175 000 seniors dépendants dans le Grand Est en 2030 : un enjeu d’emploi pour les territoires

Pierre-Yves Berrard, Alexandre Tillatte, Insee

Dans le Grand Est, 1 328 000 personnes ont plus de 60 ans en 2013, soit près d’un quart de la population. Le nombre de seniors continue de croître et s’accompagne d’une augmentation progressive de la dépendance, avec l’arrivée à des âges avancés de la génération du baby-boom. En 2030, plus de 1 700 000 seniors résideraient dans la région. Parmi eux, 175 000 pourraient être dépendants. Dans les établissements pouvant accueillir des personnes âgées dépendantes, plus de 50 000 emplois pourraient être nécessaires dès 2020, la majorité dans les EHPAD. Par ailleurs, pour répondre aux besoins des personnes âgées dépendantes qui vivent dans leur logement, le nombre d’emplois à domicile nécessaires pourrait atteindre 45 400 en 2020. Le maintien à domicile, enjeu fort pour les territoires, est toutefois rendu difficile par l’isolement des personnes âgées, notamment des femmes, et par des revenus souvent faibles.

En 2013, dans le Grand Est, 1 328 000 personnes ont plus de 60 ans, soit 23,9 % de la population. La proportion de personnes âgées est similaire dans la région et en France métropolitaine. En 2030, plus de 1 700 000 seniors résideraient dans la région. Parmi eux, 175 000 pourraient être dépendants.

La proportion de seniors dans la population est plus importante dans les territoires les moins urbanisés, notamment le sud meusien, la Haute-Marne, au pied du Donon et en Argonne. Dans les départements alsaciens, en Meurthe-et-Moselle et en Moselle, plus urbanisés, cette proportion est plus faible (figure 1).

Figure 1 – Une plus forte proportion de seniors dans les territoires peu urbanisés

  • Source : Insee, recensement de la population 2013.

Le vieillissement de la population est un réel enjeu en matière d’emploi, tant dans le Grand Est que dans l’ensemble de la métropole. Des politiques publiques sont mises en œuvre dans les territoires, pour prendre en compte la perte d’autonomie des personnes âgées et leur assurer un soutien financier. Le choix du maintien à domicile est également pris en compte, par une adaptation des métiers du secteur sanitaire et social, mais aussi par une adaptation des logements des personnes âgées. Le secteur privé développe également des équipements adaptés aux situations de maintien à domicile des personnes âgées dépendantes (aides techniques ou domotiques).

Anticiper l’évolution du nombre de personnes âgées sur un territoire est une nécessité pour les institutions qui interviennent sur le champ de la vieillesse et de la dépendance (agences régionales de santé, Conseils départementaux et régionaux, etc.). Les besoins futurs en matière de santé et le nombre de personnes à former dans les métiers du sanitaire et social peuvent ainsi être appréhendés : un an de formation pour une aide-soignante et trois ans pour une infirmière générale avant qu’elles ne soient opérationnelles. La connaissance de ces besoins permet d’ajuster le nombre de personnels médicaux et paramédicaux à former ainsi que le contenu des formations, en ciblant les savoirs gérontologiques et gériatriques utiles.

Augmentation sensible du nombre de seniors

Entre 2008 et 2013, le nombre de seniors a augmenté de 12,8 % dans la région, une progression proche de celle de la métropole (+ 12,5 %). Dans le Grand Est, l’espérance de vie des femmes à la naissance atteint 84,0 ans, celle des hommes 78,3 ans, en progression depuis 2008. À 60 ans, une femme peut espérer vivre 26,4 années de plus, un homme 22,1 années.

Les personnes âgées sont proportionnellement plus nombreuses en Haute-Marne (28,8 % de la population) et dans les Vosges (27,6 %), loin devant le Bas-Rhin (22,1 %). Dans ce département, la proportion de jeunes est relativement forte, conséquence de la présence de nombreux étudiants. Les personnes âgées vivent un peu moins souvent dans les grandes aires urbaines de la région, où résident 81 % des habitants du Grand Est de moins de 60 ans, mais seulement 78 % des seniors.

