Insee Flash Bretagne ·
Mai 2023 · n° 96
Touché par la crise sanitaire, le marché du travail morbihannais connaît une embellie
durable dès l’été 2020
Au plus fort de la crise sanitaire, le marché du travail morbihannais a été plus durement touché que le reste de la région, pénalisé par la chute de l’emploi dans l’intérim et l’hébergement-restauration. La reprise de l’emploi est marquée dès l’été 2020, et se poursuit nettement en 2021 et 2022. En trois ans, l’emploi salarié a davantage augmenté dans le Morbihan qu’en Bretagne, et le nombre de demandeurs d’emploi sans activité a baissé de 10 % par rapport à son niveau d’avant-crise.
Cette publication fait partie d’une série sur le marché du travail depuis la crise sanitaire dans les quatre départements de la région Bretagne.
Au premier semestre 2020, l’intérim et l’hébergement-restauration sont durement touchés par la crise
À la fin de l’année 2019, le Morbihan, avec 255 000 emplois salariés, concentre 21 % des emplois bretons. Les restrictions imposées durant le premier semestre 2020 en lien avec la crise sanitaire ont particulièrement freiné l’activité économique du département.
Ainsi, dès le premier trimestre 2020, le nombre d’heures rémunérées chute de 6,7 % dans le Morbihan, plus qu’en Bretagne (5,9 %). Entre fin décembre 2019 et fin mars 2020, l’emploi salarié y baisse aussi plus fortement : -2,0 % (-1,8 % au niveau régional et -1,7 % au niveau national) (figure 1). Comme partout, l’intérim est particulièrement touché avec un tiers des emplois supprimés, notamment dans la construction (-180) et les industries agroalimentaires (IAA) (-700) (figure 2). Au deuxième trimestre 2020, l’intérim se redresse plus fortement dans le Morbihan (+31,7 %) qu’en Bretagne (+20,5 %). La construction et les IAA contribuent fortement à ce rebond avec respectivement 700 et 400 emplois intérimaires supplémentaires. Au total, même s’il ne retrouve pas son niveau d’avant-crise, l’emploi intérimaire chute moins dans le département que dans la région au premier semestre 2020 (-14,9 % contre -20,1 %).
tableauFigure 1 – Variation de l’emploi salarié dans le Morbihan
Trimestre | Agriculture | Construction | Industrie | Intérim | Tertiaire marchand hors intérim | Tertiaire non marchand |
---|---|---|---|---|---|---|
T1-20 | -404 | 184 | -140 | -3 089 | -1 882 | 97 |
T2-20 | 514 | 94 | -185 | 1 786 | 169 | -597 |
T3-20 | 92 | 234 | 327 | 1 449 | 2 001 | 982 |
T4-20 | -145 | 236 | 246 | -149 | -579 | 549 |
T1-21 | -104 | 294 | 328 | 315 | 908 | -194 |
T2-21 | 279 | 206 | 272 | 254 | 2 309 | 483 |
T3-21 | -103 | 87 | 249 | 320 | 1 725 | 398 |
T4-21 | 54 | 260 | 205 | 302 | 1 281 | 119 |
T1-22 | -11 | -33 | 230 | -222 | 575 | 263 |
T2-22 | -37 | 182 | 239 | 101 | 303 | 223 |
T3-22 | -67 | 184 | 213 | 273 | 1 366 | 207 |
T4-22 | 118 | 35 | 337 | 354 | 147 | 79 |
- Notes : données provisoires pour le dernier trimestre et révisées pour les trimestres précédents ; données CVS, en fin de trimestre (variation entre la fin du trimestre et la fin du trimestre précédent).
- Champ : emploi salarié total.
- Sources : Insee, estimations d'emploi ; estimations trimestrielles Urssaf, Dares, Insee.
graphiqueFigure 1 – Variation de l’emploi salarié dans le Morbihan

- Notes : données provisoires pour le dernier trimestre et révisées pour les trimestres précédents ; données CVS, en fin de trimestre (variation entre la fin du trimestre et la fin du trimestre précédent).
