Un portrait du NordDépartement français le plus peuplé

Amélie Fiévet, Patrick Le Scouëzec, Insee Hauts-de-France

Avec 2 595 536 habitants, le Nord est le département le plus peuplé de France. Mais son dynamisme démographique repose uniquement sur l'excédent naturel. Économiquement, l'emploi se caractérise par une part importante de salariés et une prédominance du secteur tertiaire, notamment marchand. La population du département est très touchée par le chômage et connaît une situation sociale difficile qui se caractérise par une pauvreté élevée. Son niveau de vie est aussi plus faible qu'en France métropolitaine.

Insee Analyses Hauts-de-France
No 38
Paru le : 22/12/2016

Le Nord au centre du triangle Paris-Londres-Bruxelles

Le département du Nord est limitrophe de la Belgique, du Pas-de-Calais et de l'Aisne (figure 1). Avec plus de 5 700 km², c'est le plus petit département de la région par sa superficie. Le Nord, et notamment Lille, la capitale régionale, bénéficie d'une situation géographique privilégiée au centre du triangle Paris-Londres-Bruxelles.

Figure_1 – Un département très urbanisé  Les communes du Nord selon la grille de densité 2015

  • Source : Insee, grille de densité 2015.

L'infrastructure des transports est bien développée : forte densité d'autoroutes, aéroport, port, gares. Le trafic de l'aéroport de Lille-Lesquin, au rayonnement international, atteint 1,5 million de passagers en 2015. Cet aéroport propose des lignes directes vers l'Europe et l'Afrique du Nord ainsi que des vols charters. Le port de Dunkerque est le 3e grand port maritime national pour le transport de marchandises. Le train à grande vitesse et Eurotunnel permettent de relier le Nord aux métropoles françaises et européennes.

Le département le plus peuplé

Au 1er janvier 2013, le Nord compte 2 595 536 habitants, soit 43 % de la population des Hauts-de-France (figure 2). C'est le département le plus peuplé de France, suivi par Paris et les Bouches-du-Rhône. Avec 450 habitants au km², le territoire est quatre fois plus dense que la moyenne nationale (116 hab./km²). Le Nord abrite l'unique métropole de la région au sens de la loi MAPAM de janvier 2014. La Métropole européenne de Lille, dont les compétences ont été renforcées depuis le 1er janvier 2015, compte plus de 1,1 million d'habitants. Les deux autres grands EPCI sont la communauté urbaine de Dunkerque, avec 198 814 habitants, et la communauté d'agglomération Valenciennes Métropole (190 459 habitants).

Figure 2 – Département le plus peuplé de FranceTaux d’évolution annuel moyen de la population 2008-2013

Département le plus peuplé de France
Départements Population 2013 Variation moyenne annuelle 2008 – 2013
Totale Due au solde
Naturel Migratoire apparent
milliers % % %
Aisne 540,1 0,1 0,3 -0,2
Nord 2 595,5 0,2 0,6 -0,4
Oise 815,4 0,4 0,6 -0,2
Pas-de-Calais 1 465,2 0,1 0,4 -0,3
Somme 571,7 0,1 0,3 -0,1
Hauts-de-France 5 987,9 0,2 0,5 -0,3
France métropolitaine 65 564,8 0,5 0,4 0,1
  • Source : Insee, recensements de la population 2008 et 2013

La population croît au même rythme dans le Nord que dans l'ensemble de la région : + 0,2 % par an entre 2008 et 2013, soit + 30 600 habitants sur 5 ans. La croissance démographique s'explique uniquement par le solde naturel positif, c'est-à-dire un excédent des naissances sur les décès. Son évolution est plus importante que pour l'ensemble des Hauts-de-France (+ 0,6 % par an contre + 0,5 %), en raison d'un taux de fécondité plus fort. Toutefois, cette hausse est amoindrie par un déficit migratoire également plus élevé qui perdure (– 0,4 % par an contre – 0,3 % dans la région), car il y a plus de départs que d'arrivées dans le département. Les personnes qui partent sont plutôt des jeunes actifs entre 25 et 39 ans, allant principalement s'installer dans le Pas-de-Calais ou en Île-de-France. À l'inverse, le Nord est un territoire attractif pour les jeunes entre 15 et 24 ans, et notamment pour les étudiants intéressés par les universités. Cet apport renforce le caractère particulièrement jeune du département du Nord au regard de la région. En effet, 34,0 % des Nordistes ont moins de 25 ans contre 32,8 % pour l'ensemble des Hauts-de-France (figure 3). Cette structure par âge explique aussi qu'il y ait davantage de célibataires dans le Nord qu'au niveau régional. La part des diplômés de l'enseignement supérieur est la plus élevée de la région (25,0 % contre 21,9 %), ce qui s'explique par une concentration d'emplois de cadres supérieurs plus importante dans la métropole lilloise.

Figure 3 – Une population plus jeune que dans la région Pyramide des âges de la population du Nord en 2013

  • Source : Insee, recensement de la population 2013.