Près d’un tiers de seniors supplémentaires d’ici 2030

En 2030, plus de 1 724 000 personnes seraient âgées de plus de 60 ans dans le Grand Est, soit 30 % de plus qu’en 2013 (figure 2). Le nombre de personnes de 80 ans ou plus augmenterait fortement (+ 36 %), et plus particulièrement dans les départements du Bas-Rhin (+ 44 %), du Haut-Rhin (+ 42 %), et de la Marne (+ 41 %). L’augmentation du nombre de seniors s’accompagnera naturellement d’une augmentation du nombre de personnes en situation de dépendance, et ce malgré la baisse du risque individuel de dépendance. En effet, les personnes les plus âgées, les octogénaires, sont les plus susceptibles d’être dépendantes et vont être de plus en plus nombreuses, notamment à partir de 2025, soit 80 ans après le début du baby-boom.

Figure_2 – Nette augmentation de la population des seniors à l’horizon 2030Répartition de la population dans le Grand Est en 2013 et 2030 selon le sexe et l'âge

Nette augmentation de la population des seniors à l’horizon 2030
Age Hommes 2013 Femmes 2013 Hommes 2030 Femmes 2030
0 32 009 30 367 31 112 29 681
1 31 755 30 756 30 874 29 485
2 33 210 31 386 31 046 29 658
3 33 628 31 756 31 182 29 780
4 33 301 32 359 31 239 29 817
5 33 760 32 637 31 327 29 867
6 33 567 32 009 31 400 29 915
7 33 934 31 849 31 574 30 016
8 33 839 32 616 31 840 30 395
9 33 803 31 826 32 087 30 559
10 33 850 32 676 32 374 30 648
11 34 273 32 654 32 529 31 030
12 34 635 32 665 32 869 31 264
13 34 005 32 413 32 958 31 258
14 34 357 32 588 33 184 31 425
15 34 250 31 909 33 558 31 677
16 34 283 32 109 33 615 32 099
17 33 780 31 834 34 073 32 420
18 34 811 32 809 34 191 32 290
19 35 199 32 998 34 502 32 627
20 35 193 33 154 34 743 33 202
21 34 790 33 340 35 023 33 555
22 35 329 33 602 34 859 33 221
23 34 782 33 366 33 446 32 418
24 34 583 33 456 32 973 31 824
25 34 130 33 048 32 951 31 414
26 33 900 33 108 32 268 31 027
27 33 558 33 081 33 293 31 721
28 33 493 34 295 33 453 32 502
29 33 850 34 166 34 829 33 417
30 33 922 34 818 34 301 32 328
31 34 644 34 697 33 126 31 612
32 34 178 34 480 33 587 31 668
33 34 089 33 790 34 217 32 097
34 33 023 33 174 33 678 31 616
35 32 968 33 084 33 174 31 727
36 33 079 33 302 32 863 31 222
37 33 930 33 592 35 020 32 824
38 35 299 35 313 35 803 33 890
39 36 957 36 842 36 187 33 807
40 37 622 37 921 36 820 35 152
41 38 229 38 270 36 178 34 508
42 38 283 38 171 36 590 34 860
43 38 375 38 260 37 031 35 643
44 38 478 38 629 36 377 34 042
45 38 907 38 532 35 498 34 218
46 39 183 38 888 34 075 33 294
47 38 507 39 303 35 858 35 291
48 39 384 40 052 35 947 35 544
49 39 302 39 833 35 983 34 776
50 39 415 40 251 33 398 32 856
51 38 782 39 490 32 116 31 448
52 38 480 39 253 32 423 32 088
53 37 705 39 186 31 454 31 564
54 37 699 39 575 32 425 31 697
55 37 109 39 244 33 740 34 186
56 37 582 38 735 35 598 35 606
57 36 940 38 569 36 650 37 249
58 36 601 38 498 36 165 37 509
59 36 291 38 163 35 275 36 161
60 36 263 37 254 34 671 35 936
61 35 255 37 145 34 693 35 492
62 35 494 37 010 34 180 35 576
63 34 638 35 763 34 825 37 119
64 33 970 35 162 34 347 35 954
65 30 784 32 277 34 371 37 475
66 28 109 29 365 34 264 36 832
67 25 539 26 992 32 828 35 831
68 22 801 24 899 32 501 35 904
69 20 194 22 208 32 030 35 838
70 19 741 22 329 31 444 36 033
71 19 553 22 259 30 171 35 043
72 19 077 22 848 29 668 34 991
73 18 905 22 655 28 968 34 380
74 18 585 22 809 28 026 33 699
75 18 116 23 127 27 635 33 619
76 17 486 23 246 26 486 32 406
77 16 501 22 664 26 014 32 544
78 15 797 22 145 24 285 30 412
79 14 731 22 163 23 986 30 890
80 14 288 21 577 22 741 29 633
81 13 186 20 667 21 541 28 243
82 12 186 20 272 19 563 26 470
83 10 806 18 972 16 827 23 755
84 9 489 17 761 11 640 17 139
85 8 316 16 308 10 602 16 396
86 6 961 14 985 9 359 14 915
87 5 933 13 372 8 085 13 334
88 4 917 12 103 6 632 11 610
89 4 093 10 658 6 117 11 391
90 3 368 9 209 5 522 11 149
91 2 538 7 358 4 565 9 740
92 1 811 5 330 3 645 8 435
93 1 145 3 686 3 006 7 358
94 758 2 598 2 235 6 094
95 452 1 648 1 760 5 084
96 304 1 296 1 284 3 961
97 230 1 125 947 3 206
98 151 907 634 2 343
99 101 670 344 1 698
100 83 478 283 1 212
101 49 307 167 778
102 25 190 85 482
103 20 108 68 274
104 12 46 41 117
105 21 88 72 223
  • Source : Insee, recensement de la population 2013 et projections à 2030 modèle Omphale.

