Une hausse des décès deux fois plus forte pour les personnes nées à l’étranger que pour celles nées en France en mars-avril 2020

Sylvain Papon, Isabelle Robert-Bobée (division Enquêtes et études démographiques, Insee)

Pendant la crise sanitaire liée à la Covid-19, le nombre de décès a fortement augmenté en France, avec des différences marquées selon le pays de naissance des personnes décédées. Toutes causes confondues, les décès en mars et avril 2020 de personnes nées à l’étranger ont augmenté de 48 % par rapport à la même période en 2019, contre + 22 % pour les décès de personnes nées en France. La hausse a été la plus forte pour les personnes nées en Afrique (+ 54 % pour les décès de personnes nées au Maghreb, + 114 % pour celles nées dans un autre pays d’Afrique) ou en Asie (+ 91 %).

Le pic des décès a été atteint fin mars-début avril, au même moment quel que soit le pays d’origine des personnes décédées.

Pour toutes les origines, la hausse des décès a été plus forte pour les personnes âgées. Mais les décès ont aussi nettement augmenté avant 65 ans pour les personnes nées à l’étranger. En Île-de-France et dans le Grand Est, régions particulièrement touchées, la hausse des décès a été très marquée, aussi bien pour les personnes nées en France que pour celles nées à l’étranger.

Insee Focus
No 198
Paru le : Paru le 07/07/2020
Sylvain Papon, Isabelle Robert-Bobée (division Enquêtes et études démographiques, Insee)
Insee Focus  No 198 - juillet 2020

Une hausse des décès en mars-avril 2020 plus forte pour les personnes nées en Afrique ou en Asie

La crise sanitaire liée à la propagation de la Covid-19 s’est traduite par un excédent des décès. En mars et avril 2020, les décès ont été nettement plus nombreux que ceux observés sur la même période un an auparavant : 129 000 décès toutes causes confondues (Sources) contre 102 800, soit + 25 %. Les décès de personnes nées à l’étranger ont augmenté deux fois plus que ceux de personnes nées en France : + 48 % contre + 22 %. De ce fait, la part des personnes nées à l’étranger parmi les personnes décédées a augmenté : elles représentaient 13 % de l’ensemble des décès enregistrés en France en mars et avril 2019, contre 15 % pour les décès enregistrés en mars et avril 2020.

La hausse des décès est la plus forte pour les personnes nées en Afrique : + 54 % pour les personnes nées dans les pays du Maghreb (Algérie, Maroc, Tunisie, avec 8 300 décès en mars-avril 2020 contre 5 400 en mars-avril 2019) et + 114 % pour celles nées dans un autre pays d’Afrique (2 000 décès contre 900) (figure 1). La hausse est également élevée pour les personnes originaires d’Asie (+ 91 %, avec 1 600 décès contre 800). Pour les personnes nées en Europe (hors France) et les personnes nées dans un pays d’Amérique ou en Océanie, la hausse des décès est proche de celle observée pour les personnes nées en France.

Figure 1a - Évolution du nombre de décès enregistrés en France entre mars-avril 2019 et mars-avril 2020, selon le pays de naissance des personnes décédées

en %
Figure 1a - Évolution du nombre de décès enregistrés en France entre mars-avril 2019 et mars-avril 2020, selon le pays de naissance des personnes décédées (en %) - Lecture : le nombre de décès enregistrés en France entre le 1er mars et le 30 avril 2020 a augmenté de 25 % par rapport à la même période en 2019. Dans le même temps, le nombre des décès en France de personnes nées en Afrique hors Maghreb a plus que doublé (+ 114 %).
Évolution 2020/2019
France 22
Espagne, Italie, Portugal 26
Autres pays d’Europe 27
Maghreb 54
Afrique hors Maghreb 114
Asie 91
Autres pays (Amériques, Océanie) 25
Ensemble 25
  • Note : données provisoires.
  • Lecture : le nombre de décès enregistrés en France entre le 1er mars et le 30 avril 2020 a augmenté de 25 % par rapport à la même période en 2019. Dans le même temps, le nombre des décès en France de personnes nées en Afrique hors Maghreb a plus que doublé (+ 114 %).
  • Champ : décès enregistrés en France.
  • Source : Insee, statistiques de l’état civil, fichier du 4 juin 2020.

