Insee
Insee Focus · Juin 2021 · n° 240
Insee FocusLa fécondité en France a résisté à la crise économique de 2008, contrairement à la plupart de ses voisins

Sylvain Papon (Insee)

Dans la majorité des pays européens, la hausse de la fécondité observée au cours des années 2000 a été enrayée après la crise économique de 2008, en particulier dans les pays méditerranéens. La France et l’Allemagne font exception.

Dans la plupart des pays européens, la dégradation du marché du travail semble jouer rapidement et fortement à la baisse sur la fécondité ; lorsqu’il s’améliore, le retour à la hausse de la fécondité est en revanche plus lent et moins visible. Les perspectives économiques individuelles influent également sur la concrétisation du projet d’enfant.

En France, les politiques sociales et familiales semblent avoir joué un rôle de stabilisateur. La fécondité reste à un niveau élevé entre 2008 et 2014. La France est en tête des pays européens depuis 2012. La baisse de la fécondité en France ne débute qu’en 2015, donc sans lien direct avec la crise de 2008.

Insee Focus
No 240
Paru le : Paru le 04/06/2021

La crise de 2008 a enrayé la hausse de la fécondité en Europe

La crise économique et financière de 2008, suivie de la crise des dettes souveraines en Europe, a été la dernière en date jusqu’à l’apparition de la pandémie de Covid-19. Elle a entraîné une récession en France, comme dans la plupart des pays européens mais avec une intensité et une durée variables. À partir de 2009, la fécondité (indicateur conjoncturel de fécondité ou ICF), qui était en hausse dans la très grande majorité des pays européens depuis le début de la décennie, commence à se replier (figure 1). Ce n’est pas le cas dans tous les pays : en France, elle est stable entre 2006 et 2014 [Pison, 2011], en Allemagne et en Autriche notamment, elle continue d’augmenter (figure 2a).

Par les incertitudes qu’elle engendre sur l’avenir, la crise peut amener des couples à reporter leur projet d’avoir un enfant, voire à l’abandonner. En effet, continue depuis plus de 15 ans (figure 4), la hausse de l’âge à la maternité pourrait ne plus permettre à certains couples de reporter les naissances de plusieurs années, augmentant ainsi l’infécondité ou réduisant les fratries. Les conséquences de la crise sur les projets de fécondité peuvent cependant différer d’un pays à l’autre, selon l’ampleur de la crise mais aussi selon les politiques sociales et familiales existantes ou mises en place pour y répondre.

L’une des conséquences les plus palpables de la crise pour les Européens est le risque de chômage et la baisse des revenus qu’il engendre. Dans l’Union européenne (UE), le taux de chômage baissait entre 2004 et 2008 (figure 1). En 2008, il était de 7,0 %, le taux le plus bas depuis le début des années 1990. Dès 2009, il atteignait 8,9 % puis restait supérieur à 10 % entre 2012 et 2014. Dans le même temps, entre 2002 et 2008, la fécondité dans l’UE était en forte hausse, passant de 1,46 enfant par femme en 2002 à 1,61 en 2008. La crise a enrayé cette hausse, mais n’a pas immédiatement fait chuter la fécondité. Outre le fait qu’un impact sur les naissances ne peut se voir que neuf mois après un événement, les effets d’une crise ne sont pas immédiats sur les ménages. Des stabilisateurs économiques limitent les conséquences sur l’économie et, si les couples pensent que la crise ne va pas perdurer, ils mettent parfois à profit une éventuelle période de chômage pour faire aboutir un projet d’enfant. En effet, le coût de renoncement (ou coût d’opportunité) à l’emploi est alors plus faible que lorsque la future mère a un emploi stable [Kapitany, 2012]. La fécondité est restée élevée jusqu’en 2010 avant de baisser à partir de 2011 lorsque la rechute de l’activité économique a semblé installer la crise dans la durée.

Le marché du travail s’est amélioré ensuite, entre 2013 et 2018, mais l’effet sur la fécondité est alors moins net. Alors que la hausse du chômage a souvent été accompagnée d’une baisse de la fécondité (figure 5a), la reprise économique n’a pas eu d’effet symétrique (figure 5b).