- Champ : emploi salarié total.
- Sources : Insee, estimations d'emploi ; estimations trimestrielles Urssaf, Dares, Insee.
tableauFigure 2 – Évolution de l’emploi salarié dans l’intérim
Trimestre | Morbihan | Bretagne | France hors Mayotte |
---|---|---|---|
T4-19 | 100,0 | 100,0 | 100,0 |
T1-20 | 64,6 | 66,3 | 61,6 |
T2-20 | 85,1 | 79,9 | 74,9 |
T3-20 | 101,7 | 95,1 | 91,0 |
T4-20 | 100,0 | 94,2 | 94,4 |
T1-21 | 103,6 | 97,6 | 96,9 |
T2-21 | 106,5 | 99,2 | 99,7 |
T3-21 | 110,2 | 100,2 | 100,6 |
T4-21 | 113,6 | 105,5 | 105,9 |
T1-22 | 111,1 | 104,0 | 104,4 |
T2-22 | 112,2 | 102,6 | 102,1 |
T3-22 | 115,4 | 104,7 | 103,5 |
T4-22 | 119,4 | 106,4 | 104,7 |
- Notes : données provisoires pour le dernier trimestre et révisées pour les trimestres précédents ; données CVS, en fin de trimestre.
- Champ : emploi salarié total.
- Sources : Insee, estimations d'emploi ; estimations trimestrielles Urssaf, Dares, Insee.
graphiqueFigure 2 – Évolution de l’emploi salarié dans l’intérim

- Notes : données provisoires pour le dernier trimestre et révisées pour les trimestres précédents ; données CVS, en fin de trimestre.
- Champ : emploi salarié total.
- Sources : Insee, estimations d'emploi ; estimations trimestrielles Urssaf, Dares, Insee.
Hors intérim, entre fin décembre 2019 et fin juin 2020, le secteur du tertiaire marchand se replie plus fortement dans le Morbihan (-1,8 %) qu’en Bretagne (-1,5 %). L’hébergement-restauration, qui a pâti du premier confinement, contribue le plus à cette baisse et perd 12,1 % de ses emplois au premier semestre 2020 (figure 3). L’emploi dans l’industrie diminue également plus dans le département (-0,8 %) que dans la région (-0,3 %). Les IAA sont fortement implantées dans le département (7,4 % des emplois salariés morbihannais fin 2019 contre 5,6 % ailleurs en Bretagne), et ont été moins épargnées par la crise qu’ailleurs en Bretagne, avec 300 emplois salariés de moins en 6 mois. Néanmoins, l’emploi dans les deux principaux établissements employeurs du département, Cité Marine à Kervignac et Mix Buffet à Guer, a résisté.
tableauFigure 3 – Évolution de l’emploi salarié dans l’hébergement et la restauration
Trimestre | Morbihan | Bretagne | France hors Mayotte |
---|---|---|---|
T4-19 | 100,0 | 100,0 | 100,0 |
T1-20 | 92,9 | 92,8 | 94,4 |
T2-20 | 87,9 | 88,0 | 89,1 |
T3-20 | 96,6 | 95,6 | 95,6 |
T4-20 | 90,3 | 89,0 | 88,9 |
T1-21 | 88,1 | 88,0 | 88,2 |
T2-21 | 98,5 | 98,1 | 97,5 |
T3-21 | 102,7 | 100,0 | 100,4 |
T4-21 | 104,8 | 103,6 | 102,5 |
T1-22 | 105,1 | 105,3 | 103,3 |
T2-22 | 105,0 | 106,6 | 106,3 |
T3-22 | 107,6 | 107,2 | 106,5 |
T4-22 | 108,1 | 108,1 | 107,3 |
- Notes : données provisoires pour le dernier trimestre et révisées pour les trimestres précédents ; données CVS, en fin de trimestre.