Figure 1a - Évolution du nombre de décès enregistrés en France entre mars-avril 2019 et mars-avril 2020, selon le pays de naissance des personnes décédées

  • Note : données provisoires.
  • Lecture : le nombre de décès enregistrés en France entre le 1er mars et le 30 avril 2020 a augmenté de 25 % par rapport à la même période en 2019. Dans le même temps, le nombre des décès en France de personnes nées en Afrique hors Maghreb a plus que doublé (+ 114 %).
  • Champ : décès enregistrés en France.
  • Source : Insee, statistiques de l’état civil, fichier du 4 juin 2020.

Quel que soit le pays de naissance, le nombre de décès a fortement augmenté à partir de mi-mars 2020, pour atteindre un pic fin mars-début avril (figure 2). Les décès ont ensuite baissé pour revenir fin avril au niveau de 2019. Seule l’ampleur de la hausse puis de la décrue change selon le pays d’origine.

Figure 2a - Nombre quotidien de décès de personnes nées en France, enregistrés en France en mars et avril 2018, 2019 et 2020

Figure 2a - Nombre quotidien de décès de personnes nées en France, enregistrés en France en mars et avril 2018, 2019 et 2020 - Lecture : pour un jour donné, la moyenne mobile en 2020 correspond à la moyenne sur une semaine centrée sur ce jour. Par exemple, la valeur pour le 7 mars (1 542 décès) est le nombre moyen de décès par jour observé sur la période de 7 jours consécutifs allant du 4 au 10 mars 2020.
Jour 2018 2019 2020 2020 moyenne mobile
1er mars 1 870 1 648 1 556 1 539
2 mars 1 911 1 687 1 548 1 538
3 mars 1 883 1 546 1 537 1 542
4 mars 1 844 1 650 1 565 1 542
5 mars 1 908 1 647 1 528 1 531
6 mars 1 895 1 644 1 580 1 535
7 mars 1 796 1 619 1 477 1 542
8 mars 1 862 1 567 1 481 1 554
9 mars 1 805 1 565 1 574 1 559
10 mars 1 849 1 461 1 586 1 553
11 mars 1 688 1 540 1 652 1 562
12 mars 1 770 1 470 1 563 1 580
13 mars 1 731 1 480 1 538 1 602
14 mars 1 706 1 503 1 543 1 625
15 mars 1 680 1 508 1 604 1 634
16 mars 1 660 1 495 1 729 1 671
17 mars 1 602 1 442 1 745 1 701
18 mars 1 568 1 506 1 713 1 717
19 mars 1 592 1 461 1 824 1 731
20 mars 1 563 1 465 1 751 1 743
21 mars 1 656 1 491 1 655 1 750
22 mars 1 661 1 499 1 701 1 782
23 mars 1 594 1 474 1 814 1 801
24 mars 1 647 1 439 1 795 1 835
25 mars 1 588 1 445 1 936 1 900
26 mars 1 621 1 416 1 957 1 938
27 mars 1 647 1 484 1 987 1 991
28 mars 1 596 1 466 2 111 2 051
29 mars 1 598 1 434 1 964 2 099
30 mars 1 574 1 423 2 185 2 134
31 mars 1 546 1 392 2 216 2 180
1er avril 1 564 1 480 2 271 2 201
2 avril 1 512 1 488 2 204 2 238
3 avril 1 625 1 476 2 311 2 250
4 avril 1 515 1 437 2 254 2 252
5 avril 1 536 1 462 2 223 2 241
6 avril 1 536 1 451 2 270 2 231
7 avril 1 507 1 469 2 231 2 213
8 avril 1 521 1 461 2 191 2 183
9 avril 1 526 1 413 2 138 2 138
10 avril 1 587 1 460 2 186 2 098
11 avril 1 499 1 426 2 042 2 062
12 avril 1 502 1 420 1 908 2 025
13 avril 1 476 1 333 1 989 1 986
14 avril 1 421 1 328 1 981 1 951
15 avril 1 454 1 399 1 929 1 919
16 avril 1 471 1 453 1 867 1 888
17 avril 1 451 1 513 1 942 1 835
18 avril 1 435 1 416 1 819 1 783
19 avril 1 519 1 445 1 692 1 734
20 avril 1 560 1 439 1 617 1 696
21 avril 1 552 1 345 1 617 1 642
22 avril 1 390 1 435 1 585 1 604
23 avril 1 406 1 458 1 598 1 570
24 avril 1 404 1 549 1 567 1 544
25 avril 1 393 1 435 1 553 1 525
26 avril 1 387 1 381 1 454 1 507
27 avril 1 351 1 356 1 437 1 475
28 avril 1 371 1 386 1 483 1 437
29 avril 1 382 1 351 1 457 1 412
30 avril 1 348 1 355 1 373 1 396
  • Note : données provisoires pour 2019 et 2020.
  • Lecture : pour un jour donné, la moyenne mobile en 2020 correspond à la moyenne sur une semaine centrée sur ce jour. Par exemple, la valeur pour le 7 mars (1 542 décès) est le nombre moyen de décès par jour observé sur la période de 7 jours consécutifs allant du 4 au 10 mars 2020.
  • Champ : décès enregistrés en France.
  • Source : Insee, statistiques de l’état civil, fichier du 4 juin 2020.

