Un portrait de l’OiseUn département d’actifs, tourné vers l’Île-de-France

Julien Jamme, Patrick Le Scouëzec, Insee Hauts-de-France

Située au sud de la région des Hauts-de-France, la proximité de la région parisienne influence le développement démographique et économique du département. Une personne s’installant dans l’Oise sur deux vient de l’Île-de-France. Le taux d’activité des 15-64 ans y est supérieur aux taux régional et national. Près de 100 000 actifs quittent le département quotidiennement pour aller travailler, principalement en Île-de-France. Le département tire une partie de sa richesse de cette dépendance économique. Le niveau de vie médian est ainsi de 2 000 euros supérieur au niveau de vie régional.

Insee Analyses Hauts-de-France
No 36
Paru le : 22/12/2016

Une influence francilienne de longue date

L’Oise est, administrativement, composée de quatre arrondissements (Beauvais, Clermont, Compiègne et Senlis) et de 690 communes au 1er janvier 2016. Beauvais, qui est la commune la plus peuplée du département, est de relative petite taille pour une préfecture avec 55 252 habitants au 1er janvier 2013. Limitrophe de l’Île-de-France, l’Oise y puise depuis le milieu du 19e siècle la source de son développement économique et démographique. Au cours du 19e siècle, l’Oise était le moins peuplé des départements des Hauts-de-France 1 . Aujourd’hui, au 1er janvier 2013, sa population s’élève à 815 400 personnes, soit 13,6 % de la population régionale.

Son expansion s’est d’abord faite autour de l’Oise, l’affluent de la Seine qui traverse du nord au sud le département, et lui donne son nom. Les surfaces boisées occupent un quart de la superficie du département (24,0 % contre 16,4 % en moyenne dans la région). On y trouve de grandes forêts prisées par les rois de France qui y ont longtemps pratiqué la chasse et installé des lieux aujourd’hui encore réputés comme Chantilly ou Compiègne, qui contribuent à la richesse du patrimoine historique de la région.

Sa densité de population (139 hab./km²) est inférieure à celle de la région (188 hab./km²). En 2013, 12 communes ont plus de 10 000 habitants. Elles regroupent un tiers de la population isarienne. Un quart des habitants réside, à l’inverse, dans des communes de moins de 1 000 habitants. L’influence francilienne est une clé majeure pour comprendre le département : 26,8 % des Isariens résident dans une commune du département appartenant à l’aire urbaine de Paris, la plus importante de l’Oise devant celle de Beauvais (15,1 % de la population). Avec 747 habitants par km², l’aire urbaine de Creil accueille les plus fortes densités de population. Composée de 23 communes seulement, elle regroupe 118 277 habitants, soit 14,4 % de la population du département (figure 1).

Figure 1 – Un réseau de villes moyennesLes communes de l’Oise selon la grille de densité 2015

  • Source : Insee, grille de densité 2015.

Un fort accroissement naturel, mais des départs plus nombreux que les arrivées

Entre 2008 et 2013, la population de l’Oise a augmenté de 15 675 habitants, soit 27,6 % de l’accroissement démographique régional sur la période. La population croît deux fois plus vite dans le département (+ 0,39 % par an en moyenne) que dans la région (+ 0,19 %), mais moins vite qu’en France (+ 0,54 %). Sa population progresse du fait de l’excédent des naissances sur les décès (+ 0,60 %). Cet accroissement naturel est le plus fort de la région, devant le Nord (+ 0,56 %) et le Pas-de-Calais (+ 0,37 %). Il est également supérieur au taux national (+ 0,43 %) (figure 2). Un indicateur conjoncturel de fécondité (2,12 enfants par femme contre 2,08 dans la région et 2,00 en France), et une part de femmes de 15 à 49 ans élevés (44,6 % contre 44,0 % en région), expliquent en partie cette forte croissance naturelle. Le département bénéficie aussi du taux de mortalité le plus faible de la région (7,5 ‰ contre 8,7 ‰).

Figure 2 – La plus forte croissance démographique des Hauts-de-FranceTaux d’évolution annuel moyen de la population 2008-2013

La plus forte croissance démographique des Hauts-de-France
Départements Population 2013 Variation moyenne annuelle 2008 – 2013
Totale Due au solde
Naturel Migratoire apparent
milliers % % %
Aisne 540,1 0,1 0,3 -0,2
Nord 2 595,5 0,2 0,6 -0,4
Oise 815,4 0,4 0,6 -0,2
Pas-de-Calais 1 465,2 0,1 0,4 -0,3
Somme 571,7 0,1 0,3 -0,1
Hauts-de-France 5 987,9 0,2 0,5 -0,3
France métropolitaine 65 564,8 0,5 0,4 0,1
  • Source : Insee, recensements de la population 2008 et 2013.

