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Insee Flash Grand Est · Février 2022 · n° 56
Insee Flash Grand EstLa croissance du Grand Est décroche depuis 1998

Thibaut Martini, Loïc Rousseau, Insee

Avec 0,9 % par an entre 1990 et 2018, la progression moyenne du PIB du Grand Est est la deuxième plus faible des régions métropolitaines, après la Bourgogne-Franche-Comté. La crise bancaire et financière de 2008-2009 a fortement affecté la région, qui n’a pas encore retrouvé son niveau d’activité de 2007. La valeur ajoutée de la plupart des secteurs évolue de manière moins positive que dans le reste du pays. Le nombre croissant de travailleurs frontaliers, qui contribuent également à la croissance des régions voisines, est une des causes de ce phénomène. Par ailleurs, l’industrie, dont, au niveau national, la valeur ajoutée croît moins que le reste de l’économie, occupe toujours une place forte dans la région.

Insee Flash Grand Est
No 56
Paru le : Paru le 08/02/2022

En 2018, le du Grand Est s’élève à 161 milliards d’euros, soit 6,8 % du PIB national français, une part sensiblement plus faible que le poids démographique de la région (8,3 % de la population française). Le Grand Est se classe au 7e rang des régions françaises, loin derrière l’Île-de-France et Auvergne-Rhône-Alpes, situées aux premiers rangs (respectivement 30,8 % et 11,5 % du PIB national).

Le poids de l’industrie reste élevé dans le Grand Est

La part de l’industrie dans la de l’ensemble de l’économie reste plus importante dans le Grand Est qu’en France de province (France métropolitaine hors Île-de-France). En 2017, la région occupe ainsi le 3e rang pour la valeur ajoutée de l’industrie. La valeur ajoutée industrielle du Grand Est (27 milliards d’euros) est cependant loin derrière celles de l’Île-de-France et d’Auvergne-Rhône-Alpes (56 et 42 milliards d’euros).

L’industrie représente 19,4 % de la valeur ajoutée régionale, soit 3,1 points de plus qu’en France de province. Tous les grands secteurs industriels tiennent une place plus importante qu’en France de province, en particulier la fabrication d’équipements et de machines, l’industrie agroalimentaire et la fabrication d’autres produits industriels (figure 1). Cependant, entre 1990 et 2017, la part de l’industrie dans la valeur ajoutée diminue fortement, dans le Grand Est comme au niveau national (respectivement - 7,2 et - 6,8 points).

En 2017, l’agriculture crée 3,3 % de la valeur ajoutée régionale, soit un tiers de plus qu’à l’échelle de la France de province. Ce secteur constitue une forte spécificité du Grand Est, avec notamment la viticulture (vins de Champagne et vins d’Alsace).

Une moindre part des services marchands

Les services occupent une place prépondérante dans l’économie régionale, mais moindre qu’en France de province (71,3 % contre 75,0 %). Les services principalement marchands représentent 45,8 % de la valeur ajoutée, soit 4,1 points de moins qu’en France de province. L’écart est particulièrement important dans l’information et la communication, les services aux entreprises (activités scientifiques, administratives et de soutien) et l’hébergement-restauration. Entre 1990 et 2017, la part des services principalement marchands dans la valeur ajoutée du Grand Est progresse moins vite qu’en France (+ 3,3 points, pour + 6,2 points en moyenne).

Avec 25,5 % de la valeur ajoutée régionale, le poids des services non marchands est comparable avec la moyenne de la France de province (25,1 %), et en hausse de 5,2 points par rapport à 1990.

Figure 1Indice de spécificité sectorielle de la valeur ajoutée du Grand Est par rapport à la France de province

Indice de spécificité sectorielle de la valeur ajoutée du Grand Est par rapport à la France de province - Lecture : en 2017, la part du secteur de l’agriculture, sylviculture et pêche dans la valeur ajoutée du Grand Est est 1,34 fois plus élevée que dans l’ensemble de la France métropolitaine hors Île-de-France. Indice = 1, le secteur a la même importance dans la région qu’en France de province.
Secteurs Indice de spécificité sectorielle par rapport à la France de province
Agriculture, sylviculture et pêche 1,34
Fabrication d'équipements et de machines 1,30
Industrie agroalimentaire 1,24
Fabrication d’autres produits industriels 1,23
Énergie, eau, gestion des déchets 1,15
Fabrication de matériels de transport 1,02
Administration, enseignement, santé et action sociale 1,01
Commerce, réparation d'automobiles et motocycles 1,00
Activités financières et d'assurance 0,96
Activités immobilières 0,96
Construction 0,95
Autres activités de services 0,94
Transports et entreposage 0,94
Hébergement et restauration 0,88
Activités scientifiques, administratives et de soutien 0,84
Information et communication 0,72
  • Lecture : en 2017, la part du secteur de l’agriculture, sylviculture et pêche dans la valeur ajoutée du Grand Est est 1,34 fois plus élevée que dans l’ensemble de la France métropolitaine hors Île-de-France. Indice = 1, le secteur a la même importance dans la région qu’en France de province.
  • Source : Insee, comptes régionaux 2017 base 2014.

