Points de conjoncture 2020

Depuis la fin mars 2020, l’Insee a accru la fréquence de ses Points de conjoncture, pour tenir compte du caractère très évolutif de la situation économique. Les Notes et Points de conjoncture publiés en 2020 sont rassemblés sur cette page.

Note de conjoncture
Paru le : Paru le 02/12/2020
Note de conjoncture - décembre 2020
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Point de conjoncture du 8 septembre – PrésentationInsee

Note de conjoncture

Paru le : 06/10/2020

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Le déconfinement a permis le rebond relativement rapide d’une partie de l’activité économique

Les comptes nationaux du deuxième trimestre 2020 ont mis en évidence, dans nombre de pays, la rudesse du choc économique lié à la situation sanitaire. Pour autant, sans le minimiser, les données collectées depuis le début du déconfinement montrent à quel rythme et à quel degré l’économie récupère de ce choc. Ainsi, l’économie française aurait fonctionné en août à environ 95 % de son niveau d’avantcrise. C’est-à-dire qu’elle aurait déjà comblé les cinq sixièmes de l’écart d’une trentaine de points de PIB qui la séparait, au creux du confinement, de son niveau d’avant-crise. Car ce qui est inédit, c’est certes l’ampleur du choc déclenché par la crise sanitaire, mais aussi le caractère massif des politiques publiques mises en oeuvre pour contrer ses effets économiques, immédiats ou de plus long terme.

Pendant le confinement, les revenus des ménages ont beaucoup moins chuté que l’activité

Les chiffres du deuxième trimestre témoignent d’ailleurs aussi de l’ampleur des mesures de soutien. En France, quand l’activité économique baissait de près de 14 % sur le trimestre, les revenus des ménages ne diminuaient « que » d’un peu plus de 2 %, soutenus par différents dispositifs dont le recours à l’activité partielle. Les pertes de revenus ont été principalement absorbées par les administrations publiques et par les entreprises. Par ailleurs, dès le mois de juin, la consommation des ménages en biens a dépassé son niveau de février, certes en partie sous l’effet d’achats qui n’avaient pas pu être effectués pendant le confinement.

Un moteur tout à la fois bridé et dopé

Après cette phase de rebond en partie mécanique, l’économie française aborde la rentrée comme un moteur qui serait tout à la fois bridé et dopé. C’est le cas, du reste, de beaucoup d’économies dans le monde : les contraintes sanitaires, certes allégées, continuent de peser sur l’offre, tandis que la demande risque d’être anémiée par les incertitudes sanitaires et économiques qui persistent. Dans le même temps, les politiques monétaires et budgétaires vont soutenir massivement l’activité économique.

Les mesures d’endiguement sanitaire, certes allégées, continuent de peser sur l’offre

Sur le plan sanitaire, le scénario d’une perte totale de contrôle de l’épidémie, qui conduirait à des mesures aussi drastiques qu’en mars, semble peu probable. L’expérience accumulée lors de la première vague devrait permettre une meilleure cohabitation avec le virus. Toutefois, même si elles ont été largement allégées, certaines restrictions ou contraintes continuent de s’imposer (distanciation physique, quarantaine à l’entrée dans certains pays, etc.) et de nouvelles sont mises en place (port du masque), dans un contexte où les craintes d’une résurgence de l’épidémie se font actuellement plus vives en Europe. Certaines de ces restrictions peuvent avoir des impacts importants et durables dans certains secteurs comme, entre autres, le transport aérien de voyageurs et l’évènementiel.

Le risque d’un choc de demande

Depuis l’été, les enquêtes de conjoncture pointent par ailleurs le risque d’un choc significatif de demande. Les entreprises sont nombreuses à craindre des pertes de débouchés. Dans l’industrie, les carnets de commandes – en particulier venant de l’étranger – ne se regarnissent que lentement. Et la confiance des ménages dans la situation économique reste inférieure à son niveau d’avant crise. Le bond de l’épargne enregistré pendant le confinement peut certes contribuer à soutenir la demande dans les prochains trimestres, mais son utilisation reste incertaine à ce stade : il provient en effet non pas d’un surcroît de revenu, mais d’une consommation ponctuellement entravée, et peut se transformer en épargne de précaution. En outre, cette épargne forcée est pour l’instant mesurée au niveau macroéconomique, mais les situations des ménages peuvent être diverses.

