Les femmes en politique : encore du chemin à parcourir vers la parité

Stéphanie Balzer, Insee

La représentation des femmes en politique s’améliore mais les progrès sont surtout sensibles pour les scrutins où la parité est imposée par la loi. Ainsi, la moitié des conseillers départementaux, territoriaux et des municipalités de plus de 1 000 habitants sont des femmes. En revanche, la Corse ne compte que 41 femmes maires et n’a aucune élue à la tête des autres collectivités locales, ni parmi les élus nationaux. Les élues insulaires sont moins âgées que les hommes. Les conseillères municipales et départementales sont plus souvent en activité que leurs homologues masculins.

Avec l’aide de la loi, les conseillères élues sont plus nombreuses…

Si la féminisation des élus locaux progresse fortement depuis plus de dix ans, c’est surtout parce que la législation l’impose. En effet, la loi du 6 juin 2000 rend obligatoire l’alternance stricte homme/femme dans la présentation des listes électorales. Pour les élections municipales, elle s’appliquait aux communes de 3 500 habitants ou plus en 2008 et a été étendue à celles de 1 000 habitants ou plus à partir des scrutins de 2014 (loi du 17 mai 2013).

Ainsi, en Corse en 2014, 48 % des conseillers municipaux des communes de plus de 1 000 habitants sont des femmes. En revanche, dans les communes plus petites, non concernées par la loi, ce taux de féminisation est de 31 % contre 35 % en France métropolitaine. Sur l’île, un quart des petites communes atteignent la parité. Les conseils municipaux très féminisés sont rares : 2 % comptent plus de deux tiers de femmes dans leurs effectifs et aucun n’est entièrement féminin. D’un autre côté, ils ne sont que 3 % à être totalement masculins.

Les deux départements insulaires font partie de ceux où les conseils municipaux des petites communes sont les moins féminisés, le taux le plus faible concernant le Doubs et le plus élevé les Bouches-du-Rhône (figure 1).

Figure 1 – Plus de femmes dans les municipalités des départements littorauxTaux de féminisation des conseillers municipaux des communes de moins de 1 000 habitants par département en 2016

en %
Plus de femmes dans les municipalités des départements littoraux
Départements Taux de féminisation
01 Ain 40,3
02 Aisne 34,5
03 Allier 39,1
04 Alpes-de-Haute-Provence 36,0
05 Hautes-Alpes 32,0
06 Alpes-Maritimes 34,6
07 Ardèche 39,0
08 Ardennes 31,2
09 Ariège 37,8
10 Aube 33,7
11 Aude 38,0
12 Aveyron 35,8
13 Bouches-du-Rhône 48,3
14 Calvados 37,7
15 Cantal 31,7
16 Charente 38,6
17 Charente-Maritime 39,8
18 Cher 40,9
19 Corrèze 38,9
21 Côte-d'Or 33,9
22 Côtes-d'Armor 40,2
23 Creuse 37,6
24 Dordogne 37,9
25 Doubs 31,0
26 Drôme 37,7
27 Eure 38,7
28 Eure-et-Loir 36,5
29 Finistère 40,6
2A Corse-du-Sud 32,0
2B Haute-Corse 33,1
30 Gard 39,9
31 Haute-Garonne 37,4
32 Gers 35,4
33 Gironde 41,3
34 Hérault 41,1
35 Ille-et-Vilaine 38,6
36 Indre 39,0
37 Indre-et-Loire 40,7
38 Isère 37,9
39 Jura 33,4
40 Landes 40,3
41 Loir-et-Cher 37,5
42 Loire 39,1
43 Haute-Loire 33,7
44 Loire-Atlantique 43,2
45 Loiret 37,5
46 Lot 38,6
47 Lot-et-Garonne 40,4
48 Lozère 34,5
49 Maine-et-Loire 40,9
50 Manche 36,1
51 Marne 32,4
52 Haute-Marne 31,8
53 Mayenne 40,4
54 Meurthe-et-Moselle 32,5
55 Meuse 31,8
56 Morbihan 40,2
57 Moselle 32,0
58 Nièvre 38,4
59 Nord 36,1
60 Oise 36,6
61 Orne 36,1
62 Pas-de-Calais 31,4
63 Puy-de-Dôme 38,5
64 Pyrénées-Atlantiques 35,6
65 Hautes-Pyrénées 32,4
66 Pyrénées-Orientales 39,8
67 Bas-Rhin 31,4
68 Haut-Rhin 37,7
69 Rhône 39,0
70 Haute-Saône 32,6
71 Saône-et-Loire 38,3
72 Sarthe 38,5
73 Savoie 37,0
74 Haute-Savoie 36,9
75 Paris sans objet
76 Seine-Maritime 36,6
77 Seine-et-Marne 39,0
78 Yvelines 40,4
79 Deux-Sèvres 40,8
80 Somme 33,9
81 Tarn 37,0
82 Tarn-et-Garonne 37,2
83 Var 38,6
84 Vaucluse 37,9
85 Vendée 40,7
86 Vienne 40,8
87 Haute-Vienne 40,4
88 Vosges 32,5
89 Yonne 37,6
90 Territoire de Belfort 40,3
91 Essonne 38,7
92 Hauts-de-Seine sans objet
93 Seine-Saint-Denis sans objet
94 Val-de-Marne sans objet
95 Val-d'Oise 40,8
  • Notes : situation en 2016, les données pouvant être différentes de celles consécutives aux élections de 2014; les départements classés "sans objet" sont ceux qui n'ont pas de communes de moins de 1 000 habitants.
  • Source : Ministère de l'intérieur

