Emploi, chômage, revenus du travailÉdition 2019

L’Insee et la Dares présentent dans cette quatrième édition de l’Insee Références Emploi, chômage, revenus du travail un ensemble d’analyses et d’indicateurs portant sur le marché du travail.

Insee Références
Paru le : 02/07/2019
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Le rôle des origines dans la persistance des inégalités d’emploi et de salaire

Elika Athari, Jérôme Lê (Insee), Yaël Brinbaum (Cnam-Lise-CEET)

Immigrés et descendants d’immigrés peuvent partager des caractéristiques liées à leurs origines susceptibles d’influer sur leur situation professionnelle : patronyme, religion, couleur de peau, pratiques culturelles, etc. De plus, les immigrés connaissent des difficultés qui leur sont propres, associées à l’expérience de la migration (maîtrise de la langue, reconnaissance des diplômes, barrières administratives liées à la nationalité, etc.). Si les difficultés spécifiques aux immigrés s’ajoutent aux caractéristiques liées à l’origine, il est possible d’identifier, par différence, le rôle des origines dans la persistance des inégalités d’emploi et de salaires entre immigrés et descendants d’immigrés.

Ainsi, pour les femmes originaires du Maghreb et de Turquie, le rôle des origines dans la participation au marché du travail s’estompe mais persiste entre immigrées et descendantes d’immigrés. Les taux d’activité des descendantes turques et maghrébines se rapprochent de celui des femmes sans ascendance migratoire directe lorsqu’elles n’ont pas d’enfant, mais s’en éloignent sensiblement lorsqu’elles en ont.

Les difficultés d’accès à l’emploi sont plus faibles pour les descendants d’immigrés que pour les immigrés, tout en demeurant à des niveaux parfois élevés. Elles persistent davantage pour les hommes originaires du Maghreb et, dans une moindre mesure, d’Afrique subsaharienne. Certains groupes, comme les immigrés de Turquie et d’Europe du Sud, mobilisent davantage leurs réseaux de connaissances pour compenser des difficultés de langue ou un faible niveau d’éducation.

Globalement, la situation sur le marché du travail s’améliore entre immigrés et descendants d’immigrés à caractéristiques équivalentes, mais ce résultat ne se vérifie pas pour tous les groupes. Une fois en emploi, la situation des descendants d’immigrés apparaît, à caractéristiques égales, similaire à celle des personnes sans ascendance migratoire, que ce soit au niveau des salaires ou de la qualité de leur emploi. Les écarts de salaires à la défaveur des immigrés ne semblent pas liés à leurs origines, mais plus aux difficultés qui leur sont spécifiques, liées à la migration. Malgré une moindre maîtrise du français, les immigrés turcs parviennent à limiter les écarts de salaires par rapport aux immigrés du Maghreb, d’Afrique subsaharienne ou d’Asie du Sud-Est. De même, à caractéristiques égales, les descendants turcs perçoivent des salaires légèrement supérieurs aux personnes sans ascendance migratoire.

Pour les immigrés, les caractéristiques liées aux origines s’ajoutent aux difficultés liées à la migration

La situation sur le marché du travail des immigrés et des descendants d’immigrés a fait l’objet de nombreuses études en France qui mettent en évidence des difficultés variables selon les origines. Ces difficultés touchent particulièrement et de façon persistante les personnes originaires du Maghreb et des pays d’Afrique subsaharienne, qu’il s’agisse de l’accès à l’emploi ou, dans une moindre mesure, du niveau des salaires. Elles confirment un processus dit d’« assimilation segmentée » [Portes et Rumbaut, 2001], qui varie selon les origines et les sphères sociales.

Toutefois, ces études traitent en général séparément la question des immigrés et celle des descendants d’immigrés, ce qui ne permet pas de mesurer les évolutions d’une génération à l’autre. Les immigrés rencontrent des difficultés qui leur sont propres, liées à leur expérience de migration. La reconnaissance des qualifications étrangères, la maîtrise de la langue, les barrières administratives relatives à la nationalité peuvent notamment expliquer les obstacles qu’ils rencontrent à la fois pour trouver un emploi et pour que celui-ci soit en adéquation avec leurs compétences. De ce fait, il est difficile de mettre en regard leur situation avec celle des personnes sans ascendance migratoire directe. Des comparaisons ont été menées entre groupes d’immigrés, selon leur origine, leur ancienneté, leur maîtrise du français ou leur motif de migration. Les descendants d’immigrés, eux, sont nés, ont été socialisés et scolarisés en France et peuvent être plus aisément comparés à leurs pairs sans ascendance migratoire. Cependant, ils sont susceptibles de connaître les mêmes discriminations que les immigrés à l’embauche ; ils peuvent aussi adopter les mêmes choix d’activité, associés aux modèles culturels de leurs parents. En observant simultanément ces deux populations (sources), et si des difficultés spécifiques aux immigrés s’ajoutent aux problèmes liés à l’origine, il est possible d’identifier, par différence, le rôle des origines dans la persistance des inégalités d’emploi et de salaires entre deux générations.

Les descendants d’immigrés turcs et des pays d’Afrique subsaharienne sont particulièrement jeunes

Les immigrés et les descendants d’immigrés présents sur le territoire ne forment pas une population homogène : ils connaissent une diversité d’histoires migratoires et de profils démographiques [Beauchemin, Borrel, Régnard, 2016]. Ils diffèrent notamment par leurs caractéristiques individuelles (âge, situation familiale, milieu social), leur niveau d’éducation, leur lieu de résidence et leur lien avec leur pays d’origine, facteurs qui influent à la fois sur l’accès au marché du travail et sur la qualité de l’emploi obtenu.

Ainsi, les descendants d’immigrés sont en moyenne plus jeunes que les immigrés, surtout lorsqu’ils sont issus de migrations plus récentes. Entre 2013 et 2018, parmi les personnes âgées de 18 à 59 ans ayant terminé leurs études (champ), 84 % des descendants d’immigrés turcs ont moins de 35 ans (30 % chez les immigrés de même origine). Cette part est de 78 % chez les descendants d’immigrés originaires d’Afrique subsaharienne (34 % chez les immigrés) et de 52 % chez ceux originaires du Maghreb (27 %). Elle est de seulement 34 % parmi les personnes sans ascendance migratoire et de 31 % parmi les descendants d’immigrés d’Europe du Sud (19 % chez les immigrés de même origine).