Une forte urbanisation

Plus de deux tiers des Nordistes habitent dans une maison (68,3 %) et 30,6 % dans un appartement. Ces derniers sont surreprésentés par rapport au niveau régional (26,4 %), ce qui s'explique par le caractère urbain du département. En effet, 56,1 % de la population vit dans une commune de plus de 10 000 habitants (42,5 % dans la région) quand seulement 0,1 % de la population réside dans une commune de moins de 200 habitants (1,9 % au niveau régional).

Le Nord compte 1 169 050 logements dont 92,0 % de résidences principales, soit 9,2 points de plus qu'en France métropolitaine. Cela résulte de la très faible proportion de résidences secondaires (0,8 % contre 8,9 % au niveau national), liée au faible attrait touristique du département. Le Nord se distingue aussi des autres départements par son taux de logement social plus prononcé : 20,4 % contre 14,6 % en métropole.

Presque un emploi régional sur deux dans le département

Le Nord concentre 47,1 % des emplois régionaux, une part supérieure à son poids démographique. Il attire des actifs qui résident en dehors du département, principalement dans le Pas-de-Calais. En 2013, 69,5 % de la population entre 15 et 64 ans est active dans le Nord, soit un taux inférieur à celui de la région (70,2 %) et de la France métropolitaine (73,3 %). Ce déficit s'explique par un taux d'activité des femmes faible, en dessous de la moyenne nationale (64,7 % contre 70,0 %) et par une part d'étudiants plus élevée (12,0 %, soit + 1,8 point de plus qu'en France métropolitaine).

En 2013, le Nord compte 1 028 780 emplois, répartis dans 178 000 établissements. La part de salariés (92,7 %) est plus forte qu'au niveau national (89,6 %). Elle est la plus élevée de la région. Cette situation peut s'expliquer par une proportion d'emplois dans les grands établissements plus importante qu'au niveau national : 45,7 % des salariés travaillent dans un établissement de plus de 100 salariés contre 40,5 % en France métropolitaine.

Le tertiaire marchand très présent

La concentration de l'emploi dans le secteur tertiaire est plus marquée dans le Nord : 79,7 % de l'emploi total en 2013 contre 77,1 % dans les Hauts-de-France (figure 4). Cette différence s'explique uniquement par une prépondérance du tertiaire marchand (commerce, transport et services marchands) notamment dans les zones d'emploi de Lille et de Roubaix-Tourcoing. Les activités tertiaires marchandes sont toutefois moins développées qu'au niveau national : 45,3 % contre 47,7 % en 2013. C'est le cas, par exemple, des secteurs de l'« Information et communication », de la « Recherche-développement scientifique », de l'« Hébergement et restauration » ou des « Transports et entreposage ». À l'inverse, porté par les sièges sociaux d'entreprises installés dans la métropole lilloise tels qu'Auchan ou Décathlon, le secteur des « Activités juridiques, comptables, de gestion, d'architecture, d'ingénierie, de contrôle et d'analyses techniques » est surreprésenté dans le département. En revanche, la proportion des activités du tertiaire non marchand (administration publique, enseignement, santé et action sociale) est comparable à la moyenne régionale (34,4 % contre 34,5 %).

Figure 4 – Un département tourné vers le tertiaireRépartition de l'emploi salarié par secteur d'activité et zone d'emploi du Nord en 2013

  • Source : Insee, estimations d’emploi au 31 décembre 2013.

Même si le poids de l'industrie a chuté au cours des dernières décennies, le Nord garde une certaine spécificité en la matière avec 13,5 % des effectifs totaux contre 12,5 % en France métropolitaine. Cela tient en particulier à trois secteurs emblématiques encore très présents. Il s'agit tout d'abord de la « Fabrication de matériels de transport » et plus particulièrement de la production automobile avec des sites comme Renault, Sevelnord ou Toyota, ainsi que de l'activité ferroviaire dans le Valenciennois avec des enseignes comme Alstom ou Bombardier. La « Métallurgie et fabrication de produits métalliques à l'exception des machines et des équipements » reste aussi l'une des spécificités du département avec notamment la présence de ArcelorMittal ou de Vallourec.

La fabrication de textiles, les industries de l'habillement, du cuir et de la chaussure sont également bien implantées avec notamment Maco Production, spécialisé dans les produits hospitaliers ou Fremaux-Delorme dans le linge de maison.

En revanche, très dense et fortement urbanisé, le Nord est le moins agricole de la région (respectivement 1,1 % des emplois contre 2,1 % en moyenne régionale), même si l'on trouve des territoires comme la zone d'emploi de Cambrai, limitrophe de l'Aisne, davantage tournés vers cette activité que le reste du département. Dans ce domaine, le point fort du Nord est la culture de la pomme de terre de consommation : il est le 1er département de France producteur en termes de superficie avec plus de 20 % des terres agricoles consacrées à cette culture.