Figure_2 – Nette augmentation de la population des seniors à l’horizon 2030Répartition de la population dans le Grand Est en 2013 et 2030 selon le sexe et l'âge

175 000 personnes âgées dépendantes en 2030

En 2030, selon le scénario de dépendance choisi dans le cadre de l’étude (méthodologie), près de 175 000 personnes âgées pourraient être dépendantes, soit près de 35 % de plus qu’en 2013. Cela correspondrait à une augmentation de 45 000 personnes.

La dépendance des personnes âgées va s’accroître rapidement dans les départements du Bas-Rhin (+ 42 %) et du Haut-Rhin (+ 41 %). Ces départements ont en 2013 proportionnellement moins de personnes âgées dépendantes. L’effet démographique relativement fort explique cette augmentation rapide. Le nombre de personnes âgées dépendantes devrait s’accroître moins fortement qu’en moyenne régionale en Haute-Marne (+ 23 %), dans la Meuse et en Meurthe-et-Moselle (+ 27 %).

Cette forte augmentation de la dépendance porte un enjeu majeur, celui de la prise en charge des personnes concernées. Une dépendance lourde (classement en GIR 1 et 2) induit le plus souvent une prise en charge en établissement. Le Grand Est pourrait compter 61 900 personnes lourdement dépendantes en 2030, soit 26 % de plus qu’en 2013. La dépendance légère devrait augmenter plus fortement (+ 40 %), pour atteindre près de 112 600 personnes en 2030.