Le niveau d’éducation des descendants d’immigrés est plus élevé que celui des immigrés, notamment celui des femmes

Le niveau d’éducation varie fortement selon le sexe et entre immigrés et descendants d’immigrés (figure 1). Les différences sont notamment très marquées chez les femmes, en particulier concernant la part des peu ou pas diplômées. Ainsi, la proportion des femmes peu ou pas diplômées est de 75 % chez les immigrées turques, contre 29 % chez les descendantes de même origine. Parmi les femmes originaires du Maghreb, cette proportion passe de 50 % à 22 %, et parmi celles originaires d’Europe du Sud, de 48 % à 18 %. Parmi les hommes, la part des peu ou pas diplômés est aussi plus faible parmi les descendants d’immigrés, quelle que soit l’origine, mais dans des proportions moindres. La différence est particulièrement sensible parmi les hommes originaires d’Europe du Sud (la proportion passe de 51 % à 21 %) et de Turquie (de 63 % à 42 %).

Ces différences n’ont pas nécessairement leur symétrie dans la part des diplômés du supérieur. Pour les hommes originaires du Maghreb et d’Afrique subsaharienne, les immigrés sont même davantage titulaires d’un diplôme du supérieur long que les descendants d’immigrés. Cela s’explique par une immigration récente très diplômée en provenance de ces pays [Brutel, 2014]. Les descendants d’immigrés d’Asie du Sud-Est se caractérisent, quant à eux, par une proportion de diplômés du supérieur, notamment du supérieur long, plus élevée que celle des personnes sans ascendance migratoire (51 % contre 36 %).

Figure 1 - Niveau de diplôme et âge selon le lien à la migration et l'origine

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Figure 1 - Niveau de diplôme et âge selon le lien à la migration et l'origine (en %)
Plus haut niveau de diplôme Âge
Supérieur long Supérieur court Bac CAP/BEP Peu diplômés 18-25 26-35 36-45 46-59
Femmes
Sans ascendance migratoire 22 18 21 23 17 10 24 26 40
Europe du Sud Immigrées 12 6 14 21 48 4 15 22 60
Descendantes d'immigrés 16 17 22 26 18 10 22 30 39
Maghreb Immigrées 15 8 14 14 50 6 27 31 37
Descendantes d'immigrés 18 16 23 21 22 14 35 30 21
Afrique subsaharienne Immigrées 14 9 19 16 43 7 28 34 32
Descendantes d'immigrés 22 16 31 14 17 30 50 14 7
Turquie Immigrées 3 2 11 10 75 5 26 38 31
Descendantes d'immigrés 10 13 25 23 29 38 47 13 2
Asie du Sud-Est Immigrées 30 10 15 9 37 4 20 36 40
Descendantes d'immigrés 32 23 25 10 11 21 49 16 14
Ensemble femmes immigrées 22 8 16 13 41 6 26 30 38
Ensemble femmes descendantes d'immigrés 20 16 23 22 20 14 30 26 29
Hommes
Sans ascendance migratoire 19 14 20 30 17 11 24 26 39
Europe du Sud Immigrés 10 4 10 25 51 4 14 22 60
Descendants d'immigrés 13 13 19 34 21 9 22 30 38
Maghreb Immigrés 19 8 13 21 38 4 23 36 37
Descendants d'immigrés 15 11 21 25 29 18 34 29 19
Afrique subsaharienne Immigrés 25 8 19 12 36 6 26 34 34
Descendants d'immigrés 16 12 26 19 28 36 41 19 5
Turquie Immigrés 4 3 15 16 63 6 24 36 34
Descendants d'immigrés 6 9 18 25 42 39 45 14 2
Asie du Sud-Est Immigrés 27 13 13 12 36 3 15 33 49
Descendants d'immigrés 32 16 21 17 14 23 53 14 11
Ensemble hommes immigrés 21 8 15 18 38 6 23 32 40
Ensemble hommes descendants d'immigrés 16 12 20 28 24 16 29 27 28
Ensemble 20 15 20 25 20 10 25 27 38
  • Note : les totaux incluent tous les autres pays de provenance.
  • Champ : France métropolitaine, personnes de 18 à 59 ans ayant terminé leurs études.
  • Source : Insee, enquêtes Emploi 2013-2018.

Des situations professionnelles hétérogènes et difficiles à comparer entre elles

Par rapport aux personnes sans ascendance migratoire, ce sont surtout les personnes originaires du Maghreb, d’Afrique subsaharienne et de Turquie qui connaissent les situations professionnelles les plus défavorables, avec un risque plus élevé de chômage, des emplois plus précaires ou moins bien rémunérés (figure 2).

La situation des personnes originaires d’Europe du Sud et d’Asie du Sud-Est est beaucoup plus proche de celle des personnes sans ascendance migratoire. Toutefois, compte tenu des fortes différences de composition entre les groupes quant à leur niveau de diplôme, d’expérience sur le marché du travail et de lieu de résidence, il est difficile de comparer directement leurs situations sur le marché du travail. Ainsi, les descendants d’immigrés de Turquie et d’Afrique subsaharienne risquent davantage une situation défavorable, dans la mesure où ils sont particulièrement peu diplômés, jeunes et donc en début de carrière.

C’est pourquoi les situations d’activité et d’emploi des immigrés et des descendants d’immigrés sont à présent comparées à celles des personnes sans ascendance migratoire en neutralisant l’effet des différences de composition de ces groupes. La méthode mise en œuvre permet de comparer les immigrés aux descendants d’immigrés et d’en déduire le rôle des origines et des difficultés spécifiques aux immigrés dans les différences constatées avec celles des personnes sans ascendance migratoire (Pour comprendre).

Figure 2 - Situation sur le marché du travail selon le lien à la migration et l'origine

Figure 2 - Situation sur le marché du travail selon le lien à la migration et l'origine
Taux d'activité (en % de la population) Taux de chômage (en % des actifs) Emploi à durée limitée (en % des actifs occupés) Salaire mensuel net (en euros)
Femmes Hommes Femmes Hommes Femmes Hommes Femmes Hommes
Sans ascendance migratoire 84 91 8 8 12 9 1 854 2 199
Europe du Sud Immigrés 82 90 8 7 12 9 1 654 2 064
Descendants d'immigrés 84 92 9 9 12 9 1 780 2 141
Maghreb Immigrés 50 87 25 23 21 19 1 605 1 843
Descendants d'immigrés 74 86 18 24 19 17 1 737 1 939
Afrique subsaharienne Immigrés 73 90 21 19 23 22 1 504 1 696
Descendants d'immigrés 78 85 21 24 25 20 1 660 1 849
Turquie Immigrés 36 85 29 20 25 15 1 362 1 613
Descendants d'immigrés 61 87 25 26 32 24 1 640 1 768
Asie du Sud-Est Immigrés 75 91 10 9 13 7 1 854 2 124
Descendants d'immigrés 86 90 9 13 14 11 1 996 2 057
Ensemble immigrés 64 88 17 17 18 16 1 733 1 987
Ensemble descendants d'immigrés 79 89 13 15 15 13 1 797 2 090
Ensemble 81 91 10 10 13 10 1 839 2 170
  • Note : les emplois à durée limitée correspondent aux contrats à durée limitée, aux missions d'intérim et à l'apprentissage. Salaire mensuel net déclaré par les salariés à temps complet dans le cadre de leur emploi principal (euros constants 2013). Les totaux incluent tous les autres pays de provenance.
  • Champ : France métropolitaine, personnes de 18 à 59 ans ayant terminé leurs études.
  • Source : Insee, enquêtes Emploi 2013-2018.

