L’économie passe la quatrième vaguePoint de conjoncture - septembre 2021

 

Note de conjoncture
Paru le : Paru le 07/09/2021
Note de conjoncture - Septembre 2021
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Vue d'ensemble

Note de conjoncture

Paru le : 07/09/2021

Pour la première fois depuis le début de la crise sanitaire, l’intensification de la circulation du virus n’a pas provoqué de recul marqué de l’activité économique

En juillet et août 2021, la situation sanitaire s’est dégradée en France : la circulation du variant Delta de Covid-19 s’est intensifiée, occasionnant une quatrième vague épidémique. Néanmoins, l’endiguement de l’épidémie s’appuie désormais principalement sur l’élargissement de la couverture vaccinale, ce qui réduit très fortement l’impact économique du virus. En juillet et en août 2021, l’activité économique, considérée dans sa globalité, aurait ainsi continué à progresser, pour se retrouver relativement proche de son niveau d’avant-crise : entre – 1 et – 0,5 % par rapport au quatrième trimestre 2019, contre environ – 30 % en avril 2020 (première vague), – 7 % en novembre 2021 (deuxième vague), et – 6 % en avril 2021 (troisième vague).

Les indicateurs à haute fréquence tout comme les enquêtes de conjoncture suggèrent en effet une poursuite de la reprise pendant l’été, malgré la vague de variant Delta. Certes, en juillet, la consommation des ménages se serait un peu tassée, se situant à – 2 % sous son niveau d’avant-crise, après – 1 % en juin (mais contre – 12 % en avril 2021) : après leur fort rebond en mai-juin, les achats de biens ont fléchi, malgré les soldes d’été ; dans le même temps, les dépenses ont continué à se redresser dans les services auparavant fermés ou soumis à fortes restrictions (hébergement-restauration, transports, activités de loisirs). Puis, en août, la consommation de biens se serait redressée et l’instauration du passe sanitaire n’aurait que modérément affecté les secteurs concernés, de sorte qu’au total la consommation des ménages se serait situé à – 1 ½ % sous son niveau d’avant-crise.

Ces estimations s’appuient notamment sur l’analyse au jour le jour et à un niveau fin des montants de transactions par carte bancaire CB. Ces données suggèrent que le passe sanitaire aurait eu un impact temporaire dans certaines activités de loisirs, un impact modéré et sans doute également transitoire dans les restaurants, et pas d’impact dans les transports. Ces effets, quand ils sont décelables, sont néanmoins sans commune mesure avec les chutes drastiques d’activité enregistrées lors des précédentes vagues épidémiques, lesquelles peuvent donner une idée de la situation contrefactuelle (c’est-à-dire de ce qu’aurait été l’activité économique cet été en l’absence de vaccination et des mesures d’endiguement qui y sont associées). Du reste, la consommation dans l’hébergement-restauration est estimée pour le troisième trimestre 2021 à un niveau supérieur à celui l’été 2020, même si elle reste en retrait par rapport à son niveau d’avant-crise.

La poursuite de la reprise, conjuguée à un premier semestre un peu moins défavorable qu’estimé précédemment, pourrait entraîner une croissance légèrement supérieure à 6 % en 2021

Depuis la parution de la dernière Note de conjoncture le 1er juillet, les résultats des comptes nationaux du deuxième trimestre 2021 ont été publiés. À cette occasion, l’activité économique de la fin 2020 et celle du début 2021 ont été légèrement revues à la hausse, du fait notamment du secteur de la construction : l’investissement des entreprises a ainsi retrouvé dès le premier trimestre 2021 son niveau d’avant-crise. Et le rebond en mai-juin, après le troisième confinement, a été un peu plus marqué que prévu, l’activité s’étant située en juin à environ 1 % sous son niveau d’avant-crise. À mi-année, l’acquis de croissance pour 2021 s’élève ainsi à 4,8 % (c’est ce que serait la croissance annuelle en faisant l’hypothèse que le PIB se maintienne aux troisième et quatrième trimestres au niveau moyen atteint au deuxième) voire à 5,9 % (en remplaçant dans ce calcul le niveau moyen du deuxième trimestre par celui, plus élevé, estimé pour le seul mois de juin).

Compte tenu des indicateurs d’activité pour juillet et août mais aussi de la vive accélération mesurée en mai puis en juin, la croissance du troisième trimestre serait forte (+ 2,7 % prévu par rapport au deuxième), même si, au mois le mois, elle ralentirait un peu : c’est en effet en mai et juin, au moment des réouvertures, que l’activité se serait le plus nettement redressée. En l’absence de nouvelle dégradation de la situation sanitaire, la reprise se poursuivrait en fin d’année (+ 0,5 % prévu au quatrième trimestre), permettant alors à l’économie de retrouver globalement son niveau d’avant-crise, malgré des contrastes sectoriels persistants. Au total, la croissance en moyenne annuelle s’élèverait à 6 ¼ % en 2021 (après – 8,0 % en 2020).

