Un portrait de la SommeUn lien entre les zones peuplées du nord et du sud de la région

Lionel Garbé, Patrick Le Scouëzec, Insee Hauts-de-France

La Somme est le second département le moins peuplé des Hauts-de-France avec 571 675 habitants. L’économie samarienne est principalement tertiaire mais les activités agricoles et industrielles demeurent importantes. L’économie touristique n’est pas négligeable grâce, notamment, à l’attractivité de la façade maritime du département. La Somme connaît un niveau de chômage relativement élevé sur lequel pèse le faible niveau de formation de la population. Cela rend l’insertion sur le marché du travail plus difficile et la précarité plus fréquente. La pauvreté y est également marquée même si elle est inférieure à la moyenne régionale.

Insee Analyses Hauts-de-France
No 37
Paru le : 22/12/2016

La Somme occupe une place centrale au sein de la région

Le département de la Somme occupe une place centrale au sein de la région des Hauts-de-France, puisqu’il est le seul à avoir une frontière commune avec chacun des autres départements de la région (figure 1). Il s’étend sur 6 172 km², de sa façade maritime, entre la baie d’Authie et Mers-les-Bains jusqu’au plateau fertile du Santerre, situé au cœur de l’actuelle région. Cette superficie en fait le troisième plus grand département de la région derrière l’Aisne et le Pas-de-Calais.

Figure 1 – Un département à faible densitéLes communes de la Somme selon la grille de densité 2015

  • Source : Insee, grille de densité 2015.

La Somme est traversée par quatre autoroutes : d’un côté, l’A1 et l’A28 qui permettent de relier le nord de l’Europe à la région parisienne et à l’ouest de la France, de l’autre, l’A16 et l’A29 qui structurent les déplacements entre l’ouest et l’est du territoire en reliant Abbeville à Amiens, les deux plus grandes communes du département, et Saint-Quentin. Cet axe longe le fleuve Somme qui, s’il a perdu son importance en matière de transport maritime, contribue à l’attrait touristique et environnemental du département avec ses étangs et son embouchure dont la baie est classée réserve naturelle. C’est un lieu ornithologique d’importance qui, en 2011, a obtenu le label grand site de France.

571 675 Samariens au 1er janvier 2013

La Somme est, avec l’Aisne, l’un des deux départements les moins peuplés de la région (figure 2). Avec 571 675 habitants au 1er janvier 2013, il ne regroupe que 9,5 % de la population des Hauts-de-France. Sa densité est de 93 habitants au km², un niveau deux fois plus faible que la moyenne régionale (188 habitants au km²).

Figure 2 – Un des deux départements les moins peuplés de la régionTaux d’évolution annuel moyen de la population 2008-2013

Un des deux départements les moins peuplés de la région
Départements Population 2013 Variation moyenne annuelle 2008 – 2013
Totale Due au solde
Naturel Migratoire apparent
milliers % % %
Aisne 540,1 0,1 0,3 -0,2
Nord 2 595,5 0,2 0,6 -0,4
Oise 815,4 0,4 0,6 -0,2
Pas-de-Calais 1 465,2 0,1 0,4 -0,3
Somme 571,7 0,1 0,3 -0,1
Hauts-de-France 5 987,9 0,2 0,5 -0,3
France métropolitaine 65 564,8 0,5 0,4 0,1
  • Source : Insee, recensements de la population 2008 et 2013

La Somme est un département peu dense. Seule 27,5 % de la population vit dans une commune de plus de 10 000 habitants alors que la moyenne régionale est de 42,5 %. Sa population est toutefois très dépendante des villes en raison d’un important phénomène de périurbanisation. Cette tendance est notamment marquée dans l’arrondissement d’Amiens, qui concentre plus d’un habitant sur deux du département (300 657 personnes), et où la couronne se développe au détriment de l’agglomération.

Depuis 1975, la population de la Somme progresse mais lentement. Entre 2008 et 2013, elle a quasi stagné avec une augmentation d’un peu moins de 3 600 habitants. Alors que l’excédent des naissances sur les décès a permis à la population de croître en moyenne de 0,3 % par an au cours de la période récente, un solde migratoire négatif (– 0,1 % par an) vient en limiter les effets.