Le rôle des origines dans les comportements d’activité féminins s’estompe mais persiste

Les comportements d’activité des hommes immigrés et descendants d’immigrés sont proches de ceux sans ascendance migratoire : les écarts de taux d’activité sont relativement faibles, de l’ordre de 5 points (figure 3). En revanche, les comportements d’activité diffèrent fortement pour les femmes, surtout celles originaires de Turquie et du Maghreb, bien moins présentes sur le marché du travail. L’écart de taux d’activité avec les femmes sans ascendance migratoire est de 48 points pour les immigrées turques et de 34 points pour les immigrées maghrébines. Ces écarts s’expliquent pour respectivement 20 et 15 points par des différences de caractéristiques observables, notamment le niveau d’éducation ; en effet, 75 % des immigrées turques et 50 % des immigrées maghrébines sont peu diplômées. Les différences de comportements d’activité sont plus réduites pour les descendantes d’immigrés. Comparés aux femmes sans ascendance migratoire, les taux d’activité sont inférieurs de 23 points pour les descendantes turques et de 10 points pour les descendantes maghrébines, et ces écarts demeurent pour moitié expliqués par des différences de composition. En matière de présence sur le marché du travail, le rôle des origines semble donc s’atténuer d’une génération à l’autre, sans pour autant disparaître.

Figure 3 – Décomposition des écarts de taux d’inactivité avec les personnes sans ascendance migratoire par origine et par sexe

  • Note : modèle de repondération de DiNardo, Fortin, Lemieux. Les intervalles de confiance sont obtenus par bootstrap. *** significatif à 1 %, ** significatif à 5 % et * significatif à 10 %.
  • L’écart additionnel inexpliqué correspond à la situation où la valeur prédite se situe hors de l’intervalle des valeurs observées pour le groupe de comparaison et celui de référence (soit au-delà, soit en deçà). Dans ce cas, l’écart observé est soit entièrement expliqué, soit entièrement inexpliqué ; et il existe un écart additionnel inexpliqué.
  • Lecture : l’écart de taux d’inactivité entre les femmes descendantes maghrébines et celles sans ascendance migratoire est de 10 points. 4 points de cet écart proviennent de différences de caractéristiques observables (expérience sur le marché du travail, niveau de diplôme, lieu de résidence, situation familiale). Le reste de l’écart est inexpliqué.
  • Champ : France métropolitaine, personnes de 18 à 59 ans ayant terminé leurs études.
  • Source : Insee, enquêtes Emploi 2013-2018.

Les comportements d’activité des descendantes turques et maghrébines se rapprochent de celui des femmes sans ascendance migratoire surtout lorsqu’elles n’ont pas d’enfant (figure 4). En effet, parmi les femmes de 18 à 49 ans ayant terminé leurs études, leur taux d’activité est respectivement de 84 % et de 89 % lorsqu’elles n’ont pas d’enfant, contre 91 % pour les femmes sans ascendance migratoire. Cependant, avec la présence d’enfants, le taux d’activité chute à 47 % pour les descendantes turques et à 67 % pour les descendantes maghrébines, alors qu’il ne diminue que légèrement pour les femmes sans ascendance migratoire (à 85 %). La baisse du taux d’activité n’est perceptible qu’à partir de trois enfants pour les femmes sans ascendance migratoire alors qu’elle commence dès le premier enfant chez les descendantes turques et maghrébines.

Figure 4 - Taux d’activité féminins par origine selon le nombre d’enfants

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Figure 4 - Taux d’activité féminins par origine selon le nombre d’enfants (en %)
Sans ascendance migratoire Immigrées du Maghreb Descendantes d'immigrés du Maghreb Immigrées de Turquie Descendantes d'immigrés de Turquie
Sans enfant 91,4 64,6 89,0 55,4 83,8
Un enfant de moins de 18 ans 88,4 55,1 77,2 43,4 58,9
Deux enfants de moins de 18 ans 87,5 48,3 70,0 32,8 41,3
Trois enfants ou plus de moins de 18 ans 71,1 35,5 50,4 23,7 38,1
  • Note : le champ est ici restreint aux personnes de référence du ménage et à leur conjoint pour écarter les jeunes adultes vivant chez leurs parents. Les enfants sont ceux de moins de 18 ans qui vivent dans le même ménage.
  • Champ : France métropolitaine, femmes de 18 à 49 ans ayant terminé leurs études.
  • Source : Insee, enquêtes Emploi 2013-2018.

Figure 4 - Taux d’activité féminins par origine selon le nombre d’enfants

  • Note : le champ est ici restreint aux personnes de référence du ménage et à leur conjoint pour écarter les jeunes adultes vivant chez leurs parents. Les enfants sont ceux de moins de 18 ans qui vivent dans le même ménage.
  • Champ : France métropolitaine, femmes de 18 à 49 ans ayant terminé leurs études.
  • Source : Insee, enquêtes Emploi 2013-2018.

Des obstacles dans l’accès à l’emploi qui perdurent pour les descendants d’immigrés

Lorsqu’elles sont en activité, les personnes originaires du Maghreb, d’Afrique subsaharienne et de Turquie rencontrent plus de difficultés pour trouver un emploi que les personnes sans ascendance migratoire (figure 5). Leurs taux de chômage excèdent de 10 à 20 points celui des personnes sans ascendance migratoire, pour les femmes comme pour les hommes, pour les immigrés comme pour les descendants d’immigrés. Cependant, quel que soit le sexe, les écarts de chômage s’expliquent mieux pour les descendants que pour les immigrés. Pour les descendants d’immigrés, entre la moitié et les deux tiers de ces écarts proviennent de différences de caractéristiques observables, alors que cette proportion se situe entre le tiers et la moitié pour les immigrés. Autrement dit, pour ces origines, les descendants d’immigrés ont en moyenne des caractéristiques observables moins favorables que les immigrés dans l’accès à l’emploi. La différence provient surtout du fait que les descendants de ces origines sont plus jeunes et donc plus souvent en début de carrière. Cependant, à caractéristiques égales, les écarts inexpliqués se réduisent et cela traduit une amélioration relative de l’accès à l’emploi, des descendants d’immigrés par rapport aux immigrés.

