6 10,5 10,7 22,0 29,4 16,6 9,2
  • Note : La catégorie socioprofessionnelle de l’élu correspond à l’activité exercée au moment de la prise de fonction ou à la dernière activité exercée avant la retraite.
  • Champ : Corse.
  • Sources : Insee, Recensement de la population 2022 ; Ministère de l’Intérieur, Répertoire National des Élus (RNE), traitements Insee.

Figure 5Répartition des élus selon la catégorie socioprofessionnelle (par fonction et taille de la commune) en 2025

  • Note : La catégorie socioprofessionnelle de l’élu correspond à l’activité exercée au moment de la prise de fonction ou à la dernière activité exercée avant la retraite.
  • Champ : Corse.
  • Sources : Insee, Recensement de la population 2022 ; Ministère de l’Intérieur, Répertoire National des Élus (RNE), traitements Insee.

À l’inverse, les catégories populaires sont fortement sous-représentées dans les conseils municipaux. Les employés, qui constituent trois actifs sur dix, ne représentent qu’un maire sur sept et un quart des adjoints et conseillers. Le déséquilibre est encore plus marqué pour les ouvriers : alors qu’ils forment 17 % de la population active corse, ils sont quasiment absents des fonctions de maire et représentent à peine 4 % de l’ensemble des élus.

Cette stratification sociale des conseils municipaux pose la question de la représentativité des assemblées locales. L’enjeu du renouvellement des conseils municipaux en 2026 ne se limite donc pas à la parité femmes-hommes : il concerne également la diversification sociale des candidatures et l’ouverture des fonctions électives à des profils jusqu’ici peu représentés dans la vie politique locale.

Encadré - Scrutin municipal et obligation de parité

Le nombre d’élus municipaux est fixé par la loi en fonction de la population de la commune. Les plus petites communes (moins de 100 habitants) comptent 7 conseillers municipaux. Ce nombre augmente par paliers : 11 conseillers pour les communes de 100 à 499 habitants, 15 pour celles de 500 à 1 499 habitants, puis 19, 23, 27 conseillers à mesure que la population croît.

Jusqu’à présent, le mode de scrutin différait selon la taille de la commune. Dans les communes de moins de 1 000 habitants, les électeurs votaient pour des candidats individuels et pouvaient modifier leur bulletin en rayant ou ajoutant des noms. Ce scrutin majoritaire avec panachage ne permettait pas d’imposer la parité. Dans les communes de 1 000 habitants ou plus, le scrutin fonctionnait par listes entières, avec alternance stricte femmes-hommes.

À compter de mars 2026, toutes les communes appliqueront les mêmes règles [col. ; pour en savoir plus (4)]. Le panachage disparaît : les électeurs choisiront une liste sans pouvoir la modifier. Ces listes devront être paritaires, avec alternance d’un candidat de chaque sexe. Ce changement concerne 304 communes en Corse, soit huit communes sur dix.

Des dérogations ont été prévues pour tenir compte des spécificités des petites communes. En principe, chaque liste candidate doit comporter au moins autant de candidats que de sièges à pourvoir et au plus deux candidats supplémentaires. Par exception, dans les communes de moins de 1 000 habitants, la liste peut comporter jusqu’à deux candidats de moins que l’effectif légal du conseil municipal. Cette souplesse vise à faciliter la constitution des listes dans les territoires où le vivier de candidatures est limité.

Publication rédigée par :Stéphane Luquet (Insee)
Publication rédigée par :Stéphane Luquet (Insee)

Sources

Le Ouvrir dans un nouvel ongletrépertoire national des élus (RNE) a pour finalité le suivi des titulaires d’un mandat électoral. Il est renseigné et tenu à jour par les préfectures et par les services du ministère de l’Intérieur, notamment sur la base des éléments fournis par les élus lors de la phase d’enregistrement des candidatures. Les données sont déclaratives, notamment celles relatives à la profession.

Le recensement de la population permet de déterminer les populations de référence de la France et de ses circonscriptions administratives. Il fournit également des statistiques sur les caractéristiques des habitants (sexe, âge, profession, nationalité, emploi, etc.), des ménages (composition, taille, liens familiaux, etc) et de leurs logements (type, nombre de pièces, année d’emménagement, etc.).

Définitions

Le maire est l’exécutif de la commune qu’il représente et dont il gère le budget. Il est l’employeur du personnel communal et exerce les compétences de proximité (écoles, urbanisme, action sociale, voirie, transports scolaires, ramassage des ordures ménagères, assainissement, etc.). Il est également agent de l’État pour les fonctions d’état civil, d’ordre public, d’organisation des élections et de délivrance de titres réglementaires.

Les conseillers municipaux sont des représentants élus qui siègent au conseil municipal, l’organe délibérant de la commune. Ils participent à la définition et à l’adoption des politiques locales, votent le budget et contrôlent l’exécutif.

Le conseil municipal est composé du maire, des adjoints au maire et des conseillers municipaux. Le Conseil municipal réunit les élus de la commune au moins une fois par trimestre.

Les adjoints municipaux sont des conseillers municipaux élus et choisis par le maire pour l’assister dans la gestion de la commune. Ils se voient déléguer des responsabilités spécifiques (urbanisme, finances, culture, etc.) afin de mettre en œuvre les décisions prises par le conseil municipal.

Pour en savoir plus

(1) Retrouvez davantage de données associées à cette publication en téléchargement.

(2) Besnard X. et al., « Femmes et hommes, l’égalité en question », Insee Références, mars 2022.

(3) Nicolaï M., Tourtin-Battini I., « La Corse, l’île de méditerranée où les séniors sont les plus présents », Insee Flash Corse no 91, octobre 2024.

(4) col., « Ouvrir dans un nouvel ongletMunicipales 2026 : le mode de scrutin change pour les communes de moins de 1 000 habitants », Ministère de l’Intérieur.

(5) Balzer S., « Les femmes en politique : encore du chemin à parcourir vers la parité », Insee Flash Corse no 22, mars 2017.