Figure 2a - Nombre quotidien de décès de personnes nées en France, enregistrés en France en mars et avril 2018, 2019 et 2020

  • Note : données provisoires pour 2019 et 2020.
  • Lecture : pour un jour donné, la moyenne mobile en 2020 correspond à la moyenne sur une semaine centrée sur ce jour. Par exemple, la valeur pour le 7 mars (1 542 décès) est le nombre moyen de décès par jour observé sur la période de 7 jours consécutifs allant du 4 au 10 mars 2020.
  • Champ : décès enregistrés en France.
  • Source : Insee, statistiques de l’état civil, fichier du 4 juin 2020.

En Île-de-France, la hausse des décès a été particulièrement forte pour les personnes nées à l’étranger, mais aussi pour celles nées en France

Au niveau national, le plus fort excédent de décès pour les personnes nées en Afrique ou en Asie peut notamment s’expliquer par le fait qu’elles résident plus souvent en Île-de-France, région de loin la plus fortement touchée par la Covid-19. La hausse des décès en mars-avril 2020 a en effet été la plus forte en Île-de-France (+ 92 % par rapport à mars-avril 2019 ; Insee (2020)). Or, en France, un tiers des personnes nées au Maghreb résident en Île-de-France, c’est le cas de la moitié des personnes nées dans un autre pays d’Afrique ou en Asie. Les personnes nées en France sont, quant à elles, 16 % à résider dans cette région. Si, pour les personnes nées en France, 37 % de l’excédent des décès observé en mars-avril 2020 comparativement à la même période en 2019 revient à l’Île-de-France, c’est 58 % pour les personnes nées au Maghreb, 85 % pour celles nées dans un autre pays d’Afrique et 79 % pour celles nées en Asie.

En Île-de-France, la hausse des décès a aussi été beaucoup plus forte pour les personnes nées à l’étranger que pour celles nées en France (figure 3a). En Île-de-France, la hausse du nombre de décès de personnes nées en France est de 78 % entre mars-avril 2019 et mars-avril 2020. Elle est de 134 % pour les décès des personnes nées au Maghreb et de 219 % pour les décès des personnes originaires d’un autre pays d’Afrique. La forte hausse pour les personnes nées à l’étranger, mais aussi pour celles nées en France, s’observe dans tous les départements d’Île-de-France. En Seine-Saint-Denis par exemple, où la hausse des décès a été particulièrement forte (+ 127 % de décès), le nombre de décès de personnes nées en France y a augmenté de 95 %. Le nombre des décès de personnes nées au Maghreb y a augmenté de 191 %. Pour les personnes nées en Afrique hors Maghreb, la hausse des décès a été de 368 %.

Dans le Grand Est, deuxième région la plus touchée par la Covid-19, la hausse des décès en mars-avril 2020 par rapport à mars-avril 2019 a atteint 120 % pour les personnes nées au Maghreb et 121 % pour l’ensemble des personnes nées en Afrique ou en Asie, contre 52 % pour celles nées en France, soit un écart plus important qu’en Île-de-France (figure 3b). Au total, cette région, qui regroupe 9 % des personnes nées en France et 6 % de celles nées en Asie ou en Afrique, comptabilise 21 % de l’excédent de décès des personnes nées en France et seulement 8 % de celui des personnes nées en Afrique ou en Asie.