Les écarts inexpliqués perdurent toutefois à des niveaux élevés pour certains groupes, ce qui suggère des difficultés qui ne sont pas spécifiques aux immigrés, peut-être liées à de la discrimination à l’embauche [Foroni, Ruault, Valat, 2016 ; Brinbaum, Safi, Simon, 2016]. Cette persistance est particulièrement forte pour les hommes originaires du Maghreb et, dans une moindre mesure, d’Afrique subsaharienne. Les écarts inexpliqués restent en effet du même ordre entre les immigrés et les descendants d’immigrés originaires de ces pays : de 11 à 10 points pour les hommes originaires du Maghreb, et de 8 à 6 points pour ceux d’Afrique subsaharienne. Pour les autres groupes, les résultats indiquent des difficultés spécifiques aux immigrés, par exemple la reconnaissance du diplôme [Okba, 2018] ou le niveau en français (sources). Les immigrés du Maghreb et d’Afrique subsaharienne comptent parmi ceux qui maîtrisent le mieux le français, comparés notamment aux immigrés originaires de Turquie et d’Asie du Sud-Est.

Figure 5 – Décomposition des écarts de chômage avec les personnes sans ascendance migratoire par origine et par sexe

  • Note : modèle de repondération de DiNardo, Fortin, Lemieux. Les intervalles de confiance sont obtenus par bootstrap. *** significatif à 1 %, ** significatif à 5 % et * significatif à 10 %.
  • L’écart additionnel inexpliqué correspond à la situation où la valeur prédite se situe hors de l’intervalle des valeurs observées pour le groupe de comparaison et celui de référence (soit au-delà, soit en deçà). Dans ce cas, l’écart observé est soit entièrement expliqué, soit entièrement inexpliqué ; et il existe un écart additionnel inexpliqué.
  • Lecture : l’écart de taux de chômage entre les hommes descendants maghrébins et ceux sans ascendance migratoire est de 15 points. 5 points de cet écart proviennent de différences de caractéristiques observables (expérience sur le marché du travail, niveau de diplôme, lieu de résidence, situation familiale). Le reste de l’écart est inexpliqué.
  • Champ : France métropolitaine, personnes de 18 à 59 ans ayant terminé leurs études.
  • Source : Insee, enquêtes Emploi 2013-2018.

Parmi les immigrés, certains groupes mobilisent davantage leur réseau de connaissances pour chercher un emploi (figure 6). Cette mobilisation est d’autant plus forte qu’ils ne maîtrisent pas le français [Béchichi et al., 2016]. La mobilisation des réseaux familiaux et ethniques dans les communautés turque [Brinbaum, 2018a] et portugaise [Domingues Dos Santos, 2005] permet un bon accès à l’emploi, en dépit de niveaux d’éducation plus faibles et d’une moins bonne maîtrise du français. Ainsi, 53 % des hommes immigrés turcs (39 % des descendants de même origine), 43 % des immigrés d’Europe du Sud (30 % des descendants) et 34 % des immigrés asiatiques ont trouvé leur emploi par leurs relations, contre 25 % des hommes sans ascendance migratoire. De même, les femmes sans ascendance migratoire trouvent moins leur emploi par ce biais (22 %) à la différence des femmes immigrées turques (44 %) et d’Europe du Sud (39 %).

Figure 6 - Personnes entrées dans l'entreprise actuelle par l'intermédiaire d'une relation familiale, personnelle ou professionnelle

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Figure 6 - Personnes entrées dans l'entreprise actuelle par l'intermédiaire d'une relation familiale, personnelle ou professionnelle (en %)
Femmes Hommes
Sans ascendance migratoire 22 25
Europe du Sud Immigrés 39 43
Descendants d'immigrés 25 30
Maghreb Immigrés 27 30
Descendants d'immigrés 20 27
Afrique subsaharienne Immigrés 28 30
Descendants d'immigrés 16 26
Turquie Immigrés 44 53
Descendants d'immigrés 18 39
Asie du Sud-Est Immigrés 31 34
Descendants d'immigrés 20 28
Ensemble 22 27
  • Note : les totaux incluent les autres pays de provenance.
  • Champ : France métropolitaine, personnes de 18 à 59 ans ayant terminé leurs études.
  • Source : Insee, enquêtes Emploi 2013-2018.

Des conditions d’emploi dégradées principalement pour les immigrés

Les difficultés des immigrés et des descendants d’immigrés pour trouver un emploi peuvent les conduire à se retrouver dans des emplois plus précaires ou d’un niveau inférieur à leurs compétences. Cette moindre qualité de l’emploi, à caractéristiques égales, s’observe surtout pour les immigrés.

Pour ces derniers, la moindre maîtrise du français, le manque de reconnaissance de diplômes obtenus à l’étranger, etc., peuvent diminuer leur accès à un emploi qualifié et augmenter leur sentiment de déclassement [Brinbaum, 2018b]. Pour les descendants d’immigrés, les écarts observés, parfois supérieurs à ceux des immigrés, s’expliquent surtout par le fait qu’ils sont plus souvent en début de carrière que les autres (qu’il s’agisse des personnes sans ascendance migratoire ou des immigrés).

La proportion de contrats à durée limitée est ainsi supérieure de près de 10 points parmi les immigrés originaires du Maghreb, d’Afrique subsaharienne et de Turquie par rapport aux personnes sans ascendance migratoire (annexe 1). Moins du quart de ces écarts s’explique par des différences de caractéristiques observables. Chez les descendants d’immigrés originaires de ces pays, les écarts sont similaires mais proviennent dans leur quasi-totalité de différences de caractéristiques observables, notamment chez les hommes.

Le temps partiel contraint touche principalement les femmes immigrées du Maghreb et d’Afrique subsaharienne (annexe 2). Les taux correspondants sont respectivement de 11 et 12 points supérieurs à ceux des femmes sans ascendance migratoire, les écarts étant dans leur quasi-totalité inexpliqués par les différences de diplôme et d’expérience.

L’accès à des fonctions d’encadrement est inférieur de 5 à 10 points pour les immigrés du Maghreb, d’Afrique subsaharienne, de Turquie et d’Asie du Sud-Est (annexe 3). Ces écarts sont très largement inexpliqués et sont plus forts chez les hommes que chez les femmes. Pour les femmes, l’accès aux fonctions d’encadrement est déjà moindre quelle que soit l’origine, y compris celles sans ascendance migratoire. En effet, 25 % des hommes en emploi, contre 14 % des femmes, toutes origines confondues, occupent un poste d’encadrement. Ici encore, les écarts observés pour les descendants d’immigrés sont largement dus au fait que ces derniers sont en début de carrière. Cette différence entre les immigrés et les descendants d’immigrés suggère que ce sont des difficultés spécifiques aux immigrés (maîtrise du français, reconnaissance du diplôme, etc.) qui les empêchent d’accéder aux postes d’encadrement, plus que des pratiques discriminatoires.