Figure 1 - Fécondité et chômage en Europe depuis 2000

Figure 1 - Fécondité et chômage en Europe depuis 2000 - Lecture : si tout au long de leur vie les femmes avaient à chaque âge la fécondité observée en 2018, elles auraient 1,56 enfant en moyenne dans l’UE27. En 2018, le taux de chômage s’est élevé à 6,8 % en moyenne dans l’UE28.
Indicateur conjoncturel de fécondité Taux de chômage
en %
2000 1,47 9,2
2001 1,46 8,7
2002 1,46 9,0
2003 1,47 9,1
2004 1,50 9,2
2005 1,51 9,0
2006 1,54 8,2
2007 1,56 7,2
2008 1,61 7,0
2009 1,61 8,9
2010 1,62 9,6
2011 1,59 9,6
2012 1,59 10,5
2013 1,55 10,8
2014 1,58 10,2
2015 1,58 9,4
2016 1,60 8,5
2017 1,59 7,6
2018 1,56 6,8
  • Lecture : si tout au long de leur vie les femmes avaient à chaque âge la fécondité observée en 2018, elles auraient 1,56 enfant en moyenne dans l’UE27. En 2018, le taux de chômage s’est élevé à 6,8 % en moyenne dans l’UE28.
  • Champ : Union européenne à 27 pays (hors Croatie, y compris Royaume-Uni) pour la fécondité, Union européenne à 28 pays pour le chômage.
  • Source : Eurostat (extraction du 05/04/21).

Figure 1 - Fécondité et chômage en Europe depuis 2000

  • Lecture : si tout au long de leur vie les femmes avaient à chaque âge la fécondité observée en 2018, elles auraient 1,56 enfant en moyenne dans l’UE27. En 2018, le taux de chômage s’est élevé à 6,8 % en moyenne dans l’UE28.
  • Champ : Union européenne à 27 pays (hors Croatie, y compris Royaume-Uni) pour la fécondité, Union européenne à 28 pays pour le chômage.
  • Source : Eurostat (extraction du 05/04/21).

L’exception allemande : une stabilité de la fécondité après 2008 et une hausse depuis 2014

La fécondité allemande augmente très légèrement entre 2007 et 2013, en restant à un niveau assez faible autour de 1,4 enfant par femme, avant de croître de façon plus marquée les années suivantes (figure 2a). Il s’agit du seul pays dont le taux de chômage a baissé quasi continuellement, y compris au cœur de la crise de 2008 (figure 3a).

L’Allemagne a de fait mis en place, à partir de 2005, soit bien avant le début de la crise, une politique familiale plus volontariste, permettant notamment une meilleure conciliation entre la vie familiale et la vie professionnelle (développement d’infrastructures d’accueil pour les enfants, réforme du congé parental, prime à la garde d’enfants, revalorisation des allocations familiales). La fécondité allemande, en particulier dans les Länder de l’est de l’Allemagne, a ainsi commencé à augmenter, et a rejoint au milieu des années 2010 la moyenne européenne.

Enfin, la reprise y a été plus rapide que dans les autres pays et les perspectives financières futures des ménages y ont augmenté rapidement au sortir de la crise (figure 6b) : cet indicateur reflète l’opinion des Européens sur leur situation financière personnelle pour l’année à venir (solde entre les opinions positives et négatives), il est tiré de l’enquête de conjoncture auprès des ménages, harmonisée au niveau européen (Eurostat). En Allemagne, la stabilisation de cet indicateur à un haut niveau, dès le milieu de l’année 2010, précède de quelques années la hausse plus nette de la fécondité.

Dans les pays voisins de l’Allemagne, la fécondité continue d’augmenter après la crise de 2008 en Autriche, tandis qu’elle baisse en Belgique et aux Pays-Bas, particulièrement touchés par la crise (figure 2a).