La Somme doit notamment faire face à un déficit important chez les moins de 18 ans, dont la part se réduit au sein de la population totale (23,3 %), et se situe près de 2 points au-dessous de la moyenne régionale.

Une population plus âgée

À l’inverse, le poids des 65 ans ou plus est plus important : 17,3 % contre 15,5 % dans les Hauts-de-France (figure 3). L’âge moyen y est de 39,9 ans en 2013 contre 38,6 ans au niveau régional. Ce niveau reste toutefois légèrement inférieur à celui de France métropolitaine (40,3 ans). Ce poids des personnes âgées contribue à faire de la Somme le département où la taille des ménages est la plus faible de la région avec 2,3 personnes, comme pour l’Aisne. Les couples sans enfant y sont surreprésentés : en 2012, 42,7 % des familles sont de ce type, soit 3 points au-dessus du niveau régional.

Figure 3 – Un département plus âgéPyramide des âges de la population de la Somme en 2013

  • Source : Insee, recensement de la population 2013.

En matière de logement, le parc du département se caractérise d’abord par la forte proportion de résidences secondaires (7,7 % en 2013), un taux qui place la Somme en tête de la région devant le Pas-de-Calais (6,1 %). Ces résidences se situent surtout sur le littoral samarien et dans l’arrondissement d’Abbeville. Cependant, cette proportion reste inférieure à la moyenne nationale (8,9 %). D’autre part, le nombre de logements vacants est important, représentant 7,8 % des logements contre 7,1 % au niveau régional, soit le taux le plus élevé derrière l’Aisne (8,6 %). Depuis 1999, cette proportion n’a cessé de croître gagnant 2 points. En outre, le parc de logements est vieillissant puisque un tiers des habitations ont été achevées avant 1946.

Un chômage moins élevé qu’en région mais qui progresse plus rapidement

Au 4e trimestre 2015, 12,1 % de la population active de la Somme est au chômage, contre 12,5 % au niveau régional et 10 % au niveau national. Depuis fin 2007, la progression du chômage a été plus rapide dans le département (+ 3,3 points) qu’au niveau régional (+ 2,9 points). L’ensemble des zones d’emploi ont, fin 2015, des taux de chômage proches de la moyenne départementale, sauf celle du Vimeu (10,8 %) (figure 4).

Figure 4 – Un taux de chômage inférieur au niveau régionalPosition relative de la Somme par rapport à la région des Hauts-de-France

  • Notes : 1- Les indicateurs sont construits comme le ratio entre le département et la moyenne régionale. Un ratio supérieur à   indique que l’indicateur est plus élevé que la moyenne régionale.
  • 2- La part de la population couverte par le RSA socle non majoré rapporte le nombre de personnes couvertes par un allocataire percevant le RSA socle non majoré (l’allocataire, son conjoint et les personnes à charge) à cette même population « potentiellement éligible » issue du recensement. Le Revenu de Solidarité Active (RSA) est un supplément de revenu aux personnes sans ressources ou à faibles revenus d’activité.
  • Source : Insee ; DGFIP ; Cnaf ; Cnam.

Ce niveau de chômage élevé résulte à la fois de la crise économique, qui a particulièrement affecté les fonctions de fabrication industrielle et de production agricole, et du faible niveau de qualification de la population. En effet, en 2013, 52,5 % des actifs ont un niveau de diplôme inférieur au baccalauréat ou au brevet professionnel, soit 3 points au-dessus de la moyenne régionale (49,5 %). C’est le second taux le plus élevé des départements de la région, derrière l’Aisne (57,2 %). Les difficultés scolaires surviennent dès la sixième pour une partie de la population. La part des élèves ayant au moins un an de retard à l’entrée en sixième est de 11,4 %, ce qui la situe dans la moyenne régionale (11,6 %). Ce déficit en matière de formation initiale rend l’insertion dans la vie active des jeunes Samariens délicate. Ainsi, en 2013, 25,8 % des 18–25 ans ne sont ni étudiants ni en emploi, un niveau inférieur de 2,2 points à la moyenne régionale, mais supérieur de 3,7 points à celui de la France métropolitaine. Cette situation engendre aussi davantage de précarité au niveau de l’emploi des jeunes puisque, parmi les 15-24 ans ayant un emploi, ils sont 43 % à posséder un CDI. Ce taux est le plus faible de la région.