Figure 1Indice de spécificité sectorielle de la valeur ajoutée du Grand Est par rapport à la France de province

  • Lecture : en 2017, la part du secteur de l’agriculture, sylviculture et pêche dans la valeur ajoutée du Grand Est est 1,34 fois plus élevée que dans l’ensemble de la France métropolitaine hors Île-de-France. Indice = 1, le secteur a la même importance dans la région qu’en France de province.
  • Source : Insee, comptes régionaux 2017 base 2014.

Une croissance parmi les plus faibles des régions depuis 1990

Entre 1990 et 2018, la du Grand Est s’avère parmi les plus basses, avec un taux de + 0,9 %. Sur cette même période, le PIB national progresse de 1,6 %.

Entre 1990 et 1995, le rythme de croissance moyen dans le Grand Est est comparable à celui de la France (+ 1,4 % et + 1,3 % par an). La hausse du PIB de la région est restée stable jusqu’en 2007, alors même que le rythme de croissance de la France a accéléré pour atteindre + 2,2 % en moyenne annuelle entre 1995 et 2007. En conséquence, le poids de la région dans le PIB national a progressivement reculé de 8,4 % à 7,5 % entre 1990 et 2007.

La crise de 2008-2009 a affecté toutes les régions, à des degrés divers. La reprise de la croissance du PIB national commence en 2010 et le niveau d’avant-crise est atteint en 2011 (figure 2). Le Grand Est subit plus longtemps les effets de la crise : il renoue brièvement avec la croissance en 2011 et ce n’est qu’en 2018 que le PIB s’approche de son niveau de 2007, grâce à une croissance soutenue en 2017 et 2018.

Le caractère plus industriel et moins tourné vers les services n’est pas la principale cause de la plus faible croissance du Grand Est depuis 1990 : ceci s’explique avant tout par une moindre performance de l’économie. L’augmentation de la valeur ajoutée est en effet plus faible qu’en France de province dans la plupart des secteurs d’activité.

Figure 2Évolution du PIB en volume depuis 1990

PIB en volume, base 100 en 1990
Évolution du PIB en volume depuis 1990 (PIB en volume, base 100 en 1990) - Lecture : entre 1990 et 2017, le PIB du Grand Est a progressé de 25 %, le PIB de France de province de 47 % et celui de l’ensemble de la France de 52 %.
Année Grand Est France entière France métropolitaine hors Île-de-France
1990 100 100 100
1991 100,4 101,0 101,1
1992 102,5 102,7 102,7
1993 101,8 102,0 101,8
1994 103,9 104,4 104,2
1995 107,21 106,60 107,20
1996 108,0 108,1 108,5
1997 109,1 110,6 110,9
1998 113,8 114,5 115,3
1999 115,3 118,4 117,9
2000 119,4 123,0 122,7
2001 119,9 125,5 125,3
2002 120,0 126,9 126,3
2003 120,0 127,9 127,6
2004 123,8 131,6 131,7
2005 123,3 133,7 133,5
2006 125,1 137,0 137,1
2007 127,9 140,3 139,5
2008 126,9 140,7 139,2
2009 122,0 136,7 135,2
2010 121,0 139,3 136,2
2011 124,2 142,4 140,0
2012 121,7 142,8 139,8
2013 122,1 143,6 140,1
2014 122,7 145,0 141,4
2015 122,7 146,6 142,7
2016 122,6 148,2 143,9
2017 125,2 151,6 147,0
2018 127,1 154,4 149,7
  • Lecture : entre 1990 et 2017, le PIB du Grand Est a progressé de 25 %, le PIB de France de province de 47 % et celui de l’ensemble de la France de 52 %.
  • Sources : Insee, comptes régionaux 1990 à 2000 base 2010 et comptes régionaux 2000 à 2018 base 2014, données 2018 provisoires.