Figure 2a - Indicateur conjoncturel de fécondité en Europe depuis 2001

Figure 2a - Indicateur conjoncturel de fécondité en Europe depuis 2001 - Lecture : si tout au long de leur vie les femmes avaient à chaque âge la fécondité observée en 2019, elles auraient en moyenne 1,54 enfant en Allemagne et 1,86 enfant en France.
Allemagne Autriche Belgique France Pays-Bas UE27
2001 1,35 1,33 1,67 1,90 1,71 1,43
2002 1,34 1,39 1,65 1,88 1,73 1,43
2003 1,34 1,38 1,67 1,89 1,75 1,44
2004 1,36 1,42 1,72 1,92 1,72 1,46
2005 1,34 1,41 1,76 1,94 1,71 1,47
2006 1,33 1,41 1,80 2,00 1,72 1,50
2007 1,37 1,38 1,82 1,98 1,72 1,52
2008 1,38 1,42 1,85 2,01 1,77 1,57
2009 1,36 1,39 1,84 2,00 1,79 1,56
2010 1,39 1,44 1,86 2,03 1,79 1,57
2011 1,39 1,43 1,81 2,01 1,76 1,54
2012 1,41 1,44 1,80 2,01 1,72 1,54
2013 1,42 1,44 1,76 1,99 1,68 1,51
2014 1,47 1,46 1,74 2,00 1,71 1,54
2015 1,50 1,49 1,70 1,96 1,66 1,54
2016 1,60 1,53 1,68 1,92 1,66 1,57
2017 1,57 1,52 1,65 1,89 1,62 1,56
2018 1,57 1,47 1,62 1,87 1,59 1,54
2019 1,54 1,46 1,58 1,86 1,57 1,53
  • Lecture : si tout au long de leur vie les femmes avaient à chaque âge la fécondité observée en 2019, elles auraient en moyenne 1,54 enfant en Allemagne et 1,86 enfant en France.
  • Champ : Union européenne à 27 pays.
  • Source : Eurostat (extraction du 05/04/21).

Figure 2a - Indicateur conjoncturel de fécondité en Europe depuis 2001

  • Lecture : si tout au long de leur vie les femmes avaient à chaque âge la fécondité observée en 2019, elles auraient en moyenne 1,54 enfant en Allemagne et 1,86 enfant en France.
  • Champ : Union européenne à 27 pays.
  • Source : Eurostat (extraction du 05/04/21).

Figure 3a - Taux de chômage en Europe depuis 2001

en %
Figure 3a - Taux de chômage en Europe depuis 2001 (en %) - Lecture : en 2019, le taux de chômage en Autriche est de 4,5 %.
Allemagne Autriche Belgique France Pays-Bas UE27
2001 8,0 3,6 6,6 8,2 2,3 9,3
2002 8,8 4,0 7,5 8,2 2,8 9,6
2003 9,9 4,3 8,2 8,1 3,7 9,7
2004 10,9 5,5 8,4 8,5 4,6 9,9
2005 11,2 5,6 8,5 8,5 5,9 9,6
2006 10,3 5,3 8,3 8,5 5,0 8,6
2007 8,7 4,9 7,5 7,7 4,2 7,5
2008 7,5 4,1 7,0 7,1 3,7 7,2
2009 7,8 5,3 7,9 8,7 4,4 9,1
2010 7,0 4,8 8,3 8,9 5,0 9,8
2011 5,8 4,6 7,2 8,8 5,0 9,9
2012 5,4 4,9 7,6 9,4 5,8 10,8
2013 5,2 5,4 8,4 9,9 7,3 11,4
2014 5,0 5,6 8,5 9,9 7,4 10,8
2015 4,6 5,7 8,5 10,1 6,9 10,0
2016 4,1 6,0 7,8 9,8 6,0 9,1
2017 3,8 5,5 7,1 9,1 4,9 8,1
2018 3,4 4,9 6,0 8,7 3,8 7,2
2019 3,1 4,5 5,4 8,2 3,4 6,7
  • Lecture : en 2019, le taux de chômage en Autriche est de 4,5 %.
  • Champ : Union européenne à 27 pays ; France métropolitaine.
  • Source : Eurostat (extraction du 05/04/21).

Figure 3a - Taux de chômage en Europe depuis 2001

  • Lecture : en 2019, le taux de chômage en Autriche est de 4,5 %.
  • Champ : Union européenne à 27 pays ; France métropolitaine.
  • Source : Eurostat (extraction du 05/04/21).

Les crises ont miné la confiance en l’avenir dans les pays méditerranéens

Dans les pays méditerranéens, les plus touchés par la crise, la fécondité baisse à partir de 2009 (dès 2009 en Espagne, en 2010 en Grèce et en 2011 en Italie), alors que son niveau était déjà bas (figure 2b). Les difficultés pour les jeunes couples d’envisager l’avenir du point de vue économique, de s’installer en couple et d’obtenir un emploi ont reporté les projets d’enfant : l’âge au premier enfant a ainsi particulièrement augmenté dans les pays d’Europe du sud [Masson, 2015] (figure 4).

