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Insee Analyses Grand Est · Août 2021 · n° 134
Insee Analyses Grand EstLes migrations résidentielles renforcent la concentration d’actifs de même profil dans les territoires du Grand Est

Véronique Batto, Isabelle Manné (Insee)

Entre 2016 et 2017, 50 500 actifs du Grand Est ont déménagé dans une nouvelle zone d’emploi tout en restant dans la région. Les zones dans lesquelles la situation de l’emploi est plus favorable accueillent davantage d’actifs alors qu’à l’inverse, celles au marché du travail dégradé en perdent. Si l’opportunité de trouver un emploi ou d’en changer est une motivation au déménagement, l’offre immobilière est également un déterminant important. Certains territoires attirent ainsi davantage les familles et les propriétaires.

Au final, les flux résidentiels tendent à renforcer les caractéristiques socio-économiques des actifs déjà installés dans les zones d’emploi.

Insee Analyses Grand Est
No 134
Paru le : Paru le 05/08/2021

Les marchés locaux du travail interagissent entre eux. Si l’essentiel des besoins de main-d’œuvre est assuré par les actifs résidant à l’intérieur d’un marché, celui-ci est également alimenté par des flux externes composés d’actifs navetteurs et d’actifs migrants résidentiels. Du fait de ces mobilités, il n’y a pas forcément de lien entre les évolutions de la population active, de l’emploi et du chômage. Les mobilités peuvent également renforcer les caractéristiques socio-économiques des territoires (zones à tendance plus résidentielle, à forte concentration d’emplois, profils d’actifs similaires, etc…).

En 2017, le Grand Est compte 2 601 900 actifs. Entre 2012 et 2017, la population active a baissé de 1,2 %. Entre 2016 et 2017, 36 700 actifs ont quitté la région et 30 700 s’y sont installés en provenance d’une autre région métropolitaine, 1 200 d’un territoire outre-marin et 11 000 de l’étranger.

Les transformations profondes des modes de travail suite à la crise sanitaire liée au Covid-19 pourraient à l’avenir modifier les arbitrages résidentiels des actifs, notamment au regard de la proximité au lieu de travail.

50 500 actifs ont déménagé d’une zone d’emploi de la région à une autre

Entre 2016 et 2017, 12,5 % des actifs du Grand Est, soit 324 600 personnes, ont déménagé. 46,5 % se sont installés dans une commune du même département, 33,4 % dans un logement de la même commune, 8,8 % dans un autre département de la région et 11,3 % ont quitté la région. Au total, 50 500 actifs ont déménagé d’une zone d’emploi du Grand Est à une autre. La moitié d’entre eux a moins de trente ans. Du fait de leur jeunesse, ils sont plus souvent bacheliers ou diplômés du supérieur (69,2 % contre 54,4 % des stables. Ils occupent plus fréquemment une profession intermédiaire, d’employé ou de cadre (71,8 % contre 65,4 %) et sont plus souvent en couple sans enfant ou seuls.

Les zones d’emploi en situation favorable sont plus attractives

Selon la situation sur le marché du travail, quatre catégories de zones d’emploi peuvent être distinguées dans le Grand Est (encadré). Plus de la moitié des flux résidentiels inter-zones d’emploi concernent les zones en hausse d’emploi. L’accès à l’emploi est logiquement un déterminant de ces migrations d’actifs puisque ces dix territoires concentrent 59 % des emplois, auxquels s’ajoutent des emplois frontaliers. Dans ces zones, le solde migratoire est positif, notamment à Sélestat (figure 1). Nancy et Remiremont sont deux exceptions, avec un solde migratoire négatif et une situation du marché du travail favorable. À l’inverse, les neuf zones vulnérables ou très vulnérables n’accueillent que 21,3 % des migrants résidentiels et ont un solde migratoire négatif.

Figure 1Taux de migration et intensité migratoire intrarégionaux par zone d'emploi dans le Grand Est en 2017