- Champ : emploi salarié total.
- Sources : Insee, estimations d'emploi ; estimations trimestrielles Urssaf, Dares, Insee.
graphiqueFigure 3 – Évolution de l’emploi salarié dans l’hébergement et la restauration

- Notes : données provisoires pour le dernier trimestre et révisées pour les trimestres précédents ; données CVS, en fin de trimestre.
- Champ : emploi salarié total.
- Sources : Insee, estimations d'emploi ; estimations trimestrielles Urssaf, Dares, Insee.
Au final, entre fin décembre 2019 et fin juin 2020, l’emploi baisse de 1,3 % dans le Morbihan, dans la même proportion qu’en Bretagne (-1,9 % en France). Le nombre de demandeurs d’emplois sans activité du département (catégorie A) suit également la tendance régionale et augmente de 32 % sur la période. Comme ailleurs, les offres d’emploi chutent (-54,3 % fin juin 2020 par rapport à fin décembre 2019 contre -55,2 % en Bretagne).
L’activité dépasse son niveau d’avant-crise à l’été 2020
Suite au déconfinement progressif en mai 2020, l’activité rebondit nettement plus dans le Morbihan qu’en Bretagne. Le nombre d’heures rémunérées augmente de 23,3 % durant le 3e trimestre, contre +21,5 % dans la région. Il dépasse ainsi son niveau d’avant-crise dès septembre 2020 alors qu’il y reste inférieur en Bretagne. L’emploi morbihannais gagne 5 100 salariés durant l’été 2020 (+2,0 %). Cette hausse est portée par le secteur intérimaire où 1 500 postes supplémentaires sont comptabilisés en trois mois. Parmi eux, la moitié proviennent des IAA et de la construction, secteurs où la perte d’emplois intérimaires a été la plus forte en début d’année.
Le second confinement, du 30 octobre au 15 décembre 2020, provoque au dernier trimestre un ralentissement de l’activité plus important dans le Morbihan (-5,6 %) que dans la région (-3,5 %). Le nombre d’emplois ralentit au 4e trimestre (+0,1 %), freiné par le secteur de l’hébergement-restauration qui perd 700 emplois (-6,5 %).
Au total, le Morbihan est le département breton où l’emploi progresse le plus au second semestre 2020 : +2,1 % alors que ce taux est situé entre +1,5 % et +1,8 % dans les autres départements. En parallèle, le nombre total de demandeurs d’emplois y baisse davantage sur la période, conséquence d’une chute plus importante des inscrits sans activité (-4,2 % contre -3,3 % en Bretagne). Fin 2020, le taux de chômage du département s’établit à un niveau identique à celui de la région (6,7 %).
En 2021, l’emploi est plus dynamique dans le Morbihan qu’en Bretagne
Malgré la poursuite des restrictions liées à l’épidémie de Covid-19 et à l’intensification des difficultés d’approvisionnement, l’emploi salarié progresse de 3,9 % en 2021 dans le Morbihan, soit 0,2 point de plus que l’évolution régionale. Les emplois du tertiaire marchand hors intérim contribuent le plus à cette hausse. Leur nombre augmente de 6,4 % en un an dans le département (+5,8 % dans la région). Le commerce qui gagne près de 2 000 emplois est particulièrement dynamique, comme l’hébergement-restauration qui retrouve son niveau d’avant-crise dès juin 2021. En un an, l’intérim continue d’augmenter de façon constante (+13,7 %) et la construction progresse également (+4,8 %).
Les conditions de recours à l’activité partielle évoluent progressivement durant l’année 2021 mais ce dispositif reste toujours moins demandé dans le Morbihan qu’en Bretagne ou qu’en France. Après avoir atteint 16 % au 1er semestre 2021, le taux de recours à l’activité partielle s’établit à 2 % au second semestre. Le nombre de demandeurs d’emploi sans activité continue de baisser (-15 %) et le taux de chômage baisse de manière continue durant l’année pour s’établir à 6,0 % fin 2021.