Le nombre de personnes lourdement dépendantes augmenterait très fortement dans le Haut-Rhin et le Bas-Rhin (+ 33 %) ainsi qu’en Moselle (+ 29 %). Dans les départements plus ruraux et ayant déjà une population plus âgée, l’augmentation de la dépendance lourde serait plus modérée. En Haute-Marne notamment, moins de 300 personnes supplémentaires pourraient être en situation de dépendance lourde sur la période, soit une augmentation de 13 %.

Des besoins supplémentaires en personnel qualifié à l’horizon 2020

En 2011, d’après les données de l’enquête nationale auprès des établissements d’hébergement pour personnes âgées, près de 61 600 personnes âgées étaient prises en charge dans des établissements pouvant accueillir des personnes âgées dépendantes. Près de neuf résidents sur dix vivaient dans des établissements d’hébergement pour personnes âgées dépendantes (EHPAD), avec une assistance permanente du personnel. Ces établissements hébergent majoritairement des personnes âgées dépendantes et lourdement dépendantes (GIR 1 à 4).

Si la tendance récente d’évolution du nombre de résidents en institution se poursuivait, l’offre d’hébergement dans le Grand Est devrait atteindre 90 000 places en 2020, dans les maisons de retraite EHPAD (56 700 places) et dans les unités de soins de longue durée médicalisées (9 950 places).

En 2011, dans le Grand Est, les établissements pour personnes âgées comptaient près de 34 800 emplois, dont 33 400 dans les EHPAD et 1 300 dans les autres établissements d’hébergement. À taux d’encadrement constant, les besoins en personnel devraient croître de près de 35 % entre 2011 et 2020, soit 12 000 emplois (en équivalent temps plein) supplémentaires. Au total, près de 50 000 emplois seraient nécessaires pour le fonctionnement des établissements (figure 3). Plus de 15 000 aides-soignants, soit 40 % de plus qu’en 2011, près de 8 000 personnels des services généraux (agents de buanderie, de cuisine, etc.) et 5 000 infirmiers devraient ainsi être en service auprès des personnes âgées dans les établissements en 2020. Dans les établissements pour personnes âgées, les aides-soignants constitueraient plus de 30 % du personnel, les agents hospitaliers près de 25 % et le personnel des services généraux 17 %. Les infirmiers représenteraient 11 % du personnel (+ 1 point par rapport à 2011).

L’augmentation du nombre de professionnels dans les établissements accueillant des personnes âgées devrait être particulièrement soutenue dans le Haut-Rhin (+ 58 %), avec 7 800 personnels nécessaires en 2020. Les besoins en aides-soignants et infirmiers y seraient importants (respectivement 2 600 et 900). En Meurthe-et-Moselle, le nombre de professionnels devrait également s’accroître fortement, pour un besoin total de 5 600 professionnels à l’horizon 2020, notamment des aides-soignants et des personnels hospitaliers. L’augmentation serait plus modérée en Haute-Marne et dans l’Aube, où respectivement 1 400 et 2 500 professionnels seraient nécessaires pour répondre aux besoins.

Figure 3 – Plus de 15 000 aides-soignants nécessaires dans les établissements en 2020Répartition et évolution des emplois par type d'emploi dans les établissements accueillant des personnes âgées

Plus de 15 000 aides-soignants nécessaires dans les établissements en 2020
Effectifs en 2011 Effectifs nécessaires en 2020
Personnels de direction et d'encadrement 1 232 1 692
Personnels des services généraux 5 757 7 819
Infirmiers 3 300 4 937
Aides-soignants 10 798 15 131
Agents de service hospitalier ou de service 9 110 11 535
Autres personnels 4 574 5 764
  • Source : Insee, projections d'emplois - scénario démographique central, scénario de dépendance pessimiste.