Taux de migration et intensité migratoire intrarégionaux par zone d'emploi dans le Grand Est en 2017 - Lecture : l’intensité migratoire de la zone de Thionville est de 4 % c’est-à-dire que les flux migratoires (entrées et sorties) sont de 4 pour 100 actifs résidents. Rapportée à sa population active moyenne en 2017, la zone d’emploi de Thionville gagne 3 actifs pour 1000 du fait des migrations intrarégionales.
Libellé zone d'emploi de destination Taux de migration (en ‰) Intensité migratoire (en %) Classification (très vulnérable, vulnérable ...)
Forbach -10,6 5,2 vulnérable
Charleville-Mézières -3,9 3,1 vulnérable
Troyes 2,2 2,1 vulnérable
Verdun 6,4 5,8 vulnérable
Sedan -4,9 4,8 vulnérable
Romilly-sur-Seine -5,4 3,8 vulnérable
Mulhouse 0,1 3,0 vulnérable
Vitry-le-François Saint-Dizier -4,7 4,0 très vulnérable
Saint Dié-Des-Vosges -3,8 5,2 très vulnérable
Châlons-en-Champagne -1,7 5,4 en recul d’emploi
Thionville 3,3 3,9 en recul d’emploi
Sarreguemines -2,6 4,8 en recul d’emploi
Épinal 1,2 4,1 en recul d’emploi
Bar-le-Duc -3,1 5,5 en recul d’emploi
Épernay 2,2 4,3 en recul d’emploi
Saint-Avold -1,4 5,7 en recul d’emploi
Sarrebourg 1,1 6,2 en recul d’emploi
Nancy -1,7 3,4 en hausse d’emploi
Haguenau 2,9 3,9 en hausse d’emploi
Metz 1,5 4,6 en hausse d’emploi
Sélestat 4,2 6,4 en hausse d’emploi
Remiremont -4,8 4,7 en hausse d’emploi
Reims 0,9 3,3 en hausse d’emploi
Chaumont 1,9 2,9 en hausse d’emploi
Saint-Louis 1,4 4,3 en hausse d’emploi
Colmar 0,4 4,7 en hausse d’emploi
Strasbourg 0,1 3,3 en hausse d’emploi
Grand Est 2,4 3,1
  • Lecture : l’intensité migratoire de la zone de Thionville est de 4 % c’est-à-dire que les flux migratoires (entrées et sorties) sont de 4 pour 100 actifs résidents. Rapportée à sa population active moyenne en 2017, la zone d’emploi de Thionville gagne 3 actifs pour 1000 du fait des migrations intrarégionales.
  • Source : Insee, recensement de la population 2017, exploitation complémentaire.

Figure 1Taux de migration et intensité migratoire intrarégionaux par zone d'emploi dans le Grand Est en 2017

  • Lecture : l’intensité migratoire de la zone de Thionville est de 4 % c’est-à-dire que les flux migratoires (entrées et sorties) sont de 4 pour 100 actifs résidents. Rapportée à sa population active moyenne en 2017, la zone d’emploi de Thionville gagne 3 actifs pour 1000 du fait des migrations intrarégionales.
  • Source : Insee, recensement de la population 2017, exploitation complémentaire.

Des migrations résidentielles de proximité

La situation du marché du travail est donc un déterminant des migrations. Néanmoins, celles-ci dépendent également de la distance. Les flux les plus importants sont essentiellement des flux de proximité et dirigés vers des zones peuplées. En particulier, l’ouest de la région échange peu avec les autres zones ; de façon générale, il y a moins de flux inter-zones à l’ouest (figure 2). Les flux résidentiels de ces zones sont importants avec l’Île-de-France, région riche en emplois, ou avec les Hauts-de-France pour les actifs résidant dans la zone de Reims. Les navettes domicile-travail sont également très fréquentes avec la zone de Paris, très dense.

La modélisation gravitaire (Pour comprendre) permet d’évaluer les interactions spatiales et les phénomènes d’attractivité. Plus les territoires sont denses, plus les échanges seront nombreux et le seront d’autant plus que la distance entre les deux zones est courte. Appliquée aux migrations résidentielles, la modélisation permet d’étudier les échanges entre deux zones en tenant compte de leur population et de la distance qui les sépare. Elle révèle un manque d’attractivité résiduelle pour les flux intrarégionaux pour les zones de Strasbourg, de Nancy, de Forbach et de Charleville-Mézières. Au contraire, les zones de Thionville, de Haguenau, de Troyes et de Verdun sont plus attractives dans les faits que dans les prévisions du modèle.

Figure 2Flux résidentiels d’actifs les plus élevés au sortir d’une zone d’emploi dans le Grand Est en 2017

