L’industrie manufacturière : une reprise de l’activité confirmée en 2015

Jérôme Laurent, division Industrie et agriculture, Insee

En 2015, la production en volume de l’industrie manufacturière connaît un rebond en progressant de 1,7 %. Les flux internationaux s’intensifient et le déficit extérieur se réduit. Malgré ces signes positifs, la baisse de l’emploi salarié dans l’industrie manufacturière se poursuit, les entreprises privilégiant le recours à l’intérim pour faire face aux variations d’activité. En 2014, l’industrie manufacturière réalise un chiffre d’affaires de 869 milliards d’euros. Le taux de marge de ses entreprises s’améliore.

Une nouvelle hausse de la production en 2015

La production en volume de l’industrie manufacturière a progressé de 1,7 % entre 2014 et 2015 (figure 1). Elle enregistre une hausse pour la deuxième année consécutive (+ 0,6 % entre 2013 et 2014). Toutefois, elle n’a toujours pas retrouvé son niveau d’avant la crise économique de 2008-2009.

La croissance de l’industrie manufacturière est portée par quatre branches d’activité : l’industrie pharmaceutique (+ 9,1 %), la fabrication de produits informatiques, électroniques et optiques (+ 6,4 %), la cokéfaction et le raffinage (+ 5,0 %) et la fabrication de matériels de transport (+ 3,5 %). À l’inverse, trois branches ne profitent pas de cette embellie : la fabrication d’équipements électriques (- 1,2 %), la métallurgie et la fabrication de produits métalliques (- 0,8 %) et la fabrication de machines (- 0,4 %).

Figure 1 - Production par branche en volume

indice base 100 en 2000
Figure 1 - Production par branche en volume
Industrie Industrie manufacturière
2000 100,0 100,0
2001 102,1 102,0
2002 100,9 100,2
2003 99,7 98,5
2004 101,6 100,4
2005 102,9 100,9
2006 105,2 103,1
2007 108,2 104,6
2008 106,0 102,4
2009 95,3 90,8
2010 99,1 94,1
2011 100,9 96,9
2012 98,6 94,1
2013 97,6 93,0
2014 97,3 93,6
2015 99,0 95,2
  • Champ : France.
  • Source : Insee, comptes nationaux.

Figure 1 - Production par branche en volume

La croissance de la production manufacturière résulte en grande partie d’une intensification des échanges extérieurs. Les exportations ont augmenté en volume de 6,8 % entre 2014 et 2015 (contre + 1,7 % entre 2013 et 2014 ; figure 2). Les entreprises exportatrices ont pu bénéficier du recul de l’euro par rapport aux autres devises, en particulier au dollar (- 16,5 % en un an). Deux branches ont enregistré une forte croissance des exportations en volume : la cokéfaction et le raffinage (+ 20,1 %) et la fabrication de matériels de transport (+ 10,7 %).

Parallèlement, les importations ont progressé en volume de 6,9 % (contre + 3,8 % entre 2013 et 2014). Les hausses les plus marquées concernent les produits informatiques, électroniques et optiques (+ 12,4 %), les matériels de transport (+ 12,0 %) et les équipements électriques (+ 10,0 %).

En valeur, le solde des échanges extérieurs (CAF/FAB) de l’industrie manufacturière reste déficitaire (- 13,0 milliards d’euros), même s’il se réduit progressivement depuis 2011. À cette date il s’élevait à - 31,5 milliards d'euros.

Seules quatre des treize branches affichent un solde excédentaire : la fabrication de matériels de transport, l’industrie chimique, l’industrie agroalimentaire et l’industrie pharmaceutique. Les neuf autres branches réduisent leur déficit extérieur, à l’exception de la branche « cokéfaction et raffinage ».

Figure 2 - Échanges extérieurs de produits manufacturés

en milliards d'euros
Figure 2 - Échanges extérieurs de produits manufacturés
Exportations FAB Importations CAF
2000 309,6 297,6
2001 317,4 297,7
2002 314,3 293,1
2003 305,3 287,3
2004 324,2 311,3
2005 340,4 338,0
2006 370,2 366,7
2007 382,9 392,5
2008 392,2 401,1
2009 328,1 340,7
2010 367,7 387,8
2011 398,8 430,3
2012 412,7 434,5
2013 415,6 430,9
2014 419,8 438,1
2015 445,8 458,8
  • Champ : France.
  • Source : Insee, comptes nationaux.