Figure 3 – Plus de 15 000 aides-soignants nécessaires dans les établissements en 2020Répartition et évolution des emplois par type d'emploi dans les établissements accueillant des personnes âgées

Maintien à domicile : plus de 45 000 emplois en 2020

Les personnes âgées dépendantes qui ne sont pas prises en charge en institution peuvent bénéficier d’aide à domicile. Le nombre d’emplois à domicile à destination de ces personnes devrait atteindre 45 400 en 2020, si les taux de recours actuels aux professionnels et le temps moyen passé par ceux-ci aux domiciles des personnes âgées dépendantes restent constants (figure 4). Plus précisément, plus de 27 000 aides ménagères seraient nécessaires. Elles représenteraient au total 60 % de l’emploi à domicile lié à la dépendance. Plus de 10 000 postes d’infirmiers et 3 200 postes d’aides-soignants seraient requis pour accompagner l’augmentation du nombre de personnes âgées dépendantes maintenues à domicile.

Figure 4 – Un besoin de plus de 27 000 aides ménagères dans la région en 2020Répartition des emplois liés au maintien à domicile par type d'emploi

Un besoin de plus de 27 000 aides ménagères dans la région en 2020
2011 2020
Infirmiers, services de soins infirmiers 7 587 10 303
Aides-soignants 2 341 3 179
Autres professionnels paramédicaux 1 386 1 862
Aides ménagères, aides à domicile, etc. 19 847 27 256
Autres 2 087 2 762
  • Source : Insee, projections d'emplois - scénario démographique central, scénario de dépendance pessimiste.

Figure 4 – Un besoin de plus de 27 000 aides ménagères dans la région en 2020Répartition des emplois liés au maintien à domicile par type d'emploi

Passé 60 ans, 40 % des femmes vivent seules

La loi d’adaptation de la société au vieillissement, mise en œuvre en 2015, traduit l’enjeu que représente pour les territoires le maintien à domicile. Les textes législatifs vont dans le sens d’une amélioration de l’autonomie des personnes âgées et d’un développement du maintien à domicile. Néanmoins, le moindre niveau de vie des personnes âgées ayant de faibles retraites, le manque d’adaptation des logements et l’éloignement des services et des équipements les plus importants sont autant de freins à ce maintien à domicile. Par ailleurs, l’isolement, notamment des femmes, est également une difficulté à prendre en compte. Passé 60 ans, les femmes vivent plus souvent et plus longtemps le veuvage que les hommes. Elles ont une espérance de vie plus longue que les hommes du fait de comportements à risques (tabac, alcool, drogues, etc.) moins fréquents. Par ailleurs, elles consultent plus souvent un professionnel de santé et ont plus généralement recours à la prévention. Dans le Grand Est, 37 % des femmes de plus de 60 ans vivent seules, contre seulement 17 % des hommes du même âge. Moins de 50 % vivent en couple (contre 76 % des hommes), 9 % vivent avec d’autres personnes hors conjoint (4 % des hommes), et plus de 5 % résident en maison de retraite (3 % des hommes).

La solitude est un réel frein à l’autonomie des personnes âgées, notamment lorsqu’elles résident dans des petites communes, éloignées des services et des équipements. De plus, les femmes seules sont plus fortement touchées par la pauvreté.

Dans la région Grand Est, près de 8 % des plus de 60 ans vivent sous le seuil de pauvreté, soit avec un revenu inférieur à 1 010 euros par mois. La pauvreté touche plus fortement les personnes de 60 à 74 ans (8,1 %) que les plus de 75 ans (7,0 %).

Globalement, les personnes âgées sont moins touchées par la pauvreté dans le Grand Est qu’à l’échelle métropolitaine (9,3 % pour les 60-74 ans et 8,9 % pour les 75 ans et plus). Le département des Ardennes fait exception, avec un taux de pauvreté des seniors proche de 11 %.