Cette prévision pourrait éventuellement être dépassée si, par exemple, certains facteurs limitants (en particulier les difficultés d’approvisionnement) se résorbaient au cours des prochains mois. Inversement, la fin de l’année n’est pas dénuée d’incertitudes, notamment au niveau international. En Chine, la situation sanitaire et les mesures de restrictions associées continuent de susciter des inquiétudes, et l’activité économique ralentit. Aux États-Unis aussi, où l’activité économique a retrouvé dès le printemps 2021 son niveau d’avant-crise, la situation sanitaire tend à se dégrader tandis que les tensions inflationnistes persistent après le vif stimulus budgétaire administré ces derniers mois. En Europe, les inquiétudes semblent moindres à ce stade, même si les climats des affaires – qui restent favorables – tendent aussi à se tasser, en partie pour des raisons mécaniques après leur envolée liée aux réouvertures.

Des tensions sur les approvisionnements, les prix de production et les recrutements

La reprise mondiale s’est accompagnée de tensions sur les approvisionnements et d’une remontée concomitante des cours des matières premières. Certaines de ces tensions semblent se stabiliser, comme le suggère par exemple l’enquête de conjoncture du mois d’août dans le bâtiment, mais elles restent encore vives. Les prix à la production s’en ressentent – au-delà de l’effet de base lié à leur relative faiblesse en 2020 – et la production elle-même est parfois bridée en cas de pénurie d’intrants. En juillet 2021, les prix de production de l’industrie française tout comme les prix agricoles à la production ont ainsi augmenté d’environ 8 % sur un an. Parmi les services, les prix de production du transport maritime et côtier de fret ont augmenté très fortement en raison de la hausse soutenue de la demande. Dans la construction enfin, les coûts de certains matériaux ont vivement progressé. Du côté de la production, la part d’entreprises qui se déclarent limitées par les difficultés d’approvisionnement a marqué en juillet un point haut par rapport aux années précédentes dans nombre de branches, selon les enquêtes de conjoncture. La production automobile a par exemple nettement rechuté au premier semestre sous l’effet de la pénurie mondiale de composants électroniques.

Ces tensions sont susceptibles d’alimenter l’inflation, de manière au moins transitoire, aux États-Unis notamment mais aussi en Europe. En France, c’est plus particulièrement la remontée des prix de l’énergie qui a fait rebondir l’inflation au premier semestre 2021. L’inflation en juillet et août a ensuite été marquée par le calendrier des soldes, différent en 2020 et 2021 du fait de la pandémie. Pour la fin de l’année, le scénario central reste proche pour l’instant de celui publié dans la Note de conjoncture de début juillet : l’inflation pourrait prochainement passer, au moins ponctuellement, un peu au-dessus de 2 % en glissement annuel. À ce stade, les données d’enquêtes n’envoient que des signaux modérés sur les progressions salariales et sur d’éventuels effets de « second tour » : le solde d’opinion sur les perspectives générales de salaires dans l’industrie a certes rebondi, mais pour retrouver en juillet son niveau d’avant-crise, lui-même inférieur à celui mesuré en 2018 et début 2019.

En parallèle cependant, les tensions sur les recrutements tendent à progresser. Interrogées en juillet dans les enquêtes de conjoncture, environ 15 % des entreprises de l’industrie et des services et 40 % de celles du bâtiment se déclaraient limitées dans leur production par l’insuffisance de personnel. Ces proportions relativement élevées sont toutefois inférieures aux points hauts de 2018-2019. Elles vont de pair avec la vigueur de l’emploi salarié privé au deuxième trimestre, qui a retrouvé dès juin son niveau d’avant-crise, plus vite donc que prévu dans la dernière Note de conjoncture. Les statistiques trimestrielles d’emploi portant habituellement sur le dernier mois du trimestre, c’est donc le niveau d’activité de juin (beaucoup moins éloigné de celui d’avant-crise que le niveau moyen du deuxième trimestre 2021) qui peut être rapproché de ce résultat, même si la lecture du lien entre activité et emploi a été largement brouillée pendant la crise du fait de l’ampleur inédite du recours à l’activité partielle. Par ailleurs, l’estimation au mois le mois du volume d’heures rémunérées reflète mieux que l’emploi la dynamique de l’activité ; elle confirme l’importance du dispositif de chômage partiel, qui, notamment au premier semestre 2021, explique la quasi-totalité de l’écart d’heures rémunérées par rapport à 2019. Cet écart s’est d’ailleurs largement réduit en juin 2021 (moins de 1 % d’heures rémunérées en moins par rapport à juin 2019). Au total, si depuis un an et demi la productivité par tête est de ce fait peu lisible, la productivité horaire apparente du travail semble quant à elle avoir été relativement peu affectée par la crise.