Economie et Statistique n°464-465-466 - Inégalités et discriminations : questions de mesure

Approches indirectes : la discrimination comme composante inexpliquée des inégalités - L'approche expérimentale : l'apport du testing - Approches subjectives : mesurer la discrimination ressentie

Publications pour expert
Économie et Statistique
Paru le : 10/04/2014
Consulter

Discrimination à l'embauche selon l'origine et le genre : défiance indifférenciée ou ciblée sur certains groupes ?

Anthony Edo et Nicolas Jacquemet

L'existence d'une discrimination raciale à l'embauche sur le marché du travail est désormais largement documentée dans la plupart des économies occidentales. Si ce phénomène est confirmé par différentes études pour le marché du travail français, les causes et les sources en restent largement inconnues. Cet article présente les résultats d'une étude destinée à évaluer empiriquement les principales sources de discrimination à l'embauche en Île-de-France. Cette évaluation repose sur un envoi contrôlé de candidatures en réponse à des offres d'emploi postées sur des sites publics d'information. L'étude montre que la discrimination à l'embauche à l'encontre des candidats issus de l'immigration est de l'ordre de 40 % en moyenne. Cette inégalité de traitement entre candidats affecte toutes les candidatures d'origine étrangère, indépendamment de l'origine du candidat, ce qui va à l'encontre de l'hypothèse d'une défiance ciblée à l'encontre de vagues particulières d'immigration. Sur la base de ces résultats, il semble donc que la question de la discrimination se pose bien plus en termes d'opposition entre le groupe majoritaire, «autochtone», et l'ensemble des individus issus de l'immigration, qu'en termes de difficultés spécifiques propres à certains groupes. En ce sens, les résultats confirment l'existence d'une «homéophilie» ethnique sous-jacente à la discrimination - c'est à dire d'une défiance indifférenciée de la part des employeurs à l'égard de tout candidat n'appartenant pas au groupe ethnique majoritaire. Ensuite, nos résultats indiquent que les candidatures féminines sont favorisées par rapport à leurs équivalents masculins et relativement moins affectées par la discrimination d'origine. Enfin, l'inclusion d'un signal explicite d'aisance linguistique sur la moitié des envois élimine toute discrimination liée à l'origine pour les candidatures féminines. L'effet d'un tel signal est en revanche plus faible sur la discrimination opérant entre candidatures masculines.

Publications pour expert
Paru le : 10/04/2014