En 2022, le marché du travail reste orienté favorablement
Même si la hausse est plus modérée qu’en 2021, le Morbihan est, avec l’Ille-et-Vilaine, le département breton où l’emploi salarié progresse le plus en 2022 (+1,9 %). L’action médico-sociale et sociale (hébergement pour personnes âgées ou handicapées, aide à la personne,…) et les services aux entreprises participent au dynamisme dans le département, avec respectivement 700 et 800 emplois supplémentaires durant l’année. L’industrie gagne plus de salariés en 2022 dans le Morbihan qu’en Bretagne (+2,3 % contre +0,9 %). La fabrication de matériel de transport contribue le plus à cette augmentation de l’emploi dans l’industrie, portée par le plus gros employeur du secteur dans le département, Naval Group implanté à Lorient. Le niveau d’avant-crise est largement dépassé dans ce sous-secteur (+21,1 % contre +1,5 % en Bretagne). L’intérim poursuit sa progression notable en 2022 dans le Morbihan (+5,1 %), portant la hausse des emplois intérimaires à 20 % en trois ans. Près de la moitié de ces emplois proviennent des IAA. La part de l’intérim dans l’emploi reste légèrement supérieure au niveau régional : 3,8 % contre 3,6 %.
Durant l’année 2022, le nombre d’offres d’emplois continue d’augmenter dans le Morbihan (+7,5 %) alors qu’il se stabilise dans la région. Signe du dynamisme du marché du travail, le nombre de demandeurs d’emplois sans activité diminue plus dans le Morbihan qu’ailleurs : -10 % entre fin 2021 et fin 2022. Aussi, en trois ans, le nombre total de demandeurs d’emplois morbihannais baisse de 10 % (-7 % en Bretagne). Fin 2022, le taux de chômage se stabilise à 5,7 %, un niveau équivalent au niveau régional (5,8 %).
Définitions
L’emploi salarié mobilisé dans cette étude s’appuie sur les Estimations trimestrielles d’emploi, établies en coproduction avec l’Acoss (champ hors intérim) et la Dares (sur l’intérim). Les données sont issues de la Déclaration sociale nominative (DSN), qui a progressivement remplacé le bordereau récapitulatif de cotisations (BRC). Au troisième trimestre 2022, une bascule vers la source DSN a été opérée pour la fonction publique de l’État.
Les demandeurs d’emploi sont les personnes inscrites sur les listes de Pôle emploi. Cette étude porte sur les demandeurs d’emploi tenus de faire des recherches actives d’emploi, sans emploi au cours du mois (catégorie A) ou ayant exercé une activité réduite (catégories B et C).
Le dispositif d’activité partielle permet aux établissements confrontés à des difficultés temporaires de diminuer ou suspendre leur activité en assurant aux salariés une indemnisation de leur perte de salaire partiellement prise en charge par l’État. Dans cette étude, la demande d’indemnisation trimestrielle est calculée à partir des moyennes trimestrielles du nombre mensuel de salariés placés en activité partielle au moins une heure dans le mois.
Pour en savoir plus
Lardoux J.-M., Palaric A. (Insee), « 4ᵉ trimestre 2022 : l’emploi augmente et le nombre de demandeurs d’emploi se stabilise », Insee Conjoncture Bretagne no 43, avril 2023.
Le Strat F., Mariette V., Palaric A. (Insee), Chirazi S., Moro S. (Dreets), « Les répercussions de la crise sur le marché du travail varient selon l’orientation économique des territoires », Insee Analyses Bretagne no 106, décembre 2021.
Insee, « Le marché du travail à l’épreuve de la crise sanitaire en 2020 », in Emploi, chômage, revenus du travail, coll. « Insee Références », édition 2021.