Flux résidentiels d’actifs les plus élevés au sortir d’une zone d’emploi dans le Grand Est en 2017 - Lecture : entre 2016 et 2017, 1 920 actifs ont déménagé de la zone d’emploi de Strasbourg vers celle de Haguenau, soit une intensité de 13.
Code zone d'emploi d'origine Libellé zone d'emploi d'origine Code zone d'emploi de destination Libellé zone d'emploi de destination Flux dominant Intensite des échanges (en pour 100 000)
4413 Reims 4402 Châlons-en-Champagne 520 17
4421 Sedan 4403 Charleville-Mézières 450 44
4411 Mulhouse 4405 Colmar 1010 14
4414 Remiremont 4407 Epinal 470 28
4420 Sarreguemines 4408 Forbach 340 24
4423 Strasbourg 4409 Haguenau 1920 13
4412 Nancy 4410 Metz 1150 5
4416 Saint-Avold 4410 Metz 530 7
4424 Thionville 4410 Metz 1730 12
4426 Verdun 4410 Metz 250 6
4405 Colmar 4411 Mulhouse 870 13
4418 Saint-Louis 4411 Mulhouse 910 27
4401 Bar-le-Duc 4412 Nancy 230 7
4407 Epinal 4412 Nancy 590 9
4417 Saint Dié-Des-Vosges 4412 Nancy 360 8
4402 Châlons-en-Champagne 4413 Reims 560 16
4403 Charleville-Mézières 4413 Reims 450 15
4406 Epernay 4413 Reims 400 19
4425 Troyes 4415 Romilly-sur-Seine 270 42
4408 Forbach 4416 Saint-Avold 500 22
4409 Haguenau 4423 Strasbourg 1560 12
4419 Sarrebourg 4423 Strasbourg 470 5
4422 Sélestat 4423 Strasbourg 920 11
4410 Metz 4424 Thionville 1840 12
4415 Romilly-sur-Seine 4425 Troyes 360 34
  • Note : l’intensité permet de mesurer l’importance relative des migrations résidentielles d’actifs entre deux zones compte tenu de leur poids dans l’ensemble des migrations résidentielles. Elle est calculée pour les migrations internes au Grand Est. Intensité = nombre de sortants de la zone a vers la zone b / (nombre total de sortants de la zone a x nombre total d’entrants dans la zone b x 100 000).
  • Lecture : entre 2016 et 2017, 1 920 actifs ont déménagé de la zone d’emploi de Strasbourg vers celle de Haguenau, soit une intensité de 13.
  • Champ : actifs résidents dans le Grand Est depuis plus d’un an. Seul le flux sortant le plus élevé de chaque zone est représenté lorsqu’il est supérieur à 200 actifs. Ainsi par exemple, ne sont pas représentés le flux sortant de la zone d’emploi de Strasbourg vers celle de Sélestat (940 actifs) et celui sortant de la zone d’emploi de Metz vers celle de Verdun (160 actifs).
  • Source : Insee, recensement de la population 2017, exploitation complémentaire.

Figure 2Flux résidentiels d’actifs les plus élevés au sortir d’une zone d’emploi dans le Grand Est en 2017

  • Note : l’intensité permet de mesurer l’importance relative des migrations résidentielles d’actifs entre deux zones compte tenu de leur poids dans l’ensemble des migrations résidentielles. Elle est calculée pour les migrations internes au Grand Est. Intensité = nombre de sortants de la zone a vers la zone b / (nombre total de sortants de la zone a x nombre total d’entrants dans la zone b x 100 000).
  • Lecture : entre 2016 et 2017, 1 920 actifs ont déménagé de la zone d’emploi de Strasbourg vers celle de Haguenau, soit une intensité de 13.
  • Champ : actifs résidents dans le Grand Est depuis plus d’un an. Seul le flux sortant le plus élevé de chaque zone est représenté lorsqu’il est supérieur à 200 actifs. Ainsi par exemple, ne sont pas représentés le flux sortant de la zone d’emploi de Strasbourg vers celle de Sélestat (940 actifs) et celui sortant de la zone d’emploi de Metz vers celle de Verdun (160 actifs).
  • Source : Insee, recensement de la population 2017, exploitation complémentaire.

Ainsi, d’autres déterminants que le niveau de l’emploi et la distance interviennent dans la décision de migration résidentielle.

Un marché local du travail attractif n’amène pas forcément les actifs à s’y installer. Le choix de résidence dépend de la proximité géographique du lieu de travail, mais aussi d’autres facteurs tels que la situation de famille, le prix de l’immobilier, l’accès à certains services… Les actifs peuvent choisir de résider dans une zone différente de celle de leur lieu de travail. Dans ce cas, ils effectuent des trajets domicile-travail : c’est le cas de 43,3 % des migrants. 13,5 % d’entre eux se déplacent en transports en commun (soit 2,5 points de plus que les stables).

Les zones « en hausse d’emploi » : des comportements différents selon le profil des actifs migrants