Pour lutter contre la précarité des personnes âgées, des dispositifs de soutien financier ont été mis en place, comme l’allocation personnalisée d’autonomie (APA). L’APA est destinée aux personnes âgées se trouvant dans l’incapacité d’assumer les conséquences de la perte d’autonomie, qu’elles vivent à domicile ou en établissement. Le bénéfice de cette allocation dépend du niveau de dépendance, elle concerne les personnes classées dans les groupes 1 à 4 de la grille AGGIR. En 2013, dans le Grand Est, 104 700 personnes bénéficient de l’APA. Parmi elles, 56 % vivent dans leur logement, les autres dans un établissement. En cinq ans, le nombre de bénéficiaires de l’APA a augmenté de 12 % dans la région, avec une progression plus marquée dans les établissements (+ 20 %) qu’à domicile (+ 7 %). Le département des Ardennes est un des départements où la proportion de personnes âgées de plus de 75 ans bénéficiaires de l’APA est la plus importante (28,1 %). À titre de comparaison, près de 21 % des personnes âgées bénéficient de l’APA en France métropolitaine.

D’autres aides existent, comme l’allocation de solidarité aux personnes âgées (Aspa, ex-minimum vieillesse), dont bénéficient 31 000 personnes dans la région, soit 2,3 % des plus de 60 ans, proportion relativement faible par rapport à la France métropolitaine (3,1 %). L’aide sociale à l'hébergement (ASH) concerne 8 000 personnes. Elle permet de prendre en charge tout ou partie des frais liés à l'hébergement d'une personne âgée chez un accueillant familial ou en établissement. Près de 13 % des personnes âgées hébergées en bénéficient.

Encadrés

Sans places d’hébergement supplémentaires, l’emploi à domicile devrait augmenter fortement

Les dernières politiques publiques en matière de vieillissement et de dépendance vont dans le sens d’un encouragement du maintien à domicile des personnes âgées.

Si on maintenait de manière théorique le nombre de places en hébergement existantes en 2011 et le taux d’encadrement dans ces structures, le nombre d’emplois à domicile nécessaires augmenterait fortement du fait d’une hausse du nombre de personnes âgées dépendantes vivant dans leur logement. Au total, 56 000 emplois à domicile seraient nécessaires dans le Grand Est en 2020 pour répondre aux besoins de ce surplus de personnes âgées maintenues à domicile. Dans le détail, 33 000 aides ménagères seraient requises, le poste qui augmenterait le plus d’ici à 2020. Près de 13 000 infirmiers et 4 000 aides-soignants seraient nécessaires.

Quelle que soit la répartition institution/domicile, qui varie selon le scénario choisi, l’emploi total serait sensiblement égal. En 2020, plus de 90 000 emplois en équivalent temps plein devraient être nécessaires pour répondre aux besoins des personnes âgées dépendantes. Dans le détail, entre 15 000 et 16 000 infirmiers seraient nécessaires, et entre 15 000 et 18 000 aides-soignants.

Les politiques publiques en faveur des personnes âgées

Trois enjeux majeurs découlent de l’adaptation de la société au vieillissement : l’accompagnement social des personnes âgées, l’adaptation et l’amélioration des logements et un accès aux équipements à favoriser. Pour cela, des mesures ont été mises en place depuis le début des années 2000, avec la création de l’allocation personnalisée d’autonomie (APA), puis le plan "vieillissement et solidarité" en 2003, qui crée et permet le financement de la 5e branche (risque de la dépendance) de la Sécurité sociale et qui facilite le maintien à domicile des personnes dépendantes, avec une augmentation du nombre d’infirmiers et d’aides-soignants. Le plan "solidarité grand âge" en 2006 débouche sur une augmentation des créations de places en établissement (130 000 lits créés en maison de retraite), à une hausse des effectifs de personnels et à une augmentation des services de soins infirmiers à domicile (SSIAD). Plus récemment, en 2015, la loi sur l'adaptation de la société au vieillissement a réformé l’APA et s’est donné pour objectif l’adaptation de 80 000 logements au niveau national entre 2013 et 2017. Ces adaptations sont financées par la contribution additionnelle de solidarité pour l'autonomie (CASA). Enfin, dans l’objectif de faciliter l’accès aux équipements, un volet "prise en compte du vieillissement" est introduit dans le programme local de l’habitat (PLH) et le programme local d’urbanisme (PLU).