En Grèce, pays le plus longuement touché, la fécondité augmente les années précédant la crise alors que le solde d’opinion sur les perspectives financières futures des ménages est relativement stable (figure 6c). Lorsque la crise de 2008 survient, les perspectives des ménages s’effondrent une première fois et la hausse de la fécondité s’enraye. Le taux de chômage en Grèce augmente de près de 20 points entre 2008 et 2013 (figure 3b, figure 5a), et la fécondité baisse de 0,21 enfant par femme. Début 2010, la crise de la dette publique grecque entraîne un second effondrement de l’indicateur sur les perspectives financières futures des ménages et la fécondité chute immédiatement. Elle ne se relève partiellement que trois années plus tard, avec l’amélioration des perspectives économiques. La baisse du taux de chômage de 8 points entre 2013 et 2018 est concomitante d’une hausse de l’ICF de 0,06 enfant par femme (figure 5b).

Au Portugal, la fécondité est déjà en légère baisse au début des années 2000 (figure 6d). Là aussi, la crise économique portugaise en 2010 a durablement affecté les perspectives financières des ménages et entraîné une hausse du chômage ainsi qu’une baisse très nette de la fécondité. Le chômage augmente de 9 points entre 2008 et 2013 alors que la fécondité baisse de 0,18 point (figure 5a). Ensuite, entre 2013 et 2018, les perspectives financières des ménages s’améliorent, la fécondité augmente de 0,21 point tandis que le chômage baisse de 9,3 points (figure 5b).

En Espagne, la crise a mis un coup d’arrêt à la hausse de la fécondité des années précédentes. Entre 2008 et 2013, le chômage augmente de près de 15 points et la fécondité baisse de 0,18 enfant par femme. Ensuite, l’amélioration des perspectives économiques et la baisse du chômage n’entraînent néanmoins pas de hausse de la fécondité compte tenu du haut niveau de chômage initial. L’âge moyen au premier enfant en Espagne est également l’un des plus élevés d’Europe (figure 4) ; un report de projet parental y est alors plus difficile.

En Italie, la fécondité est restée basse ces vingt dernières années, avec un pic à seulement 1,46 enfant par femme en 2010. L’âge moyen à la primo-maternité en Italie est très élevé : seul pays d’Europe pour lequel il était supérieur à 30 ans en 2010, il atteint 31,3 ans en 2019 (figure 4).

Figure 4 - Âge moyen au premier enfant en Europe depuis 2005

en années
Figure 4 - Âge moyen au premier enfant en Europe depuis 2005 (en années) - Lecture : en 2019, en France, les femmes ont eu leur premier enfant en moyenne à 28,8 ans.
Bulgarie Allemagne Grèce Espagne France Italie Pologne Portugal Roumanie
2005 24,6 27,9 28,6 29,4 27,6 29,6 25,7 27,3 24,8
2006 24,9 28,0 28,6 29,4 27,7 29,7 25,9 27,5 25,0
2007 25,0 28,3 28,8 29,4 27,8 29,9 26,0 27,6 25,0
2008 25,0 28,5 28,8 29,3 27,8 29,9 26,0 27,7 25,1
2009 25,2 28,7 29,0 29,6 27,9 30,0 26,2 27,9 25,1
2010 25,6 28,9 29,1 29,8 28,0 30,2 26,5 28,1 25,5
2011 25,7 29,0 29,4 30,1 28,0 30,3 26,6 28,4 25,6
2012 25,6 29,1 29,6 30,3 28,1 30,5 26,6 28,6 25,7
2013 25,7 29,3 29,9 30,4 28,1 30,6 26,7 28,9 25,9
2014 25,8 29,4 30,0 30,6 28,3 30,7 26,9 29,2 26,2
2015 26,0 29,5 30,2 30,7 28,4 30,8 27,0 29,5 26,3
2016 26,0 29,4 30,3 30,8 28,5 31,0 27,2 29,6 26,4
2017 26,1 29,6 30,4 30,9 28,7 31,1 27,3 29,6 26,6
2018 26,2 29,7 30,4 31,0 28,7 31,2 27,4 29,8 26,7
2019 26,3 29,8 30,6 31,1 28,8 31,3 27,6 29,9 26,9
  • Lecture : en 2019, en France, les femmes ont eu leur premier enfant en moyenne à 28,8 ans.
  • Source : Eurostat (extraction du 10/03/21), Human Fertility Database pour l’Italie (extraction du 11/03/21).

Figure 4 - Âge moyen au premier enfant en Europe depuis 2005

  • Lecture : en 2019, en France, les femmes ont eu leur premier enfant en moyenne à 28,8 ans.
  • Source : Eurostat (extraction du 10/03/21), Human Fertility Database pour l’Italie (extraction du 11/03/21).

