Séances 2013-2014 du séminaire inégalités

L'Insee et la statistique publique
Dernière mise à jour le : 26/06/2015

Construction d'un « revenu minimum décent » : enjeux et méthode - 25 octobre 2013

Présentation par : Didier Gélot (Onpes), Pierre Concialdi (Ires) et Léopold Gilles (Crédoc)

Discussion introduite par : Daniel Verger (Insee)

Résumé :

Depuis le début des années 1990, la commission européenne a invité les pays membres à engager une réflexion concernant la mise en place d'un revenu minimum permettant de vivre « dans la dignité ». Certains pays ont déjà expérimenté ce type d'approche. En 2011, l'Observatoire national de la pauvreté et de l'exclusion sociale (ONPES) a désiré s'engager dans un processus de construction d'un « Revenu minimum pour un niveau de vie décent » pour certaines catégories de ménages.

Les enjeux de cette démarche sont nombreux tant du point de vue de la définition et de la mesure de la pauvreté (seuil) que de la réflexion sur le niveau actuel des minima sociaux. Ils sont également importants du point de vue de la statistique publique et devraient permettre par exemple de questionner des enquêtes portant sur le « Budget des familles », les conditions de vie (SILC), ou de s'interroger sur les échelles d'équivalences.

La méthode, basée sur la construction d'un consensus entre personnes représentatives de la diversité des situations socio-économiques, éclairé par l'avis d'experts, sera présentée et discutée par les équipes actuellement en charge de la construction de ce revenu minimum. Les résultats de cette recherche innovante seront valorisés dans le cadre du prochain rapport de l'Onpes.

Espérance de vie, durée passée à la retraite - 29 novembre 2013

Présentation par : Virginie Andrieux (Insee) et Cécile Chantel (Drees)

Discussion introduite par : Jean-Michel Hourriez (COR)

Résumé :

À 55 ans, parmi les retraités nés en 1942 et résidant en France, les femmes peuvent espérer vivre 6,4 ans de plus que les hommes. Les hommes anciens cadres ont une espérance de vie majorée de 3,3 ans comparée à celle des anciens ouvriers, et les femmes anciennes cadres de 2,3 ans par rapport aux anciennes ouvrières.

Ces inégalités d'espérance de vie génèrent des différences de durée passée en retraite : 5,3 années de retraite séparent hommes et femmes et parmi les hommes, les cadres peuvent espérer percevoir leur retraite 2,8 années de plus que les ouvriers. Pour les femmes, à l'inverse, les différences de durée de retraite sont plus marquées entre cadres et ouvrières que les écarts de durée de vie. Leur amplitude est comparable à celle observée dans la population masculine.

Les durées de retraite varient selon le secteur d'activité, elles sont plus élevées pour les retraités du secteur public.

Des différences existent aussi selon le type de carrière. Les personnes entrées précocement dans la vie active ont une longévité inférieure au sein d'une même catégorie sociale. Par ailleurs, les durées de carrière proches des durées requises pour le taux plein correspondent aux espérances de vie les plus élevées.

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Perspectives sur les inégalités de patrimoine - 24 janvier 2014

Discutant : Guillaume Allègre (Ofce)

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Les patrimoines en France au cours de la dernière décennie

Pierre Lamarche (Insee)

Résumé :

Début 2010, les 10 % des ménages les mieux dotés détiennent la moitié du patrimoine. Entre 1998 et 2010, les évolutions sont nettement différenciées selon la position des ménages dans la hiérarchie patrimoniale. Ainsi, la masse détenue par les ménages les mieux dotés en 2010 est supérieure de 131 % à celle détenue par leurs homologues en 1998, quand celle des moins bien dotés n'a progressé que de 20 %, révélant une situation de polarisation entre les ménages détenteurs d'un bien immobilier et les autres.