Figure 3a - Évolution du nombre de décès entre mars-avril 2019 et mars-avril 2020 de personnes résidant en Île-de-France, selon le pays de naissance des personnes décédées

Figure 3a - Évolution du nombre de décès entre mars-avril 2019 et mars-avril 2020 de personnes résidant en Île-de-France, selon le pays de naissance des personnes décédées - Lecture : le nombre de décès de personnes nées dans un pays d’Afrique hors Maghreb enregistrés en France entre le 1er mars et le 30 avril 2020 a augmenté de 114 % par rapport à la même période en 2019 (il a donc plus que doublé). En Île-de-France, il a augmenté de 219 % (il a donc plus que triplé).
Île-de-France France
Nombre de décès Évolution 2020/2019 (en %) Évolution 2020/2019 (en %)
2019 2020
France 9 379 16 686 78 22
Europe hors France 920 1 695 84 27
Maghreb 1 250 2 925 134 54
Afrique hors Maghreb 404 1 289 219 114
Asie 346 933 170 91
Autres pays (Amériques, Océanie) 118 271 130 25
Ensemble 12 417 23 799 92 25
  • Note : données provisoires.
  • Lecture : le nombre de décès de personnes nées dans un pays d’Afrique hors Maghreb enregistrés en France entre le 1er mars et le 30 avril 2020 a augmenté de 114 % par rapport à la même période en 2019 (il a donc plus que doublé). En Île-de-France, il a augmenté de 219 % (il a donc plus que triplé).
  • Champ : décès enregistrés en France.
  • Source : Insee, statistiques de l’état civil, fichier du 4 juin 2020.

Figure 3a - Évolution du nombre de décès entre mars-avril 2019 et mars-avril 2020 de personnes résidant en Île-de-France, selon le pays de naissance des personnes décédées

  • Note : données provisoires.
  • Lecture : le nombre de décès de personnes nées dans un pays d’Afrique hors Maghreb enregistrés en France entre le 1er mars et le 30 avril 2020 a augmenté de 114 % par rapport à la même période en 2019 (il a donc plus que doublé). En Île-de-France, il a augmenté de 219 % (il a donc plus que triplé).
  • Champ : décès enregistrés en France.
  • Source : Insee, statistiques de l’état civil, fichier du 4 juin 2020.

Décès selon le pays d’origine : des différences marquées dans les territoires les plus densément peuplés

La hausse du nombre des décès pendant la période de pandémie de la Covid-19 a été nettement plus forte dans les territoires les plus densément peuplés [Gascard et al., 2020], et ce pour les personnes nées à l’étranger comme pour celles nées en France. Or, les personnes nées en Afrique ou en Asie résident environ deux fois plus souvent dans ce type de territoires, notamment parce qu’elles habitent plus souvent en Île-de-France. En effet, si 35 % des personnes nées en France résident dans les communes les plus densément peuplées, c’est le cas de 65 % de celles nées dans un pays du Maghreb et de plus de 70 % de celles nées dans un autre pays d’Afrique ou en Asie.

Pour les personnes résidant dans une commune densément peuplée, les décès entre le 1er mars et le 30 avril 2020 de personnes nées en France ont augmenté de 39 % par rapport à la même période en 2019, contre + 76 % pour celles nées au Maghreb (figure 4). La hausse des décès a été encore plus forte pour les personnes nées en Afrique hors Maghreb (+ 158 %). L’augmentation globalement plus importante des décès pour les populations nées en Afrique comparativement aux personnes nées en France résulte à la fois d’une hausse particulièrement forte des décès de ces personnes dans les communes densément peuplées et de leur surreprésentation dans ce type de commune, en Île-de-France comme dans les autres régions.