La fécondité baisse en Europe du nord mais reste élevée

En Irlande, seul pays d’Europe à avoir dépassé la fécondité française au 21ᵉ siècle (figure 2d), la fécondité reste élevée plusieurs années après le début de la crise et ne commence à baisser significativement qu’en 2012. L’indicateur sur les perspectives financières futures des ménages reste très dégradé pendant toute la période couvrant les deux crises successives, de mi-2008 à fin 2014 (figure 6f). Le chômage augmente de 7 points alors que la fécondité baisse de 0,13 enfant par femme entre 2008 et 2013 (figure 3d, figure 5a). La baisse de 8 points du taux de chômage les cinq années suivantes et l’amélioration des perspectives financières des ménages n’ont pas empêché la fécondité de baisser fortement (figure 5b), mais, contrairement aux pays méditerranéens, l’Irlande était l’un des pays les plus féconds sur la période, et elle l’est restée.

Au Royaume-Uni, la crise a enrayé nettement une hausse continue de la fécondité de cinq ans (figure 6h). La fécondité se stabilise tout d’abord en 2009 alors que l’indicateur des perspectives financières des ménages s’effondre une première fois mi-2008. Puis elle reste quasi stable avant de commencer à baisser en 2013. Pendant toute cette période, la crise s’installe dans la durée et l’indicateur sur les perspectives financières futures des ménages reste à un niveau très bas de fin 2010 à mi-2013.

En Suède, pays moins directement touché par la crise, le chômage augmente de 1,9 point entre 2008 et 2013 mais la fécondité est quasi stable (figure 5a). Elle commence à baisser plus fortement depuis 2017 (figure 2d).

Figure 5a - Évolution du taux de chômage et de l’indicateur conjoncturel de fécondité en Europe entre 2008 et 2013

Figure 5a - Évolution du taux de chômage et de l’indicateur conjoncturel de fécondité en Europe entre 2008 et 2013 - Lecture : entre 2008 et 2013, le taux de chômage a augmenté de 14,8 points en Espagne, alors que l’indicateur conjoncturel de fécondité baissait de 0,18 enfant par femme.
Évolution de l’indicateur conjoncturel de fécondité Évolution du taux de chômage (en points)
Allemagne 0,04 -2,3
Belgique -0,09 1,4
Espagne -0,18 14,8
Finlande -0,10 1,8
France -0,02 2,9
Grèce -0,21 19,7
Irlande -0,13 7,0
Italie -0,06 5,5
Pologne -0,10 3,2
Portugal -0,18 8,7
Royaume-Uni -0,08 1,9
Suède -0,02 1,9
UE28 -0,06 3,8
  • Lecture : entre 2008 et 2013, le taux de chômage a augmenté de 14,8 points en Espagne, alors que l’indicateur conjoncturel de fécondité baissait de 0,18 enfant par femme.
  • Champ : Union européenne à 28 pays.
  • Source : Eurostat (extraction du 15/02/21).

Figure 5a - Évolution du taux de chômage et de l’indicateur conjoncturel de fécondité en Europe entre 2008 et 2013

  • Lecture : entre 2008 et 2013, le taux de chômage a augmenté de 14,8 points en Espagne, alors que l’indicateur conjoncturel de fécondité baissait de 0,18 enfant par femme.
  • Champ : Union européenne à 28 pays.
  • Source : Eurostat (extraction du 15/02/21).

En Europe de l’est, la fécondité remonte fortement en sortie de crise

La Pologne, seul pays de l’UE dont la croissance économique est restée positive en 2009, a moins subi les effets de la crise de 2008. Néanmoins, l’indicateur sur les perspectives financières futures des ménages, en partie inquiets compte tenu des perspectives sombres dans l’ensemble des autres pays d’Europe, baisse de 2008 à 2013 (figure 6g). La fécondité suit cette inflexion avec quelques mois d’écart. Lorsque les perspectives économiques des ménages s’améliorent, la fécondité repart également.

La République tchèque et la Hongrie abordent la crise de 2008 avec des niveaux de fécondité faibles (figure 2c). En sortie de crise, la fécondité augmente vigoureusement alors que des politiques natalistes sont développées (congé parental attractif en République tchèque et en Hongrie, allocation familiale supplémentaire à partir du 3ᵉ enfant en Hongrie).