Les écarts de salaires en défaveur des immigrés proviennent surtout de difficultés liées à la migration

Les immigrés perçoivent en moyenne des salaires mensuels nets à temps complet inférieurs à celui des descendants d’immigrés (figure 2). Ces écarts sur la moyenne de salaires peuvent masquer des effets différenciés en bas et en haut de l’échelle salariale. Pour mener une analyse tout au long de l’échelle salariale, la méthodologie de Di Nardo et al. [1996] est appliquée à la valeur des vingtiles de salaires, en comparant la distribution des salaires de chacun des 10 groupes d’origine et de génération à celle des personnes sans ascendance migratoire.

Les résultats montrent que les immigrés ont des salaires moindres que les personnes sans ascendance migratoire et que les écarts sont largement inexpliqués (figure 7). Ces résultats s’observent sur toute la distribution des salaires et ont même tendance à augmenter avec le niveau des salaires. Les hommes sont plus touchés que les femmes. Pour les descendants d’immigrés, toutes origines confondues, la différence est en revanche peu perceptible. Une telle différence entre immigrés et descendants d’immigrés traduit vraisemblablement le poids de difficultés spécifiques aux immigrés (niveau en français, reconnaissance des diplômes, etc.).

À niveau de diplôme et d’expérience égal, les écarts inexpliqués de salaire sont les plus importants pour les immigrés originaires d’Afrique subsaharienne, puis du Maghreb et d’Asie du Sud-Est. Ces écarts vont de – 5 % à – 10 % dans le bas de la distribution jusqu’aux alentours de 1 500 euros (médiane) et atteignent – 20 % à – 30 % dans les plus hauts salaires. Ces écarts sont plus marqués parmi les hommes, notamment dans le haut de la distribution. Parmi les plus hauts revenus, les immigrés d’Asie du Sud-Est perçoivent en moyenne des salaires légèrement supérieurs (+ 5 % environ) aux personnes sans ascendance migratoire ; cependant, leurs salaires sont nettement inférieurs (de 20 % environ) à ceux des personnes sans ascendance migratoire ayant des niveaux de diplôme et d’expérience comparables. À l’inverse, si les immigrés turcs perçoivent des salaires très inférieurs aux personnes sans ascendance migratoire, en tout point de la distribution, ces écarts proviennent largement de leur faible niveau de diplôme ; jusqu’au dernier décile, leurs écarts inexpliqués sont de l’ordre de – 5 %. Autrement dit, malgré une moindre maîtrise du français, les immigrés turcs parviennent à limiter les écarts de salaires par rapport aux immigrés du Maghreb, d’Afrique subsaharienne ou d’Asie du Sud-Est.

Les écarts de salaire observés entre les descendants d’immigrés et les personnes sans ascendance migratoire sont plus réduits et s’expliquent largement par des effets de structure. Pour les descendants d’immigrés du Maghreb, ce n’est qu’à partir du 9e décile (3 000 euros nets par mois environ) que s’observent des écarts inexpliqués de l’ordre de – 10 % [Boutchenik et Lê, 2017]. Pour les descendants d’Afrique subsaharienne, les écarts inexpliqués sont de l’ordre de – 5 % sur toute la distribution et ne sont pas significatifs dans le dernier décile. Pour les descendants turcs, les plus faibles niveaux de salaires proviennent en totalité de leurs caractéristiques moins favorables. Ils perçoivent même, à caractéristiques égales, des salaires supérieurs de 3 % à 6 % à ceux des personnes sans ascendance migratoire. Cette différence provient surtout des hommes, car elle n’est pas significative pour les femmes.

Figure 7 – Écarts de salaires avec les personnes sans ascendance migratoire par vingtile et par origine

  • Note : modèle de repondération de DiNardo, Fortin, Lemieux. Les intervalles de confiance sont obtenus par bootstrap. *** significatif à 1 %, ** significatif à 5 % et * significatif à 10 %. Les salaires sont en euros constants 2013.
  • La valeur des vingtiles de salaire observés pour chaque groupe est reportée en abscisse.
  • L’écart additionnel inexpliqué correspond à la situation où la valeur prédite se situe hors de l’intervalle des valeurs observées pour le groupe de comparaison et celui de référence (soit au-delà, soit en deçà). Dans ce cas, l’écart observé est soit entièrement expliqué, soit entièrement inexpliqué ; et il existe un écart additionnel inexpliqué.
  • Lecture : le dernier vingtile de la distribution des salaires des descendants maghrébins est inférieur de 17 % à celui des personnes sans ascendance migratoire (3 299 euros contre 3 972 euros). Sur cet écart, 5 points sont attribuables à des différences de caractéristiques observables.
  • Champ : France métropolitaine, personnes de 18 à 59 ans ayant terminé leurs études.
  • Source : Insee, enquêtes Emploi 2013-2018.

Les auteurs remercient Nila Ceci-Renaud (Dares) et Élise Coudin (SSP Lab) pour leurs remarques et suggestions.

Annexe - Décomposition des écarts de qualité de l’emploi avec les personnes sans ascendance migratoire par origine et par sexe

1. Emploi temporaire

  • Note : modèle de repondération de DiNardo, Fortin, Lemieux. Les intervalles de confiance sont obtenus par bootstrap. *** significatif à 1 %, ** significatif à 5 % et * significatif à 10 %.
  • L’écart additionnel inexpliqué correspond à la situation où la valeur prédite se situe hors de l’intervalle des valeurs observées pour le groupe de comparaison et celui de référence (soit au-delà, soit en deçà). Dans ce cas, l’écart observé est soit entièrement expliqué, soit entièrement inexpliqué ; et il existe un écart additionnel inexpliqué.
  • Champ : France métropolitaine, personnes de 18 à 59 ans ayant terminé leurs études.
  • Source : Insee, enquêtes Emploi 2013-2018.

2. Temps partiel contraint

  • Note : modèle de repondération de DiNardo, Fortin, Lemieux. Les intervalles de confiance sont obtenus par bootstrap. *** significatif à 1 %, ** significatif à 5 % et * significatif à 10 %.
  • L’écart additionnel inexpliqué correspond à la situation où la valeur prédite se situe hors de l’intervalle des valeurs observées pour le groupe de comparaison et celui de référence (soit au-delà, soit en deçà). Dans ce cas, l’écart observé est soit entièrement expliqué, soit entièrement inexpliqué ; et il existe un écart additionnel inexpliqué.
  • Champ : France métropolitaine, personnes de 18 à 59 ans ayant terminé leurs études.
  • Source : Insee, enquêtes Emploi 2013-2018.

