La France garde la cadenceNote de conjoncture - décembre 2017

Julien Pouget - Dorian Roucher - David Berthier - Benjamin Quévat

Une analyse de la situation et des perspectives à court terme de l’économie française et de son environnement international, en deux dossiers, vingt-et-une fiches thématiques et des éclairages sur des questions d’actualité. Pour cette édition de décembre 2017, l’horizon de prévision s’étend jusqu’au deuxième trimestre de l’année 2018.

Bruno Patier et Bastien Virely
Note de conjoncture - décembre 2017
Consulter
Sommaire

Le taux de marge des entreprises s’équilibrerait à un niveau plus bas qu’avant-crise

Bruno Patier et Bastien Virely

Le taux de marge des sociétés non financières mesure, schématiquement, la part du capital dans le partage de la valeur ajoutée. Globalement stable de 1987 à 2007 autour de 32,7 %, il a chuté durant la crise de 2009 puis en 2012 et 2013. Il s’est relevé depuis sans effacer totalement la baisse intervenue au cours de la crise. Ainsi, depuis début 2016, il fluctue autour de 31,6 %, un point en deçà de son niveau d’avant-crise. Cet affaissement est uniquement dû aux entreprises des services marchands. En effet, dans l’industrie, le taux de marge a atteint en 2016 un niveau inédit depuis plus de 30 ans.

Plusieurs facteurs peuvent expliquer ce désalignement. Le taux de marge comporte tout d’abord une importante part cyclique, croissante avec la rigidité de la masse salariale et l’ampleur des chocs d’activité. Selon le degré de substituabilité entre les facteurs de production dans la combinaison productive, le taux de marge peut être affecté par les coûts relatifs des facteurs de production et donc par les fluctuations des prix des matières premières, de la fiscalité sur le travail et le capital, des taux d’intérêt (qui influencent le coût du capital) et du pouvoir de négociation des salariés. Enfin, la littérature met en évidence le rôle du degré de la concurrence : plus le pouvoir de marché des firmes est fort, plus le taux de marge d’équilibre sera élevé.

En utilisant une décomposition comptable puis une modélisation du taux de marge par branche à un niveau fin, on peut quantifier la contribution de ces facteurs à l’évolution du taux de marge des entreprises françaises et juger de son caractère pérenne, en distinguant industrie et services.

Dans l’industrie, le taux de marge se situe à un niveau exceptionnellement élevé du fait des baisses des prélèvements sur les entreprises et de l’amélioration des termes de l’échange liée à la baisse récente du prix du pétrole. En revanche, la composante cyclique, après avoir été très négative, est simplement revenue à son niveau moyen en 2017.

Dans les services marchands, la baisse a tout d’abord une assez forte composante cyclique, le redémarrage de l’activité dans les services ayant été plus tardif que dans l’industrie. Cependant, des facteurs plus structurels sont aussi à l’œuvre : dans le commerce et l’information-communication, la forte baisse semble provenir pour une grande part de l’intensité de la concurrence. Laquelle se traduit par la baisse du prix de la valeur ajoutée de ces branches et par la dilution des parts de marché, calculée à partir des données individuelles. Dans les services aux entreprises, la quasi-totalité de la baisse depuis 17 ans s’explique par la spécialisation dans les activités peu intensives en capital : les activités très capitalistiques comme la location de matériel ont régressé, tandis que se sont développées les activités de soutien administratif, très riches en main-d’œuvre et dont le taux de marge est très bas. La baisse du taux de marge dans les services n’est pas propre à la France : en Allemagne, le taux de marge y a reculé beaucoup plus nettement sur la période.

Tous secteurs confondus, un tiers de la baisse du taux de marge par rapport à son niveau des années 1990 est imputable à des facteurs de court terme. Dans les services, l’effet négatif du cycle est en partie compensé par les effets positifs de la baisse du coût du travail et l’amélioration des termes de l’échange. Le reste semble provenir de facteurs de long terme liés à la déformation de la structure de l’activité française en faveur des branches moins intensives en capital, et de la hausse du degré de concurrence dans quelques secteurs de services. Le taux de marge pourrait ainsi encore légèrement s’élever à la faveur de la poursuite de l’expansion de l’activité, sans néanmoins retrouver nécessairement son niveau moyen d’avant-crise.

Note de conjoncture

Paru le : 19/12/2017

Consulter