En Roumanie, la forte hausse de la fécondité est stoppée par la crise économique, mais elle repart dès 2014. En 2019, la Roumanie devient le second pays le plus fécond de l’UE, juste derrière la France.

Figure 6a - Indicateur des perspectives financières des ménages à 12 mois et fécondité en France

Figure 6a - Indicateur des perspectives financières des ménages à 12 mois et fécondité en France
Les données détaillées de cette figure sont disponibles dans le fichier à télécharger

Figure 6a - Indicateur des perspectives financières des ménages à 12 mois et fécondité en France

  • Lecture : en 2017, en France, l’indicateur conjoncturel de fécondité était de 1,89 enfant par femme. En janvier 2017, l’indicateur de perspective financière des ménages à 12 mois était de – 4,1 ; il s’agit du solde entre les opinions positives et négatives des ménages.
  • Champ : France.
  • Source : Eurostat (données désaisonnalisées, données non corrigées des effets de calendrier, extraction du 05/04/21).

La France fait figure d’exception en restant le pays le plus fécond d’Europe

La fécondité française reste à un niveau élevé entre 2006 et 2014, malgré la crise, avec un ICF oscillant aux alentours de 2 enfants par femme et la plaçant en tête des pays européens depuis 2012 (figure 2a). Elle n’a donc pas ou peu été affectée par la crise de 2008. La fécondité n’y semble que peu liée aux perspectives financières futures des ménages (figure 6a) : si sa hausse, observée au cours des années 2000 comme dans le reste de l’Europe, s’atténue à la suite de la crise de 2008, elle commence à baisser en 2015, à un moment où, paradoxalement, cet indicateur s’améliore. Cependant, le taux de chômage est alors au plus haut, après une forte augmentation entre 2008 et 2015 (entrecoupée de deux phases de légère baisse, de début 2010 à mi-2011, puis entre mi-2013 et mi-2014, figure 3a). Or, c’est bien le chômage qui semble, au niveau individuel, retarder l’arrivée du premier enfant [Pailhé, Régnier-Loilier, 2015].

La spécificité de la France pourrait s'expliquer par sa politique familiale, même si cette dernière a évolué depuis 2008 avec notamment un soutien plus fort aux familles les plus modestes, et inversement une générosité moindre pour les plus aisées. De manière générale, la fécondité est plus élevée dans les pays où la part du PIB consacrée aux dépenses en faveur des familles est plus importante. Les aides financières directes ont cependant un effet plus limité sur la fécondité que des mesures favorisant la conciliation entre la vie familiale et la vie professionnelle [Masson, 2015]. Les aides non financières semblent plus efficaces, elles sont les plus développées en France, en Suède, au Royaume-Uni et en Irlande, ainsi qu’en Allemagne depuis le milieu des années 2000, contrairement à la majorité des pays méditerranéens. En France, le maintien à un haut niveau des prestations familiales (en particulier des « avantages en nature » comme les services de garde d’enfants) a pu soutenir les projets d’enfant entre 2008 et 2014, malgré le contexte économique. En 2014, en France, la part de la richesse nationale investie dans les services d’accueil pour la petite enfance (1,12 % du PIB) est nettement plus élevée que la moyenne de l’OCDE (0,96 %) [Thévenon, 2014].

En France, la fécondité ne commence à baisser qu’en 2015, soit plus tard que dans les autres pays d’Europe. Cette baisse est générale : elle concerne toutes les classes d’âge [Robert-Bobée, Volant, 2018], toutes les régions, tous les niveaux de vie et aussi bien les primo-maternités que les suivantes.

Si la baisse concerne les femmes de moins de 30 ans avant 2015, elle s’accélère à partir de 2015 et concerne également les femmes de 30 à 34 ans (figure 7). Entre 35 et 39 ans, la fécondité commence à baisser en 2016.