Dans les dix zones « en hausse d’emploi », le solde migratoire est proche de zéro (figure 4). Les actifs s’installant dans ces territoires sont plus souvent des personnes vivant seules. Un tiers des entrants dans la zone de Nancy vivent seuls (contre un quart des actifs de la région). Ce sont de jeunes actifs, 60,7 % ont moins de trente ans contre 53,9 % des migrants de la région. Une part plus élevée de ces migrants vit et travaille dans la même commune ou dans la zone. La part d’actifs au chômage est également plus faible d’un point. Dans l’ensemble, les actifs s’installent dans ces zones afin de se rapprocher de leur lieu de travail. C’est également le cas des actifs s’installant dans la zone de Saint-Louis en considérant l’emploi frontalier. En effet, seulement 35,5 % des entrants travaillent dans la zone, mais un tiers effectue des navettes vers la Suisse. Le choix de résidence dans les zones de Sélestat et de Haguenau est le fait d’actifs au profil différent. Ils sont plus nombreux à vivre en couple avec ou sans enfant (75,1 % et 70,2 % contre 54 % de l’ensemble des mobiles du Grand Est) et sont plus souvent propriétaires (40,7 % et 47,2 %). Ces zones sont limitrophes des zones de Strasbourg ou de Colmar et des emplois frontaliers allemands. Les actifs sont bien plus nombreux à effectuer des navettes pendulaires. Respectivement 63,7 % et 56,2 % des nouveaux arrivés à Sélestat et Haguenau effectuent des trajets domicile-travail vers une autre zone (figure 3). Dans la zone de Strasbourg, il y a deux fois plus de navetteurs entrants que de sortants. La zone attire moins les migrants résidentiels que ce que ne prévoit la modélisation. Un logement à soi et/ou plus grand peut primer sur la proximité du lieu de travail. Le prix médian des terrains à bâtir est de 1,7 fois supérieur dans l’Eurométropole que dans la communauté de communes de Sélestat et dans la communauté d’agglomération de Haguenau.

Figure 3Caractéristiques des actifs mobiles et stables selon le type de zone d’emploi dans le Grand Est

en %
Caractéristiques des actifs mobiles et stables selon le type de zone d’emploi dans le Grand Est (en %)
Zone d'emploi En hausse d'emploi En recul d'emploi Vulnérable Très vulnérable Grand Est
Part de Chômeurs Stables 12,5 12,8 15,9 16,5 13,4
Entrants 19,0 19,3 21,2 26,9 19,7
Situation Familiale Adultes d’un couple sans enfant Stables 22,3 22,5 21,9 23,8 22,3
Entrants 32,0 32,3 28,7 31,3 31,5
Adultes d’un couple avec enfant(s) Stables 41,8 43,3 42,6 42,0 42,3
Entrants 20,4 25,8 24,6 20,9 22,5
Adultes d’une famille monoparentale Stables 6,4 6,3 6,8 6,5 6,5
Entrants 4,5 5,1 5,6 7,3 5,0
Personnes vivant seules Stables 16,0 14,1 14,8 14,6 15,3
Entrants 27,3 23,3 25,3 20,6 25,7
Autres Stables 13,5 13,8 13,9 13,1 13,6
Entrants 15,8 13,6 15,8 20,0 15,4
Logement Propriétaire ou logé(e) gratuitement Stables 60,3 68,1 63,2 67,0 62,8
Entrants 28,0 36,3 34,0 38,4 31,6
Locataire non HLM Stables 24,6 20,5 21,8 19,9 23,0
Entrants 58,6 53,2 50,1 46,3 55,3
Locataire du logement HLM Stables 14,2 10,5 14,3 12,2 13,4
Entrants 9,2 8,8 12,4 11,0 9,7
Navetteur hors zone d'emploi Stables 19,3 34,8 21,7 19,3 23,1
Entrants 39,5 52,0 42,8 42,5 43,3
Navetteur hors zone d'emploi utilisant les transports en commun Stables 13,0 10,4 7,5 5,6 10,9
Entrants 17,2 10,6 9,2 7,0 13,5
Navetteur hors commune Stables 67,3 73,5 70,6 66,0 69,2
Entrants 71,4 78,9 75,3 65,3 73,8
  • Source : Insee, recensement de la population 2017, exploitation complémentaire.

Figure 4Répartition des zones d'emploi du Grand Est selon les migrations résidentielles et les navettes domicile-travail