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La dynamique de la répartition mondiale des patrimoines

Thomas Piketty (École d'économie de Paris)

Résumé :

Cette présentation se fonde sur mon livre Le capital au 21e siècle (Seuil, 2013), qui étudie l'évolution historique de la répartition des revenus et des patrimoines depuis le 18e siècle dans plus de 20 pays ; je m'appuie sur des données rassemblées au cours des 15 dernières années avec Atkinson, Saez, Postel-Vinay, Rosenthal, Alvaredo, Zucman, et plus de 30 chercheurs. La présentation se focalise sur la question des métamorphoses du capital et de la dynamique de la répartition mondiale des patrimoines sur longue période. En particulier, j'insiste sur le fait que si le différentiel r - g (où r = taux de rendement net d'impôt du capital ; g = taux de croissance) retrouve au 21e siècle un niveau élevé, notamment du fait de l'abaissement de la croissance démographique (et possiblement de l'abaissement de la croissance de la productivité), et de la concurrence internationale croissante pour attirer les capitaux, alors l'inégalité patrimoniale mondiale pourrait retrouver ou dépasser ses niveaux records du 19e siècle.

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Perspectives sur les inégalités de logement - 28 février 2014

Discutante : Julie Labarthe (Drees)

Un cadrage

Catherine Rougerie (Insee)

Résumé :

De multiples dimensions peuvent caractériser les situations de logement : le type d'habitat, le statut d'occupation, la caractérisation du logement, ses défauts, son environnement, le fait qu'il soit ou non adapté au ménage sur le plan financier... L'enquête Logement (dernière version en 2006), le recensement et SRCV permettent d'aborder toutes ces dimensions et donnent de nombreux éléments de comparaison entre ménages sur les modalités de l'accession, la qualité des logements, la sur-occupation, les dépenses consenties, même si ce cadrage est parfois « en creux » lorsqu'il s'agit de rendre compte des logements « non ordinaires ».

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Le logement des sans domicile

Françoise Yaouancq et Michel Duée (Insee)

Résumé :

L'enquête sans-domicile 2012 permet d'analyser les conditions d'hébergement des personnes sans domicile. Un point sera fait sur le contexte de réalisation de cette étude, l'échantillonnage et le protocole de l'enquête, puis de premiers résultats seront présentés. En 2012 la moitié des sans-domicile étaient en hébergement collectif, un tiers dans un logement payé par une association, un sur dix à l'hôtel ; un sur dix étaient sans abri. Les femmes bénéficient de conditions d'hébergement plus stables que les hommes, même quand elles vivent sans enfant. Un quart des sans-domicile occupent un emploi ; ils ont des conditions de logement plus stables que les autres.

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Les conditions de logement des nouveaux migrants entre 2010 et 2013

Virginie Jourdan (Dsed)

Résumé:

Les nouveaux migrants ont des conditions de logement nettement moins favorables que l'ensemble de la population. Les vagues 2010, 2011 et 2013 de l'enquête Longitudinale sur l'Intégration des Primo-arrivants sont utilisées. Ces conditions évoluent rapidement : entre 2010 et 2013, plus d'un nouveau migrant sur deux a déménagé. En 2010, 71 % des nouveaux migrants vivent dans un logement loué, en secteur social ou non, voire acheté. Les autres sont plutôt hébergés par un particulier, mais encore dans des logements dits « transitoires ». Les évolutions diffèrent selon les nouveaux migrants, mais elles sont aussi liées au logement lui-même. Deux objectifs ressortent, la volonté d'accéder à un logement autonome et/ou confortable.

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Décomposition par âge et sexe de la consommation et des revenus du travail : le « déficit de cycle de vie » depuis 1979 - 28 mars 2014

Présentation par : Hippolythe d'Albis (Université de Paris 1)

Discutant : Jérôme Accardo (Insee)

Résumé :

Les Comptes de Transferts Nationaux proposent un ensemble de décompositions par âge des variables économiques cohérent avec le système des Comptes Nationaux. Initiés par Ronald Lee et Andrew Mason, ces comptes sont en voie d'élaboration dans une quarantaine de pays, avec une même méthodologie fortement influencée par la théorie du cycle de vie. Ils permettent de mesurer les transferts économiques entre les générations, d'effectuer des exercices de comptabilité par génération et d'évaluer les effets macro-économiques du vieillissement démographique. Le séminaire portera sur les travaux déjà effectués pour la France. Les profils par âge ont été élaborés pour la période 1979-2005 à partir de l'enquête Budget des Familles, des Comptes de l'Éducation et de l'Échantillon Permanent des Assurés Sociaux. Les profils de consommation sont restés assez stables au cours de la période tandis que les profils de revenus se sont déformés en faveur des plus âgés. Les profils ont été également décomposés par sexe, permettant de quantifier à chaque âge les écarts entre les revenus moyens des femmes et des hommes. À partir des enquêtes Emploi du Temps, des profils par âge et sexe de consommation et de production domestique ont également été élaborés. L'introduction du travail domestique, valorisé au SMIC, conduit à deux conclusions. La consommation totale des retraités est bien plus importante que celle des actifs. De plus, la part des femmes dans les revenus du travail marchand et domestique est restée relativement constante depuis 1985.