Figure 2 - Échanges extérieurs de produits manufacturés

Un fort recours au travail intérimaire en 2015

Entre 2014 et 2015, les effectifs salariés de l’industrie manufacturière ont à nouveau diminué : - 1,3 % (figure 3). La croissance est insuffisante pour recréer de l'emploi dans l'industrie manufacturière. Ainsi, dans ce secteur, les gains de productivité apparente du travail, moindres qu'avant la crise, restent néanmoins importants, supérieurs à 3 % en 2015.

Les chefs d’entreprise préfèrent recourir au travail intérimaire, qui s’ajuste plus rapidement aux variations d’activité, plutôt qu’à l’embauche. Entre 2014 et 2015, le volume de travail intérimaire en équivalent temps plein (ETP) a nettement progressé dans l’industrie manufacturière, de 9,5 % contre 1,7 % entre 2013 et 2014. En tenant compte de l’intérim, l’emploi salarié manufacturier ne recule que de 0,6 %. En 2015, le travail intérimaire représente 7,7 % de l’emploi salarié manufacturier (en ETP). Ce ratio avait baissé de 2,5 points au moment de la crise de 2008-2009, mais s'est redressé à partir de 2010. Le taux de recours à l’intérim est de 9,5 % dans la fabrication de matériels de transport et la fabrication de produits en caoutchouc et en plastique.

Données de la figure 3 - Évolution de l'emploi salarié (hors intérim)

indice base 100 en 2000
Données de la figure 3 - Évolution de l'emploi salarié (hors intérim)
Industrie Industrie manufacturière
2000 100,0 100,0
2001 99,8 99,6
2002 97,8 97,4
2003 95,3 94,8
2004 93,1 92,3
2005 90,9 90,0
2006 89,5 88,3
2007 88,4 87,1
2008 86,5 85,0
2009 82,4 80,5
2010 80,3 78,2
2011 79,9 77,8
2012 79,4 77,1
2013 78,5 76,1
2014 77,5 74,9
2015 76,6 73,9
  • Note : les titulaires de contrats d'intérim ne sont pas classés dans les secteurs d'activité qui les emploient effectivement, mais systématiquement dans l'activité de travail temporaire.
  • Champ : France métropolitaine.
  • Source : Insee, estimations d'emploi au 31 décembre, données corrigées des variations saisonnières.

Figure 3 - Évolution de l'emploi salarié (hors intérim)

Amélioration du taux de marge des entreprises manufacturières

En 2014, les 274 700 entreprises du secteur de l’industrie manufacturière emploient 2,7 millions de salariés en ETP. Elles génèrent un chiffre d’affaires de 869 milliards d’euros (figure 4) dont 37 % à l’exportation.

La valeur ajoutée des entreprises de l'industrie manufacturière a augmenté de 1,6 % entre 2013 et 2014 alors que dans le même temps leur chiffre d’affaires hors taxes diminuait de 0,2 %. Cette hausse résulte d'une baisse des dépenses en consommations intermédiaires dont les prix diminuent dans un contexte de contre-choc pétrolier.

Figure 4 - Chiffres clés de l'industrie manufacturière en 2014

Figure 4 - Chiffres clés de l'industrie manufacturière en 2014
Entreprises (en milliers) Salariés en ETP (en milliers) Chiffre d'affaires hors taxe (en milliards d'euros) Chiffre d'affaires à l'export (en milliards d'euros) Valeur ajoutée (en milliards d'euros) Investissements corporels bruts hors apports (en milliards d'euros)
De 0 à 9 salariés en ETP¹ 205,8 281,8 54,8 5,3 17,2 2,3
De 10 à 249 salariés en ETP 27,9 1 083,6 269,7 68,5 73,6 9,0
250 salariés ou plus en ETP 1,4 1 294,1 544,4 244,7 125,7 17,2
Ensemble des entreprises de l'industrie manufacturière 235,1 2 659,5 868,9 318,5 216,5 28,5
Ensemble des entreprises de l'industrie 274,7 2 998,4 1 025,0 340,8 258,9 51,0
Poids des entreprises de l'industrie manufacturière² (en %) 85,6 88,7 84,8 93,4 83,6 55,9
  • 1. Équivalent temps plein. Effectifs hors intérim.
  • 2. Poids des entreprises ayant une activité principale dans le secteur de l'industrie manufacturière par rapport à l'ensemble des entreprises de l'industrie.
  • Champ : France, unités légales et entreprises profilées (voir rubrique « Sources »).
  • Lecture : 235 100 entreprises ont pour activité principale l'industrie manufacturière ; elles représentent 85,6 % des entreprises dont l'activité principale relève de l'industrie.
  • Source : Insee, Ésane.