Répartition des zones d'emploi du Grand Est selon les migrations résidentielles et les navettes domicile-travail - Lecture : en 2017, dans la zone d’emploi de Strasbourg, 101 actifs ont emménagé pour 100 actifs qui ont déménagé. Par contre, 197 actifs entrent dans la zone pour y travailler quand 100 en sortent.
Libellé zone d'emploi de destination Navettes entrées pour 100 sorties Migrations entrées pour 100 sorties Nombre d’emplois (en milliers) Classification (très vulnérable, vulnérable ...)
Mulhouse 95 101 159 vulnérable
Troyes 112 124 96 vulnérable
Charleville-Mézières 110 77 57 vulnérable
Sedan 77 81 31 vulnérable
Verdun 66 125 28 vulnérable
Forbach 87 66 27 vulnérable
Romilly-sur-Seine 80 75 27 vulnérable
Vitry-le-François Saint-Dizier 71 79 42 très vulnérable
Saint Dié-Des-Vosges 49 86 29 très vulnérable
Thionville 103 119 84 en recul d’emploi
Epinal 96 106 71 en recul d’emploi
Châlons-en-Champagne 118 94 47 en recul d’emploi
Sarreguemines 85 90 45 en recul d’emploi
Sarrebourg 74 104 43 en recul d’emploi
Saint-Avold 67 95 40 en recul d’emploi
Epernay 91 111 37 en recul d’emploi
Bar-le-Duc 112 89 27 en recul d’emploi
Strasbourg 197 101 323 en hausse d’emploi
Nancy 92 91 219 en hausse d’emploi
Metz 148 107 176 en hausse d’emploi
Reims 125 106 137 en hausse d’emploi
Haguenau 57 116 90 en hausse d’emploi
Colmar 110 102 88 en hausse d’emploi
Chaumont 102 114 51 en hausse d’emploi
Sélestat 48 114 35 en hausse d’emploi
Remiremont 76 81 32 en hausse d’emploi
Saint-Louis 151 107 29 en hausse d’emploi
  • Lecture : en 2017, dans la zone d’emploi de Strasbourg, 101 actifs ont emménagé pour 100 actifs qui ont déménagé. Par contre, 197 actifs entrent dans la zone pour y travailler quand 100 en sortent.
  • Champ : actifs résidant dans le Grand Est depuis plus d’un an.
  • Source : Insee, recensements de la population 2017, exploitation complémentaire.

Figure 4Répartition des zones d'emploi du Grand Est selon les migrations résidentielles et les navettes domicile-travail

  • Lecture : en 2017, dans la zone d’emploi de Strasbourg, 101 actifs ont emménagé pour 100 actifs qui ont déménagé. Par contre, 197 actifs entrent dans la zone pour y travailler quand 100 en sortent.
  • Champ : actifs résidant dans le Grand Est depuis plus d’un an.
  • Source : Insee, recensements de la population 2017, exploitation complémentaire.

Les zones « en recul d’emploi » : une attractivité résidentielle

Dans les huit zones « en recul d’emploi », le solde des migrations résidentielles est légèrement positif. Ces zones sont toutes limitrophes de celles regroupant les grandes agglomérations de la région (Reims, Nancy, Metz, Strasbourg). Les actifs entrants sont plus souvent en couple avec des enfants (25,8 % contre 22,5 % dans la région) et plus souvent propriétaires (36,3 % contre 31,6 %). Plus de la moitié d’entre eux sort de la zone pour se rendre sur son lieu de travail. Dans ce cas, ils se déplacent à 87,6 % avec un véhicule motorisé (contre 77,8 % des entrants vivant et travaillant dans la même zone). La motivation du déménagement n’est donc pas la proximité géographique immédiate du lieu de travail. La décision peut être influencée par l’offre immobilière (type, taille des logements, prix).

Par conséquent, les navettes domicile-travail sont fréquentes notamment dans les zones de Sarrebourg et de Saint-Avold.

La zone d’emploi de Thionville est un cas particulier. Le prix médian des terrains à bâtir dans la communauté d’agglomération des Portes de France-Thionville est supérieur de 46 % à celui du département de la Moselle en 2019. Choisir d’y résider, c’est se rapprocher du marché du travail luxembourgeois. Elle accueille d’ailleurs plus d’actifs que ce que ne prévoit la modélisation.

Les actifs s’y installant sont moins souvent au chômage : un tiers a continué des études au moins 3 ans après le baccalauréat. Ils ont rarement plus de 40 ans et sont plus souvent en couple sans enfant (35,6 % contre 31,5 % au niveau Grand Est), 61,9 % travaillent en dehors de la zone.

Les zones « vulnérables » et « très vulnérables » : davantage de chômeurs et de locataires en logement HLM

Dans les sept zones « vulnérables », le solde migratoire est négatif. La part des locataires de logement HLM parmi les entrants y est plus élevée (12,4 % contre 9,7 % dans le Grand Est), notamment dans les zones de Mulhouse, de Reims, de Troyes et de Romilly-sur-Seine. La part d’actifs se déclarant chômeurs est supérieure d’un point à la moyenne régionale. L’accès au parc de logements sociaux peut être pour un actif sur huit la motivation du déménagement s’ils remplissent les conditions. Ils ont souvent moins de 30 ans, vivent seuls ou en couple sans enfant, et par effet de génération sont plus souvent bacheliers.

Enfin dans les deux zones où l’emploi baisse fortement (de 1,1 % en moyenne par an à Vitry-le-François Saint-Dizier et de 1,2 % à Saint-Dié-des-Vosges) et où le taux de chômage est supérieur à 10 %, le solde migratoire est négatif. Les actifs s’y installant sont plus souvent propriétaires ou locataires d’un logement HLM. La part des chômeurs est supérieure de 7 points à celle de la région.

Les actifs entrants en emploi travaillent plus souvent dans leur commune de résidence (34,8 % contre 26,2 % dans la région).