Depuis l’après-guerre et jusque dans les années 1980, l’Oise profitait d’un excédent migratoire important qui contribuait autant que le solde naturel à l’augmentation de la population. Désormais, le solde migratoire est négatif, à hauteur de – 0,21 % en moyenne par an comme au niveau régional, et freine cet accroissement. L’Oise connaît ainsi un fort ralentissement de sa croissance démographique : entre 1968 et 1990, la population augmentait de 1,34 % par an en moyenne, de seulement + 0,53 % depuis 1990.

Une arrivée sur deux provient de la région parisienne

Parmi les départs définitifs, 26,8 % se dirigent vers l’Île-de-France et 25,7 % vers un autre département des Hauts-de-France. Un départ sur trois (34,7 %) est le fait d’un jeune de 15 à 24 ans, quittant le département pour poursuivre ses études ou occuper un emploi. Près d’une arrivée sur deux (48,2 %) concerne une personne résidant antérieurement en Île-de-France. Seules 15,9 % des arrivées proviennent d’un autre département des Hauts-de-France. 42,9 % des personnes s’installant dans le département ont entre 25 et 39 ans.

Le département attire beaucoup de couples d’actifs ayant une famille ou en âge d’en fonder une pour, notamment, accéder à la propriété à un coût plus abordable qu’en Île-de-France : 56,2 % des ménages nouvellement arrivés sont composés d’une famille (couple avec ou sans enfant ou bien famille monoparentale). Ceci explique la forte natalité du département et la part plus importante de mineurs (24,6 % vs 23,8 %). La seule université technologique de Compiègne ne suffit pas à retenir les nombreux jeunes qui, après le baccalauréat, quittent le département pour rejoindre les universités de Paris ou d’Amiens. La recherche d’un premier emploi peut aussi expliquer le départ de ces jeunes. Les 18-24 ans sont ainsi relativement moins nombreux que dans l’ensemble de la région (8,0 % vs 9,0 %) (figure 3).

Figure 3 – Des mineurs en proportion plus nombreux qu’en régionPyramide des âges de la population de l’Oise en 2013

  • Source : Insee, recensement de la population 2013.

Les ménages isariens, plus souvent en appartement

Près d’un ménage isarien sur trois réside dans un appartement, contre un sur quatre en région. L’Oise est ainsi le département de la région où ce type d’habitat est le plus fréquent, devant le Nord (30,9 %) et le Pas-de-Calais (19,0 %), malgré un tissu urbain moins dense. Cette situation est en réalité très contrastée. Ainsi, dans l’arrondissement de Senlis, qui concentre un tiers des logements du département, 40,6 % des habitants logent dans un appartement dans l’aire urbaine de Creil ou l’agglomération de Senlis, zones à fortes concentrations de population. À l’opposé, dans l’arrondissement de Clermont, qui regroupe 15,3 % des logements, moins de deux sur dix vivent dans un appartement (18,5 %).

Un taux d’activité supérieur à la moyenne nationale

En 2013, l’Oise concentre 18,6 % de la population active âgée de 15 à 64 ans des Hauts-de-France alors qu’il ne regroupe que 13,6 % de sa population. Cette surreprésentation provient à la fois de l’importance relative de la classe d’âge en question, et d’un taux d’activité (74,0 %) supérieur aux moyennes régionale (70,2 %) et nationale (73,2 %).

Parmi les actifs occupant un emploi, on dénombre relativement plus de professions intermédiaires (27,1 %) que dans la région (25,8 %). La part de cadres ou professions intellectuelles supérieures est très proche du niveau régional (13,8 % vs 13,4 %). En revanche, les ouvriers (24,7 %) et les employés (28,3 %) y sont moins nombreux (respectivement 29,2 % et 25,7 % dans la région).

Trois isariens sur dix travaillent en dehors de leur département

En 2013, 99 320 Isariens quittent quotidiennement le département pour aller travailler, soit 29,2 % des actifs en emploi. Parmi eux, 86 000 rejoignent l’Île-de-France. En sens inverse, 31 650 navetteurs viennent travailler dans l’Oise, principalement d’un département des Hauts-de-France (43,8 %) ou de l’Île-de-France (37,1 %). Ces navetteurs passent 36 minutes en moyenne pour aller au travail, soit 9 minutes de plus que le temps moyen de déplacement de l’ensemble des navetteurs de la région. En dépit de son pouvoir d’attraction sur le plan résidentiel, les Franciliens s’installent dans l’Oise mais continuent de travailler en région parisienne, l’offre d’emplois sur place n’étant pas suffisante ou adaptée. En effet, pour 100 actifs occupés qui résident dans le département, seuls 80 emplois sont présents sur son territoire. C’est le département des Hauts-de-France pour lequel ce taux est le plus faible.