Figure 1 – Plus de femmes dans les municipalités des départements littorauxTaux de féminisation des conseillers municipaux des communes de moins de 1 000 habitants par département en 2016

La loi a également boosté la parité au sein des conseils départementaux et régionaux (territoriaux). Aujourd’hui, elle est parfaitement respectée chez les conseillers départementaux insulaires élus en 2015. En 2011, elles n’étaient que 4 % en Corse, loin derrière les 14 % de France métropolitaine (figure 2).

De la même manière, 47 % des conseillers territoriaux de Corse sont des femmes suite aux élections de 2015 (comme lors des scrutins de 2010 et de 2004). Alors qu’en 1998, elles ne représentaient que 14 % des élus de la région, soit deux fois moins que sur le continent.

Figure 2 – En Corse, pas de femmes élues au plan nationalTaux de féminisation des élus aux lendemains des différents scrutins

%
En Corse, pas de femmes élues au plan national
Corse France métropolitaine
dernier scrutin précédent scrutin dernier scrutin précédent scrutin
Elus locaux
Conseillers municipaux 35,9 32,0 40,3 36,5
moins de 1 000 habitants 31,1 nd 34,8 nd
plus de 1 000 habitants 48,0 nd 48,1 nd
Maires 11,4 13,1 16,1 14,5
Conseillers généraux (départementaux) 50,0 3,8 50,0 14,0
Présidents de conseils départementaux 0 0 8,2 6,1
Conseillers régionaux (territoriaux) 47,1 49,0 47,8 48,0
Présidents de conseils régionaux 0 0 18,8 7,7
Elus nationaux
Députés 0 0 26,9 18,5
Sénateurs 0 0 25,0 22,1
  • nd : données non disponibles
  • Source : Ministère de l'Intérieur

… mais pas de parité à la tête des collectivités locales ni parmi les élus nationaux

En revanche, la parité en politique est loin d’être atteinte à la tête des municipalités. Au lendemain des dernières élections de 2014, seules 41 femmes ont été élues maires au sein des 360 communes de Corse, soit un taux de féminisation de 11 % (16 % au niveau national). Sur l’île, la présence de femmes comme 1er magistrat communal recule même par rapport à 2008 alors qu’elle progresse légèrement sur le continent. Pour autant, le taux de féminisation des maires demeure très faible sur l’ensemble du territoire national (excepté Paris qui ne compte qu’une seule commune), avec un maximum de 23 % pour le département de la Creuse et un minimum de 6 % pour le Territoire de Belfort (figure 3).

Figure 3 – La Corse parmi les derniers départements pour la féminisation des mairesTaux de féminisation des maires par département en 2016

en %
La Corse parmi les derniers départements pour la féminisation des maires
Départements Taux de féminisation
01 Ain 16,9
02 Aisne 15,1
03 Allier 19,0
04 Alpes-de-Haute-Provence 19,2
05 Hautes-Alpes 21,0
06 Alpes-Maritimes 16,0
07 Ardèche 16,2
08 Ardennes 14,5
09 Ariège 18,7
10 Aube 16,8
11 Aude 14,1
12 Aveyron 10,9
13 Bouches-du-Rhône 9,2
14 Calvados 20,4
15 Cantal 12,6
16 Charente 19,1
17 Charente-Maritime 16,7
18 Cher 22,1
19 Corrèze 19,9
21 Côte-d'Or 17,8
22 Côtes-d'Armor 15,5
23 Creuse 23,0
24 Dordogne 14,1
25 Doubs 17,8
26 Drôme 19,6
27 Eure 16,4
28 Eure-et-Loir 16,6
29 Finistère 17,1
2A Corse-du-Sud 12,9
2B Haute-Corse 12,3
30 Gard 15,0
31 Haute-Garonne 18,5
32 Gers 17,7
33 Gironde 19,1
34 Hérault 14,9
35 Ille-et-Vilaine 15,7
36 Indre 14,0
37 Indre-et-Loire 21,7
38 Isère 18,5
39 Jura 14,9
40 Landes 18,1
41 Loir-et-Cher 19,4
42 Loire 16,6
43 Haute-Loire 16,7
44 Loire-Atlantique 18,6
45 Loiret 18,7
46 Lot 17,9
47 Lot-et-Garonne 16,0
48 Lozère 12,6
49 Maine-et-Loire 16,5
50 Manche 19,7
51 Marne 17,4
52 Haute-Marne 17,8
53 Mayenne 17,6
54 Meurthe-et-Moselle 13,4
55 Meuse 14,6
56 Morbihan 18,0
57 Moselle 9,2
58 Nièvre 22,3
59 Nord 15,9
60 Oise 16,4
61 Orne 17,0
62 Pas-de-Calais 10,8
63 Puy-de-Dôme 15,7
64 Pyrénées-Atlantiques 12,6
65 Hautes-Pyrénées 17,2
66 Pyrénées-Orientales 10,2
67 Bas-Rhin 11,4
68 Haut-Rhin 8,0
69 Rhône 16,5
70 Haute-Saône 16,1
71 Saône-et-Loire 17,6
72 Sarthe 17,8
73 Savoie 16,3
74 Haute-Savoie 15,5
75 Paris 100,0
76 Seine-Maritime 17,4
77 Seine-et-Marne 17,5
78 Yvelines 19,1
79 Deux-Sèvres 17,3
80 Somme 14,0
81 Tarn 17,9
82 Tarn-et-Garonne 14,3
83 Var 13,7
84 Vaucluse 15,9
85 Vendée 11,6
86 Vienne 21,5
87 Haute-Vienne 21,5
88 Vosges 16,4
89 Yonne 22,8
90 Territoire de Belfort 5,9
91 Essonne 20,9
92 Hauts-de-Seine 18,9
93 Seine-Saint-Denis 15,0
94 Val-de-Marne 21,7
95 Val-d'Oise 19,6
  • Note : situation en 2016, les données pouvant être différentes de celles consécutives aux élections de 2014.
  • Source : Ministère de l'intérieur