Classement dans la grille AGGIR :

  • Les GIR 1 et 2 comprennent les personnes les plus dépendantes, majoritairement confinées au lit ou en fauteuil qui nécessitent une surveillance permanente.
  • Les GIR 3 et 4 regroupent les personnes ayant conservé des fonctions mentales et locomotrices, qui ont besoin d’aides pour les activités corporelles (hygiène et/ou transferts).
  • Les GIR 5 et 6 regroupent des personnes assurant seules leurs transferts et déplacements à l’intérieur du logement, qui ont besoin ou non d’aides ponctuelles.

Encadré partenariat

Cette étude s’inscrit dans le cadre d’un partenariat entre la direction régionale de l’Insee Grand Est et le GIP Lorraine Parcours Métiers. Elle a bénéficié de la contribution des services statistiques de l’Agence régionale de santé Grand Est pour les scénarios de projections et les taux d’encadrement.

Pour comprendre

Pour estimer un nombre futur de personnes âgées dépendantes, on applique aux projections de population des taux de dépendance par sexe et âge. Le scénario prend en compte l’incertitude sur l’évolution potentielle de certaines pathologies et de leurs conséquences. Le risque de dépendance légère par âge y demeure à son niveau actuel. La durée de vie en dépendance lourde reste quant à elle inchangée.

Quant aux projections d’emplois liés à la dépendance, deux scénarios sont développés dans l’étude. Le premier dans lequel est fixé le taux d’encadrement dans les établissements d’accueil des personnes âgées (taux observé en 2011), et où le nombre de résidents poursuit l’augmentation observée par le modèle sur les années précédentes. Le deuxième scénario fixe le nombre de résidents dans les établissements au nombre observé en 2011. Il illustre ainsi le volume d’emplois nécessaires si plus aucune place d’hébergement supplémentaire n’est créée dans les institutions. Ce scénario a une valeur purement théorique. Cependant, les projections sont soumises à plusieurs aléas, dont l’évolution des cadres réglementaires et législatifs. Le récent encouragement des politiques publiques en faveur du maintien à domicile n’était pas pris en compte lors de la construction du modèle par exemple.

Les projections réalisées dans cette étude reposent sur une dépendance déclarée (enquête handicap-santé), qui n’est pas avalisée par le corps médical. Le nombre de personnes dépendantes mesuré par cette méthode est donc potentiellement plus important que le nombre de bénéficiaires de l’allocation personnalisée d’autonomie (APA). Cet écart peut également s’expliquer par le non-recours à l’APA (ignorance du dispositif, ressources suffisamment élevées, etc.).

Sources

Le recensement de la population a pour objectif le dénombrement des logements et de la population résidant en France et la connaissance de leurs principales caractéristiques : sexe, âge, activité, professions exercées, caractéristiques des ménages, taille et type de logement, modes de transport, déplacements quotidiens.

Omphale (outil méthodologique de projection d'habitants, d'actifs, de logements et d'élèves) est une application qui comprend un modèle théorique de projection de la population, des bases de données démographiques, des techniques d'analyse démographique et des outils de construction de scénarios pour le futur.

Pour en savoir plus

Ramaye C., « Portrait des seniors du Grand Est : une population moins touchée par la pauvreté », Insee Analyses Grand Est n° 31, décembre 2016

Berrard P.Y., Tillatte A., « Vieillissement et dépendance : de grands enjeux pour le département de la Moselle », Insee Analyses Grand Est n° 30, décembre 2016

Doucet A., Emorine M., Ramaye C., « La géographie de l’APA ne coïncide pas avec celle de la pauvreté », Insee Flash Grand Est n° 4, décembre 2016

Minne M-D., Leroux I., « Les bénéficiaires de l'allocation personnalisée d'autonomie dans les départements », Insee Focus n° 71, décembre 2016