Questions à Sylvie MarchandLe Printemps de l’économie, édition 2016 (8-14 avril - Paris)

L'Insee et la statistique publique
Dernière mise à jour le : 11/12/2015

Questions à Sylvie Marchand, cheffe du département de l’action régionale, membre du conseil scientifique de l’édition 2016 du Printemps de l’Économie, organisatrice et intervenante de la table-ronde « Qualité de vie dans les territoires : Comment la mesurer ? Quels enjeux? », du mardi 12 avril 2016.

Vous proposez une table-ronde sur la qualité de vie dans les territoires, pourquoi ce sujet ?

Nous sommes tous à la recherche d'une certaine qualité de vie, que nous soyons simples citoyens ou décideurs publics. Or nous ne mettons pas tous les mêmes dimensions dans la « qualité de vie » que nous voulons goûter ou à laquelle nous aspirons. Certains vont privilégier l'accès à l'emploi, d'autres les facilités pour se loger. C'est typiquement une notion multi-facettes, qui est selon nous incompatible avec la possibilité de faire un palmarès des régions où il fait le plus bon vivre. Il nous paraissait intéressant de présenter notre démarche qui propose plusieurs typologies de territoires en fonction des critères principaux que l'on privilégie.

Quel est l'apport de l'Insee en la matière ?

Nous produisons des indicateurs objectifs qui considèrent les différentes dimensions de la qualité de vie : santé, éducation, logement, emploi, revenus, relations sociales, etc. Nous sommes en mesure de les produire grâce aux différentes données administratives (déclaration de revenus, prestations sociales, statistiques d’emploi et de chômage...) auxquelles la statistique publique peut accéder dans le respect du secret statistique (anonymat...) et à certaines enquêtes comme le recensement de la population. C'est une approche complémentaire d'autres méthodes qui consistent à interroger les citoyens sur leur perception de leur bien-être et de son évolution comme le fait l’Insee avec l’enquête annuelle « Statistiques sur les ressources et les conditions de vie (SRCV) » et celle sur la qualité de vie de 2011, ou le Credoc avec l’enquête « Conditions de vie et aspirations ».

Notre démarche s’inspire des travaux de l’OCDE, pour les régions des pays membres et des propositions de la commission Stiglitz de 2009 sur la mesure du progrès économique et social. En effet, la commission avait alors souligné l'enjeu de pouvoir mieux mesurer la qualité de vie, afin de ne pas se focaliser trop exclusivement sur des indicateurs de richesse comme le produit intérieur brut (PIB). Les recommandations de la commission ont été suivies de nombreuses initiatives à l’Insee dont l’approfondissement de la connaissance des revenus et des niveaux de vie par catégorie de ménage ainsi que la construction d’indicateurs de qualité de vie au niveau national et local.

Nos indicateurs permettent de tracer des portraits de la qualité de vie d’un territoire, de comparer ces territoires entre eux et de voir sur quelles dimensions ils se distinguent. C'est une vraie force de pouvoir produire ce type d'indicateurs au niveau des territoires.

Quel avenir de la mesure de la qualité de vie, s'il s'agit d'une mesure complexe ?

Si elle est complexe, la mesure de la qualité de vie n'en demeure pas moins de plus en plus importante. En effet, dans un contexte de crise environnementale et sociale, de nombreuses initiatives visent à dépasser une approche strictement économique de la richesse. Les indicateurs de qualité de vie commencent ainsi à être utilisés pour orienter les politiques publiques, notamment afin de cibler les territoires où les besoins sont les plus importants.

La loi Eva Sas (14 avril 2015) fait obligation au Gouvernement de remettre chaque année au Parlement un rapport présentant l’évolution de « nouveaux indicateurs de richesse », tels que des indicateurs d’inégalités, de développement durable et de qualité de vie.

Suite à une concertation menée par France Stratégie et le Conseil Economique Social et Environnemental, le Gouvernement a acté, fin octobre 2015, le choix de dix indicateurs alternatifs au PIB, dont les évolutions seront commentées chaque année dans un rapport annexé à la loi de finance.L’Insee est chargé de produire ces indicateurs au niveau national, et la qualité de vie est l'un de ces dix indicateurs. C'est donc une mesure promise à un bel avenir !

Pour en savoir plus

Une approche de la qualité de vie dans les territoires, Insee Première n° 1519, octobre 2014

Qualité de vie et bien-être vont souvent de pair, Insee Première n° 1428, janvier 2013

Les préconisations du rapport Stiglitz-Sen-Fitoussi : quelques illustrations, L'économie française - Comptes et dossiers - Insee Références - Édition 2010 - juillet 2010

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