Figure 7 - Taux de fécondité par groupe d'âges depuis 1995 en France

nombre de naissances pour 100 femmes
Figure 7 - Taux de fécondité par groupe d'âges depuis 1995 en France (nombre de naissances pour 100 femmes) - Lecture : en 2015, 100 femmes âgées de 25 à 29 ans donnent naissance à 12 enfants.
Année de naissance Âge
15 à 19 ans 20 à 24 ans 25 à 29 ans 30 à 34 ans 35 à 39 ans 40 à 44 ans 45 à 49 ans
1995 0,79 5,83 13,17 10,01 4,02 0,84 0,04
1996 0,78 5,71 13,09 10,37 4,22 0,88 0,04
1997 0,78 5,57 12,82 10,45 4,33 0,92 0,05
1998 0,80 5,45 12,93 10,81 4,57 0,98 0,05
1999 0,86 5,51 12,95 11,06 4,76 1,01 0,05
2000 0,92 5,71 13,42 11,65 5,04 1,11 0,05
2001 0,95 5,82 13,20 11,66 5,14 1,14 0,06
2002 0,90 5,65 13,03 11,63 5,18 1,16 0,06
2003 0,87 5,63 12,94 11,85 5,26 1,20 0,06
2004 0,88 5,70 12,92 12,02 5,43 1,25 0,07
2005 0,87 5,65 12,80 12,28 5,65 1,31 0,07
2006 0,86 5,73 13,07 12,68 6,01 1,36 0,07
2007 0,85 5,56 12,82 12,64 6,06 1,40 0,08
2008 0,86 5,66 12,91 12,94 6,21 1,45 0,08
2009 0,83 5,57 12,85 13,02 6,26 1,46 0,08
2010 0,82 5,60 12,88 13,27 6,36 1,53 0,10
2011 0,79 5,42 12,68 13,11 6,43 1,59 0,10
2012 0,80 5,36 12,53 13,14 6,57 1,61 0,10
2013 0,75 5,18 12,37 12,98 6,71 1,65 0,10
2014 0,74 5,08 12,27 13,10 6,95 1,72 0,12
2015 0,68 4,82 11,87 12,93 6,99 1,70 0,11
2016 0,63 4,63 11,54 12,87 6,95 1,73 0,12
2017 0,59 4,46 11,23 12,73 6,93 1,80 0,13
2018p 0,57 4,28 10,97 12,66 6,93 1,86 0,13
2019p 0,56 4,25 10,83 12,62 6,95 1,93 0,14
2020p 0,53 4,03 10,58 12,50 6,98 1,96 0,14
  • p : données provisoires.
  • Lecture : en 2015, 100 femmes âgées de 25 à 29 ans donnent naissance à 12 enfants.
  • Champ : France, hors Mayotte jusqu’en 2013, y compris Mayotte à partir de 2014.
  • Source : Insee, estimations de population et statistiques de l'état civil.

Figure 7 - Taux de fécondité par groupe d'âges depuis 1995 en France

  • p : données provisoires.
  • Lecture : en 2015, 100 femmes âgées de 25 à 29 ans donnent naissance à 12 enfants.
  • Champ : France, hors Mayotte jusqu’en 2013, y compris Mayotte à partir de 2014.
  • Source : Insee, estimations de population et statistiques de l'état civil.

Encadré - La natalité française à travers les dernières crises

La France a connu un long épisode de baby boom, de 1946 à 1974, avec plus de 800 000 naissances chaque année (figure 1a). Il s’agissait d’une période de croissance économique forte, les Trente Glorieuses, qui prend fin avec le premier choc pétrolier de 1973. La fécondité passe de 2,42 enfants par femme en 1972 à 1,83 en 1976 (figure 1b), et les naissances de 878 000 à 720 000.

Figure 1a Encadré – Nombre de naissances depuis 1806

Figure 1a Encadré – Nombre de naissances depuis 1806
Les données détaillées de cette figure sont disponibles dans le fichier à télécharger

Figure 1a Encadré – Nombre de naissances depuis 1806

  • Note : les données de l'année 1867 sont légèrement différentes de celles publiées à l'époque (1 007 755 naissances) car l'expertise des données a révélé des erreurs de calcul et des incohérences entre les différentes répartitions. De 1914 à 1918, les nombres de naissances vivantes sur le territoire actuel ont été évalués (voir « Mouvement de la population, 1938 », tableau pp. 104-105 « Mouvement de la population dans les 90 départements de 1868 à 1938 »). De 1940 à 1945, les nombres de naissances vivantes sur le territoire de l'époque ont été évalués ; en 1943 et 1944, les nombres de naissances vivantes de la Corse ont été évalués (voir « Mouvement de la population, 1945 », chapitre IV, p. 40).
  • Lecture : en 1954, 810 754 naissances ont eu lieu en France métropolitaine.
  • Champ : France métropolitaine. Avant 1861 : enfants déclarés vivants (donc sans les faux mort-nés) ; territoire actuel hors Alpes-Maritimes, Savoie et Haute-Savoie. De 1861 à 1900 : enfants déclarés vivants (donc sans les faux mort-nés). A partir de 1901 : enfants nés vivants (donc inclus les faux mort-nés).
  • Source : Insee, statistiques de l'état civil.