Les femmes dans la création audiovisuelle et de spectacle vivant - 25 avril 2014

Présentation par : Marie Gouyon (MCC, Deps)

Discutante : Marie Buscatto (Université de Paris 1)

Résumé :

En 2011, les femmes représentent 29 % des auteurs de la SACD et reçoivent 24 % des droits versés. Une femme perçoit ainsi, en 2011, un revenu moyen inférieur de 24 % à celui d'un homme.

Les écarts de droits versés entre femmes et hommes trouvent plusieurs éléments d'explication : les femmes participent à moins d'œuvres que les hommes, en particulier dans le cinéma, le théâtre et les arts de la rue.

Elles n'exercent pas non plus les mêmes fonctions, et sont ainsi plus souvent auteurs de texte ou chorégraphes que réalisatrices ou compositrices.

À discipline et fonction égales, les écarts de rémunération sont pratiquement inexistants dans la radio et la télévision, mais subsistent dans le cinéma et le spectacle vivant : ces écarts persistants peuvent être liés à d'autres facteurs comme, par exemple, une fréquentation des spectacles ou une programmation des œuvres moins importante, dans des lieux de représentation ou sur des canaux de diffusion différents et à des horaires moins favorables.

Accueil du jeune enfant et inégalités territoriales - 23 mai 2014

Présentation par : Bernard Pelamourgues (Cnaf)

Discutante : Delphine Brochard (Université de Paris 1)

Résumé :

La branche famille de la sécurité sociale est un des acteurs majeurs chargé de la mise en œuvre de la politique familiale française. À ce titre, elle constitue l'un des intervenants essentiels dans le développement de l'accueil du jeune enfant. La convention d'objectif et de gestion 2013/2017 contractée avec l'État, lui assigne, outre le développement de cette offre d'accueil collectif, de contribuer au rééquilibrage territorial en matière d'accueil du jeune enfant.

Cet axe d'intervention, qui implique de hiérarchiser des territoires afin d'agir pour réduire une inégalité constatée, pose plusieurs questions. L'une est celle de la nature des données permettant de caractériser l'offre d'accueil, le besoin d'accueil sur un territoire, le zonage pertinent (gouvernance/action - observation/évaluation), l'adéquation entre les sources de données et la granularité territoriale qu'elles offrent. Se posent également les questions du choix d'un indicateur (taux de couverture global, variabilité de l'indicateur selon la granularité retenue au regard des sources de données), des sources adaptées au zonage retenu comme pertinent, pour l'action publique, de la détermination du seuil de sous couverture et des critères de sélection des territoires qui ciblés (choix d'indicateurs de ciblage).

Des classes sociales européennes ? - 27 juin 2014

Présentation par : Cécile Brousse ((Insee, Crest-LSQ)

Discutante : Alexis Spire (Université de Lille 2, CERAPS)

Résumé :

La plupart des théories de la stratification sociale ont pour cadre les espaces nationaux. Même si certaines nomenclatures socio-économiques sont utilisées à des fins de comparaisons internationales, elles sont très rarement appliquées à l'espace européen pris dans son ensemble. Dans cette étude, on se demandera, au moyen de l'enquête SILC, si le « schéma » de classes de Bourdieu est transposable au plan européen. La répartition de la population en trois classes - dominante, intermédiaire et populaire - selon le volume de capital est une configuration que l'on retrouve dans tous les pays européens, mais les pays se différencient par les distances entre classes sociales, plus grandes dans les pays inégalitaires du sud de l'Europe et plus réduites dans les pays nordiques. Les écarts de niveau de revenu et de scolarité sont tels entre les différents régions européennes que le pays de résidence est au moins aussi structurant de la position sociale au niveau européen que la profession. Dit autrement, si au niveau de chaque pays, la classe définie par la profession reste un assez bon prédicteur de la position sociale, il n'en va plus de même lorsqu'on raisonne au plan européen tant la dimension territoriale est clivante. Pour cette raison, il paraît difficile de parler d'un espace socioprofessionnel européen.