3. Encadrement

  • Note : modèle de repondération de DiNardo, Fortin, Lemieux. Les intervalles de confiance sont obtenus par bootstrap. *** significatif à 1 %, ** significatif à 5 % et * significatif à 10 %.
  • L’écart additionnel inexpliqué correspond à la situation où la valeur prédite se situe hors de l’intervalle des valeurs observées pour le groupe de comparaison et celui de référence (soit au-delà, soit en deçà). Dans ce cas, l’écart observé est soit entièrement expliqué, soit entièrement inexpliqué ; et il existe un écart additionnel inexpliqué.
  • Champ : France métropolitaine, personnes de 18 à 59 ans ayant terminé leurs études.
  • Source : Insee, enquêtes Emploi 2013-2018.

Pour comprendre

Comparer les immigrés et descendants d’immigrés aux personnes sans ascendance migratoire

Pour contrôler des différences de caractéristiques observables dans l’analyse de l’emploi et des salaires, la méthode proposée par DiNardo et al. [1996] est mobilisée. Elle consiste à « repondérer » les observations d’un groupe de référence de manière que celui-ci ait des caractéristiques calées sur celles du groupe étudié. Dans le cas de cette étude, chacun des 10 groupes d’origine (5) et de génération (2) est comparé à celui des personnes sans ascendance migratoire, pris comme groupe de référence. Par exemple, dans le cas des descendants turcs, la méthode conduit au calcul d’un jeu de pondérations surreprésentant les personnes sans ascendance migratoire à la fois jeunes et ayant un faible niveau de diplôme.

Cette méthodologie est utilisée pour analyser trois types d’indicateurs de situation sur le marché du travail :

  1. la situation d’activité : taux de chômage parmi les actifs et taux d’inactivité parmi l’ensemble des personnes du champ (variables binaires) ;
  2. la qualité de l’emploi (parmi les actifs occupés) : part des emplois temporaires, part des personnes à temps partiel contraint, part des personnes occupant un poste d’encadrement (variables binaires) ;
  3. le niveau de salaire (parmi les salariés à temps plein) : analyse des vingtiles de salaire (variables continues).

Les caractéristiques prises en compte pour contrôler sont les mêmes pour les immigrés et les descendants d’immigrés. Il s’agit de l’expérience potentielle et son carré (pour prendre en compte une éventuelle non-linéarité), le niveau de diplôme détaillé en 10 modalités, une indicatrice de résidence en zone urbaine sensible (ZUS), une indicatrice de résidence en région Île-de-France, une indicatrice pour l’année de collecte. D’autres caractéristiques sont spécifiques aux indicateurs étudiés :

  1. la situation d’activité : nombre d’enfants dans le ménage, situation professionnelle du conjoint (s’il y en a un) ;
  2. la qualité de l’emploi : nombre d’enfants dans le ménage, situation professionnelle du conjoint, secteur d’activité (6 modalités) ;
  3. le niveau de salaire : ancienneté dans l’entreprise, indicatrice d’emploi temporaire, secteur d’activité.

Pour obtenir la contribution de chaque variable dans les écarts observés, les estimations pour la situation d’activité et la qualité de l’emploi ont été menées avec un modèle de Fairlie [2006]. Les résultats sont très proches de ceux obtenus avec la méthode de DiNardo et al. [1996]. Cette méthode n’est pas applicable pour l’étude des vingtiles de salaire.

Les estimations ne tiennent pas compte des difficultés spécifiques aux immigrés (maîtrise de la langue par exemple) et qui sont pourtant susceptibles d’expliquer leur situation sur le marché du travail. Si ces difficultés spécifiques aux immigrés se cumulent aux problèmes liés à l’origine que rencontrent également les descendants d’immigrés, la part des écarts inexpliqués doit se réduire entre immigrés et descendants d’immigrés. On obtient ainsi, par différence, une mesure de la persistance des inégalités d’emploi et de salaire entre immigrés et descendants d’une même origine.

Aussi, l’identification du modèle se fait sous l’hypothèse que les immigrés rencontrent des difficultés qui leur sont spécifiques et d’autres qui sont liées à l’origine et qu’ils partagent avec les descendants, par exemple des discriminations liées à leur origine, à leur couleur de peau, au patronyme, à la religion, ou encore des pratiques culturelles communes. En revanche, il est supposé qu’il n’existe pas de difficultés propres aux descendants d’immigrés. Si ces hypothèses fortes sont vérifiées, la différence des écarts inexpliqués entre immigrés et descendants d’immigrés permet d’identifier l’ampleur des difficultés spécifiques aux immigrés. Toutefois, il est possible que les difficultés liées aux origines des descendants d’immigrés soient inférieures à celles des immigrés. Dans ce cas, la différence des écarts inexpliqués conduit à l’estimation d’une borne inférieure des difficultés liées à l’origine.

Les intervalles de confiance sont obtenus par bootstrap (300 réplications), à partir de la différence entre la valeur estimée du contrefactuel et celle observée pour le groupe de comparaison.

Sources

Les données utilisées sont celles de l’enquête Emploi en continu (EEC), seule source fournissant une mesure des concepts d’activité, de chômage, d’emploi et d’inactivité tels qu’ils sont définis par le Bureau international du travail (BIT). Elle porte sur les personnes âgées de 15 ans ou plus résidant en ménage ordinaire (hors collectivités). L’interrogation se déroule sur six trimestres consécutifs. Le questionnement permet de connaître l’origine géographique des enquêtés et de leur ascendance directe.

Pour assurer des effectifs suffisants, l’étude repose sur les données cumulées des enquêtes Emploi de 2013 à 2018. On dispose ainsi de près de 1 240 000 observations trimestrielles sur les situations d’activité et d’emploi. Les salaires n’étant recueillis qu’aux premier et dernier trimestres d’interrogation, le nombre d’observations de salaires à temps complet est de 233 000 environ. Compte tenu du mode d’interrogation, une même personne peut être observée jusqu’à six fois en ce qui concerne sa situation d’activité et d’emploi et deux fois au niveau de son salaire (figure 1). Le salaire considéré est le salaire mensuel net, primes comprises, déclaré par les salariés pour leur emploi principal (calculé en euros constants de 2013). Les analyses sur les salaires sont restreintes aux personnes à temps complet, de manière à limiter l’effet des biais de mesure observés parmi les bas salaires.

Le protocole de l’enquête permet l’interrogation des personnes qui ne maîtrisent pas bien le français. À cet égard, en 2014, un module complémentaire à l’enquête Emploi a concerné l’insertion professionnelle des immigrés et des descendants d’immigrés. L’interrogation avait lieu en face à face (figure 2). Les enquêteurs ont reporté dans un cas sur cinq des difficultés de langue pour les personnes nées à l’étranger. Dans la moitié de ces cas, l’enquêté a pu bénéficier d’une aide à la traduction pour répondre à l’enquête (enfants, conjoint, voisins, enquêteur lui-même, etc.). Toutefois, il est possible que les personnes vivant seules et ne parlant pas du tout français soient mal représentées.