En 1987, la fécondité se replie alors que l’indicateur sur les perspectives financières futures des ménages français reste faible de mi-1986 à début 1988 (figure 2). Les différentes crises économiques qui se suivent entre 1987 et 1992 (Krach d’octobre 1987, flambée des prix du pétrole à la suite de la guerre du Golfe, crise du système monétaire européen en 1992) maintiennent le chômage a un niveau élevé tout au long des années 1990, avec un pic en 1994 (10,6 %), qui correspond à une année où le nombre de naissances est très faible, puis en 1997 (10,7 %). Pendant ces deux pics de chômage, l’indicateur sur les perspectives financières futures des ménages est également en baisse : faible de la mi-1993 à la mi-1994, il remonte ensuite puis chute en décembre 1995. Au contraire, la hausse de la fécondité débutée en 1995 s’est poursuivie.

Figure 2 Encadré – Indicateur des perspectives financières à 12 mois des ménages en France de 1985 à 2000

Figure 2 Encadré – Indicateur des perspectives financières à 12 mois des ménages en France de 1985 à 2000
Les données détaillées de cette figure sont disponibles dans le fichier à télécharger

Figure 2 Encadré – Indicateur des perspectives financières à 12 mois des ménages en France de 1985 à 2000

  • Lecture : en juillet 1994, l’indicateur de perspectives financières à 12 mois des ménages était de 1,1 ; il s’agit du solde entre les opinions positives et négatives des ménages.
  • Champ : France.
  • Source : Eurostat (données désaisonnalisées, données non corrigées des effets de calendrier, extraction du 05/04/21).
Publication rédigée par : Sylvain Papon (Insee)

Sources

Les données sur la fécondité sont calculées par l’Insee à partir des données d’état civil, des recensements de la population et des estimations de population.

Les données sur l’Union européenne (chômage, indicateur sur les perspectives financières des ménages à 12 mois) sont les plus récentes publiées par Eurostat.

Les décisions de fécondité sont complexes et font intervenir de nombreux facteurs. Cette étude explore, de manière descriptive, les corrélations observées au niveau des pays entre les évolutions de l’indicateur conjoncturel de fécondité et certains éléments de contexte pouvant jouer sur la fécondité. Sont ici pris en compte les évolutions du taux de chômage des pays, de l’opinion des habitants sur leur situation financière personnelle pour l’année à venir et de certaines caractéristiques des politiques familiales nationales. Les corrélations ne doivent pas être interprétées en matière de causalité

Définitions

L'indicateur conjoncturel de fécondité mesure le nombre d'enfants qu'aurait une femme tout au long de sa vie, si les taux de fécondité observés l'année considérée à chaque âge demeuraient inchangés. Le taux de fécondité à un âge donné est le nombre d'enfants nés vivants des femmes de cet âge au cours de l'année, rapporté à la population moyenne de l'année des femmes de même âge.

Pour en savoir plus

Reynaud D., « Les femmes les plus modestes et les plus aisées ont le plus d’enfants », Insee Première n° 1826, novembre 2020.

Papon S., « En un siècle, le pic des naissances s’est décalé de l’hiver à l’été et s’est atténué », Insee Focus n° 204, septembre 2020.

Robert-Bobée I., Volant S., « Baisse récente de la fécondité en France : tous les âges et tous les niveaux de vie sont concernés », Insee Focus n° 136, décembre 2018.

Masson L., « La fécondité en France résiste à la crise », in France, portrait social, coll. « Insee Références », édition 2015.

Pailhé A., Régnier-Loilier A., « Le chômage retarde l’arrivée du premier enfant en France », Population et Sociétés n° 528, Ined, décembre 2015.

Thévenon O., Adema W., Ali N., « Les politiques familiales en France et en Europe : évolutions récentes et effets de la crise », Population et Sociétés n° 512, Ined, juin 2014.

Kapitány B., Spéder Z., Festy P., « Réalisation et évolution des intentions de fécondité dans quatre pays européens », in Population, 2012/4.

Pison G., « Deux enfants par femme dans la France de 2010 : la fécondité serait-elle insensible à la crise économique ? », Population et Sociétés n° 476, Ined, mars 2011.