Bilan économique 2015 - Languedoc-Roussillon-Midi-Pyrénées

Dans un contexte national de reprise, l'économie de Languedoc-Roussillon-Midi-Pyrénées se redresse. Encore portée par le secteur tertiaire, la région bénéficie de la plus forte progression de l'emploi salarié dans le secteur marchand non agricole depuis 2008. Le taux de chômage diminue légèrement, affectant cependant encore 12 % de la population active fin 2015. Que ce soit sur le front de l'emploi ou du chômage, des disparités territoriales, sectorielles et générationnelles persistent.

Insee Conjoncture Occitanie
Paru le : 31/05/2016
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Agriculture - Marchés agricoles en crise

Christian Fabrègue (Draaf)

En 2015, au niveau des échanges communautaires comme avec les pays tiers, l’offre de produits agricoles est nettement supérieure à la demande. En effet, le ralentissement de la croissance chinoise et l’embargo russe contractent la demande, ce qui entraîne une orientation à la baisse du prix des céréales et du lait. En région Languedoc-Roussillon-Midi-Pyrénées, seules la viticulture et la production de fruits et légumes estivaux bénéficient d’une demande porteuse. Dans toutes les autres filières, les volumes et les prix de plusieurs productions agricoles sont en baisse. Les filières lait, viande bovine et porcine traversent une crise aiguë qui affecte fortement les exploitations agricoles.

Insee Conjoncture Occitanie
No 03
Paru le : 31/05/2016

Viticulture : une belle récolte 2015 en volume et en qualité

Le bilan régional se caractérise par une meilleure valorisation pour toutes les catégories de vins mais avec des volumes échangés en baisse. La récolte 2015 arrive sur un marché porteur mais très concurrentiel, avec des stocks en baisse. La région Languedoc-Roussillon-Midi-Pyrénées est la première région viticole de France par le volume produit. Avec 16,2 millions d’hectolitres, elle concentre 34 % de la production viticole nationale en 2015. Les vins à identification géographique protégée (IGP) constituent plus des deux tiers de la production régionale, et ils représentent plus des trois quarts de la production française de vins à IGP. Dans l’attente des données définitives de la Douane, la récolte totale 2015 est estimée supérieure de 5 % à la moyenne quinquennale 2010-2014 d'après l'enquête menée par les services statistiques de la Draaf auprès de la profession.

Les cours des vins en vrac poursuivent leur progression, que ce soit pour les vins à IGP, les vins sans identification géographique ou les vins d'appellation d'origine protégée (AOP) ; mais les volumes commercialisés sont en baisse pour toutes les catégories de vins. Cette même tendance est enregistrée à l’exportation pour les vins IGP, qui représentent la majeure partie des exports. Les quantités exportées de vins produits dans l'ancienne région Languedoc-Roussillon reculent de 7 %. Malgré cette baisse des volumes, le montant total des transactions reste proche de celui de 2014, grâce à une meilleure valorisation.

La campagne de commercialisation de la récolte 2015, qui a débuté au 1er août 2015, pourrait se situer sur un marché très concurrentiel, la production étant importante tant au niveau régional que national. Les volumes régionaux de la récolte 2015 sont estimés en hausse de 7 % par rapport à la récolte 2014. Au niveau national, l'augmentation est de l'ordre de 2 % avec 47,9 millions d'hectolitres. La récolte arrive dans un contexte de baisse des stocks régionaux à la propriété de 39 %.

Grandes cultures : production céréalière en hausse, prix en baisse

La production nationale de blé tendre atteint un niveau historique après une quatrième hausse annuelle (figure 1). Les rendements sont à un niveau record et les surfaces progressent. Malgré des niveaux de rendements dans la moyenne quinquennale, la production régionale de céréales à paille atteint 2,8 millions de tonnes, soit 9 % de plus qu’en 2014, grâce à la progression des surfaces. La qualité de la production céréalière régionale est particulièrement bonne en 2015.