Les politiques économiques en soutien massif

Face à cette situation, les mesures de soutien sont massives en France comme dans la plupart des pays. Les politiques monétaires restent très accommodantes dans le monde, et les politiques budgétaires ne sont pas en reste. En France, après les mesures mises en oeuvre pendant le confinement, visant à préserver autant que faire se peut le tissu productif ainsi que les revenus des ménages, le plan de relance annoncé récemment aura des effets à la fois sur l’offre et sur la demande, qui se manifesteront surtout au-delà de notre horizon de prévision, lequel est limité à la fin de l’année 2020.

En 2020, le PIB français reculerait d’environ 9 %

Les chiffres de croissance du troisième trimestre devraient témoigner de la vigueur du rebond associé aux premiers mois de déconfinement, avec une croissance à deux chiffres (+ 17 % prévu à ce stade en France [1] compte tenu du niveau très bas où était tombée l’activité au trimestre précédent. Dans les prochains mois, le redressement serait toutefois plus lent. L’activité reviendrait, en fin d’année, à environ 96 % (+/–2 %, soit entre 94 % et 98 %) de son niveau d’avant crise, sous l’hypothèse de stabilité des dispositions sanitaires.

Au total sur l’année 2020, nous maintenons notre prévision, publiée initialement en juillet, d’une contraction du PIB de l’ordre de 9 %. Certes, le recul du PIB au deuxième trimestre a été moins marqué qu’anticipé initialement, mais l’incertitude sanitaire tend à croître de nouveau et nous conduit à tempérer le rythme prévu pour la poursuite de la reprise.

Compte tenu d’un rythme de croissance annuelle de l’ordre de + 1 % prévu avant le confinement, la pandémie ôterait donc environ une dizaine de points de PIB annuel en 2020.

Au second semestre 2020, l’emploi salarié se stabiliserait mais le taux de chômage augmenterait nettement

Plus de 700 000 emplois salariés ont été perdus au premier semestre 2020. Cela représente un recul de l’emploi de 2,3 % en glissement annuel au deuxième trimestre (contre – 18,9 % pour le glissement annuel du PIB). Ce décalage tient pour beaucoup aux mesures mises en place pour préserver l’emploi. Au début du confinement, c’est surtout l’intérim qui a essuyé les plus lourdes pertes, avant de rebondir avec le déconfinement.

Au second semestre, le rebond de l’activité se traduirait par un rebond modéré de l’emploi dans la plupart des secteurs, sauf les plus affectés par la crise sanitaire. Au total, l’emploi salarié serait quasiment stable au second semestre, mais le taux de chômage augmenterait nettement, après une baisse en trompe-l’oeil pendant le confinement où un grand nombre de personnes sans emploi avaient interrompu leurs recherches. Il pourrait atteindre de l’ordre de 9,5 % de la population active en fin d’année. Le halo autour du chômage, qui avait bondi au deuxième trimestre, diminuerait au second semestre, mais pourrait tout de même rester supérieur fin 2020 à son niveau de fin 2019.

1. L’ensemble de ces prévisions s’appuient sur les premières données en « dur » disponibles pour le début de l’été (essentiellement le mois de juillet), ainsi que sur les résultats des diverses enquêtes de conjoncture, dont l’enquête Acemo-Covid menée par la Dares en lien avec l’Insee. Comme dans les précédents Points de conjoncture, nous présentons également un certain nombre d’indicateurs à haute fréquence. Toutefois, quand ceux-ci ne sont disponibles que pour l’année 2020 (comme par exemple les indices de mobilités calculés à partir des moteurs de recherche), leur lecture est affectée par la saisonnalité des vacances. En revanche, ceux qui présentent un peu plus de profondeur historique (avec des données disponibles au moins depuis l’année 2019) permettent de calculer des glissements annuels tenant compte des variations saisonnières. C’est le cas, par exemple, des montants agrégés de transactions par cartes bancaires, mobilisés pour estimer « en temps réel » la consommation des ménages.