Encadré - Des marchés locaux du travail hétérogènes

En 2017, 2 141 000 emplois sont occupés dans la région. Ce chiffre est globalement stable depuis 2012 (+ 0,4 %). À ces emplois, il faut ajouter les 176 000 actifs qui résident dans la région mais travaillent dans l’un des quatre pays frontaliers.

Cette évolution globale cache des disparités importantes. Entre 2012 et 2017, l’emploi baisse ainsi de 5,8 % dans la zone d’emploi de Saint-Dié-des-Vosges et augmente de 4,1 % dans celle de Saint-Louis. Les taux de chômage, également très différents entre zones, renforcent le contraste. Taux de chômage (inférieur ou supérieur à 10 %) et évolution de l’emploi (positive, négative de plus de 5 %, négative de moins de 5 %) permettent de distinguer quatre profils de zones d’emploi dans la région (Encadré - Figure 1).

Encadré - Figure 1Typologie des zones d’emploi : évolution de l’emploi entre 2012 et 2017 et taux de chômage localisé en 2017

Typologie des zones d’emploi : évolution de l’emploi entre 2012 et 2017 et taux de chômage localisé en 2017 - Lecture : les zones « en hausse d’emploi » ont un taux de chômage inférieur à 10 % en 2017. Dans les zones  « en recul d’emploi », l’emploi baisse jusqu’à 5 % et le taux de chômage est inférieur à 10 %. L’emploi baisse jusqu’à 5 % dans les zones « vulnérables » et le taux de chômage est supérieur à 10 %. Dans les zones très vulnérables, l’emploi baisse de plus de 5 % et le taux de chômage est supérieur à 10 %. L’emploi augmente et le taux de chômage est supérieur à 10 % dans les zones « dynamiques avec chômage élevé ».
Code zone d'emploi Libellé zone d'emploi de destination Typologie
4403 Charleville-Mézières Zones vulnérables (-5 <EELE< 0 ; 10 <TCL< 20)
4408 Forbach Zones vulnérables (-5 <EELE< 0 ; 10 <TCL< 20)
4411 Mulhouse Zones vulnérables (-5 <EELE< 0 ; 10 <TCL< 20)
4415 Romilly-sur-Seine Zones vulnérables (-5 <EELE< 0 ; 10 <TCL< 20)
4421 Sedan Zones vulnérables (-5 <EELE< 0 ; 10 <TCL< 20)
4425 Troyes Zones vulnérables (-5 <EELE< 0 ; 10 <TCL< 20)
4426 Verdun Zones vulnérables (-5 <EELE< 0 ; 10 <TCL< 20)
2409 Montargis Zones vulnérables (-5 <EELE< 0 ; 10 <TCL< 20)
3208 Cambrai Zones vulnérables (-5 <EELE< 0 ; 10 <TCL< 20)
3214 Laon Zones vulnérables (-5 <EELE< 0 ; 10 <TCL< 20)
3217 Maubeuge Zones vulnérables (-5 <EELE< 0 ; 10 <TCL< 20)
3220 Saint-Quentin Zones vulnérables (-5 <EELE< 0 ; 10 <TCL< 20)
3221 Soisson Zones vulnérables (-5 <EELE< 0 ; 10 <TCL< 20)
3222 Valenciennes Zones vulnérables (-5 <EELE< 0 ; 10 <TCL< 20)
4417 Saint Dié-Des-Vosges Zones très vulnérables (-10 <EELE< -5 ; 10 <TCL< 20)
4427 Vitry-le-François Saint-Dizier Zones très vulnérables (-10 <EELE< -5 ; 10 <TCL< 20)
4401 Bar-le-Duc Zones en recul d’emploi (-5 <EELE< 0 ; 0 <TCL< 10 )
4402 Châlons-en-Champagne Zones en recul d’emploi (-5 <EELE< 0 ; 0 <TCL< 10 )
4406 Epernay Zones en recul d’emploi (-5 <EELE< 0 ; 0 <TCL< 10 )
4407 Epinal Zones en recul d’emploi (-5 <EELE< 0 ; 0 <TCL< 10 )
4416 Saint-Avold Zones en recul d’emploi (-5 <EELE< 0 ; 0 <TCL< 10 )
4419 Sarrebourg Zones en recul d’emploi (-5 <EELE< 0 ; 0 <TCL< 10 )
4420 Sarreguemines Zones en recul d’emploi (-5 <EELE< 0 ; 0 <TCL< 10 )
4424 Thionville Zones en recul d’emploi (-5 <EELE< 0 ; 0 <TCL< 10 )
1102 Coulommiers Zones en recul d’emploi (-5 <EELE< 0 ; 0 <TCL< 10 )
2702 Auxerre Zones en recul d’emploi (-5 <EELE< 0 ; 0 <TCL< 10 )
2703 Avallon Zones en recul d’emploi (-5 <EELE< 0 ; 0 <TCL< 10 )
2709 Châtillon-Monbard Zones en recul d’emploi (-5 <EELE< 0 ; 0 <TCL< 10 )
2718 Vesoul Zones en recul d’emploi (-5 <EELE< 0 ; 0 <TCL< 10 )
4404 Chaumont Zones en hausse d’emploi (0 <EELE< 5 ; 0 <TCL< 10)
4405 Colmar Zones en hausse d’emploi (0 <EELE< 5 ; 0 <TCL< 10)
4409 Haguenau Zones en hausse d’emploi (0 <EELE< 5 ; 0 <TCL< 10)
4410 Metz Zones en hausse d’emploi (0 <EELE< 5 ; 0 <TCL< 10)
4412 Nancy Zones en hausse d’emploi (0 <EELE< 5 ; 0 <TCL< 10)
4413 Reims Zones en hausse d’emploi (0 <EELE< 5 ; 0 <TCL< 10)
4414 Remiremont Zones en hausse d’emploi (0 <EELE< 5 ; 0 <TCL< 10)
4418 Saint-Louis Zones en hausse d’emploi (0 <EELE< 5 ; 0 <TCL< 10)
4422 Sélestat Zones en hausse d’emploi (0 <EELE< 5 ; 0 <TCL< 10)
4423 Strasbourg Zones en hausse d’emploi (0 <EELE< 5 ; 0 <TCL< 10)
1105 Fontainebleau-Nemours Zones en hausse d’emploi (0 <EELE< 5 ; 0 <TCL< 10)
1107 Meaux Zones en hausse d’emploi (0 <EELE< 5 ; 0 <TCL< 10)
1108 Melun Zones en hausse d’emploi (0 <EELE< 5 ; 0 <TCL< 10)
1110 Provins Zones en hausse d’emploi (0 <EELE< 5 ; 0 <TCL< 10)
2705 Belfort Zones en hausse d’emploi (0 <EELE< 5 ; 0 <TCL< 10)
2706 Besançon Zones en hausse d’emploi (0 <EELE< 5 ; 0 <TCL< 10)
2711 Dijon Zones en hausse d’emploi (0 <EELE< 5 ; 0 <TCL< 10)
2717 Sens Zones en hausse d’emploi (0 <EELE< 5 ; 0 <TCL< 10)
0056 Cosne-Cours-sur-Loire en fort recul d'emploi (-10 <EELE< -5 ; 0 <TCL< 10)
0060 Nevers en fort recul d'emploi (-10 <EELE< -5 ; 0 <TCL< 10)
2714 Montbéliard dynamique avec chômage élevé (0 <EELE< 5 ; 10 <TCL< 20)
3209 Château-Thierry dynamique avec chômage élevé (0 <EELE< 5 ; 10 <TCL< 20)
  • EELE : Évolution des estimations localisées d'emploi 2012-2017 (en %)TCL : Taux de chômage localisé 2017 (en %)
  • Lecture : les zones « en hausse d’emploi » ont un taux de chômage inférieur à 10 % en 2017. Dans les zones  « en recul d’emploi », l’emploi baisse jusqu’à 5 % et le taux de chômage est inférieur à 10 %. L’emploi baisse jusqu’à 5 % dans les zones « vulnérables » et le taux de chômage est supérieur à 10 %. Dans les zones très vulnérables, l’emploi baisse de plus de 5 % et le taux de chômage est supérieur à 10 %. L’emploi augmente et le taux de chômage est supérieur à 10 % dans les zones « dynamiques avec chômage élevé ».
  • Source : Insee, Estimations d’emploi localisé 2012 et 2017, taux de chômage localisé 2017.

