Economie et Statistique n°391-392 - Sans-domicile

Economie et Statistique
Paru le : 01/10/2006
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Lien social et santé en situation de précarité : état de santé, recours aux soins, abus d'alcool et réseau relationnel parmi les usagers des services d'aide

Patrick Peretti-Watel

Les usagers des services d'hébergement ou de distribution de repas chauds constituent une population très particulière, qui cumule précarité et problèmes de santé. Les contacts avec la famille, les proches et les connaissances sont caractérisés par un cumul et non une différenciation des relations interpersonnelles. On peut distinguer les enquêtés selon que ces contacts sont fréquents ou non, quel que soit le lien de parenté éventuel entre la personne interrogée et les proches. Une relation significative apparaît entre ce cumul et la santé perçue : ceux qui ont des contacts plus fréquents avec leurs proches se jugent plus souvent en bonne ou en très bonne santé. En présence d'une pathologie chronique ou grave, ces contacts pourraient jouer le rôle de facteurs protecteurs contre le risque de dépression et qu'à ce titre, ce soit l'absence relative de contacts avec les proches et non l'absence de proches à contacter qui soit la plus préjudiciable pour la personne malade, ce qui suggère qu'il faille privilégier une interprétation faisant intervenir l'influence des rapports avec les proches sur la construction de l'identité personnelle et l'estime de soi. Un autre aspect de la relation entre santé et lien social renvoie au recours aux soins, étudié ici dans le cas particulier des soins dentaires : l'isolement relationnel s'avère en effet significativement associé à un moindre recours à ces soins. Toutefois, si le lien fréquemment exploré dans la littérature entre lien social et santé s'avère ici globalement vérifié, il convient d'y apporter une nuance. En effet, s'il est très plausible que les liens interpersonnels aient une influence bénéfique sur la santé, il importe de souligner qu'ils ne constituent pas la panacée. Ici, seule la quantité des contacts a été mesurée, et non leur qualité : or, des contacts fréquents ne sont pas forcément de « bons » contacts, et peuvent éventuellement devenir le vecteur de contraintes et de violences.

Economie et Statistique
No 391-392
Paru le : 01/10/2006