Points de conjoncture 2020

Depuis la fin mars 2020, l’Insee a accru la fréquence de ses Points de conjoncture, pour tenir compte du caractère très évolutif de la situation économique. Les Notes et Points de conjoncture publiés en 2020 sont rassemblés sur cette page.

Note de conjoncture
Paru le : Paru le 02/12/2020
Note de conjoncture - décembre 2020
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Point de conjoncture du 7 mai – SynthèseInsee

Note de conjoncture

Paru le : 07/05/2020

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Comment mesurer l’économie en temps de crise ? Depuis le début du confinement, l’Insee s’efforce de publier régulièrement des analyses sur la conjoncture économique, en tenant compte de la singularité de la crise actuelle : les informations statistique habituellement mobilisées ne sont parfois pas disponibles ; et quand elles le sont, elles peuvent être plus fragiles ou moins pertinentes qu’à l’accoutumée. C’est pourquoi nos analyses s’appuient également sur d’autres types de données [1] , qu’il s’agisse de remontées directes d’entreprises et de fédérations professionnelles ou bien de données « haute fréquence », disponibles en temps presque réel.

Que nous disent, par exemple, les évolutions récentes de la consommation d’électricité en France, ou bien celles des montants agrégés de transactions par carte bancaire ? Pendant le confinement, les entreprises ont, globalement, consommé un quart d’électricité de moins par rapport à la normale, avec des baisses marquées dans les transports et, dans une moindre mesure, dans l’industrie, en lien direct avec la baisse de leur production. Du côté de la consommation des ménages, les dernières données disponibles sur les transactions par carte bancaire suggèrent un redressement très progressif de certaines dépenses en biens manufacturés (équipement du foyer, habillement-chaussures), tandis que les dépenses en carburants ou en hôtellerie-restauration restent au plancher.

Au niveau global, selon les informations disponibles au 7 mai, l’estimation de la perte d’activité économique liée à la crise sanitaire reste de l’ordre d’un tiers (– 33 %), assez proche donc de nos précédentes estimations (– 35 % le 23 avril, – 36 % le 9 avril). À l’approche du 11 mai, date annoncée pour la sortie progressive du confinement, une légère reprise semble s’amorcer notamment dans l’industrie et la construction, en lien sans doute avec la mise en place de mesures de sécurité sanitaire permettant le retour des salariés sur leur lieu de travail. La consommation des ménages est quant à elle estimée globalement en retrait de 32 % par rapport à son niveau « normal » (après – 33 % le 23 avril et – 35 % le 9 avril).

L’Insee publie par ailleurs aujourd’hui son estimation flash de l’emploi salarié privé au premier trimestre 2020, après avoir exploité de manière anticipée, en plus des enquêtes utilisées habituellement, les déclarations sociales nominatives (DSN) réalisées par les entreprises pour le mois de mars. La chute de l’emploi salarié privé est ainsi estimée à – 2,3 %, soit plus de 450 000 destructions nettes d’emploi en un trimestre, dont près de 300 000 emplois intérimaires.

Comment mesurer, mais également, comment comparer en temps de crise sanitaire ? Ce Point de conjoncture se penche notamment sur les comparaisons entre régions et départements français d’une part, et entre pays d’autre part.

Un premier exercice consiste à appliquer à différents territoires des hypothèses homogènes de baisses d’activité par secteurs. La déclinaison, au niveau local, des hypothèses nationales de pertes d’activité fait ainsi apparaître des régions structurellement plus exposées que la moyenne (Corse, Ile-de-France, Auvergne-Rhône-Alpes, Provence-Alpes-Côte d’Azur), en lien avec le poids de l’hôtellerie-restauration et de certains services aux entreprises. Pour compléter cette analyse, certaines données « haute fréquence » peuvent être mobilisées au niveau départemental : c’est le cas des montants agrégés de transactions par carte bancaire, dont l’étude montre que ce sont les départements les plus peuplés qui ont vu leurs montants de transactions le plus chuter. Ces départements sont sans doute relativement plus affectés par l’obligation de fermeture des établissements accueillant du public ; ils ont pu, en parallèle connaître des départs de population à l’annonce du confinement.

Concernant les comparaisons entre pays, les normes de la comptabilité nationale assurent, en temps normal, la comparabilité des grands agrégats macroéconomiques. En temps de crise sanitaire, cette comparabilité est sans doute moindre [2] . En particulier, les estimations flash des comptes nationaux du premier trimestre ont dû être calculées à partir d’informations incomplètes sur le mois de mars, alors que ce mois a été marqué par le début du confinement dans nombre de pays et conditionne donc une large part de l’évolution trimestrielle. La plupart des instituts statistiques nationaux ont mobilisé des indicateurs et des méthodes moins conventionnels et donc moins immédiatement comparables que d’habitude. Concernant les pays de la zone euro, et notamment l’Italie (recul du PIB estimé à – 4,7 % au premier trimestre), l’Espagne (– 5,2 %) et la France (– 5,8 %), il semble donc difficile à ce stade de faire la part entre les écarts réels d’activité et les effets des éventuelles différences méthodologiques.

Quoi qu’il en soit, ces trois pays figurent parmi ceux dont le confinement est le plus strict au niveau réglementaire, mais aussi en pratique, comme l’attestent empiriquement les indicateurs haute fréquence relatifs par exemple à la mobilité des personnes. À ce stade, parmi les grands pays de la zone euro, seule l’Allemagne semble se distinguer par un confinement un peu moins strict et une reprise sans doute un peu plus engagée. Ces données « haute fréquence » seront naturellement à suivre de près dans les semaines à venir : nous tenterons de mesurer, dans les prochains Points de conjoncture, les premiers effets économiques des déconfinements.

 

1. Nous remercions l’ensemble des partenaires qui continuent de nous apporter leur concours pour réaliser cet exercice. En particulier, pour cette édition : le Groupement Cartes bancaires CB, la Direction générale des entreprises, SNCF Réseau, RTE, Enedis, France Industrie, Rexecode, les services du Medef. Les estimations figurant dans ce document n’engagent bien sûr que l’Insee.

2. Le problème affecte plus généralement l’ensemble de la production statistique : voir la note de blog publiée le 6 mai par le directeur général de l’Insee : « La statistique publique à l’épreuve de la crise sanitaire ».