Encadré - Figure 1Typologie des zones d’emploi : évolution de l’emploi entre 2012 et 2017 et taux de chômage localisé en 2017

  • EELE : Évolution des estimations localisées d'emploi 2012-2017 (en %)
  • TCL : Taux de chômage localisé 2017 (en %)
  • * profil non présent dans le Grand Est
  • Lecture : les zones « en hausse d’emploi » ont un taux de chômage inférieur à 10 % en 2017. Dans les zones  « en recul d’emploi », l’emploi baisse jusqu’à 5 % et le taux de chômage est inférieur à 10 %. L’emploi baisse jusqu’à 5 % dans les zones « vulnérables » et le taux de chômage est supérieur à 10 %. Dans les zones très vulnérables, l’emploi baisse de plus de 5 % et le taux de chômage est supérieur à 10 %. L’emploi augmente et le taux de chômage est supérieur à 10 % dans les zones « dynamiques avec chômage élevé ».
  • Source : Insee, Estimations d’emploi localisé 2012 et 2017, taux de chômage localisé 2017.
Publication rédigée par : Véronique Batto, Isabelle Manné (Insee)

Pour comprendre

Les caractéristiques socio-démographiques des individus sont connues au moment du recensement de la population. On ignore ce qu’elles pouvaient être avant la migration. Ainsi, par exemple, la migration des personnes actives en emploi correspond aux personnes actives en emploi à l’issue de leur migration. Cela ne présume en rien leur situation au moment du départ.