Figure 2Évolution du PIB en volume depuis 1990

  • Lecture : entre 1990 et 2017, le PIB du Grand Est a progressé de 25 %, le PIB de France de province de 47 % et celui de l’ensemble de la France de 52 %.
  • Sources : Insee, comptes régionaux 1990 à 2000 base 2010 et comptes régionaux 2000 à 2018 base 2014, données 2018 provisoires.

À partir de 2005, le PIB par habitant est plus faible qu’à l’échelle de la France de province

Dans la région, le s’élève à 28 300 euros en 2017, soit 1 200 euros de moins que la moyenne de France de province. En 1990, il était de 16 800 euros, plus élevé de 700 € qu’au niveau de la France métropolitaine hors Île-de-France. La croissance du PIB par habitant fléchit à partir de 1999 dans le Grand Est, et le PIB par habitant de la région devient inférieur à celui de la France de province en 2005 (- 0,2 %). Depuis la crise de 2008-2009 ce décrochage s’accentue.

Une explication en est l’augmentation plus forte du nombre de travailleurs frontaliers que celle du nombre d’actifs occupés. Ainsi, en 1999, 143 000 résidents de la région traversent les frontières nationales pour aller travailler, soit 6,6 % des actifs occupés ; en 2017, ils sont 177 000 frontaliers, soit 7,9 % des actifs de la région. Ces actifs travaillant à l’étranger, ainsi que ceux qui exercent leur activité dans une autre région, contribuent à la création de richesse économique dans ces autres territoires, et ne contribuent au PIB du Grand Est que par leurs dépenses. En revanche, peu d’actifs résidant dans les régions et pays voisins travaillent dans le Grand Est. L’importance croissante du travail frontalier se traduit dans l’évolution du de l’emploi, qui mesure la part des habitants en emploi pouvant potentiellement travailler dans la région ; ce taux décline entre 1990 et 2017, passant de 95,3 % à 91,9 %, alors que pour les régions de province, il perd 1,1 point en moyenne(de 97,7 % à 96,6 %).

Le taux de concentration est une des composantes du PIB par habitant qui se divise en quatre composantes économiques et démographiques. Le PIB par emploi, le taux d’emploi et le taux de concentration de l’emploi mesurent la richesse créée dans l’économie. Le du Grand Est s’établit à 73 300 euros en 2017, un niveau équivalent à celui de la France de province, mais très en deçà du niveau en Île-de-France (111 500 euros). Il était sensiblement plus élevé que celui de la France métropolitaine hors Île-de-France avant la crise de 2008-2009 (+ 1,3 % en 2007). Il s’est considérablement réduit par la suite, et depuis 2010, il s’approche de la moyenne France de province, avec des écarts de - 0,5 % à + 0,5 % (figure 3).

En 2017, le des 15-64 ans est de 64,0  % dans la région, contre 64,4 % en France de province. Cette légère différence est plus que compensée par l’ : la proportion d’habitants en âge de travailler (15-64 ans) dans la population totale est plus importante dans la région (en 2017, 63,3 % contre 61,6 % au niveau de la France de province).

Figure 3Décomposition de l’écart de PIB par habitant entre le Grand Est et la France métropolitaine hors Île-de-France

en %
Décomposition de l’écart de PIB par habitant entre le Grand Est et la France métropolitaine hors Île-de-France (en %) - Lecture : en 2017, le PIB par habitant du Grand Est est inférieur de 3,9 % à celui de la France métropolitaine hors Île-de-France. Le PIB par emploi y contribue pour - 0,2 point, le taux de concentration de l’emploi pour - 5,9 points et le taux d’emploi pour - 0,6 point. Ces écarts négatifs sont partiellement compensés par un effet démographique plus favorable de 2,9 points.
1990 1999 2007 2017
PIB par habitant 4,2 3,3 -0,2 -3,9
PIB par emploi 3,3 2,9 1,3 -0,2
Taux de concentration de l’emploi -1,8 -4,2 -4,7 -5,9
Taux d’emploi des 15-64 ans 0,1 2,3 0,7 -0,6
Effet démographique 2,5 2,4 2,5 2,9
  • Lecture : en 2017, le PIB par habitant du Grand Est est inférieur de 3,9 % à celui de la France métropolitaine hors Île-de-France. Le PIB par emploi y contribue pour - 0,2 point, le taux de concentration de l’emploi pour - 5,9 points et le taux d’emploi pour - 0,6 point. Ces écarts négatifs sont partiellement compensés par un effet démographique plus favorable de 2,9 points.
  • Sources : Insee, comptes régionaux 1990 et 1999 base 2010, comptes régionaux 2007 et 2017 base 2014, estimations annuelles d’emploi 1990, 1999, 2007 et 2017, recensements de la population 1990, 1999, 2007 et 2017.