Figure 1 - Nombre d’observations par origine et par champ

Figure 1 - Nombre d’observations par origine et par champ
Effectif Nombre de salaires
Sans ascendance migratoire 1 039 613 201 578
Europe du Sud 70 386 13 599
Descendants d'immigrés 49 125 9 619
Immigrés 21 261 3 980
Maghreb 82 531 11 310
Descendants d'immigrés 38 500 5 995
Immigrés 44 031 5 315
Afrique subsaharienne 28 960 4 452
Descendants d'immigrés 6 975 1 153
Immigrés 21 985 3 299
Turquie 11 563 1 314
Descendants d'immigrés 3 501 439
Immigrés 8 062 875
Asie du Sud-Est 7 440 1 361
Descendants d'immigrés 2 787 556
Immigrés 4 653 805
Ensemble 1 240 493 233 614
  • Champ : France métropolitaine, personnes de 18 à 59 ans ayant terminé leurs études.
  • Source : Insee, enquêtes Emploi 2013-2018.

Figure 2 - Maîtrise du français par origine des immigrés

en %
Figure 2 - Maîtrise du français par origine des immigrés (en %)
Déclarent savoir très bien parler et pouvoir écrire sans difficulté en français au moment de l'enquête Savaient très bien parler français à leur arrivée en France
Femmes Hommes Femmes Hommes
Europe du Sud 52 46 13 11
Maghreb 51 59 34 31
Afrique subsaharienne 60 54 50 40
Turquie 20 19 1 0
Asie du Sud-Est 33 46 5 13
  • Champ : France métropolitaine, personnes de 18 à 59 ans ayant terminé leurs études.
  • Source : Insee, module complémentaire à l’enquête Emploi 2014.

Définitions

Un immigré est une personne née de nationalité étrangère à l’étranger. Un descendant d’immigré est une personne née en France et dont au moins un parent est immigré. Il s’agit donc de la descendance directe. Le terme « première génération » désigne les immigrés dans le sens où ils sont la première génération à vivre en France et, par suite, les descendants d’immigrés sont désignés comme la « seconde génération ». Les personnes sans ascendance migratoire directe sont toutes les personnes qui ne sont ni immigrées ni descendantes directes d’immigrés.

Pour les immigrés, l’origine géographique est déterminée par le pays de naissance. L’origine géographique des descendants d’immigrés est déterminée par celle du parent immigré s’il n’y en a qu’un. Si les deux parents sont immigrés, par convention, l’origine du père est choisie.

On retient ici les groupes d’origines suivants :

  • Europe du Sud : Espagne, Italie, Portugal ;
  • Maghreb : Maroc, Algérie, Tunisie ;
  • Afrique subsaharienne ;
  • Turquie ;
  • Asie du Sud-Est : Cambodge, Chine, Laos, Vietnam ;
  • Autres pays du monde : cette dernière catégorie, très hétérogène, n’est pas commentée.
















Champ

Le champ de l’étude est celui des personnes âgées de 18 à 59 ans ayant terminé leurs études initiales vivant dans des ménages ordinaires en France métropolitaine. Parmi elles, 79 % sont des personnes sans ascendance migratoire, 11 % des immigrés et 10 % des descendants d’immigrés. Parmi les immigrés (respectivement les descendants d’immigrés), 15 % (39 %) sont originaires d’Europe du Sud, 33 % (34 %) du Maghreb, 18 % (7 %) des pays d’Afrique subsaharienne, 6 % (3 %) de Turquie et 4 % (3 %) d’Asie du Sud-Est. Les immigrés dans le champ de l’enquête ne sont pas nécessairement représentatifs des parents des descendants d’immigrés également dans le champ. Ces derniers peuvent par exemple être à la retraite et donc hors du champ considéré. Les questions sur la catégorie socioprofessionnelle des parents des descendants d’immigrés montrent que ces derniers occupaient généralement des positions inférieures aux immigrés actuellement d’âge actif. Cela tient au fait que les immigrés arrivés plus récemment ont des niveaux de qualification plus élevés que par le passé.

Par exemple, Meurs et al. [2006] ; Aeberhardt et al. [2010] ; Brinbaum et al. [2016] ; Boutchenik et Lê [2017].

Bouhmadi et Giret [2005] ; Aeberhardt et al. [2010] ; Bechichi et al. [2016].

Le champ de l’étude a été choisi pour se concentrer sur les actifs et les inactifs hors études et pour limiter l’effet des choix de départ à la retraite entre 60 et 65 ans. Il conduit toutefois à sous-représenter les jeunes appartenant aux groupes d’origine qui poursuivent davantage leurs études (Asie du Sud-Est et personnes sans ascendance migratoire notamment).

Aucun diplôme ou diplôme ne dépassant pas le brevet

Cet effet s’explique en partie par le fait qu’ils sont plus jeunes. Depuis les années 1990, la proportion de diplômés du supérieur sortis du système scolaire a fortement progressé

On se restreint aux femmes de moins de 50 ans, car les femmes sans ascendance migratoire sont en moyenne plus âgées (figure 1). Les comportements d’activité au-delà de cet âge sont moins liés à la présence ou non d’enfants.

Le champ est ici restreint aux personnes de référence du ménage et à leur conjoint pour écarter les jeunes adultes vivant chez leurs parents. Les enfants sont ceux de moins de 18 ans qui vivent dans le même ménage.

Il est également possible que cela provienne de moindres difficultés liées à l’origine pour les descendants. Par exemple si ces derniers portent un patronyme ou un prénom qui ne permettent pas de déterminer leur origine.

Les résultats restent sensiblement les mêmes lorsque deux autres spécifications sont testées.

Dans la première spécification, la repondération est effectuée en population générale et non uniquement sur les personnes en emploi salarié à temps plein. Cette méthode [Chiquiar et Hanson, 2005] permet de prendre en compte un processus de sélection différenciée dans l’accès à l’emploi. Dans le cas de cette étude, les résultats restent sensiblement les mêmes mis à part pour les immigrés des pays d’Afrique subsaharienne et d’Asie du Sud-Est pour lesquels l’amplitude des écarts inexpliqués apparaît un peu plus forte.

Dans la seconde, on intègre la catégorie socioprofessionnelle (CSP) aux variables explicatives. Cette dernière est en effet habituellement écartée des modèles de décomposition car l’accès à une CSP, en particulier au statut de cadre, peut être sélectionné. L’inclusion de la CSP contribue à une augmentation des écarts expliqués de l’ordre de 30 %.

Une partie de cet effet est mécanique : du fait qu’ils sont peu ou pas diplômés, les risques de pertes de salaires à diplôme donné sont moindres. Leur dernier vingtile de salaire se situe à 2 400 euros contre 4 000 euros pour les personnes sans ascendance migratoire. Toutefois, même pour des niveaux de salaire équivalents aux autres immigrés, l’amplitude des écarts inexpliqués reste inférieure.

