Le PIB de la Bourgogne-Franche-Comté n’a toujours pas retrouvé son niveau d’avant-crise

Stéphane Adrover, Insee Bourgogne-Franche-Comté

En 2013, la Bourgogne-Franche-Comté se classe à l’avant dernier rang des régions métropolitaines selon le PIB, indicateur de la richesse créée chaque année. Elle affiche la plus faible croissance régionale sur la période 1990-2013. Sa spécificité industrielle, qui l’expose davantage aux crises économiques, n’explique pas tout. La valeur ajoutée de quasiment tous les secteurs augmente plus faiblement qu’en moyenne en France métropolitaine. Le PIB par habitant de la Bourgogne-Franche-Comté est aussi l’un des plus bas des régions métropolitaines, en raison d’une moindre productivité apparente du travail et de facteurs sociodémographiques défavorables.

En 2013, le Produit intérieur brut (PIB) de la Bourgogne-Franche-Comté s’établit à 69,8 milliards d’euros (aux prix de l’année 2010), soit 3,5 % du PIB métropolitain. Il classe la région au douzième rang des régions métropolitaines, précédant seulement la Corse. Entre 1990 et 2013, la croissance en volume du PIB de la Bourgogne-Franche-Comté est la plus faible de France métropolitaine. Sa progression est 2,4 fois inférieure à la moyenne (+ 17,2 % contre + 42,1 %). Le décrochage de l’économie régionale est significatif dès le début des années 90. L’écart se creuse ensuite régulièrement au fil des ans. Il s’amplifie nettement depuis 2008 (figure 1).

Figure 1 – Un écart de croissance qui s’amplifie depuis la crise de 2008

Indice base 100 en 1990
Un écart de croissance qui s’amplifie depuis la crise de 2008
PIB Bourgogne-Franche-Comté Emploi Bourgogne-Franche-Comté PIB France métropolitaine Emploi France métropolitaine
1990 100,0 100,0 100,0 100,0
1991 100,3 99,8 101,1 99,8
1992 101,0 99,1 102,7 98,8
1993 98,9 98,0 102,0 97,9
1994 101,1 98,9 104,4 98,8
1995 104,3 99,9 106,5 99,4
1996 105,3 99,8 108,0 99,5
1997 107,3 100,8 110,5 100,7
1998 111,4 102,1 114,4 102,6
1999 113,6 104,4 118,3 105,2
2000 118,6 106,9 122,9 107,9
2001 119,8 107,1 125,2 109,1
2002 120,1 107,5 126,6 109,8
2003 120,0 107,2 127,5 109,7
2004 123,1 107,2 131,1 110,2
2005 122,5 107,2 133,1 111,0
2006 124,3 107,8 136,2 112,3
2007 127,2 108,4 139,4 113,9
2008 123,9 107,3 139,6 113,2
2009 119,1 105,7 135,5 112,3
2010 117,8 105,8 138,2 113,0
2011 120,8 106,0 141,0 113,6
2012 117,6 104,9 141,2 113,7
2013 117,2 105,0 142,1 114,5
  • Source : Insee, comptes régionaux base 2010 ; Estel

Figure 1 – Un écart de croissance qui s’amplifie depuis la crise de 2008Évolution de l’emploi et du PIB

Des progressions plus faibles de la valeur ajoutée dans presque tous les secteurs

En 2013, la plupart des régions françaises ont atteint un niveau de PIB supérieur à celui d’avant-crise. Avec un PIB régional inférieur de 5,4 % à celui de 2008, la Bourgogne-Franche-Comté fait partie des rares régions (avec le Grand Est et les Hauts-de-France) pour lesquelles ce n’est pas le cas.

Ces régions présentent des similitudes, avec notamment des poids plus élevés de l’agriculture et de l’industrie dans la valeur ajoutée totale régionale. Inversement, certains services marchands, en particulier ceux principalement dédiés aux entreprises, pèsent moins qu’au niveau national.

Pour autant, ces différences structurelles n’expliquent qu’une faible part de l’écart constaté entre l’évolution de la valeur ajoutée de la Bourgogne-Franche-Comté et celle de la France métropolitaine (– 7,3 points). L’essentiel de l’écart est dû à une évolution défavorable de la valeur ajoutée dans presque tous les secteurs d’activité.

Trois secteurs contribuent à eux seuls à la moitié du déficit de croissance de la valeur ajoutée régionale : les services principalement dédiés aux entreprises, les activités immobilières et la fabrication de produits industriels divers, qui comprend notamment l’industrie chimique et pharmaceutique. Seuls le commerce et les services divers (services à la personne, activités culturelles, sportives et récréatives) connaissent une croissance plus forte que la moyenne métropolitaine entre 2008 et 2013 (figure 2).

Figure_2 – Des secteurs d’activité moins créateurs de richesse en Bourgogne-Franche-Comté qu'en moyenne en France métropolitaine

  • Source : Insee, comptes régionaux base 2010

La Bourgogne-Franche-Comté à l’avant dernier rang des régions métropolitaines pour le PIB par habitant

En 2013, le PIB par habitant s’établit à 25 491 euros en Bourgogne-Franche-Comté, contre 32 559 en France métropolitaine. L’écart, qui n’était que de 12 % en 1990, n’a cessé de se creuser pour atteindre 22 % en 2013. La Bourgogne-Franche-Comté est ainsi passée du septième à l’avant dernier rang des régions métropolitaines entre 1990 et 2013. Cette dégradation résulte de la combinaison de deux facteurs. D’une part, la productivité apparente du travail mesurée par le PIB par emploi, a augmenté moins fortement dans la région qu’en France métropolitaine. D’autre part, sur cette même période le nombre d’emplois rapporté à la population a stagné alors qu’il a augmenté en moyenne en France métropolitaine (encadré).