Les mouvements étudiés concernent uniquement les déménagements à l’intérieur de la région.

Le modèle gravitaire explique la préférence pour la proximité et l'attrait des mailles peuplées par un modèle mathématique adaptation de la loi de gravitation universelle de Newton aux flux. L’importance du flux entre deux zones est proportionnelle à la population active et inversement proportionnelle à la distance qui les sépare. La distance est estimée grâce à l’outil Metric par le temps de trajet médian aux heures pleines entre les différentes communes d’une zone d’emploi et celles d’une autre.

L’enquête sur le prix des terrains à bâtir (EPTB) est réalisée auprès des personnes morales ou physiques (pétitionnaire) ayant reçu une autorisation portant sur une demande de permis de construire une maison individuelle (logement unique) déposée dans l’année. L’enquête permet de disposer d’éléments sur les prix et les caractéristiques du terrain et de la construction de la maison. Dans cette étude, les données des enquêtes 2016 à 2018 ont été cumulées afin de disposer de suffisamment d’observations au niveau géographique des EPCI.

Sources

Les données concernant les actifs sont issues de l’exploitation complémentaire du recensement de la population 2017.

Les données ayant permis de classifier les zones d’emploi sont issues des estimations d’emploi localisé de 2012 et 2017 ainsi que les taux de chômage localisés 2017.

Les données du prix des terrains à bâtir sont issues de l’enquête EPTB réalisée par le service de la donnée et des études statistiques (SDES) du ministère de la transition écologique et solidaire.

Définitions


Les actifs regroupent la population active en emploi et les chômeurs.


Une zone d'emploi est un espace géographique à l'intérieur duquel la plupart des actifs résident et travaillent.


Les navettes domicile-travail correspondent aux déplacements quotidiens entre le domicile et le lieu de travail. Par conséquent, les navetteurs sont les personnes qui se déplacent entre leur lieu de résidence et leur lieu de travail. Sont ici considérées comme navetteurs, les personnes dont la zone d’emploi de résidence est différente de la zone d’emploi de leur lieu de travail.


Une migration résidentielle est un changement durable de lieu de résidence. Le recensement de la population 2017 permet de connaître pour les personnes vivant en France les migrations résidentielles intervenues l’année précédant celle de recensement. Les personnes décédées et les personnes ayant déménagé à l’étranger sont exclues du champ tout comme les personnes ayant déménagé dans un logement déjà occupé (retour chez les parents, emménagement dans le logement d’un conjoint...).


Les chômeurs au sens du recensement de la population sont les personnes (de 15 ans ou plus) qui se sont déclarées chômeurs (inscrits ou non à Pôle Emploi) sauf si elles ont, en outre, déclaré explicitement ne pas rechercher de travail ; et d’autre part les personnes (âgées de 15 ans ou plus) qui ne se sont déclarées spontanément ni en emploi, ni au chômage, mais qui ont néanmoins déclaré rechercher un emploi.


La méthode d’estimation des taux de chômage localisés repose sur l’estimation d’une part du chômage (numérateur) et, d’autre part, de l’emploi (une partie du dénominateur), par zone d’emploi et par département.


Taux de migration net : se définit par le solde migratoire, soit la différence entre le nombre d’entrants et celui des sortants, rapporté à la population active moyenne de la zone.


Intensité migratoire : se définit par le rapport entre les entrées plus les sorties (échanges) de migrants résidentiels et la population active moyenne.


On parle ici de population active stable pour désigner les actifs présents depuis plus d’un an dans la zone et on parle de mobiles ou de migrants ou d’entrants pour ceux ayant déménagé au cours de l’année.

Pour en savoir plus

Challand C., Manné I., « Les actifs qui déménagent : plus jeunes, plus qualifiés, mais aussi plus souvent chômeurs », Insee Analyse Grand Est n° 107, janvier 2020.

Challand C., Manné I., « Actifs arrivant de l’étranger dans le Grand Est : deux sur cinq viennent d’un pays frontalier », Insee Flash Grand Est n° 29, janvier 2020.

Baccaïni B., Garnier M., Haran L., « Les mobilités résidentielles en France, tendances et impacts territoriaux », rapport 2018 du CGET et de l’Observatoire des territoires, 121 pages.

Delahaye M., Lu A.-V., « Les marchés locaux du travail dans le Grand Est, entre population, emploi et mobilités », Insee Dossier Grand Est n° 3, octobre 2016.