Une pauvreté marquée

Le taux de pauvreté de la Somme est de 16,9 % en 2013, soit un niveau supérieur à ceux de l’Oise et de la France métropolitaine, respectivement de 12,9 % et 14,5 %. Toutefois, il est plus faible que la moyenne régionale (18,2 %). Au sein du département, la pauvreté se concentre dans les grands pôles urbains que sont Amiens et Abbeville, mais aussi dans les territoires peu denses de l’est et de l’ouest (Haute-Somme et Vimeu) (figure 5). À l’inverse, les couronnes périurbaines d’Amiens et Abbeville sont plus épargnées par la pauvreté.

Figure 5 – Une pauvreté davantage présente dans l’est et l’ouest du départementCarte communale des taux de pauvreté dans la Somme en 2012

  • Source : Insee-DGFIP-Cnaf-Cnav-CCMSA, Filosofi 2012.

Un Samarien sur dix vit avec moins de 10 211 euros par an. À l’opposé, les 10 % de Samariens les plus riches ont un niveau de vie supérieur à 32 983 euros. Ils se positionnent devant les habitants du Pas-de-Calais et de l’Aisne. La part des prestations sociales dans le revenu disponible des habitants de la Somme est relativement importante (6,4 %), mais inférieure de 0,8 point à la moyenne régionale. Elle se situe très en dessous du trio Pas-de-Calais, Nord, et Aisne (respectivement 8,0 %, 7,7 % et 7,1 %).

En revanche, les revenus d’activités non salariés (7,7 %) sont plus présents. C’est un niveau semblable à celui de l’Aisne (7,7 %). Ces deux départements se classent aux 14e et 15e rangs sur 96 départements, en lien avec le poids local de l’agriculture. Au niveau national, ce taux n’est que de 5,9 %.

Le niveau de vie, c’est-à-dire le revenu disponible en tenant compte de la composition du ménage, est inférieur à 18 879 euros par an pour la moitié des Samariens. Ce niveau est proche de la moyenne régionale (18 636 euros) mais très inférieur à celui de l’Oise (20 633 euros), qui est le plus élevé de la région.

Un emploi agricole et industriel encore présent

L’emploi dans la Somme se caractérise par une place de l’agriculture et de l’industrie encore importante (figure 6). Ainsi, en 2013, 3,8 % des effectifs du département travaillent dans le secteur agricole, un niveau plus élevé qu’au niveau régional et national, respectivement de 2,1 % et 2,5 %. De même, les exploitations agricoles représentent en 2014, 12,2 % des établissements implantés dans la Somme, un poids quasiment deux fois supérieur à la moyenne régionale. Leur production est principalement tournée vers la culture de céréales, qui représente 51,7 % de la surface agricole utilisée. Viennent ensuite les plantes industrielles (21,8 %) et les fourrages et superficies en herbe (16,2 %).

Figure 6 – Une industrie encore très présenteRépartition de l’emploi salarié par secteur d’activité et zone d’emploi de la Somme en 2013

  • Source : Insee-DGFIP-Cnaf-Cnav-CCMSA, Filosofi 2012.

La Somme conserve aussi un caractère industriel plus affirmé qu’au niveau régional et national. En 2013, 17,6 % des emplois salariés dépendent de ce secteur. Cette part classe le département au second rang juste derrière l’Oise (18,0 % des emplois salariés). La moyenne régionale est de 15,5 %. Les établissements relevant de l’industrie représentent 9,0 % des 40 786 établissements du département, soit 1,8 point de plus qu’au niveau régional. L’industrie agroalimentaire (IAA) y occupe une place centrale, en lien avec le poids de l’agriculture dans le tissu productif local. Plus de 6 800 personnes y travaillent en 2013, soit 19,4 % de l’emploi industriel. Des grands groupes comme Bonduelle ou Pasquier font partie des principaux employeurs du département. Le second secteur industriel d’importance est la métallurgie et la fabrication de produits métalliques qui emploie plus de 5 700 personnes.