Figure 4 - Évolution du nombre de décès entre mars-avril 2019 et mars-avril 2020, par pays de naissance selon la densité de la commune de résidence des personnes décédées

en %
Figure 4 - Évolution du nombre de décès entre mars-avril 2019 et mars-avril 2020, par pays de naissance selon la densité de la commune de résidence des personnes décédées (en %) - Lecture : le nombre de décès enregistrés en France pour des personnes nées en France et résidant dans des communes densément peuplées a augmenté de 39 % entre mars-avril 2019 et mars-avril 2020.
Communes denses Communes de densité intermédiaire Communes peu ou très peu denses Ensemble
France 39 19 13 22
Maghreb 76 27 22 54
Afrique hors Maghreb 158 30 ns 114
Asie 118 60 ns 91
Autres pays* 49 20 12 27
Ensemble 47 20 13 25
  • * Europe hors France, Amériques, Océanie.
  • ns : non significatif du fait du faible nombre de décès.
  • Note : données provisoires.
  • Lecture : le nombre de décès enregistrés en France pour des personnes nées en France et résidant dans des communes densément peuplées a augmenté de 39 % entre mars-avril 2019 et mars-avril 2020.
  • Champ : décès enregistrés en France.
  • Source : Insee, statistiques de l’état civil, fichier du 4 juin 2020.

Figure 4 - Évolution du nombre de décès entre mars-avril 2019 et mars-avril 2020, par pays de naissance selon la densité de la commune de résidence des personnes décédées

  • * Europe hors France, Amériques, Océanie.
  • Note : données provisoires.
  • Lecture : le nombre de décès enregistrés en France pour des personnes nées en France et résidant dans des communes densément peuplées a augmenté de 39 % entre mars-avril 2019 et mars-avril 2020.
  • Champ : décès enregistrés en France.
  • Source : Insee, statistiques de l’état civil, fichier du 4 juin 2020.

Dans les communes de densité intermédiaire, des différences selon les pays d’origine demeurent mais sont moins marquées que dans les communes densément peuplées. Les décès de personnes nées en France y ont augmenté de 19 % entre mars-avril 2019 et mars-avril-2020. La hausse est de 27 % pour les personnes nées au Maghreb, et du même ordre (+ 30 %) pour celles nées dans un pays d’Afrique hors Maghreb. La hausse est donc plus modérée que dans les communes denses, mais reste néanmoins supérieure à celle observée pour les personnes nées en France et résidant dans des communes de même densité. Dans les communes peu ou très peu denses, les décès ont moins augmenté : + 13 % entre mars-avril 2019 et mars-avril 2020 pour les décès de personnes nées en France, + 22 % pour celles nées au Maghreb. Les personnes nées à l’étranger résidant nettement moins souvent que celles nées en France dans des communes peu denses, il y a peu de décès de personnes nées à l’étranger dans ces communes.

Davantage de personnes nées en Afrique parmi les « travailleurs clés »

L’environnement des personnes (conditions de logement, utilisation des transports en commun, profession exercée, etc.) a sans doute joué un rôle dans l’ampleur de la hausse des décès pendant la pandémie et sur les possibilités de distanciation physique. Or, des différences existent selon le pays de naissance des personnes. Par exemple, les personnes nées en Afrique hors Maghreb, et dans une moindre mesure celles nées au Maghreb, ont les logements les plus exigus (respectivement 1,3 pièce par occupant et 1,6, contre 1,8 pour l’ensemble des habitants) et sont celles qui utilisent habituellement le plus les transports en commun pour aller travailler (respectivement 49 % et 28 % en 2016, contre 15 %). Les personnes originaires d’Asie utilisent aussi davantage les transports en commun pour se rendre à leur travail (31 %) et ont des logements plus petits (1,3 pièce par personne).

Les professions exercées sont aussi différentes selon les pays de naissance. Les personnes nées en Afrique sont parmi les plus exposées au risque de contamination en raison de leur métier. Si, comme dans une étude de l’Observatoire régional de santé Île-de-France [Mangeney et al., 2020], on retient parmi les « travailleurs clés » les personnels de santé, les aides-soignants, les pharmaciens, les ambulanciers, les personnels de la Poste, des forces de l’ordre, des transports publics, les pompiers, les personnes travaillant dans la vente de produits alimentaires, les livreurs, les buralistes et les agents de nettoyage, professions en contact avec le public et qui ont souvent continué à travailler sur site pendant la période de confinement, 14 % des personnes en emploi et nées dans un pays du Maghreb et 15 % de celles nées dans un autre pays d’Afrique sont des « travailleurs clés », contre 11 % parmi celles nées en France ou celles nées en Asie (12 %).

Une hausse des décès particulièrement forte avant 65 ans pour les personnes nées à l’étranger

L’âge est un facteur clé de l’excédent des décès constaté en mars-avril 2020. Parmi les 26 200 décès en plus par rapport à mars-avril 2019, 25 100 décès concernent des personnes de 65 ans ou plus. Pour toutes les origines, la hausse des décès a été plus forte chez les personnes âgées (figure 5).

