Ciel voilé en EuropeNote de conjoncture - juin 2018

Julien Pouget - Frédéric Tallet - Xavier Guillet - Camille Parent

Après une année 2017 de forte croissance, l’activité économique a ralenti début 2018. Ce ralentissement, qui n’est pas spécifique à la France, s’explique sans doute par la conjonction de facteurs ponctuels et de déterminants plus globaux : remontée des prix du pétrole, appréciation de l’euro, craintes de tensions protectionnistes, capacités de production très sollicitées dans certains pays, etc.

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Ralentissement de la productivité du travail et prévision de l’emploi en France

Mikael Beatriz, Département de la conjoncture, Anis Marrakchi, Sophie De Waroquier, de Puel Parlan, Département de l’emploi et des revenus d’activité

Du début des années 1990 à la crise de 2008-2009, la productivité du travail en France a progressé de manière régulière, à un rythme d’environ 1,3 % par an. Elle a ensuite connu une chute inédite lors de la crise, perdant 2,6 points par rapport à sa tendance passée. À partir de 2010, la productivité a recommencé à croître, à un rythme cependant inférieur à celui d’avant-crise.

La productivité du travail est liée à de multiples facteurs. Traditionnellement, l’analyse économique met en avant le rôle du capital, complémentaire au facteur travail dans le processus de production, ainsi que celui d’une « productivité globale des facteurs » (PGF), qui décrit la manière dont capital et travail contribuent à la production.

De nombreuses explications ont été avancées dans la littérature théorique pour essayer d’expliquer le ralentissement de la productivité du travail constaté récemment : chute de l’investissement et donc de la quantité de capital due à la crise, moins bonne allocation des facteurs de production (capital et travail) entre les branches d’activités ou entre les entreprises, évolution de la qualité du travail, etc.

Une décomposition comptable des gains de productivité du travail, distinguant les contributions inter-branches et intra-branches liées au capital et à l’emploi, permet d’identifier les facteurs déterminants du ralentissement de la productivité après la crise.

La croissance moyenne de la productivité du travail est passée de 1,3 % par an pendant la période 1990-2007 à 0,9 % durant la période 2010-2016. Une allocation moins efficiente du capital entre branches après la crise serait responsable de 0,2 point de ralentissement de la productivité du travail. La contribution d’une moindre intensité capitalistique au ralentissement serait plus modérée, de l’ordre de 0,1 point. L’allocation du travail, en revanche, apparaît ne jouer aucun rôle. Enfin, la productivité globale des facteurs contribuerait pour 0,2 point au ralentissement, soit une partie importante de la baisse de rythme.

En vue de prévoir l’emploi salarié à court terme, la modélisation utilisée jusqu’à présent reposait sur une tendance linéaire de la productivité, remise en cause par les développements post-crise. Une nouvelle modélisation est construite sur la base de la décomposition comptable précédente. Elle vise à expliquer le ralentissement de la productivité du travail à long terme par la destruction de capital durant et après la crise, ainsi que la moins bonne réallocation des facteurs de production. La prévision de l’emploi à court terme permise par ce nouveau modèle apparait plus précise qu’elle ne l’était avec les outils utilisés jusqu’à présent.

Ce nouvel outil sera désormais utilisé dans le cadre de la prévision d’emploi dans la Note de conjoncture. D’après le modèle, l’emploi salarié des branches marchandes non agricoles croîtrait sur un rythme moindre en 2018 qu’en 2017 (+ 163 000 emplois sur un an fin 2018 contre + 333 000 en 2017). Le ralentissement serait, essentiellement dû, hors politiques de l’emploi, à celui de la valeur ajoutée.

Note de conjoncture
Paru le : 19/06/2018