Figure 3Décomposition de l’écart de PIB par habitant entre le Grand Est et la France métropolitaine hors Île-de-France

  • Lecture : en 2017, le PIB par habitant du Grand Est est inférieur de 3,9 % à celui de la France métropolitaine hors Île-de-France. Le PIB par emploi y contribue pour - 0,2 point, le taux de concentration de l’emploi pour - 5,9 points et le taux d’emploi pour - 0,6 point. Ces écarts négatifs sont partiellement compensés par un effet démographique plus favorable de 2,9 points.
  • Sources : Insee, comptes régionaux 1990 et 1999 base 2010, comptes régionaux 2007 et 2017 base 2014, estimations annuelles d’emploi 1990, 1999, 2007 et 2017, recensements de la population 1990, 1999, 2007 et 2017.
Publication rédigée par : Thibaut Martini, Loïc Rousseau, Insee

Pour comprendre

La valeur ajoutée des branches marchandes au niveau régional est déterminée par l’appariement des sources Fare (Fichier approché des résultats d’Esane) et Flores (Fichier localisé des rémunérations et de l’emploi salarié). Ces deux sources permettent de localiser l’ensemble de l’activité économique au travers des effectifs et des rémunérations des établissements.

Le Fare, qui contient les principales variables des comptes des entreprises, donne la valeur ajoutée de chaque entreprise. Cette valeur ajoutée est régionalisée au prorata de la masse salariale de chaque établissement via les données de Flores. Les valeurs ajoutées des établissements sont ensuite agrégées par secteur d’activité et région.

Les données 2018 sont des données provisoires. C’est pourquoi l’analyse détaillée du PIB et des valeurs ajoutée porte sur 2017, dernière année pour laquelle on dispose de données définitives.

Définitions

Produit intérieur brut :

Le produit intérieur brut (PIB) vise à mesurer la richesse créée par tous les agents, privés et publics, sur un territoire pendant une période donnée. Il représente le résultat final de l’activité de production des unités productrices résidentes.

Valeur ajoutée :

La valeur ajoutée correspond au solde du compte de production. Elle est égale à la valeur de la production diminuée de la consommation intermédiaire.

Croissance « en volume» du PIB :

La croissance « en volume» du PIB est l’évolution de cette grandeur une fois retiré l’effet de l’évolution des prix.

PIB par habitant :

Le PIB par habitant rapporte le PIB de la zone au nombre d’habitants de ce territoire. Il mesure la « richesse créée par habitant ».

Taux de concentration :

Le taux de concentration de l’emploi rapporte le nombre d’emplois dans une zone donnée au nombre de personnes en emploi habitant dans cette zone. Lorsque ce taux est inférieur à 100, cela signifie qu’il y a plus d’habitants du territoire qui travaillent hors du territoire concerné que de personnes qui y travaillent en résidant à l’extérieur de la zone. Le territoire peut alors être qualifié de résidentiel.

PIB par emploi :

Le PIB par emploi rapporte le PIB de la zone au nombre d’emplois dans la zone considérée. Il mesure la « richesse créée par emploi ».

Taux d’emploi :

Le taux d’emploi d’une classe d’âge est le rapport entre le nombre de personnes en emploi et le nombre total de personnes, qui appartiennent à cette classe d’âge.

Effet démographique :

L’effet démographique correspond au rapport entre la population en âge de travailler et le nombre d’habitants. Un ratio élevé signifie qu’une forte part de la population est potentiellement disponible pour travailler.

PIB régionaux en volume :

Les PIB régionaux en volume sont estimés à partir du PIB national en volume et de la structure des valeurs ajoutées régionales en volume. Ces dernières résultent de l’agrégation des valeurs ajoutées régionales par branche en volume. Chacune d’entre elles est obtenue en rapportant la valeur ajoutée régionale par branche à prix courants à l’indice de prix national par branche. Par souci de cohérence avec la comptabilité nationale, la somme des valeurs ajoutées régionales de chaque branche est ajustée sur la valeur ajoutée de France métropolitaine fournie par les comptes nationaux.

Pour en savoir plus

Valeurs ajoutées régionales 2015 à 2018

Fiche 3.1 « Poids économique des régions », La France et ses territoires, édition 2021, Insee références, avril 2021

Fiche régionale 5.6 « Grand Est », La France et ses territoires, édition 2021, Insee références, avril 2021

« L’essentiel sur… le Grand Est », Insee, janvier 2022

Bilan économique 2020 Grand Est, Insee Conjoncture Grand Est n° 27, juillet 2021