Figure 5a - Évolution du nombre de décès entre mars-avril 2019 et mars-avril 2020, par pays de naissance selon l’âge des personnes décédées

en %
Figure 5a - Évolution du nombre de décès entre mars-avril 2019 et mars-avril 2020, par pays de naissance selon l’âge des personnes décédées (en %) - Lecture : le nombre de décès enregistrés en France de personnes nées au Maghreb et âgées de moins de 65 ans a augmenté de 30 % entre mars-avril 2019 et mars-avril 2020.
Moins de 65 ans 65 ans ou plus Ensemble
France 3 26 22
Europe hors France – 1 30 27
Maghreb 30 57 54
Afrique hors Maghreb 96 128 114
Asie 78 96 91
Autres pays (Amériques, Océanie) 4 41 25
Ensemble 7 29 25
  • Note : données provisoires.
  • Lecture : le nombre de décès enregistrés en France de personnes nées au Maghreb et âgées de moins de 65 ans a augmenté de 30 % entre mars-avril 2019 et mars-avril 2020.
  • Champ : décès enregistrés en France.
  • Source : Insee, statistiques de l’état civil, fichier du 4 juin 2020.

Figure 5a - Évolution du nombre de décès entre mars-avril 2019 et mars-avril 2020, par pays de naissance selon l’âge des personnes décédées

  • Note : données provisoires.
  • Lecture : le nombre de décès enregistrés en France de personnes nées au Maghreb et âgées de moins de 65 ans a augmenté de 30 % entre mars-avril 2019 et mars-avril 2020.
  • Champ : décès enregistrés en France.
  • Source : Insee, statistiques de l’état civil, fichier du 4 juin 2020.

Cependant, parmi les personnes nées à l’étranger hors Europe, le nombre de décès de personnes de moins de 65 ans a fortement augmenté (+ 30 % entre mars-avril 2019 et mars-avril 2020 pour les personnes nées dans un pays du Maghreb, + 96 % pour celles nées dans un autre pays d’Afrique), alors qu’il est quasiment stable pour les personnes nées en Europe (+ 3 % pour les personnes nées en France). Ainsi, avant 65 ans, la hausse a été environ 30 fois plus forte pour les décès de personnes nées en Afrique hors Maghreb ou en Asie que pour ceux de personnes nées en France, et 10 fois plus forte pour ceux de personnes nées au Maghreb. À partir de 65 ans, les écarts sont moindres, avec une hausse de 2 à 5 fois plus forte pour les décès de personnes nées hors d’Europe que pour ceux des personnes nées en France.

Les personnes nées en Afrique hors Maghreb ou en Asie sont plus jeunes que celles nées en France (8 % de personnes de 65 ans ou plus parmi les personnes nées en Afrique hors Maghreb ou en Asie, contre 19 % parmi les personnes nées en France). Cela contribue à limiter la hausse de leurs décès, même si la hausse des décès avant l’âge de 65 ans a touché spécifiquement les habitants nés à l’étranger (750 décès en plus, contre 370 en plus pour les habitants nés en France). À partir de 65 ans, on compte 5 500 décès en plus pour les personnes nées à l’étranger contre 19 500 en plus parmi les habitants nés en France.

Pour les personnes nées à l’étranger, une hausse des décès nettement plus forte pour les hommes que pour les femmes

Si pour les personnes nées en France, la hausse des décès est quasi identique quel que soit le sexe au cours de cette période (+ 25 % pour les décès de femmes et + 26 % pour ceux des hommes), elle est en revanche plus marquée chez les hommes pour les personnes nées dans un pays du Maghreb (+ 61 % de décès entre mars-avril 2019 et mars-avril 2020 pour les hommes, + 44 % pour les femmes), de même que pour celles nées dans un autre pays d’Afrique (+ 131 % pour les hommes, + 88 % pour les femmes), ou encore pour celles nées en Asie (+ 101 % pour les hommes, + 79 % pour les femmes). La part des hommes parmi les personnes nées à l’étranger et résidant en France est très proche de celle parmi les personnes nées en France, et ne contribue pas à la hausse des décès plus marquée pour les personnes nées à l’étranger.