Cette importance de l’agriculture et de l’industrie réduit d’autant le poids du tertiaire. C’est surtout le tertiaire marchand qui est sous-représenté car, dans la Somme, la part du tertiaire non marchand, avec 38,4 % de l’emploi salarié en 2013, est au-dessus du niveau régional et de celui de la France métropolitaine, respectivement de 35,9 % et 32,5 %. Un des plus gros employeurs du département est l’ancien conseil régional de Picardie, qui compte près de 3 000 agents.

L’Amiénois moteur économique de la Somme

Presque 70 % des emplois du département se situent dans la zone d’emploi d’Amiens, dans laquelle 41 % des postes relèvent du secteur tertiaire non marchand. Les principaux établissements de ce territoire sont le centre hospitalier d’Amiens et la communauté d’agglomération d’Amiens Métropole qui emploient plus de 8 000 personnes. Parallèlement, la tradition industrielle de la Somme perdure aux deux extrémités de son territoire. À l’est, dans la zone d’emploi de Péronne, un quart des salariés travaille encore dans l’industrie, notamment agroalimentaire soutenue par une agriculture encore très présente (4,8 % de l’emploi salarié). À l’ouest, dans la partie régionale de la Vallée de la Bresle-Vimeu, 39,3 % des salariés travaillent dans l’industrie, marquée par une forte tradition du travail des métaux (robinetterie, serrurerie) et du verre, dont le flaconnage de luxe, qui confère au territoire une réputation mondiale. Cette proportion élevée en fait l’une des principales zones de France pour le poids des emplois industriels.

5 700 emplois liés au tourisme

Dans la Somme, les activités liées au tourisme génèrent 5 700 emplois 1 . Ces activités sont principalement concentrées dans l’hébergement (28,0 %) et la restauration (27,0 %). Pour l’essentiel, elles se localisent sur deux grandes zones : le Grand Amiénois (2 600 emplois) qui constitue le premier pôle d’emplois touristiques de la région, devant la Picardie maritime (2 050 emplois), en particulier dans les zones de Quend-Fort-Mahon et de Saint-Valery-sur-Somme.

En 2015, 16 708 emplacements de campings et 3 007 chambres sont disponibles pour accueillir les touristes dans le département. Cela représente respectivement 29,0 % et 10,3 % des capacités d’accueil de la région. L’attractivité touristique de la Somme repose sur la diversité de son offre ; on y trouve à la fois celle liée au littoral avec sa baie et ses équipements tels que le parc du Marquenterre, l’Aquaclub à Fort-Mahon, celle générée par le patrimoine culturel comme la cathédrale d’Amiens, celle résultant du tourisme d’affaires dans l’Amiénois et celle reposant sur le tourisme de mémoire avec les vestiges de la guerre 1914-1918.

Un accès assez rapide aux équipements

En 2014, 63,5 % des Samariens vivent dans une commune disposant d’au moins la moitié des équipements de la vie courante (banques, écoles, boulangerie, pharmacie…). C’est près de 18 points en dessous de la moyenne régionale (81,8 %). En effet, en 2013, 37,9 % des communes comptent moins de 200 habitants, regroupant 6,6 % de la population samarienne. Un bon réseau routier et la concentration de la population dans la périphérie des grands pôles d’emplois font que, malgré tout, les Samariens accèdent rapidement à ces équipements de la vie courante, à condition d’être motorisé. En 2014, 91,3 % de la population vivaient à moins de 7 minutes des 21 équipements de la gamme de proximité (banques, écoles, boulangerie, pharmacie…). Ces déplacements peuvent être couplés avec ceux liés au travail, puisque 63,9 % des ménages du département doivent quitter leur commune de résidence pour aller travailler.

Définitions

1 « 1 « L’emploi touristique en Picardie : une dynamique de croissance »,  », Insee Analyses Picardie n° 7, avril 2015, Arnaud Bourdon, Joël Dekneudt, Marie-Christine Sinoquet, Insee ; Claire Henocque, CRT.

Pour en savoir plus

« Un portrait du Pas-de-Calais, un quart de la population des Hauts-de-France », Insee Analyses n° 35, décembre 2016.

« Un portrait de l’Oise, un département d’actifs, tourné vers l’Île-de-France », Insee Analyses n° 36, décembre 2016.

« Un portrait du Nord, département français le plus peuplé », Insee Analyses n° 38, décembre 2016.

« Un portrait de l’Aisne, le département le moins dense de la région », Insee Analyses n° 39, décembre 2016.