Figure 3 – La Corse parmi les derniers départements pour la féminisation des mairesTaux de féminisation des maires par département en 2016

La plupart des femmes maires sont à la tête d’une petite commune. Dans la région, seules 3 femmes sont maires d’une grande commune (Borgo, Grosseto-Prugna, San-Nicolao). Ainsi, 93 % d’entre elles gèrent une municipalité de moins de 1 000 habitants sur l’île, elles sont 78 % au plan national.

Parallèlement, la Corse ne compte aucune présidente de conseil départemental ou territorial (régional). Ces postes sont peu féminisés en France métropolitaine (taux respectifs de 8 % et 19 %).

De même, aucune élue insulaire ne figure parmi les élues nationales, députées ou sénatrices. En 2014, les femmes représentent 27 % des députés et 25 % des sénateurs de France.

Des femmes élues moins âgées que les hommes

Au lendemain de leur élection, 51 % des femmes maires ont plus de 60 ans en 2014, soit 6 points de moins que leur homologues masculins. Et seulement 5 % d’entre elles ont moins de 40 ans, tout comme chez les hommes. Elles sont ainsi moins souvent retraitées (figure 4). Cependant, nombre d’entre elles sont sans activité professionnelle. Cette catégorie d’élus est d’ailleurs la seule où les femmes sont moins actives que les hommes. Parmi celles en activité, les cadres sont majoritaires (61 % contre 35 % chez les hommes).

Les conseillères municipales sont moins âgées que les femmes maires, elles ont en moyenne 7 ans de moins. Leur répartition par âge se rapproche de celles des hommes avec un tiers de plus de soixante ans et un cinquième de moins de 40 ans. Elles sont plus souvent actives que leur homologues masculins avec une structure de catégorie socioprofessionnelle proche (1/3 de cadres, 1/3 d’employées). Elles sont moins souvent retraitées que les hommes et 11 % sont sans profession.

Enfin, les conseillères départementales sont également plus jeunes : 50 ans en moyenne, soit 10 ans de moins que les femmes maires. Seules 27 % ont plus de 60 ans contre 38 % des hommes. Elles sont surtout beaucoup plus nombreuses chez les moins de 40 ans : 19 % contre 4 % chez les hommes. Cette catégorie d’élues compte logiquement le moins de retraitées, avec une prédominance de personnes en activité : 81 %.

Figure 4 – Les conseillères municipales et départementales plus actives que leurs homologues masculinsRépartition des élus par principale catégorie socioprofessionnelle en Corse aux lendemains des élections

en %
Les conseillères municipales et départementales plus actives que leurs homologues masculins
Actifs Sans activité professionnelle Retraités
Femmes Maires 56,1 17,1 26,8
Hommes Maires 61,5 2,2 36,3
Femmes Conseillers municipaux 69,6 11,3 19,1
Hommes Conseillers municipaux 66,4 3,0 30,6
Femmes Conseillers départementaux 80,8 7,7 11,5
Hommes Conseillers départementaux 73,1 7,7 19,2
  • Source : Ministère de l'intérieur

Figure 4 – Les conseillères municipales et départementales plus actives que leurs homologues masculinsRépartition des élus par principale catégorie socioprofessionnelle en Corse aux lendemains des élections

Pour en savoir plus

« Femmes et Hommes – L'égalité en question » Insee Références, mars 2017

Les collectivités locales en chiffres 2016Le portail de l’État au service des collectivités

« Quels partages du pouvoir entre les femmes et les hommes élu.e.s au niveau local ? » Haut Conseil à l’Égalité entre les femmes et les hommes, février 2017