En 2014, l’emploi salarié diminue et les frais de personnel par salarié sont stables, la hausse des salaires étant compensée par une baisse des cotisations employeurs. Cette baisse résulte notamment de la montée en charge du CICE, crédit d'impôt déductible qui peut apparaître soit en déduction de cotisations sociales, soit en déduction de l'impôt sur les sociétés. Par conséquent, la part des frais de personnel dans la valeur ajoutée baisse et le taux de marge s’améliore, passant de 21 % en 2013 à 23 % en 2014 (figure 5). Le taux de marge s’est nettement redressé dans l’industrie automobile et l’habillement qui ont augmenté leur valeur ajoutée de près de 12 % tout en maintenant voire, pour l’automobile, en diminuant les frais de personnel par la réduction des effectifs. En revanche, il s’est fortement dégradé dans l’industrie pharmaceutique sous l’effet conjugué de la baisse du prix des médicaments remboursables et de l’augmentation des frais de personnel dans un contexte de quasi-stabilité des effectifs.

L’industrie manufacturière consacre 13 % de sa valeur ajoutée aux investissements corporels (- 2 points en un an). Les immobilisations corporelles par salarié s'élèvent à 165 000 euros en 2014.

Figure 5 - Ratios du secteur de l'industrie manufacturière en 2014

Figure 5 - Ratios du secteur de l'industrie manufacturière en 2014
Industrie manufacturière Industrie
Organisation et débouchés de la production
Taux d'exportation¹ (en %) 36,7 33,3
Intensité capitalistique² (en milliers d'euros) 164,6 266,2
Frais de personnel par salarié en ETP (en milliers d'euros) 58,2 59,3
Partage de la valeur ajoutée au coût des facteurs³
Part des frais de personnel (en %) 77,0 72,9
Part de l'excédent brut d'exploitation : taux de marge (en %) 23,0 27,1
Ratios d'investissement
Taux d'investissement⁴ (en %) 13,2 19,7
Taux d'autofinancement⁵ (en %) 144,0 125,8
  • 1. Part du chiffre d'affaires à l'export dans le chiffre d'affaires total.
  • 2. Rapport entre les immobilisations corporelles brutes et l'effectif salarié en ETP.
  • 3. Valeur ajoutée de laquelle on déduit les impôts sur la production et à laquelle on ajoute les subventions d'exploitation.
  • 4. Rapport entre les investissements corporels bruts hors apport et la valeur ajoutée.
  • 5. Rapport entre la capacité d'autofinancement et les investissements corporels bruts hors apport.
  • Champ : France, unités légales et entreprises profilées (voir rubrique « Sources »).
  • Source : Insee, Ésane.

Sources

Trois sources principales :

- les comptes nationaux annuels (base 2010) pour retracer l'évolution de la production des branches industrielles et des échanges extérieurs des produits manufacturiers de 2000 à 2015 à un niveau agrégé de la nomenclature NAF rév. 2 (niveau A38) ;

- les estimations d'emploi salarié pour l'évolution des effectifs salariés par secteurs depuis l’année 2000 ;

- le dispositif statistique Ésane (Élaboration des statistiques annuelles d'entreprises) pour les principales caractéristiques comptables des secteurs d'activité manufacturiers en 2014, au niveau A88 de la nomenclature NAF rév. 2. Depuis 2013, le champ de la source Ésane couvre à la fois des unités légales et des entreprises au sens de la loi de modernisation de l'économie issues du profilage des grands groupes. En effet, actuellement, tous les groupes n'ont pas encore été profilés. Les évolutions entre 2013 et 2014 sont présentées ici sur la base du champ de 2014.

Définitions

Le solde des échanges extérieurs (CAF/FAB) retracé dans les comptes nationaux est la différence entre la valeur des exportations FAB et celle des importations CAF entre deux pays (ou deux zones).

Les immobilisations corporelles des entreprises sont des actifs physiques destinés à être utilisés durablement par l'entreprise comme moyens de production. Elles comprennent notamment les constructions, les installations techniques, le matériel et l'outillage industriels.

Pour en savoir plus

« Les entreprises en France », Insee Références, édition 2016, novembre 2016.

Rignols É., « L'industrie manufacturière de 1970 à 2014 », Insee Première n° 1592, avril 2016.

Rignols É., « L'industrie manufacturière : léger redressement de la production en 2014 », Insee Focus n° 39, octobre 2015.