Des revenus plus élevés

Territoire à vocation résidentielle, le département tire aussi sa richesse de cette dépendance économique. En effet, les navetteurs sortant du département perçoivent généralement un salaire plus élevé que ceux qui restent sur place ou bien même qui viennent travailler dans le département 2 . Par leur consommation ou les impôts qu’ils paient dans leur commune, ces revenus retournent donc en partie dans l’économie isarienne. Le niveau de vie médian est ainsi de 2 000 euros supérieur au niveau de vie régional (20 633 euros vs 18 636 euros) (figure 4). L’Oise est parmi le quart des départements métropolitains dont le niveau de vie est le plus élevé.

Figure 4 – Un revenu disponible médian supérieur de 2000 euros au niveau régionalPosition relative de l’Oise par rapport à la région des Hauts-de-France

  • Notes : 1- Les indicateurs sont construits comme le ratio entre le département et la moyenne régionale. Un ratio supérieur à 1 indique que l’indicateur est plus élevé que la moyenne régionale.
  • 2- La part de la population couverte par le RSA socle non majoré rapporte le nombre de personnes couvertes par un allocataire percevant le RSA socle non majoré (l’allocataire, son conjoint et les personnes à charge) à cette même population « potentiellement éligible » issue du recensement. Le Revenu de Solidarité Active (RSA) est un supplément de revenu aux personnes sans ressources ou à faibles revenus d’activité.
  • Source : Insee ; DGFIP ; Cnaf ; Cnam.

Le département bénéficie également du taux de chômage le plus bas de la région (10,2 % de la population active contre 12,6 % en moyenne) ce qui explique que la part des revenus d’activité dans le niveau de vie de ses ménages s’établit à 77,9 %, soit 7 points de plus qu’en région.

Un secteur industriel encore développé

En fin d’année 2013, 276 749 emplois sont occupés dans l’Oise, soit 12,7 % de l’emploi régional. C’est inférieur au pic d’emplois qu’il avait connu en 2007 (284 996 emplois). Sur six années, les pertes sont relativement plus fortes dans le département que dans la région (– 2,9 % vs – 2,1 %). Pendant ce temps, la France métropolitaine a gagné des emplois (+ 0,6 % entre 2007 et 2013).

L’Oise est le département des Hauts-de-France dont le poids du secteur industriel dans l’emploi est le plus élevé : 18,0 % des salariés sont employés par un établissement industriel, contre 15,5 % en région et 13,4 % en métropole. L’importance de ce domaine d’activité explique la plus grande fragilité du département sur le front de l’emploi. C’est, en effet, le secteur le plus touché par les baisses d’effectifs salariés : entre 2007 et 2013, il a perdu 18,4 % de ses effectifs dans le département, soit plus de 10 000 postes en 6 ans. De ce fait, son poids s’affaiblit : en 2007, plus d’un salarié sur cinq occupait encore un emploi industriel, contre près d’un sur quatre en 1999 (figure 5).

Figure 5 – Le secteur industriel est encore développé dans les zones d’emploi de Beauvais et CompiègneRépartition de l’emploi salarié par secteur d’activité et zone d’emploi de l’Oise en 2013

  • Source : Insee, estimations d’emploi au 31 décembre 2013.

Des activités de services moins présentes

En 2013, malgré cette présence industrielle forte, trois salariés sur quatre travaillent dans un établissement de services. Mais la baisse d’emplois dans l’industrie n’a pas été compensée par des hausses dans les activités de services. En effet, les effectifs des services marchands ont diminué de – 1,5 % entre 2007 et 2012. Seuls les services non marchands (administration publique, enseignement, santé, etc.) ont progressé sur cette période (+ 1,1 %).

Les établissements de commerce ou de réparation d’automobiles regroupent un emploi du tertiaire marchand sur trois (33,5 % vs 30,2 % en région). Par sa proximité avec l’Île-de-France, les services de transport et d’entreposage profitent des voies de communication telles que l’autoroute A1 qui relie Paris au Benelux pour s’installer dans l’Oise : 14,9 % des salariés des services marchands y sont ainsi employés (13,6 % dans les Hauts-de-France).