Cette étude descriptive met en évidence une hausse particulièrement forte des décès de personnes nées en Afrique ou en Asie, relativement à celles nées en France, ainsi qu’une surmortalité spécifique avant 65 ans, même si, pour toutes les origines, les personnes les plus âgées ont été les plus concernées. Faute d’informations suffisantes disponibles sur les personnes décédées (Sources), elle ne mesure pas le poids des différents facteurs susceptibles d’expliquer ce phénomène et ne permet pas de conclure quant à une surmortalité particulière des personnes nées à l’étranger, une fois prises en compte les différences de structure de la population (âge, sexe, profession, lieu de résidence, etc.).

À défaut, l’analyse pointe certains facteurs ayant contribué à accroître la mortalité des personnes nées en Afrique ou en Asie relativement à celle des personnes nées en France (une concentration importante dans la région Île-de-France, fortement touchée par la Covid-19 ou dans des communes densément peuplées ; l’occupation de logements plus exigus en moyenne, un usage plus prononcé des transports en commun ou encore l’exercice plus fréquent de professions dont l’activité n’a pas été restreinte pendant le confinement) ou jouant en sens inverse (comme la relative jeunesse des personnes nées en Afrique hors Maghreb ou en Asie). D’autres facteurs comme l’état de santé ou l’accès aux soins, non abordés dans cette étude, ont aussi pu contribuer aux écarts observés.

Sources

Cette étude utilise les données de décès enregistrés dans les statistiques d’état civil entre 2018 et 2020. Les statistiques diffusées sont provisoires pour les années 2019 et 2020. Elles sont issues du fichier en date du 4 juin 2020. Ces données ne renseignent pas sur la cause du décès. Elles contiennent en revanche des informations socio-démographiques sur les personnes décédées, comme la date de naissance, la commune de résidence, l’âge et le pays de naissance. Ces données permettent de décrire les différences observées dans l’évolution des décès pendant la pandémie entre pays d’origine.

Les données d’état civil ne donnant que peu d’informations sur les personnes (pas d’information sur la taille des logements par exemple), l’étude utilise aussi le recensement de la population 2016 pour compléter ces informations par des données de cadrage sur la population selon le pays d’origine (région de résidence, sexe, âge, conditions de logement, moyen de transport pour se rendre au travail, profession). Ces éléments ne permettent pas pour autant d’expliquer toutes les différences observées, d’autres facteurs entrant en jeu, notamment l’état de santé des personnes (par exemple l’obésité, le diabète ou les maladies respiratoires chroniques) [Mangeney et al., 2020].

Les pays de naissance ont été regroupés en 7 groupes : France ; Espagne, Portugal, Italie ; autres pays d’Europe hors ex-URSS ; Maghreb ; Afrique hors Maghreb ; Asie (y compris Turquie) ; autres pays. Ils sont parfois regroupés pour les analyses présentées selon les effectifs.

Définitions

La grille communale de densité permet de comparer le degré d’urbanisation des pays européens, avec une méthodologie homogène et relativement indépendante des découpages administratifs de chaque pays. Elle s’appuie sur une grille de carreaux de 1 km², dans lesquels la population est calculée à partir des données géolocalisées issues, en France, des fichiers démographiques sur les logements et les individus (Fideli 2018), base de données issue principalement des fichiers fiscaux liés à la taxe d’habitation.

Pour en savoir plus

Allard T., Bayardin V., Mosny E., « L’Île-de-France, région la plus touchée par le surcroît de mortalité pendant le confinement », Insee Analyses Île-de-France n° 118, juin 2020.

Insee, nombre de décès quotidien, 26 juin 2020.

Gascard N., Kauffmann B., Labosse A., « 26 % de décès supplémentaires entre début mars et mi-avril 2020 : les communes denses sont les plus touchées », Insee Focus n° 191, mai 2020.

Bernard V., Gallic G., Léon O., Sourd C., « Logements suroccupés, personnes âgées isolées... : des conditions de confinement diverses selon les territoires », Insee Focus n° 189, avril 2020.

Mangeney C., Bouscaren N., Telle-Lamberton M., Saunal A., Féron V., « La surmortalité durant l’épidémie de covid-19 dans les départements franciliens - Premiers éléments d’analyse », Focus santé en Île-de-France, Observatoire régional de santé, avril 2020.