La Bourgogne-Franche-Comté est la région où le PIB par emploi, a augmenté le moins rapidement depuis 1990. En 2013, celui-ci s’établit à 66 645 euros dans la région, soit 15 % de moins qu’en moyenne en France métropolitaine, situant la Bourgogne-Franche-Comté à l’avant dernier rang des treize régions. Ceci s’explique en partie par le poids important des emplois du secteur marchand dépendant d’un siège situé hors de la région (27,8 % contre 20,6 % au niveau national). Or, les sièges sociaux concentrent le plus souvent les activités et les emplois à forte valeur ajoutée.

En 2013, le nombre d’emplois en Bourgogne-Franche-Comté est de 38,3 pour 100 habitants, alors qu’il est de 41,6 en moyenne métropolitaine. Cet écart s’explique en premier lieu par la structure démographique de la région qui compte proportionnellement plus de moins de 15 ans et de 65 ans et plus. La part de la population en âge de travailler dans la population totale est donc plus faible qu’en moyenne métropolitaine (respectivement 62,0 % et 64,6 %). En second lieu, une partie importante de la population active occupée résidant en Bourgogne Franche-Comté travaille en dehors de la région (7,6 % des actifs en emploi), avec une part importante de travailleurs frontaliers. Au total, la Bourgogne-Franche-Comté compte 96 emplois pour 100 actifs en emploi, contre 98,5 en moyenne en France métropolitaine.

Encadré

Le PIB par habitant : un indicateur à interpréter avec précaution

Le PIB par habitant rapporte la richesse nouvelle produite annuellement dans un territoire à la population résidente dans ce territoire. Il est souvent considéré comme un indicateur de la richesse détenue par les habitants de ce territoire. Or, il n’intègre ni les revenus de transferts, ni les fruits de la valeur ajoutée créée par les habitants travaillant en dehors du territoire. Si l'on considère le revenu disponible brut (RDB) par habitant, l’écart à la moyenne métropolitaine n’est que de – 2 % pour la région Bourgogne-Franche-Comté. Le PIB par habitant a ainsi tendance à accroître les disparités territoriales.

Néanmoins, les différences régionales de PIB par habitant peuvent s’éclairer en prenant en compte deux indicateurs, le PIB par emploi et l’emploi par habitant (dans les deux cas, il s’agit de l’emploi au lieu de travail). En effet :

PIB/Habitant = PIB/Emploi x Emploi/Habitant

L‘emploi par habitant peut lui-même se décomposer en quatre facteurs de la manière suivante :

Emploi/Habitant = Emploi/PAO x PAO/PA x PA/PEAT x PEAT/Habitant

Au total, le PIB par habitant peut être décomposé en cinq facteurs :

PIB/Habitant = PIB/Emploi x Emploi/PAO x PAO/PA x PA/PEAT x PEAT/Habitant

Le ratio Emploi /PAO est un indicateur d’attractivité de la région, le ratio PAO /PA est un indicateur de situation du marché du travail, le ratio PA/PEAT correspond au taux d'activité et le ratio PEAT/Habitant est un indicateur d’un effet démographique où PAO désigne la population active occupée, PA,la population active et PEAT, la population en âge de travailler.

Définitions

Le produit intérieur brut (PIB) est égal à la somme des valeurs ajoutées brutes des différents secteurs institutionnels ou des différentes branches d'activité, augmentée des impôts moins les subventions sur les produits (lesquels ne sont pas affectés aux secteurs et aux branches d'activité).

La valeur ajoutée correspond au solde du compte de production. Elle est égale à la valeur de la production diminuée de la consommation intermédiaire.

La productivité « apparente du travail » ne tient compte que du seul facteur travail comme ressource mise en œuvre. Le terme « apparente » rappelle que la productivité dépend de l'ensemble des facteurs de production et de la façon dont ils sont combinés. La productivité apparente du travail est usuellement mesurée en rapportant la richesse créée au facteur travail.

Pour en savoir plus

Brière L., Clément E., « Croissance dans les régions : davantage de disparités depuis la crise », Insee première n° 1501, juin 2014

Adrover S. Vivas E., « Décrochage de l'économie franc-comtoise depuis dix ans », Insee Franche-Comté, L’essentiel n° 154, juin 2014

Charton C, Vigneau S., « Vingt ans de croissance économique : profil d’activités et démographie freinent le dynamisme de la Bourgogne », Insee Bourgogne Dimensions n° 201, juin 2014

« Nouvelles régions : moins de différences interrégionales », La France et ses territoires, Insee Références, Édition 2016, avril 2015

« Élaboration des Produits Intérieurs Bruts régionaux en base 2010 : principes et méthodologie », Document de travail H2016-01, mai 2016

Hurpeau B, « Les produits intérieurs bruts régionaux de 1990 à 2013 », Insee Focus n° 60, juillet 2016