Moins de jeunes sans diplômes et plus de diplômés du supérieur

En 2013, parmi les personnes non scolarisées, 35,3 % n’ont aucun diplôme ou au mieux le brevet. C’est 1,7 point de moins que la moyenne régionale (37,0 %) mais 3,1 points au-dessus du niveau national. Entre 2008 et 2013, cette part a diminué de 4,8 points, comme dans la région et la métropole (respectivement – 4,8 et – 4,4 points).

La part de diplômés du supérieur s’élève à 22,7 %, soit 0,6 point de plus que la moyenne régionale, mais encore 4,4 points en dessous du niveau métropolitain. Le départ de nombreux jeunes pour des études post-bac vers les universités parisiennes ou amiénoise explique que la part des 25-34 ans diplômés du supérieur soit inférieure au niveau régional (35,6 % vs 37,4 %). Le « retour » de ces diplômés est par ailleurs retardé par l’obtention d’un premier emploi, notamment en Île-de-France.

Une pauvreté moins fréquente mais concentrée dans certains territoires

En 2013, le taux de pauvreté s’élève à 12,9 % de la population, soit 5,3 points en dessous de la moyenne régionale (18,2 %) et 1,6 point de moins qu’au niveau métropolitain (14,5 %). Toutefois, certains territoires sont plus exposés à cette situation, comme les grands centres urbains. Avec 37,2 % de taux de pauvreté, Creil est la commune la plus touchée de l’Oise, la classant parmi les communes les plus pauvres de France métropolitaine. Le revenu disponible médian s’y établit à 14 104 euros soit 6 500 euros de moins que le revenu médian départemental. Ce faible niveau a conduit à classer « les Hauts de Creil » 3 , où les deux tiers de la population de la commune résident, parmi les quartiers prioritaires de la politique de la ville. La pauvreté est également très forte dans les communes situées à proximité de Creil, comme à Montataire (28,7 %) et Nogent-sur-Oise (27,0 %), ainsi que dans les communes de Beauvais (23,4 %) et de Compiègne (20,3 %). À l’inverse, dans certaines grandes communes, comme à Senlis ou Chantilly, les populations vivant en dessous du seuil de pauvreté sont relativement moins nombreuses (8,5 % chacune), confirmant les fortes disparités territoriales du département (figure 6).

Figure 6 – Une pauvreté concentrée dans les pôles urbains de Creil, Beauvais et CompiègneCarte communale des taux de pauvreté dans l’Oise en 2012

  • Source : Insee-DGFIP-Cnaf-Cnav-CCMSA, Filosofi 2012.

Un éloignement des équipements de santé

L’espérance de vie à la naissance est plus élevée dans l’Oise que dans l’ensemble des autres départements, que ce soit pour les hommes (78,1 ans vs 76,9) que pour les femmes (84,5 ans vs 83,6). Néanmoins, les Isariens sont plus souvent éloignés des équipements de santé. Plus d’un isarien sur dix (12,6 %) doit parcourir plus de 7 minutes pour rejoindre un équipement de la gamme de proximité contre un sur vingt dans la région (5,8 %). De même, la densité des professionnels de santé est moins forte qu’en région : pour 10 000 habitants, l’Oise compte 7,2 médecins omnipraticiens et 4,2 spécialistes contre, respectivement, 9,3 et 5,0 dans les Hauts-de-France.

Définitions

1 « 1801-2011, 210 ans de démographie en Picardie », Insee Dossier Picardie, n° 4, janvier 2015, J. Jamme.

2 Source : « Cinq zones d’emploi gagnantes au jeu des navettes domicile-travail », B. Becuwe et B. Werquin, Insee Analyse Nord-Pas-de-Calais-Picardie, n° 14, mai 2016.

3 Source : Mathieu Lecomte et Benoît Werquin, « Séparation résidentielle marquée dans les agglomérations de Lille, Creil et Amiens », Insee Analyses Nord-Pas-de-Calais-Picardie, n° 19, juillet 2016.

Pour en savoir plus

« Un portrait du Pas-de-Calais, un quart de la population des Hauts-de-France », Insee Analyses n° 35, décembre 2016.

« Un portrait de la Somme, un lien entre les zones peuplées du nord et du sud de la région », Insee Analyses n° 37, décembre 2016.

« Un portrait du Nord, département français le plus peuplé », Insee Analyses n° 38, décembre 2016.

« Un portrait de l’Aisne, le département le moins dense de la région », Insee Analyses n° 39, décembre 2016.