Pour en savoir plus

Aeberhardt R., Fougère D., Pouget J., Rathelot R., « L’emploi et les salaires des enfants d’immigrés », Économie et Statistique n° 433-434, Insee, 2010.

Beauchemin C., Borrel C., Régnard C., « Hommes et femmes en migration : vers un rapprochement des profils et des trajectoires », in Trajectoires et OriginesEnquête sur la diversité des populations en France, sous la direction de Beauchemin C., Hamel C. et Simon P., coll. « Les Grandes Enquêtes », Ined, 2015.

Bechichi N., Bouvier G., Brinbaum Y., Lê J. « Maîtrise de la langue et emploi des immigrés : quels liens ? », in Emploi, chômage, revenus du travail, coll. « Insee Références », 2016.

Bouhmadi R., Giret J.-F., « Une analyse économétrique des disparités d’accès à l’emploi et de rémunérations entre jeunes d’origine française et jeunes issus de l’immigration ». Revue économique, vol. 56(3), 2005.

Boutchenik B., Lê J. « Les descendants d’immigrés maghrébins : des difficultés d’accès à l’emploi et aux salaires les plus élevés », in Emploi, chômage, revenus du travail, coll. « Insee Références », 2017.

Brinbaum Y., « L’accès à l’emploi des descendants d’immigrés en début de carrière : le rôle clé des réseaux et des intermédiaires ». Formation Emploi, La Documentation française, N° 141, janvier-mars 2018a.

Brinbaum Y., “Incorporation of immigrants and second generations into the French labour market: changes between generations and the role of human capital and origins”, Social Inclusion vol. 6 n°3, 2018b.

Brinbaum Y., Meurs D., Primon J.-L., « Situation sur le marché du travail : statuts d’activité, accès à l’emploi et discrimination », in (Eds.), Trajectoires et OriginesEnquête sur la diversité des populations en France, sous la direction de Beauchemin C., Hamel C. et Simon P., coll. « Les Grandes Enquêtes », Ined, 2015.

Brinbaum, Y., Safi M., Simon P., « Les discriminations en France : entre perception et expérience », in Trajectoires et Origines - Enquête sur la diversité des populations en France, sous la direction de Beauchemin C., Hamel C. et Simon P., coll. « Les Grandes Enquêtes », Ined, 2015.

Brutel C., « Les immigrés récemment arrivés en France », Insee Première n° 1524, novembre 2014.

Chiquiar D., Hanson G., “International Migration, Self-Selection, and the Distribution of Wages: Evidence from Mexico and the United States”, Journal of Political Economy, University of Chicago Press, vol. 113(2), avril 2005.

DiNardo J., Fortin N., Lemieux T., “Labor Market Institutions and the Distribution of Wages, 1973-1992: A Semiparametric Approach”, Econometrica vol. 64, n° 5, septembre 1996.

Domingues Dos Santos M., « Travailleurs maghrébins et portugais en France : le poids de l’origine ». Revue économique vol. 56, 2005.

Fairlie R., “An Extension of the Blinder-Oaxaca Decomposition Technique to Logit and Probit Models” IZA Discussion Papers n°1917, 2006.

Foroni F., Ruault M., Valat E., « Discrimination à l’embauche selon “l’origine” : que nous apprend le testing auprès de grandes entreprises ? », Dares Analyses n° 076, décembre 2016.

Meurs D., Pailhé A., Simon P., « Persistance des inégalités entre générations liées à l’immigration : l’accès à l’emploi des immigrés et de leurs descendants en France », Population vol. 61, 2006.

Okba M., « Les nouveaux détenteurs d’un titre de séjour retrouvent-ils leur position professionnelle antérieure à la migration ? », Dares Analyses n°14, mars 2018.

Portes A., Rumbaut R., Legacies: The story of the immigrant second generation, Berkeley, CA: University of California Press, 2001.

Par exemple, Meurs et al. [2006] ; Aeberhardt et al. [2010] ; Brinbaum et al. [2016] ; Boutchenik et Lê [2017].

Bouhmadi et Giret [2005] ; Aeberhardt et al. [2010] ; Bechichi et al. [2016].

Le champ de l’étude a été choisi pour se concentrer sur les actifs et les inactifs hors études et pour limiter l’effet des choix de départ à la retraite entre 60 et 65 ans. Il conduit toutefois à sous-représenter les jeunes appartenant aux groupes d’origine qui poursuivent davantage leurs études (Asie du Sud-Est et personnes sans ascendance migratoire notamment).

Aucun diplôme ou diplôme ne dépassant pas le brevet

Cet effet s’explique en partie par le fait qu’ils sont plus jeunes. Depuis les années 1990, la proportion de diplômés du supérieur sortis du système scolaire a fortement progressé

On se restreint aux femmes de moins de 50 ans, car les femmes sans ascendance migratoire sont en moyenne plus âgées (figure 1). Les comportements d’activité au-delà de cet âge sont moins liés à la présence ou non d’enfants.

Le champ est ici restreint aux personnes de référence du ménage et à leur conjoint pour écarter les jeunes adultes vivant chez leurs parents. Les enfants sont ceux de moins de 18 ans qui vivent dans le même ménage.

Il est également possible que cela provienne de moindres difficultés liées à l’origine pour les descendants. Par exemple si ces derniers portent un patronyme ou un prénom qui ne permettent pas de déterminer leur origine.

Les résultats restent sensiblement les mêmes lorsque deux autres spécifications sont testées.

Dans la première spécification, la repondération est effectuée en population générale et non uniquement sur les personnes en emploi salarié à temps plein. Cette méthode [Chiquiar et Hanson, 2005] permet de prendre en compte un processus de sélection différenciée dans l’accès à l’emploi. Dans le cas de cette étude, les résultats restent sensiblement les mêmes mis à part pour les immigrés des pays d’Afrique subsaharienne et d’Asie du Sud-Est pour lesquels l’amplitude des écarts inexpliqués apparaît un peu plus forte.

Dans la seconde, on intègre la catégorie socioprofessionnelle (CSP) aux variables explicatives. Cette dernière est en effet habituellement écartée des modèles de décomposition car l’accès à une CSP, en particulier au statut de cadre, peut être sélectionné. L’inclusion de la CSP contribue à une augmentation des écarts expliqués de l’ordre de 30 %.

Une partie de cet effet est mécanique : du fait qu’ils sont peu ou pas diplômés, les risques de pertes de salaires à diplôme donné sont moindres. Leur dernier vingtile de salaire se situe à 2 400 euros contre 4 000 euros pour les personnes sans ascendance migratoire. Toutefois, même pour des niveaux de salaire équivalents aux autres immigrés, l’amplitude des écarts inexpliqués reste inférieure.