Un taux de chômage particulièrement élevé

La population nordiste est davantage touchée par le chômage (figure 5). Au 4e trimestre 2015, 12,9 % de la population active était au chômage contre 12,5 % dans la région et 10,0 % en France métropolitaine. L'impact de la crise a été de même ampleur dans le département qu'au plan national : + 2,8 points entre le 4e trimestre 2007 et le 4e trimestre 2015. Les taux de chômage sont très hétérogènes selon les territoires. Le sud-est du département, plus industriel, est très touché et cela s'est accentué avec la crise (15,5 % pour la zone d'emploi de Valenciennes et 15,3 % pour celle de Maubeuge). En revanche, la zone de Flandre-Lys bénéficie du plus faible taux régional (8,3 %).

Figure 5 – Une plus forte dépendance aux prestations socialesPosition relative du Nord par rapport à la région des Hauts-de-France

  • Notes : 1- Les indicateurs sont construits comme le ratio entre le département et la moyenne régionale. Un ratio supérieur à 1 indique que l’indicateur est plus élevé que la moyenne régionale.
  • 2- La part de la population couverte par le RSA socle non majoré rapporte le nombre de personnes couvertes par un allocataire percevant le RSA socle non majoré (l’allocataire, son conjoint et les personnes à charge) à cette même population « potentiellement éligible » issue du recensement. Le Revenu de Solidarité Active (RSA) est un supplément de revenu aux personnes sans ressources ou à faibles revenus d’activité.
  • Source : Insee ; DGFIP ; Cnaf ; Cnam.

Différents facteurs contribuent à expliquer ce niveau élevé du chômage. Tout d'abord, le Nord a une spécificité industrielle, secteur pour lequel la dégradation de l'emploi se poursuit. Par ailleurs, les plus faibles niveaux de diplôme et de qualification engendrent des difficultés d'insertion sur le marché du travail. En 2013, 45,6 % des actifs n'ont pas atteint le niveau du baccalauréat ou du brevet professionnel (49,5 % dans la région et 44,6 % en France). Ce déficit de formation initiale conduit à ce que 25,8 % des jeunes de 18 à 25 ans ne sont ni en emploi ni en formation. Ces difficultés s'expliquent notamment par un retard scolaire plus présent dans le département : parmi les élèves ayant fait leur première rentrée en classe de 6e en septembre 2014, 12,3 % accusent un retard d'au moins un an (11,6 % dans la région et 9,9 % en France métropolitaine).

Des situations de pauvreté marquées

Ce chômage important contribue à accroître le risque de pauvreté des habitants du département : 18,9 % des Nordistes vivent sous le seuil de pauvreté, soit 4,4 points de plus qu'en France métropolitaine. C'est le second taux le plus élevé de la région, après le Pas-de-Calais (20,2 %). La pauvreté touche particulièrement les grandes villes comme Lille ou Dunkerque et elle s'étend autour des villes comme Valenciennes ou Maubeuge (figure 6).

Figure 6 – Pauvreté plus marquée dans les grandes villes et le sud du départementCarte communale des taux de pauvreté dans le Nord en 2012

  • Source : Insee-DGFIP-Cnaf-Cnav-CCMSA, Filosofi 2012.

Cette pauvreté impacte le niveau de ressources dont dispose la population. Ainsi, la moitié des habitants du Nord vit avec moins de 18 575 euros par an, soit 1 610 euros de moins qu'au niveau national. L'écart de niveau de vie entre les personnes les plus riches et les plus pauvres est plus important dans le Nord que dans les autres départements de la région. Les 10 % de Nordistes ayant le niveau de vie le plus élevé, disposent d'au moins 33 540 euros par an, soit 3,4 fois plus que les 10 % ayant le niveau de vie le plus faible, qui disposent de moins de 9 810 euros. Dans ce département jeune, la part des revenus d'activité est supérieure à celle observée dans la région (73,7 % contre 72,9 %) et en corollaire celle des pensions et des retraites est l'une des plus faibles (25,6 % contre 26,8 %).

La population nordiste est plus dépendante des prestations sociales. Fin 2014, 204 700 personnes perçoivent le revenu de solidarité active (RSA), soit 9,9 % de la population. Ce taux est le plus élevé de la région, supérieur de 1,4 point au taux régional et de 4,1 points au taux national. Par ailleurs, 27,9 % des foyers nordistes allocataires des Caisses d'allocations familiales ont des revenus constitués à 75 % ou plus de prestations sociales. Cette part est supérieure à la moyenne régionale (25,5 %) et nationale (21,3 %).

Des temps d'accès aux services très courts

La forte urbanisation du territoire rend aisé l'accès de la population aux équipements et services. Dans le Nord, 93 % de la population du Nord vit dans des communes pôles de services de proximité, c'est-à-dire disposant d'au moins la moitié des équipements de la vie courante (école, épicerie, médecin généraliste…). C'est 11,2 points de plus que l'ensemble de la région (81,8 %). Pour les habitants qui résident en dehors de ces communes, le temps d'accès à ces services et à ces équipements reste inférieur à la moyenne régionale. Ainsi, au final, il faut en moyenne 2,5 minutes aux Nordistes pour atteindre un équipement contre 4,2 minutes dans la région.

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