Figure 1 – Évolution de la production et du prix du blé tendre entre 2006 et 2015 en Languedoc-Roussillon-Midi-Pyrénées

indice base 100 en 2006
Évolution de la production et du prix du blé tendre entre 2006 et 2015 en Languedoc-Roussillon-Midi-Pyrénées
Volume de blé tendre Prix du blé tendre
2006 100 100
2007 85 160
2008 118 163
2009 79 106
2010 119 136
2011 97 178
2012 136 192
2013 131 176
2014 134 151
2015 166 141
  • Source : Agreste

Figure 1 – Évolution de la production et du prix du blé tendre entre 2006 et 2015 en Languedoc-Roussillon-Midi-Pyrénées

Le prix du blé tendre recule durant la campagne de commercialisation 2014-2015 à 163 euros la tonne fin 2015 contre 185 euros fin 2014. Il poursuit sa baisse début 2016 et atteint 140 euros la tonne début mars. Dans ce contexte de prix bas, la fin de la campagne de commercialisation 2015-2016 s’annonce difficile. En effet, la concurrence internationale s’accroît et les exportations européennes connaissent des problèmes de débouchés. Les exportations nationales vers l’Égypte (principal client) sont freinées avec l'ouverture plus grande de ce pays aux blés russes.

Le stockage chez les collecteurs augmente de 74 % pour le blé tendre régional en janvier 2016 par rapport à janvier 2015. Les agriculteurs mettent en dépôt chez les collecteurs et prennent des options sur les marchés à terme.

Une campagne favorable pour les fruits d’été

Les productions d’abricots, de cerises et de pêches bénéficient en 2015 d’une consommation soutenue par la chaleur estivale. Toutefois les conditions climatiques pèsent sur les récoltes de fruits. La baisse de production est compensée par des niveaux de prix supérieurs à 2014.

La récolte de pêches nectarines, particulièrement faible, est en retrait de 15 % par rapport à 2014. D'une manière plus générale, la production de prunes est assez bonne. Mais la commercialisation reste à des niveaux de prix inférieurs aux deux campagnes précédentes.

Des conditions climatiques plutôt favorables aux cultures légumières

Les températures estivales sont favorables en 2015 à la croissance régulière des cultures et réduisent la pression parasitaire et les pertes au champ. La production de courgettes est toutefois en recul d'environ 7 %, notamment en raison des intempéries en fin de campagne.

La production de melons est abondante en 2015 mais les cours sont inférieurs aux années précédentes. La conjonction de récoltes précoces et la présence importante de volumes espagnols orientent les prix à la baisse dès le début de la campagne. Le melon est déclaré en crise conjoncturelle du 10 juillet au 11 août, des destructions s’opèrent pour assainir le marché.

La campagne de salades d’hiver est catastrophique et une crise économique secoue les producteurs de cette filière liée à l’abondance de la production. Les températures douces de l'automne permettent la poursuite de la production de salades en plein champ, concurrençant celle de salades d'hiver cultivées sous abri.

Enfin, contrairement à la campagne précédente, les producteurs d’ail tirent leur épingle du jeu en 2015, grâce à un meilleur équilibre entre offre et demande. Les prix et les résultats sont très satisfaisants pour l'ail blanc et violet mais décevants pour l’ail rose.

Productions bovine, porcine et lait de vache : des marchés en crise

Hormis le marché des broutards, les marchés des bovins finis, du lait de vache et des porcs sont en crise depuis la fin du 1er semestre 2015. Ces difficultés sur les prix, qui démarrent dès le mois de janvier 2015, sont liées aux excédents communautaires et mondiaux de production. Cette conjoncture défavorable touche plus particulièrement les exploitations spécialisées dans les élevages « naisseurs » ou « naisseurs engraisseurs ». Pour ces derniers, le niveau de prix ne couvre plus les coûts de production.

La baisse du prix du lait de vache amorcée depuis fin 2014 sous l’effet des excédents mondiaux et européens se poursuit avec la campagne de collecte 2015-2016. L’embargo russe conjugué à une forte hausse de la collecte de lait en Europe (+ 2,1 %) accentuent le déséquilibre et pèsent sur les niveaux de prix européens, qui atteignent fin 2015 des niveaux inférieurs à ceux de 2012.

Le rééquilibrage des marchés devrait prendre encore plusieurs mois, car la demande internationale ne permet toujours pas fin 2015 d’absorber l’offre abondante et les stocks accumulés.

Le marché national du porc est très perturbé et les différences de compétitivité entre les producteurs français et les autres opérateurs européens créent de fortes tensions sur le marché de Plérin (marché de référence nationale), qui connaît plusieurs semaines d’interruption de cotations au second semestre 2015. La production porcine demeure pénalisée par la perte du marché russe. Cette perte ne parvient pas à être compensée par une progression des ventes vers d’autres destinations. Les prix se stabilisent en fin d’année en France et dans l’Union européenne mais à leurs plus bas niveaux.